‹ L'Espagne de l'ancien régimeChapitre 40 sur 90 · IV. — La critique et la presse · texte numérisé non relu

IV. — La critique et la presse

La critique constitue un genre singulier, puisqu'il serait possible d'écrire une histoire, en apparence très complète, des sciences et des lettres sans dire un seul mot d'elle, de môme qu'on pourrait écrire la vie d'un homme sans parler de ses maladies, ni des médecins qui l'ont soigné. Elle n'en a pas moins une importance capitale, puisque, là où elle est libre et consciencieuse, elle assure la santé de l'esprit national et le pousse aux fécondes initiatives, tandis que, là où elle est enchaînée ou ignorante, l'esprit national s'engourdit, se déforme et ne donne plus naissance qu*à des œuvres inutiles ou monstrueuses. — La critique est, en somme, l'hygiène de l'esprit.

Comme son langage n'est pas toujours beaucoup plus flatteur que celui de certains docteurs bourrus, et comme elle use souvent des remèdes violents, elle est généralement

(1) Traduit en espagnol par Dofla Josefa Amar y Borbon, 7 vol.

(2) Emmanuelis Martini, ecclesiae Alonensis decani, vita, scriptore Gregorio Mayansio, Amstelodami, 1788.

(3) Operum scriplorum olim e Socielate Jesu in Italiam deportatorum index. Romae, 1803.

(4) Bibliothecae scriptorum Societatis Jetu supplementa.

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peu populaire chez les lettrés et devait l'être en Espagne moins que partout ailleurs, vu rextrênie susceptibilité de l'Espagnol, SI pundonoroso et si chatouilleux en matière d'amour-propre.

La critique espagnole du xviu* siècle manque de profondeur et ressemble trop souvent à une querelle personnelle étrangement âpre et passionnée. Sa valeur propre est médiocre; mais la mêlée des critiques et des auteurs constitue par elle-même un spectacle extrêmement amusant, une ample comédie, aux incidents tragiques ou bouffons, une foire aux vanités d'une très pittoresque animation.

La presse date en Espagne du règne de Philippe IV, et le doyen des journaux espagnols est la Gazette de Madrid. En 1738 parut le Mercure historique et politique de Madrid ^ imité du Mercure de La Haye (1). Sous Ferdinand VI, le Journal de Madrid vint compléter la Gazette, Quelques revues commencèrent à paraître. Les Discours mercuriaux de D. Juan Enrique Graef paraissaient deux fois par mois et s'occupaient d'agriculture, de commerce et d'arts. Mais cette publication disparut avec son 22* numéro. Le Journal curieux^ érudit^ économique et commercial de D. Manuel de Uribe, rédigé en réalité par Nifo, répandit quelques notions économiques et fut surtout un journal d'annonces commerciales (2).

A l'avènement de Charles III, l'Espagne comptait une vingtaine de feuilles publiques. La Gazette ei le Mercure s'imprimaient aux frais du gouvernement ; la première paraissait deux fois la semaine et le Mercure une fois par mois (3).

Vers 1772 commencèrent à paraître, par séries de 5 ou 6 numéros, des publications satiriques ie\\QS(\\xe les Èrudits à la violette de Cadalso et les Lettrés en carême A'ivi^vie (4).

En 1785 le Censeur de D. Luis Canuelo donna à l'Espagne son premier journal politique ; mais au 79* numéro, le Censeur fut suspendu (S).

(1) Ck)tarelo, Iriarte, p, 104.

(2) Goxe, VEspagnesous les Bourbons, IV, p. 412-413.

(3) Ferrer del Rio, Hist. de Carlos IW, t. IV, p. 300.

(4) Gotarelo, Marte, p. 106.

(5) Nov, jRec.jVllI, xvii, 5. — Suspension du Mémorial littéraire^ de la Gla" neuse, du Courrier de Madrid,

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Dès le début de la Révolulion française, Florida Blanca bâillonna la presse. Le 12 avril 1791, il supprima tous les périodiques non officiels, à l'exception du Jotirnalde Madrid^ qui indiquait les objets perdus et trouvés.

Le 28 juillet 1793, le Conseil recevait Tordre « de notais- « ser paraître que les journaux qui se conformeraient aux « ordres de S. M. » (1).

Les journaux surveillés et terrorisés font place aux pasquins et aux nouvelles à la main.

