Mignet, t. II, p
les premières listes , et les individus qui se trouveraient sur celles-ci pourraient à leur tour indiquer mille autres personnes capables de payer cinq cents ducats. Toutes les opérations relatives à cet emprunt seraient confiées, hors de la cour, aux prélats et aux corrégidors, qui s'entendraient ensemble pour qu'elles fussent exécutées dans le plus grand ordre et avec le plus de succès possible*. » Le conseil d'État terminait en suppliant la reine de mesurer le remède à la grandeur du mal et de convoquer les eortès, pour les prier de la secourir dans cette extrémité. Mais il était plus facile de faire de telles propositions que de les mettre à exécution. Le plujs habile des ministres, le comte de Castrillo^ prévoyant de nouveaux malheurs, et les jugeant irréparables, se démit volontairement de la présidence du conseil de Gastille :
« Mon grand âge , dit-il à la reine en prenant congé décile , mon peu de force et les affaires sans nombre et embarrassées, m'obligent à remettre entre les mains de Votre Majesté les charges dont je suis revêtu , parce que je vois que le gouvernement de la monarchie est fort différent de ce qu'il devrait être.
1 . Extrait d'un mémoire du Conseil d'État d'Espagne. Madrid, 25 novembre 1667. V.Mignet, t. Il, p. 603.
Les rois d*E8pagne ont établi des conseils afin d a* voir des ministres qni eussent l'oeil snr les royaumes, qui cherchassent des sujets de mérite pour remplir les charges , qui représentassent les services qu'ils avaient rendus et les raisons qu'on avait de les proposer^ pour que le roi les nommât à ces emplois. Aujourdhui on ne fait rien de tout cela : la reine peut consulter celui qui gouverne sa conscience et s'informer de lui , sans en parler au conseil et , de sa propre autorité^ elle peut ordonner, dans les se* crétaireries, qu'on donne les postes à ceux qu'elle a nommés. L'Espagne serait heureuse s'il n'y avait que ce mal à réformer ; mais tous les principaux ministres d'Espagne conviennent qu'on ne peut rien attendre de bon d'un pareil gouvernement , et que la monarchie court à sa ruine et tend à sa fin. Ce m'est une grande douleur de voir arriver ce malheur pendant la régence de Votre Majesté ^ »
Si la Hollande , la Suède et l'Angleterre n'étaient venues au secours du gouvernement espagnol , en signant la triple alliance ^ il aurait continué ses négociations avec les diverses cours de l'Europe sans obtenir de résultat. Ces trois États, alarmés des progrès de Louis XIV, imposèrent leur médiation et,