CHAPITRE TROISIÈME
des; causes de la décadence du commerce.
1. — » LA COr^TREBAr^DE NÉCESSITÉE PAR LA RUINE DES MANUFACTURES.
La ruine de Tindustrie eut pour conséquence immédiate la ruine du commerce. Les Espagnols pouvaient-ils encore exporter les produits de leurs manufactures^ lorsqu'elles ne suffisaient plus à leurs propres besoins? Leur commerce devint purement passif. En retour des articles fabriqués que leur expédiaient la France, T Angleterre, la Hollande et les villes industrieuses de Gênes et de Hambourg , ils furent obligés de donner leurs matières premières et celles de leurs colonies , les laines y les soies , la cochenille , l'indigo , le bois de campèche , les drogues médicinales, les cuirs , le vin , les fruits secs et bientôt jusqu'à leurs lingots d'or et d'argent.
A la fin du xvn® siècle^ les étrangers vendaient aux Espagnols les cinq sixièmes des articles manu-
facturés qui se consommaient dans le pays^ et ils faisaient les neuf dixièmes du commerce de l'Amérique dont TEspagne avait voulu se réserver le monopole ^ Nous allons examiner Torigine , la nature et les conséquences de ce commerce de contrebande avec les Indes^ qui devint bientôt pour les nations étrangères une source inépuisable de richesses.
Après la conquête du Mexique et du Pérou , Tintérèt des Espagnols était de veiller à la conservation des tribus indiennes^ de les civiliser peu à peu en leur enseignant les arts et les sciences des nations policées, de favoriser les branches d'industrie qui convenaient à la nature du sol^ et de fournir aux indigènes tous les articles qu'ils n'auraient pu confectionner eux-mêmes^ et dont ils auraient cependant senti le besoin. Us justifiaient ainsi l'exclusion des étrangers des marchés du Nouveau Monde^ et en conr centrant entre leurs mains le monopole de ce commerce lucratif, ils auraient élevé rapidement leur pays au plus haut degré de prospérité. La reine Isabelle voulut suivre cette politique^ qui était à la fois conforme à la justice et aux véritables intérêts
1 . « Los estrangeros negocfan en Espana de seis partes las cinco, de quanto se négocia en ella ; y en Indias de diez partes las nueve. > Moncada, Restauraeion poHtica de Espana, Voir Apendice à la Educacion popular, t. IV, p. 3G6. Cf. Aguslin de Blas, p lOô.
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de l'Espagne et de ses colonies. Sous son règne on introduisit dans les îles nouvellement conquises la culture du blé^ de la vigne^ de rollTier^ et Ton y acclimata la .plupart des animaux domestiques de l'Europe, tels que le mouton^ la chèvre, le cheval et surtout le bœuf et Vâne qui devaient être d'un grand secours pour le laboureur. Mais le plus grand nom** bre des Espagnols établis dans le Nouveau Monde ne songeaient qu'à exploiter le présent, sans se préoccuper de l'avenir. Cédant à leurs instances, Charles -- Quint dut soumettre les vastes régions du Mexique et du Pérou, dont Femand Cortez et François Pizarre avaient achevé la conquête, à des règlements injustes et arbitraires , qui avaient pour but d'étouffer leur industrie naissante et de les tenir dans la dépendance la plus absolue de la métropole. On défendit aux habitants d'exercer les métiers de teintqrier, de foulon, de tisserand, de cordonnier, de chapelier , et on les força d'acheter aux Espagnols jusqu'aux étoffes dont ils avaient besoin pour se vêtir. Les Indiens formaient encore, sous le règne de Philippe II, la partie la plus nombreuse de la population. Avant la conquête , ils vivaient presque nus, et fabriquaient eux-mêmes le peu de tissus dont ils avaient besoin pour leur parure plu-
tôt que pour leur habillement. Devenus sujets du^ roi d'Espagne, ils furent contraints de se vêtir d'étoffes étrangères. Mais souvent leur travail suffisait à peine pour les nourrir , et alors ils étaient réduits à retourner dans les forêts et à reprendre la vie presque sauvage de leurs ancêtres \
Une seconde ordonnance non moins vexatoire défendit aux Indiens de cultiver la vigne et Tolivier. On ne fit une exception qu'en faveur du Pérou et du Chili , trop éloignés de l'Espagne , mais on défendit aux habitants de ces deux provinces , sous les peines les plus sévères , d*en- Yoyer de l'huile au du vin à Panama^ à Guatimala et dans les autres contrées qui pouvaient en recevoir de la métropole '. Ce fut une nouvelle faute de borner le commerce des Indes au seul royaume de Castille et d'en exclure la Catalogne et l'Âragon. Charles-Quint rendit cette faute irréparable en concédant à une seule ville le monopole de l'approvisionnement du Mexique et du Pérou'. Ce monopole obtenu par les habitants de Séville^ en
1 . C'est à cette caase, bien plus qu'aa travail des mines, que Ton doit attribuer la diminution rapide de la race des Indiens. Voyez Ulloa, 2* part, p. 193-206.