Avec le triomphe de la Révolution en France, Topinion publique s'éveille en Espagne. Les journaux font fureur à Madrid (2). « Il n'est pas jusqu*aux marmitons qui nachè- « tent X^Gazette. Dans les tavernes et dans les salons, autour « de Mariblanca [la fontaine de la Puerta del sol] et au « café, on n*enlend plus parler que batailles, révolution, « Convention, représentation nationale, liberté, égalité. « Les p... elles-mêmes vous interrogent sur Robespierre et « J3arrère, et il faut se munir d'une bonne provision de « fariboles gazetales pour plaire à la fille que l'on cour- « tise (3). »

Cependant Taulorit ésurveille toujours la presse d'un œil jaloux. Si l'on doit louer Charles IV d'avoir interdit le Jour^ nal du beau sexe et toutes les feuilles à tendances pornographiques (4), on ne peut contester que la presse espagnole n'ait vécu sous un régime draconien jusqu'à la fin de l'ancien régime. Aucun journal ne peut paraître sans l'autorisation du Conseil de Castille, chaque journal a un censeur nommé par le Conseil, ce censeur reçoit 200 ducats annuels sur la caisse du journal ; en cas de non-paiement, la licence est suspendue (5). Un arrêt du Conseil, un ordre de l'auto-

(!) Nov, Rec, VIII, xvn. 5, note 11.

(2) CoiTeo lUerario de Murcia, 1792. — Correo mercantil de Espatia y de sus Indias, 1792. — Correo de Cadiz. — Postillon del Correo. — Diario de Zaragoza. — Diario de Barceloîia. — Diario de Valencia. — Correo lilerario de Gerona. — Fischer, t. H, p. 15.

(3) Lettre du P. Estala, des Ecoles pies, à Forner, 1795 — Gueto, ïiosquejOy p. CCIK

(4) Nov. Rec , VHI. xvii, 3, note 8. — 18 août 1793. (o) Id., VIII, xTi, 41. - 11 avril 1805.

rite, civile ou ecclésiastique, suppriment tout article jugé séditieux (i).

11 n'y a point lieu de s'étonner avec de telles lois que les journaux aient été dépourvus d'intérêt. Les journalistes sont de pauvres diables, plus ou moins endettés, qui passent leur vie, comme Nifo, à fonder des journaux, à les lancer et à vendre ensuite leur privilège pour créer aussitôt de nouvelles feuilles, abordant tous les genres avec la même intrépide médiocrité, et gagnant tout juste le nécessaire pour ne pas mourir de faim (2). Le public est surtout curieux d'anecdotes. L'abonné se fait rare. Cependdinl le Semainier de Salamanque ne coûte que 30 réaux par trimestre; les journaux de Barcelone et de Valence, 48 réaux. On peut recevoir le Courrier littéraire de Jerezde la Frontera pour 5 réaux par trimestre à Jerez et pour 9 réaux dans les provinces (3).

Le journal commence généralement par une biographie dusaintdu jour, puis vient uneanecdote, une fable, une pièce devers, une ode sur quelque sujet religieuxou patriotique, un petit conte (4), une fantaisie, et le journal se termine par une

(1) Ordre royal du 7 déc. 1799 défendant d imprimer dans le Diario une élude sur les origines de la législation et du gouvernement des peuples.

(2) Cotarelo, Iriarte,^. 48.

(3) Diario de Barcelona, i^' mars 1802.

(4) En Sian una princesa Publicamente escuchaba A la muger que queria Pedirle justicia o gracia.

A la que por imprudencia En la demanda era larga Que le cosiesen la boca

A pespunte le mandaba,

Y a la que en brève razon Lo que ténia explicaba, Desde la una a la otra oreja Hacia se la rasgaran.

Si esta practica se usase Por aca por nuestra Espafia.

Quantos miles se verian De bocas pespuntadas,

Y apuesto no babria una Que la tubiese rasgada.

Diario de Zaragoza. — 1797.

série d'annonces : ventes, objets perdus, domestiques en quôte déplaces, offres et demandes d'emplois, théâtres, etc. — C est cette dernière partie qui est aujourd'hui la plus intéressante. On y trouve une foule de détails sur la vie quotidienne, sur les mœurs, sur les modes. M. Ferez Galdos avoue avoir beaucoup étudié le Diario de Madrid^ et Ton sait quelles heureuses trouvailles il a failes à ce liastro.

