III. LE DÉFAUT DE COMMUNICATIONS
Peut-être faut-il attribuer à ce même préjugé l'ineurie du gouvernement pour construire de grandes routes, pour creuser des canaux et des ports et pour améliorer la navigation des fleuves.
u L'Espagne est une péninsule située à la limite occidentale de l'Europe. Le seul côté qui lui serve de communication avec le continent est lui-même barré parune vaste chaîne de montagnes qui n'a que deux ouvertures sur l'Europe. C'est par ces deux portes et par ses côtes que l'Espagne est en relation avec le reste du monde. Mais, outre la chaîne des
I • On leur faisait prononcer en bon castillan le mot ajo on le mot ee- Mla» Voyes la dépêche da marqnis de Feuqnières, du 25 Juillet f 68&. Archives du Ministère des affaires étrangères.
3, Deir Horfore itranaturato, etc., fol. 58,Te7S0.
Pyrénées qui la sépare du continent, elle est inté-rieurement coupée par d'autres chaînes, dirigées aussi de l'est à l'ouest, avec un peu plus d'inclinai-* son vers le sud, qui divisent ses diverses régions entre elles. Ces chaînes, d'où sortent des contreforts puissants et nombreux, qui courent dans un sens opposé et qui ont reçu comme elles le nom de sierra^ forment des bassins sinueux où s'encaissent les eaux du pays. Elles dessinent le cours de l'Èbre, du Douro, du Tage, de la Guadiana, du Guadalquivir, qui coulent tous dans la même direction transversale et se rendent dans TOcéan, à l'exception du premier qui se jette dans la Méditerranée... Une position continentale si isolée, une forme si montagneuse, ne sont pas les plus favorables aux communications ni au mouvement. On pénètre difficilement d'Europe en Espagne : la grande muraille des Pyrénées en ferme l'accès. On ne passe point aisément d'une partie de l'Espagne dans l'autre; les chsdnes intérieures s'y opposent. Le pays a, d'ailleurs, trop de montagnes pour ce qu'il a de plaines, et trop peu d'eaux pour ce qu'il a d'étendue * • »
La nécessité d'établir des communications faciles entre les différentes provinces était d'autant plus
K Mignety Introduction, p. ivet ▼.
pressante, que presque toutes les grandes villes se trouvent éloignées du centre et situées aux extrémités du royaume. Pour aller de Madrid à Barcelonne, à Cadix, à Séville, à Grenade, à Valence, à Carthagène, il faut traverser la moitié de la Péninsule. Et cependant le gouvernement montra la plus coupable incurie pour relier entre elles la capitale de la Castille et les villes commerçantes de la Catalogne, de r Andalousie et des royaumes de Grenade, de Murcie et de Valence. Les routes de TEstramadure étaient si mauvaises que les voitures chargées de marchandises pour Badajoz n'arrivaient à leur destination qu'en faisant d'innombrables détours * . Encore aujourd'hui, le voyageur qui traverse celte province pour aller de Madrid à Lisbonne, est obligé de faire près de cent lieues à cheval. La Castille aurait pu trouver dans les Asturies un débouché pour ses blés et pour les vins des districts de Rueda, de Mava et de Seca. Les Asturies lui auraient fourni en échange des fruits, des poissons, des bestiaux et un grand nombre d'articles fabriqués. Mais les communications étaient si difficiles entre ces deux provinces que les marchands de Barcelonne et d'Alicante
1 . Voyez rarticle Estramadure dans le iHetùmnair$ de Mli&ano.
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envoyaient leurs vins par mer dans les ports des Asturies et les y^ donnaient à meilleur marché que ne pouvaient le faire les Castillans ^ La fanègue de blé ne coûtait que 6 réaux sur le marché de Palencia, mais les frais de transport à Santander s'élevaient à 16 réaux, quoique la distance fût à peine de quarante lieues '. Aussi les Asturiens faisaient-ils venir les blés de France, tandis que ceux de la Castille se vendaient à vil prix dans l'intérieur du royaume. Les négociants de Cadix et de Séville gagnaient cent pour cent sur les blés qu'ils achetaient dans la Beauce et dans l'Orléanais pour les revendre aux Asturiens, quoique ces deux provinces fussent situées à cent lieues de la mer '. Lorsque l'on transportait des marchandises de Madrid à Séville, à Cadix, à Barcelonne, on se gardait bien de prendre d'autres marchandises en échange. Pour éviter des frais de transport beaucoup trop considérables, les marchands ne voulaient recevoir que de l'argent comptant ou des lettres de change sur lesquelles ils perdaient deux pour cent^.
i • Infinmê de la ioeiedad ûeonomiea de Madrid ai Real y iupretno Coneejo de CattiUa, pordonGaspar Melchior de Jovellanos, p. 20i. Madrid, 1820.