‹ L'Espagne depuis le règne de Philippe IIChapitre 40 sur 202 · IL — LA HÀIN-HORTE DES TERRES DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

IL — LA HÀIN-HORTE DES TERRES DU CLERGÉ

La concentration de la propriété entre les mains de la noblesse et du clergé ne contribua pas moins que la dépopulation de TEspagne au dépérissement de l'agriculture.*

L'usage de faire des donations aux églises remonte aux premiers siècles du moyen âge. Il existait dans tous les pays de l'Europe, mais nulle partil n'entraîna de plus graves abus qu'en Espagne. Au xiv® siècle,

1 . Voyez l'article NueTas Poblaciones de Sierra Morena, dans le Dietionnaire deMinano. — Cf. Nouveau voyage en Espffgne fait en 1777 611778, t. I, p 296.

rÉglise y possédait déjà des biens immenses, et pendant les trois siècles suivants, elle continua de s'enrichir, tandis qu'en France, en Angleterre et en Allemagne, une partie des biens ecclésiastiques était sécularisée ou confisquée au profit de la couronne.

Les biens de TÉglise tombaient en main*morte, suivant l'énergique formule du moyen âge» La main était ouverte pour recevoir; elle se refermait pour toujours après avoir reçu* Dans les premiers temps, cet usage ne présentait pas de grands inconvénients en Espagne. Les terres du clergé n'étaient pas plus exemptes d'imposition que celles des laïques, et pendant la guerre, les prêtres n'hésitaient pas à marcher au combat. Les évêques étaient à la fois pasteurs et généraux, et nul ne pouvait parvenir à cette dignité s'il n'avait fait preuve de force corporelle et d'intrépidité ^ Mais à mesure que les Maures étaient refoulés vers le midi de la Péninsule, le clergé des provinces du nord^ qui n'étaient plus exposées à aucun danger, renonçait à porter les armes, et invoquait les lois de l'Église pour se soustraire au payement de l'impôt, La concentration de tant de

1. On disait en Galice qne l'arohevéqne de Saint-lacqnes devait être baeulo y ball9sta. Sempere y Guarino8, De Un Vinculoi y Mayoroigos, p. 306. Madrid, 1805.

propriétés entre les mains des prêtres devint alors un danger public. Aussi les rois de Castille essayèrentils d'arrêter cet entraînement général des âmes pieuses à léguer leurs biens au clergé. Plusieurs fois les assemblées des cortès interdirent aux corporations religieuses d'accepter les donations des laïques^ à moins d'une autorisation royale ^ Mais les lois qui ne sont pas conformes aux mœurs et à l'opinion publique demeurent frappées d'impuissance. La législation religieuse l'emporta sur la législation civile. Un grand nombred'Espagnols crurent faire une œuvre méritoire en soutenant les prêtres dans leur résistance aux décrets des cortès. Les magistrats eux-mêmes laissaient transgresser sous leurs yeux ]es lois qu'ils étaient chargés de faire exécuter. Bientôt ils en vinrent à douter du droit de l'autorité temporelle à promulguer des décrets contraires à ceux des conciles ^. Ainsi les lois tombèrent en désuétude, malgré les énergiques remontrances des cortès. On écouta d'autant moins leurs réclamations, au xvi* siècle, que l'Église était alarmée des progrès de la réforme qui avait débuté en Allemagne et en Angleterre par la démolition des couvents et la confiscation des biens

1. Scmpere y Gaarlno», De los Vinculosy Mayoraigoi,^. 121. 3. Ihid.y^, 124.

du clergé *. La moindre innovation pouvait, à cette époque, entraîner des conséquences de la plus haute gravité. Aussi leur fut-il répondu constamment parles ministres de Charles-Quint et de Philippe II , que loccasion dlnnover en matière de religion n'était pas opportune (que no convenia qw sobre esto se hiciera novedad).

Le mal ne fit donc que s'accroître au xvi* siècle. Lorsque Philippe II eut construit TEscurial avec une magnificence telle que les prêtres rappelèrent un nouveau Salomon, les grands^ qui se conformaient en tout à l'exemple de la cour, jugèrent qu'il convenait à leur dignité de fonder dos couvents richement dotés et d'ouvrir des asiles à ceux de leurs vassaux qui vivaient dans l'indigence et qui n'avaient pas de goût pour le travail ^. Les moines se présentèrent en foule, et leur nombre s'accrut au point que, sous le règne de Philippe UI, l'état monastique devint une véritable plaie pour le royaume. On comptait alors plus de neuf mille couvents, contenant environ soixante mille religieux ', et neuf cent quatre-vingt-huit couvents de femmes

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