Le public intervenait quelquefois dans la rédaction du journal. Une foule de gens, possédés de la manie de se voir imprimés,adressaient aux directeurs des élucubrations monstrueuses qu'il fallait s'excuser honnêtement de ne pas publier. La chose était malaisée quand il s'agissait de quelque personnage influent, médecin atrabilaire, clerc vaniteux et vindicatif. Le 14 février 1797, le rédacteur du journal de Saragosse recevait une lettre anonyme ainsi conçue : « Mon- « sieur le journaliste, un véritable ami du respectable public « de Saragosse vous envoie l'article ci-joint, pour que vous c< rinsériez par parties dans les numéros de carnaval. Il « convient de divertir utilement le public^ et non de le mys- « tifier, comme cela a lieu dans tant de gazettes. » Suit un article — de carnaval — sur la danse chez les anciens.

Le plus prudent était encore de faire du journal une 5^maine religieuse (1) avec deux ou trois pages d'annonces.

Les journaux des Indes étaient moins vides que ceux de la métropole.

La Gazette de Mexico Aq 1784 contient des articles sur le nopal, sur la cochenille, sur les bains de vapeur de los Humeras près de Puebla.

(1) Sommaire des articles de fond du Journal de Barcelone pendant la semaine sainte (1193) :

— ' Avis relatif aux fêtes de la semaine sainte.

— Histoire du Jour et explication des cérémonies de l'Eglise. -* Explication des Ténèbres et de leur origine.

— Fin de l'office de Ténèbres.

— Histoire des offices du jour.

-~ Histoire du jour et cérémonies ecclésiastiques.

* Explication des cérémonies du jour, avec un extrait de la lettre de Pilate à Tibère César, touchant h J.-C, et une anecdote historique*

— Un sonnet et deux dizains sur la résurrection du Seigneur.

— Explication de la Pâque ou Phase et sonnet sur la Religion triomphante.

La Gazette de Goaténui/ada 1797 publie un article politique sur la Russie, des Mémoires pour faire une description exacte du royaume de Guatemala, le récit de la défense de Truxillo contre deux vaisseaux anglais.

Mais la seule presae vraiment intéressante qu'il y eût alors en Espagne était la presse littéraire. Quoiqu'elle fût bien loin d'être libre, elle était cependant tenue de moins court que la presse politique et donnait parfois l'illusion de la vie.

Le premier écrivain qui s'attaqua à l'ignorance et au fauxsavoir fut un moine savant et courageux, D. Benito Jeronimo Feijoo (1675-1764), bénédictin d'Oviedo,qui commença en 17261a publication d'une série de dissertations critiques sur toutes sortes de matières de science, de littérature et d'histoire. De 1726 à 1739 parurent les huit volumes de son Théâtre critique u?iiversel. En 1742, il reprit la lutte avec ses Lettres éintdites et curieuses, qui parurent en 5 volumes jusqu'en 1760. Feijoo n'était pas un génie et on le rendrait ridicule en le comparant à Voltaire, mais son bon sens et la hardiesse de la guerre qu'il a menée contre l'ignorance et la sottise en ont fait un des hommes les plus influents de son siècle (1). Aidé du P. Sarmiento, son ami (2). il s'attaqua au scolasticisme qui régnait en maître absolu dans les écoles espagnoles. Sa foi ne put jamais être attaquée, mais il ne se croyait pas obligé d'admettre aveuglément toutesles légendes et tous les contes à dormir debout qui se débitaient autour de lui. Il prétendit défendre la religion contre la superstition et l'histoire contre la fable. Il comprit combien l'Espagne s'était laissé distancer par les autres nations sur le terrain des sciences d'observation, il osa dire qu'elle devait s'eflForcer de regagner le temps perdu. Il donna pour but à l'activité humaine la recherche de la vérité et Tamélioration de la vie sociale. Toutes ces idées, il les exposa dans un style plein de gallicismes et sur un ton souvent pédantesque ; mais ces défauts ne doivent pas faire oublier le courage, vraiment héroïque, avec lequel il s'est attaqué au préjugé tout-puis-

(1) Fitzmaurice-Relly, Hist. de la lit. espafiola, p. 470.

(2) Cf. D. Antolin Lopez Peliez, Elgran gallego Fray Martin Sarmiento» Bi" blioleca gallega, La Gorufia, 1895.

