I. Ulloa, 2« part., p
pour rompre toute communication régulière entre ce pays et ses colonies.
« Dans cette guerre toute maritime, dit M. Villemain, les richesses mêmes des Espagnols leur tournaient à désavantage. Ils avaient de trop grandes pertes à faire; et les galions, chargés d'or, que leur envoyait le Mexique, à travers cette vaste étendue de mers, allaient rencontrer les escadres anglaises, animées par une proie si riche. Le premier ordre que donna Cromwell à Blake et à Montagne, fut d'épier le retour annuel de ces trésors. Les deux amiraux, à la tète d'une flotte nombreuse, vinrent croiser devant Cadix ; et de la hauteur des côtes d'Espagne, ils fermaient la route d'Amérique. En même temps, par l'ordre du Protecteur, ils envoyèrent quelques vaisseaux pour bloquer Dunkerque, sans qu'aucune flotte espagnole sortît pour les combattre. Vers le milieu de l'automne, les deux amiraux furent obligés de se rapprocher du Portugal, pour renouveler les provisions de leur flotte , qui tenait la mer depuis plusieurs mois : ils laissèrent devant Cadix le capitaine Stayner, avec sept frégates. Ce fut lui qui reçut cette grande occasion, attendue si longtemps. Une première flotte espagnole, partie du port de Lima , avait heureusement tra-
versé les périls d une course si longue et d'une saison avancée; elle était composée de quatre galions chargés d'or, de trois vaisseaux de guerre, et traînait à sa suite une prise portugaise. Le vice-roi de Lima revenait sur un des vaisseaux , avec ses trésors et sa nombreuse famille. Arrivée près de Saint- Lucar, toute cette flotte salua, d'une décharge d'artillerie, les côtes prochaines de l'Espagne. Alors parut Tescadre anglaise..». Stayner n'attaqua d'abord qu'avec trois frégates, et s'attachant au vaisseau vice-amiral, il le réduisit, après un combat de six heures; vainqueur, il put à peine arracher quelques richesses du milieu des flammes du navire, embrasé par la main des Espagnols. Le vice-roi de Lima expira dans les flammes avec son épouse; il s'était efforcé d'éloigner ses enfants de l'incendie , qu'il avait lui-même ordonné; malgré les soins de ce malheureux père, un de ses fils et sa fille, promise au jeune duc de Médina-Cœli , périrent dans l'affreux désordre du combat. Les cinq autres enfants, sauvés par une chaloupe, furent recueillis par la pitié des vainqueurs.
« Le vaisseau amiral, qui portait de grandes richesses, fit naufrage en fuyant ; deux autres furent pris par les Anglais, et le reste s'échappa vers Gi-
braltar. Malgré tout ce que Tincendie avait enlevé aux vainqueurs , plus de deux millions en lingots furent portés à Londres^ comme un monument de triomphe K »
En 1657, ce Blake , après avoir passé Thiver 4între Cadix et les côtes de Portugal , avait appris , au renouvellement de la saison y qu une flotte es* pagnole , plus riche encore que sa première proie , était à l'ancre dans la baie de Ténériffe. Le 13 avril il partit, et le 20 il toucha Ténériffe. L amiral espagnol, qui n'était pas indigne de combattre ce redoutable assaillant, avait abrité ses petits navires sous les batteries des forts qui défendaient le rivage, et placé plus avant six grands vaisseaux à Tancre* Blake résolut de brûler les galions s'il ne pouvait s'en emparer. Il partagea ses forces. Stayner pénétra dans la baie, et vint attaquer les navires sous le feu même des forteresses. L'amiral disposa près des forteresses quelques-uns de ses plus grands vais-seaux , dont l'artillerie força la garnison ennemie d'abandonner un poste si dangereux. Avec le reste de sa flotte il combattit pendant quatre heures les grands galions, qui furent incendiés, tandis que
I . Hiitoire de Cromwell, par M. Villemaln, t. Il, p. 135 sq. M. Vîllemain se propose de publier une nouvelle édition de cet ouvrage, coni'