‹ L'Espagne depuis le règne de Philippe IIChapitre 184 sur 202 · Viardoty Éiudeê »ur VE$pagne, p. 3S · texte numérisé non relu

Viardoty Éiudeê »ur VE$pagne, p. 3S

CONCLUSION- DES RÉFORBCES RÉALISÉES PAR LES BOURBONS DTSPAGNB JUSQITA LA RÉGENCE DE MARI&CHRISTINE.

c( L'Espagne , dit Âlbéroni au cardinal de Polignac, est un cadavre que j'avais animé , mais, à mon départ , il s'est recouché dans sa tombe ^ »

A la fin du xvu® siècle , l'Espagne n'avait plus de marine, plus d'armées. Ses finances étaient entièrement épuisées. Le peuple avait sacrifié ses libertés à l'espérance trompeuse d'une administration forte et régulière, et partout régnait l'anarchie. L'agriculture, l'industrie, le commerce n'enrichissaient plus personne. Les travaux de l'esprit avaient cessé. La mort avait pénétré partout. On vit les classes élevées subir une dégénération physique dontaucune nation n'avait encore offert l'exemple, résultat inévitable du préjugé des nobles qui interdisait les mariages avec les

1. « Qae era enfin la Espaila toda antes que entrase à acnpar el trono la AuguBta Casa de Borbon ? Un cuerpo cadaTerico, sin espiritu ni fuerzas para senlir su misma debilidad. » Gapmany, t. 11» p. 366.

familles d un rang inférieur. Enfin la mort atteignit la dynastie elle-même par l'impuissance.

On conserve dans le musée de Madrid une série de portraits qui représentent les rois d'Espagne de la maison d'Autriche , depuis celui de Charles-Quint par Titien , jusqu'à ceux de Philippe IV et de Charles II par Yelasquez et Carreno. En comparant ces portraits on est frappé d'une singulière analogie entre la dégradation des formes physiques et celle des intelligences. La ressemblance est grande dans cette dynastie de cinq rois; c'est la même physionomie , ce sont les mêmes traits , mais ils descendent par degrés de l'expression du génie à celle de la nullité. « Charles-Quint^ dit M. Yiardotdans ses Études sur l'Espagne, a le front haut et plein , l'œil pénétrant, le nez un peu aquilin et fermement dessiné, la lèvre inférieure fière et dédaigneuse, le menton large et court. Dans Charles II, tous ces traits, quoique ressemblants encore, se sont allongés, rétrécis , hébétés. Le front est étroit et bas, l'oeil est morne , le nez pend , comme une glande charnue, du front sur la bouche, la lèvre pend sur la mâchoire, et la mâchoire sur l'estomac... On reconnaît dans Charles-Quint la pénétration fine , l'activité opiniâtre, la force calme ; dans Philippe II , le soup-

çon jaloux , la volonté puissante encore^ mais rusée et vindicative ; dans Philippe III, lenvie d une volonté, mais incertaine , insuffisante, le vouloir sans le pouvoir ; dans Philippe IV , la faiblesse insouciante; dans Charles II , l'imbécillité ^ »

Il semble en effet que les facultés royales se soient amoindries à mesure que l'action du roi devenait plus limitée.

a Charles-Quint, dit M. Mignet, avait été général et roij Philippe II n'avait été que roi ; Philippe III et Philippe lY n'avaient pas même été rois; Charles II ne fut pas même homme*. • Non seulement, il ne sut pas régner, mais il ne put pas même se reproduire*. »

Arrivée à ce degré d'abaissement, l'Espagne ne pouvait être sauvée que par une dynastie nouvelle, qui ne fût pas enchaînée par les traditions d'une politique surannée. Charles II le comprit peut-être luimême, lorsque, après avoir pris conseil des grands de Castille et du saint-siége, il exclut sa propre famille du trône d'Espagne pour y appeler un petit-fils de Louis XIV. Un prince français alla régner dans le palais de Philippe II et commencer l'œuvre de la ré-

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