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sant Des contradicteurs ignares, qui niaient Texistence dés taches du soleilet la pesanteur de Tair, et montraient Naevius réprimandant Horace, multiplièrent les attaques contre lui. Il eut pour ennemi le P. Segura (1), qui croyait à Tauthenlicite d'une lettre adressée par la Vierge à la ville de Messine(2). Ou composacontre lui dinnombrables pamphlets (3); il y eut des jours où il en parut jusqu'à trois (4). Ses partisans furent appelés feijonistas, on les traita de factieux et de polissons, on prétendit que s'ils se mêlaient d'écrire, c'était faute de trouver un moyen d'existence à Madrid (5). On fit l'impossible pour le compromettre aux yeux du Saint-Office. Et malgré tout, le Théâtre critique eut un succès toujours grandissant. Quinze éditions se succédèrent en Espagne, sans lasser la curiosité publique. A mesure qu'un volume paraissait à Madrid, il était aussitôt traduit à Paris (6). Le cardinal Querini, bibliothécaire du Vatican, le pape Benoît XIV applaudissaient à ses efforts. Lassé enfin de la mauvaise foi des critiques, Ferdinand VI le prit sous sa protection spéciale et le nomma son conseiller, en récompense « de sa profonde « science, de son érudition particulière et des œuvres extrê- « mement utiles par lesquelles il s'était signalé (7).» Par édit royal du 23 juin 1 750, il fut défendu de critiquer ses œuvres (8).

Lista a dit« que la postérité devait ériger une statue à « Feijoo et brûler ses œuvres au pied du piédestal. » C'est un jugement sévère et inexact.

Le Théâtre critique a au moins le mérite de peindre à

(1) Auteur du Norte critico^ con las regku mas cierias para la diser§cion en la historia. VaUncia, 1733, in f<».

(2) Cotarelo, Marte, p. 6.

(3) Anti'Teatro, Replica satisfactoriat Crisol, Tealro anlicritico, etc.

(4) Cueto, Bosquejo, p. xxviii.

(5) Gotarelo, Iriarte^ p. 6 et 7... é falta de medios y gananeiapara mantenerse en la Corte.

(6) Goxe, l'Espagne sous les Bourbons, t. III, p. 614.

(7) Amador de los Rios, Madrid, t. iV, p. 177.

(8) Ordre royal au Conseil : « S. M. veut que le Conseil sache ce qui suit : « Puisque le P. Feijoo a mérité cette précieuse déclaration que ses écrits lui « agréaient, il ne doit y avoir personne d'assez osé pour les attaquer, et « encore moins le Conseil devra-t-il permettre que Ton imprime ces « attaques. »

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merveille Tétat intellectuel de l'Espagne au début du xvui* siècle. On ne rendra jamais justice aux homme de ce temps, si on ne connaît pas l'affreux marécage où leur pays s'enlisait, et d'où ils ont réussi à le tirer.

En 4737 parut, aux frais du roi, le Journal des Lettrés, dirigé par deux prêtres, D. Juan Martinez Salafranca cl D. LeopoIdoJerônimo Puig. Ce fut le premier et peut-être le meilleur organe de critique littéraire qui ait paru à Madrid. Il eut des collaborateurs de mérite^ comme D. Manuel de Huerta, D. Juan de Iriarte, D. José Hervds (Jorge Pitillas). Il dura un peu moins de deux ans, au milieu des insultes, des calomnies et des menaces, et disparut sous les coups des grimauds qu'il avait voulu ramener à la raison (1).

Après Tavènement de Charles llï, la presse littéraire prit un plus grand développement, mais les journaux qui parurent alors n'eurent pas la valeur du Diario et ne fournirent qu'une carrière éphémère.

Nifo créa \q Journal étranger et le Tiroir du tailleur littéraire ou perche du fripier érudit, divisé en tailles et coutures, et qui ne fut qu'une arlequinade (2).

D. José Viera y Clavijo (3) fonda le journal le. Penseur (1762), auquel répondit bientôt la Penseuse de Cadiz (1763),

(1) 11 fat rédigé du l*' janyier 1737 au i«' octobre 1*738, mais lei volumes correspondant aux trois derniers trimestres ne furent imprimés que de 1740 à

(2) Gotareio, Iriarley p. 49.

