‹ L'Espagne depuis le règne de Philippe IIChapitre 13 sur 202 · Mignet, t. Il, p · texte numérisé non relu

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pour donner le temps de traiter, ils exigèrent d'abord une suspension d'armes. Le roi de France promit une trêve de trois mois, mais le marquis de Castel-Rodrigo le dispensa de remplir sa promesse, en déclarant qu'il se contentait de la suspension d'armes que Thiver imposerait aux troupes fran* çaises. Louis XIV répondit à ce nouvel accès d'une fierté incorrigible par la conquête de la Franche- Comté.

Cette province, séparée de la Flandre par la Cham* pagne et la Lorraine, ne tenait plus que par un faible lien à la monarchie espagnole. Le peuple accablé d'impôts et les nobles, éloignés de tous les emplois publics, appelaient de leurs vœux la domination française ^ Louis XIV chargea le prince de Condé de diriger l'entreprise et d'entrer immédiatement en campagne, quoiqu'on fût au cœur de l'hiver. Gou^ verneur de la Bourgogne, le prince était admirablement placé pour préparer en secret l'invasion de cette province limitrophe. Il chargea le chevalier de Rivière, le comte de Chamilly et plusieurs ingénieurs de parcourir, sous des déguisements, le pays qu'il allait envahir, et de lui procurer des renseignements exacts sur l'état des troupes et des places fortes.

I . Letlres pour Thistoire militaire de Louis XIV, t. H, p. Ul-ZiS.

Grâce à lannoace d'une expédition en Catalogne^ on put diriger sur la Bourgogne une armée de dix-huit mille soldats. Les munitions de guerre furent envoyées comme des marchandises emballées pour Lyon. La Bourgogne dut fournir l'artillerie de siège dont elle était abondamment pourvue. Pendant ce temps, le résident du roi en Suisse négociait avec les Francomtois pour le renouvellement de la neutralité, que leur garantissait le payement d'une somme annuelle. Cette négociation avait pour but d'entretenir les Espagnols dans leur sécurité, et de tromper les Suisses sur les véritables intentions de Louis XIY. Quand tout fut prêt , le roi partit de Saint-Germain et arriva le 8 février en Franche-Comté , où les opérations étaient commencées depuis cinq jours. Le marquis de Jeune , gouverneur de la province , fut pris au dépourvu. Il n'avait ni argent ni soldats , et le parlement de Dôle refusait de fournir les subsides nécessaires. Ainsi la Franche-Comté était encore moins en état de se défendre que les Pays-Bas. Les places fortes se soumirent presque sans résistance ; Besançon ouvrit ses portes, le 7 février, au duc de Luxembourg ; Salins et ses deux forts se rendirent, le même jour, au prince de Condé. Dôle, investi le 8, capitula le 13. Le chevalier de Grammont,

admis dans la place assiégée, avait effrayé les magistrats en leur représentant « que c'est une épouvan* table opération que d'être passé tout vif au fil de Tépée. » En même temps il avait excité leur jalousie en insinuant que le roi ferait de Besançon la capi* taie de la province, s'ils persistaient à lui résister. Le lendemain de la capitulation , Louis XIY fit son entrée dans la ville, et le parlement rendit un arrêt pour déclarer rebelles tous ceux des Francomtois qui refuseraient de se soumettre. Pontarlier , le fort de Joux y celui de Sainto-Âgnès se hâtèrent de capituler ; le marquis de Jeune lui-même fut fait prisonnier. La ville de Gray ^ qui était la mieux fortifiée de la province, ouvrit^ le 4 9^ ses portes à Louis XIV. Lure, Faucognée congédièrent leurs garnisons et reçurent les Français. Toute la Franche-Comté fut conquise en quatorze jours ^

Cette conquête rapide frappa TEspagne et l'Europe entière de surprise et de crainte. Les puissances unies par la triple alliance, renouvelèrent leurs offres de médiation auprès de Louis XIV et firent des armements pour lui imposer la paix. Le grand roi ne s'était pas encore accoutumé à l'idée de braver seul

1 . Voyez Mîgnet, t. II, p. 605-603. Cf. SismoDdi, Histoire des Fran-raif^U XXV, p. 145-140.

TEurope entière coalisée contre lui j d'un autre côté, la monarchie espagnole imposait encore par le prestige de son nom et par le souvenir de ses anciennes victoires. Louis XIV lui-même n'était pas persuadé qu'elle fût désormais sans force pour se défendre.. Il accepta les propositions des puissances médiatrices ^ et la paix fut signée à Âix-la-Ghapelle (2 mai 1668). Le roi restitua la Franche-Comté qu'il était sûr de reconquérir sans peine , mais il garda ses conquêtes en Flandre. Les places de Charleroi , Binch , Âth , Douai , Oudenarde , Lille , Tournai , Ârmentières, Furnes^ Bergues et Courtrai, furent réunies à la monarchie française, et Louis XIV eut des avant-postes qui lui facilitèrent dans la suite la conquête du reste des Pays-Bas.

