‹ L'Espagne depuis le règne de Philippe IIChapitre 183 sur 202 · Voyei Viardot, Étwie$ sur VEspagne, p · texte numérisé non relu

Voyei Viardot, Étwie$ sur VEspagne, p

Après Solis^ la mort intellectoelle fut complète. Toute littérature disparut alors que disparaissait toute gloire et que les calamités publiques annonçaient la prochaine dissolution de la monarchie.

L'histoire de Fart présente les mêmes vidssitodes d élévation et d'abaissement que celle delà lititérature. L'Espagne avait eu de grands artistes en même temps qu'elle avait de grands écrivains et de grands capitaines. Par une suite de cette commune destinée, la décadence se manifesta à la fois dans l'art, dans les lettres et dans l'État. Lorsque TEspagne laissachasser ses armées de la Flandre , du Portugal et de l'Italie % elle perdit aussi cette noble passion des beaux-arts, que les communications avec ces pays avaient fait naître et qu'elles avaient entretenue si longtemps. Pendant les revers qu'éprouva la monarchie, sous le règne de Philippe IV, la nation se préoccupa moins de l'art qui ne peut fleurir qu'au milieu de la prospérité publique. En vain Philippe IV oubliait ses devoirs de roi dans la culture des lettres et des arts^ en vain se consolait-il, parmi les peintres et les poëtes, de ses disgrâces politiques. Il eut beau envoyer Velasquez en Italie^ pour

1 • Voyez dans le premier volame les fréquentes révoltes de Naples et de la Sicile au xvu" siècle.

acheter des tableaux, des statues et des médailles, dépensant ainsi les derniers écus d*un trésor vide et d'une nation ruinée. La décadence commença sous son règne , et ne s'arrêta qu'à la fin du xvii® siècle. Lorsqu'arriva la désastreuse époque de Charles II, lorsque le théâtre se ferma, lorsqu'on cessa d'imprimer et de lire, les ateliers de peinture devinrent déserts. En 1660 , peu d'années avant la mort de Murillo, tous les artistes de Séville, tous ceux qui avaient survécu à la grande école de Yelasquez, d'Âlonzo Gano, de Zurbaran, s'étaient réunis pour former une académie de peinture et de dessin, promettant de donner des leçons gratuites, et de fournir gratuitement tous les objets nécessaires à la culture de cet art qui avait fait la gloire de l'Espagne. Vingt ans après sa fondation, cette académie n'existait déjà plus, faute de professeurs et de disciples.

La musique espagnole déclina également pendant la seconde moitié du xvii° siècle. Consacré presque entièrement au culte religieux , cet art était resté, comme autrefois en Egypte , renfermé dans le sanc* tuaire. « Non seulement l'Espagne ne communiqua pas à l'Europe les richesses musicales de ses églises, mais aucune province ne voulait communiquer les

siennes à lautre. Chaque cathédrale avait ses traditions distinctes : Séville n'empruntait rien à Valence, ni Burgos à Saint*Jacques. Il n'y avait point d'école, point d'œuvres communes *. »

Une seconde cause de la décadence de la musique espagnole fut la recherche et raffectation. Ces mêmes défauts avaient déjà perdu la littérature. De même que la poésie du xvii'' siècle^ la musique eut ses cuUo$ et ses eaneeptistos. « On abandonna les larges et claires mélodies pour les canons, les fugues et toutes les subtilités du contre-point. L'art fit place au métier et le génie à la patience. Le goût de ces vains jeux d'esprit, qui n'ont d'autre mérite que celui de la difficulté vaincue, alla, on peut le dire littéralement, jusqu'à Tanagramme. Ainsi le cantique de saint Jean :

Ut qaent Iaxis ilasonare fibris, etc.

dont les premières syllabes des six premiers vers ont servi à nommer les six notes primitives , fut mille fois travaillé dans cette ridicule manière. Pour le faire mieux comprendre , je vais citer au hasard un des exercices à la mode dans les maîtrises. On

1 , Yiardot, Études sur VE»pogm;^. 379.

dictait aux élèves ces vers à peu près dépourvus de sens:

La /Ubritifl suprema.

Mi reyno celestial, Del infeliz mortal Hara mo/a «o/tando, etc.

Les syllabes formant le nom d'une note ^ la , mt , re^ fa, $oly devaient toujours reposer sur la note qu'elles semblaient appeler^ et cet exercice était d'autant plus difficile qu'il fallait Técrire à quatre ou huit voix^ quelquefois en fugue ou en canon. C'étaient d'incroyables tours de force ; mais quel effet produisaient-ils ? Est-ce qu'ils pouvaient , je ne dirai pas remuer l'âme , mais flatter l'oreille ' ? »

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