Robertson, Histoire de V Amérique, t. III, p
d. Jovellanos, Coleecion de varias oàras, t. 1, p. 107-110.
1 529 , fut transféré dans la suite à Cadix, On défendit formellement aux autres ports de mer d^envoyer directement en Amérique les produits de leur industrie. Un tribunal de commerce y établi à Cadix sous le titre de Casa de la eontratacion^ fixait tous les ans la nature et la qualité des marchandises destinées aux colonies. Il en résulta un abus qu'il eût été facile de prévoir : un petit nombre de négociants de Cadix se concertèrent pour étouffer toute concurrence^ et ils y parvinrent sans peine. Dès lors, ils haussèrent le prix des marchandises au gré de leur cupidité, et, lorsqu'ils s'entendaient pour n'en pas envoyer en quantité suffisante , ils réalisaient d'énormes bénéfices.
Deux escadres sortaient, tous les ans, du port de Cadix pour approvisionner le Mexique et le Pérou. On les appelait la flotte et les galions. Les galions fournissaient les marchés du Pérou et du Chili. C'étaient dix vaisseaux de guerre, dont huit portaient de quarante-quatre à cinquante-deux canons; les deux autres étaient de simples pataeheSy dont la plus grande était armée de vingt-quatre canons, la plus petite en avait six ou huit. La flotte était destinée à faire le commerce avec la Nouvelle Espagne et les provinces voisines; elle se composait de deux vais-
seaux de cinquante-deux à cinquante-<;inq canons* Les deux escadres étaient accompagnées d'un certain nombre de vaisseaux marchands auxquels elles servaient d'escorte, et qui avaient chacun de trente à trente-quatre canons et cent vingt hommes d'équipage. Au temps de Philippe II, soixante ou soixantedix vaisseaux de cinq à huit cents tonneaux, approvisionnaient la Nouvelle Espagne, et quarante du même port approvisionnaient le Pérou*. Sous Charles II, il n'y en avait plus que dix ou douze qui accompagnaient les galions à Carthagène et à Porto-Bello, et huit ou dix qui accompagnaient la flotte à Véra-Cruz*. Quelques jours avant l'arrivée des galions, les commerçants du Pérou et du Chili transportaient à Porto- Bello les produits de leurs mines et toutes sortes de marchandises précieuses destinées à être échangées contre les articles manufacturés de l'Espagne. Cette ville se remplissait alors d'une foule innombrable. Le marché restait ouvert pendant quarante jours. Mais il ne régnait aucune liberté dans les transac-
1 . Voyez le Mémoire adressé à Philippe III par Alonso de Cianca. J*ai troavé ce mémoire dans ane collection de pièces relatives an commerce de l'Espagne, qui appartenait à Golbert. Communiqué par M. Ternaux Gompans.
2. Voyez la seconde partie du Mémoire du comte de Rébenac, du 20 mai 1689. Manuscrits français de la Bibliothèque du roi. Supplément français, n<* 63.
tions commerciales. Tout était prévu , réglé d'avance. Il y avait des articles dont le prix fixé devait offrir cent pour cent de bénéfice, d'autres cent cinquante, quelques-uns jusqu'à trois cents. Lorsque le prix des marchandises était rendu public^ on entrait en négociation , et les marchands d'Espagne et d'Amérique faisaient aisément leurs comptes en se réglant sur les prix convenus. Puis on échangeait les marchandises contre l'argent en barres ou en piastres^ et des deux côtés on apportait tant de bonne foi à cet échange, que l'on n'ouvrait pas même les caissons de piastres et que l'on ne vérifiait pas le contenu des ballots. Cette confiance réciproque n'était jamais déçue. Lorsque, par erreur, il se trouvait des sacs d'or mêlés aux sacs d'argent, ou, dans la livraison des marchandises, quelques articles qui n'avaient pas été portés sur les factures , ils étaient restitués immédia^tement^
Pendant ce temps , la flotte allait aborder à Yéra- Cruz, où les négociants américains avaient transporté d'avance les produits les plus précieux de la Nouvelle Espagne et des provinces qui en dépendaient. L'échange se faisait aux mêmes conditions