‹ L'Espagne depuis le règne de Philippe IIChapitre 121 sur 202 · Ibid.,p · texte numérisé non relu

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revenaient au bout de quelques jours offrir aux Indiens d'autres marchandises qu'ils avaient tenues en réserve *. Afin d'en assurer le débit, ils ne distribuaient la première fois que des objets inutiles à ces malheureux , et gardaient soigneusement pour cette nouvelle répartition les articles de première nécessité. C'étaient des toiles, des draps ^ des instruments de labourage. Les Indiens choisissaient alors librement les marchandises , mais ils étaient forcés de les payer au prix fixé par les corrégidors, et ils étaient si accoutumés à obéir qu'ils n'opposaient presque jamais de résistance à ce procédé tyrannique^; d'ailleurs leurs réclamations n'auraient pas été écoutées. On peut en juger par le fait suivant. Un corrégidor acheta des draps à Quito et les reven-

1 . Les corrégidors Jastiflaient ces odieuses exactions en alléguant que sans les repartimientos les Indiens cesseraient de travailler pour TÎTre dans Toisiveté. iVoftctai Merefof , p. 260.

2. JYoticias sécrétas, p. 242. En 1780, les corrégidors des petites Tilles de Ghayanta et de Tinta s'avisèrent de faire successivement trois repartimientos. Cette fois les Indiens se soulevèrent, et ayant choisi pour chef le cacique Tupac-Amaru, qui descendait des Incas , Ils massacrèrent les corrégfdors et tous les Espagnols qu'ils avaient faits prisonniers. Ils ne furent replacés soos lo joug qu'après une guerre civile qui dura trois ans. Leur chef fut conduit à l'échafaud. On fit périr sous ses yeux sa femme, ses enfants et ses plus proches parents. Ensuite le bourreau lui arracha la langue, et après lui avoir fait souffrir des tourments inouïs, il finit par l'écarteler. Ibid., p. 254.

dit à des prix si exagérés, que les Indiens se plaignirent au vice-roi de la province. Celui-ci promit de leur rendre justice, et l'affaire fut portée à Taudience de Quito. Qu en résulta- t-il ? Les Indiens furent arrêtés et traités comme des factieux. Le corrégidor, informé à temps de leur démarche, avait écrit aux juges de Taudience que ses accusateurs étaient des séditieux auxquels il fallait infliger un châtiment exemplaire. Lorsque la vérité fut connue , les autorités se hâtèrent d'étouffer l'affaire, et les Indiens durent s'estimer trop heureux qu'on leur rendît la liberté \

Ce vaste débouché ouvert aux marchandises de la métropole ne ranima point l'industrie nationale. La dépopulation croissante de l'Espagne, le manque d'ouvriers, le préjugé contre les arts mécaniques et l'augmentation des impôts avaient ruiné peu à peu les manufactures de ce pays. Le royaume tout entier n'aurait pu suffire aux besoins de ses colonies , et une seule ville possédait le monopole de ce commerce. Déjà en 1 545 on avait jugé impossible de fournir avant six ans les marchandises réclamées par les négociants de Carthagène, de Véra- Cruz et de Porto-Bello; et cependant, à celte époque,

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