Le rôle des grandes puissances de l'Europe était alors entièrement changé. On avait vu la Hollande s'allier avec la Suède et l'Angleterre, pour maintenir l'intégrité decette même monarchie espagnole, qu'elle avait combattue pendant quatre-vingts ans. Elle préférait le voisinage des Espagnols à celui des Français. Dans la guerre de Hollande^ l'Espagne intervint à son tour en faveur de son ancienne ennemie; mais cette alliance ne fit qu'attirer sur elle de nouveaux désastres. En 1 672; le comte de Honterey, gouver-

neur des Pays-Bas , envoya de lartillerie , des munitions et des troupes au prince d'Orange qui voulait se rendre maître de Charleroi. Mais la vigoureuse résistance de la garnison française, commandée par le comte de Montai^ fit échouer la tentative des Hollandais et découragea leurs alliés ^ Le comte de Monterey fut désavoué par la cour de Madrid^ qui n'osait pas encore se déclarer ouvertement. Il n'en envoya pas moins un corps de cinq mille hommes à Maëstricht pour aider les Hollandais à défendre cette place'. Louis XIY résolut de lui inspirer des craintes pour lui-même. Il feignit d'attaquer successivement Gand et Bruxelles, pour le forcer de rappeler les troupes qu'il avait envoyées à Maëstricht; puis il investit cette forteresse^ qui fut obligée de se rendre (1673).

La prise de Maëstricht détermina les puissances qui voulaient maintenir l'équilibre européen, menacé par la France^ à lever le masque. Le 30 août 1673, l'empereur et le roi d'Espagne signèrent un traité d'alliance avec la Hollande* L'empereur prit l'enga^ gement d'envoyer trente mille hommes sur le Rhin; l'Espagne , d'attaquer la France avec toutes ses for-

1. Sismondi, Histoire des Français, t. XXV, p. 265. 3. Ibid,, p. 260.

ces; la Hollande, de restituer Maëstricht à l'Espagne et de lui faire rendre tout ee qu'elle ayait perdu par le traité d'Aix-la-Chapelle. Pendant que le prince d'Orange obtenait contre la France Tappui de l'Espagne et de l'Empire, il détachait l'Angleterre de l'alliance française et armait contre Louis XIV les princes catholiques, voisins de la Hollande, Tévèque de Munster, l'électeur de Cologne , puis le Brandebourg et le Danemarck. Ainsi, toute l'Europe était coalisée contre la France, et le moment sem*blait venu pour l'Espagne de venger ses anciennes défaites et de recouvrer les provinces qu'elle avait perdues. Mais la cour de Madrid agit avec tant de lenteur et de mollesse que Louis XIY put tenir tète à tous ses ennemis. Un corps de troupes fut envoyé dans le Roussillon, pour empêcher les Espagnols de franchir les Pyrénées ; et pendant que Turenne et Condé s'opposaient aux impériaux et au prince d'Orange , le roi marcha lui-même pour reconquérir la Franche-Comté.

Cette province était mieux pourvue de munitions et de troupes qu'en 1668. Le nouveau gouverneur, Don Antonio d'Alveyda, avait fait réparer les fortifications de Dôle et de Gray; il avait demandé des secours aux Suisses et à l'empereur. Mais le peuple

et la noblesse désiraient plus vivement que jamais de passer sous la domination française. Plein de défiance dans les habitants^ le gouverneur avait dispersé ses troupes dans toutes les villes de la province. Mais, au moment de Tinvasion, il n'avait pu rassembler encore, malgré tous ses efforts, que trois mille cinq cents hommes de pied et huit ou neuf cents chevaux * . Aussi n'était-il pas en état de tenir la campagne. Le duc de Navailles, lieutenant général du roi dans le duché de Bourgogne, commença les hostilités. Il se rendit maître de Gray et de Yesoul , malgré la valeur des garnisons espagnoles trop peu nom-* breuses pour opposer une longue résistance. Puis il mit le siège devant Besançon, le 25 avril 1674. Louis XIY vint lui-même animer de sa présence le courage de ses soldats. La ville capitula le 1 5 mai, la citadelle le 22. Dès le 26 du môme mois, le roi fit investir la forteresse de Dôle, qui dominait toute la province, et d'où les Espagnols menaçaient la Champagne, la Bresse et le Lyonnais. Le vieux duc de Lorraine, Charles IV^ essaya de la sauver par une diversion. Hais le vicomte de Turenne l'arrêta dans sa marche, et la ville fut obligée de se rendre le 6

1. Lettres pour l'histoire militaire de Louis XIV, t. U, p. 213 sq., et p. 221 sq.

28 PRSHIÈaE PARTIE.

juin 1674. Salins et les autres petits forts se soumirent successivement. Celui de Faucognée opposa une plus longue résistance et fut emporté d'assaut ^ Toute la Franche-Comté fut conquise au bout de six semaines, et depuis elle est restée à la France,

L'année suivante^ le comte de Schomberg, qui commandait l'armée du Roussillon, reçut l'ordre de pénétrer en Espagne. Il passa les Pyrénées et prit les villes de Figuières, d'Âmpurias^ deBellegarde, et un grand nombre de châteaux fortifiés ^. La cour de Madrid ne songea pas même à envoyer des troupes pour repousser l'invasion. Elle confia la défense du territoire national au patriotisme des Mique-leis^j volontaires adroits et hardis de la Catalogne^ qui connaissaient mieux que les Français les âpres sentiers de leurs montagnes, et qui savaient tantôt tenir ferme, tantôt se disperser au jour pour reparaître le soir, lorsqu'on ne s'attendait plus à une attaque. Ce furent là les ennemis que le comte de Schomberg eut à combattre en Espagne. Leurs efforts seuls Tem-

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