Sempere, p
population entière ne s'élevait qu'à cinq millions sept cent mille âmes. Ainsi le clergé séculier et régulier formait à lui seul la trentième partie de la population ^
Les certes avaient demandé inutilement que l'on diminuât au moins le nombre des jours de fête, qui entravaient les travaux de Tagriculture et augmentaient le prix de la main-d'œuvre^. Les écrivains espagnols n'osaient aborder ce sujet qu'avec une extrême réserve , et cependant ils attachaient une haute importance à la mesure proposée par les certes. On peut en juger par ce passage de Saavedra :
« Le travail est si essentiel à la conservation d'une monarchie, qu'un prince doit veiller à ce qu'il ne soit pas interrompu par un trop grand nombre de jours destinés aux divertissements publics, ou voués par
1 . Ulloa, Réiablistetnent des manufactures et du commerce d^Es^ pagne, f partie, p. 106-108 (traduit de l'espagnol].— En France, Colbert ayait publié divers édits pour arrêter Taccroissement excessif des communautés religieuses. En 1666 il promit une pension de mille livres à tout gentilhomme, père de dix enfants, et de douze cents livres, s'il en avait donze, à condition qu'aucun de ses enfants ne serait ni prêtre, ni religieux, ni religieuse. Les bourgeois devaient recevoir la moitié de la somme qui était promise aux gentilshommes. En 1667, il défendit aux particuliers de Tendre ou de léguer à fonds perdu aux communautés religieuses et même aux hôpitaux aucuns deniers comptants, rentes ou héritages.
2. Dans plusieurs évéchés la troisième partie de l'année se composait de jours fériés. Navarréte, p. 79.
une pieuse légèreté à des confréries, dont le peuple est avide par goût pour les spectacles plutôt que par un motif de religion.. • Il n'est point de plus grand tribut que celui d'un jour de fête où tous les arts sont dans Tinaction ; et, comme le dit saint Chrysostôme, les martyrs n'aiment point à être honorés avec l'argent que pleurent les pauvres \ »
Les capitaux enlevés à l'agriculture et à Tindustrie^ pour être enfouis à tout jamais dans les monastères, étaient immenses. Un voyageur français^ qui parcourut l'Espagne sous le règne de Charles II, raconte qu'il avait connu un homme fort mal dans ses affaires, qui ne laissa pas, en mourant, de vouloir que Ton dît quinze mille messes pour le salut de son âme ; sa dernière volonté fut exécutée. Le clergé resta maître de presque toute la fortune que le défunt enlevait à ses pauvres créanciers. Quelque légitimes que fussent les réclamations de ces derniers , ils ne purent rien recevoir tant que le clergé n'eut pas dit toutes les messes demandées par le testament. On disait de celui qui dépouillait ainsi ses créanciers ou ses parents : Ha dejado su aima heredera, il a fait son âme héritière ;