(3) D. José Viera y Glayijo est ce Ciavico avec lequel Beaumarchais eut la terrible affaire qu'il a racontée dans ses Mémoires (Ed. Didot» 1872, in- 8^ p. 333-346). D. José s'était épris d'une sœur de Beaumarchais, Marie-Louise Garon, habitant depuis plusieurs années & Madrid ; Marie-Louise avait renoncé pour lui à plusieurs partis avantageux, et après avoir par deux fois fait publier ses bans et annoncé son prochain mariage, Glavijo s'était retiré (1764;. Beaumarchais fit le voyage de Paris à Madrid et mit tout en œuvre pour faire revenir Clavijo sur sa décision ; n'y pouvant parvenir, il le fit destituer de son emploi d'archiviste par Grimaldi et le livra dans ses Mémoires au mépris public. Gette aventure lui suggéra la première idée de son drame d'Euyéniê (1767). Le même sujet fut traité après lui par Gœthe, sous le titre de Clavijo (1774), et par Marsollier, dont le drame de Norac et Javolci {Caron et Clavijo) fut joué en 1785 à Lyon en présence de Beaumarchais luimême. D. Emilio Gotarelo se montre très dur pour Beaumarchais : — € Hubo c de contentarse con una declaracion humiliante para el que la suscribio, c pero nada eirosa por quien la necesitaba. » {Marie, p. 45.) — Il parait bien

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feuille à tendances morales, rédigée par un moine de Madrid, sous le pseudonyme de D* Beafriz Gienfuegos (1). Le Penseur Qom^idL seulement86 numéros ou pensm et critiqua, sous une forme aimable, la société et ses travers (2} ; mais l'auteur s'attaqua aussi à la poésie nationale et s'attira souvent de vertes réponses (3).

Le Belianis littéraire de D. Juan José Lopez de Sedano cessa de paraître au bout de quelques semaines (4).

Le Journal des Aveugles n'eut qu'une médiocre importance (5).

Fomer et Moratin écrivirent dans la Glaneuse^ mais cette revue ne dépassa pas son 22* numéro.

En 1786, le P. Genteno imagina d'échapper aux inconvénients du rôle de critique en ne distribuant aux auteurs que des éloges. Son Apologiste universel ne mettait en lumière que rinstruction,rexactitude et les beautés des œuvres littéraires, mais maniait l'ironie de telle façon que la malice n'y perdait rien. V Apologiste parut seize fois en deux ans, et se tut (6).

Le Semainier de Salamanque eut une vie beaucoup plus longue (1769-180.5) et compta parmi ses collaborateurs Forner, Meléndez, Tavira et Zamora (7).

Le Mémorial littéraire, instructif et curieux de la Cour de Jlfarfnrf (1784-1797-1801-1805) fut l'organe attitré de l'école classique et prit part à toutes les querelles littéraires du temps. Plus dogmatique et plus sérieux que V Apologiste^ il suscitait des colères folles autour de lui ; des répliques fu-

cependant que le beau rôle ait appartenu en cette affaire à Beaumarchais et que Clayijo se soit comporté en homme aussi dépourvu de digaité que de délictteise.

(1) Cotarelo, Ramon de la Cruz, p. 43.

(2) Coxe, VEspagne sous Us Bourbons, VI, p. 23S.

(3) Ta no hay que trabajar para comer Ni yapara escrîbir hay que estudiar.

Pues para ser autor basta pensar

Y engorda un hombre solo con morder. (Cité par Gotarelo, Iriarte, p. 45.)

(4) Gotarelo, Iriarte, p. 165.

(5) Ram. Giron, Historia de la Ciudad de Satamanca, p. 469.

(6) Gotarelo, Iriarte, p. 309.

(1) Ram. Giron, Historia de Salamancaf p. 463.

rieuses répondaient à ses articles, et ce qu^on ne pouvait insérer dans les gazettes, on Timprimait sous forme de libelle, comme Forner l'avait fait avec tAne érudit et les Grammairiens contre Iriarte, avec la Lettre de Z>. Antonio Varas contre Trigueros, avec la Corneille sans plumes conir^ Vargas Ponce, comme le firent Iriarte, Huerta, Samaniego et tant d'autres.

Les gens paisibles trouvaient ces attaques scandaleuses, et pensaient avec le P. Godorniù que « la critique était une véritable épidémie dans la République des Lettres (1) ». Ils avaient tort; si médiocre et si misérablement personnelle qu'elle ait été, la critique du xviii<^ siècle parvint à faire justice d'un grand nombre de mauvais écrivains et à donner droit de cité à la raison dans la littérature.

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