francs
4. Voir à la Bibliothèque de l'Institut le manuscrit de Denys Godefroi, Espagne et Portugal, 1. 11, n'' 493.
de 70,000 et de 60,000 ducats. Dans les royaumes de Catalogne et de Valence, les ducs de Cordoue et de Gandia possédaient chacun un revenu de 80,000 ducats ^ Depuis plusieurs siècles, les immenses propriétés de ces familles se transmettaient de père en fils, sans jamais être diminuées par aucun partage. Les cadets devaient aller chercher fortune en Amérique, entrer dans TÉglise, ou se mettre à la solde du monarque.
L'Espagne, aux xvi** et xvii* siècles, présentait, sous le rapport de la propriété, le même aspect que l'Italie sous les empereurs romains. Les résultats furent les mêmes. Les sénateurs, qui possédaient presque tout le sol de l'Italie, habitaient Rome pendant la plus grande partie de Tannée ; ils abandonnaient la culture de leurs terres à des esclaves qui les laissaient quelquefois en friche pendant des années entières; ils convertissaient une grande partie de leurs champs en pâturages et transformaient en jardins les terres qui entouraient leurs innombrables villœ. Bientôt Tltalie ne put plus nourrir ses habitants , et Ton fut obligé de faire venir les blés de Sicile et d'Afrique. Un écrivain du siècle
1. Voir à la Bibliothèque de l'InsUtnl le manuscrit de Denys Godefroi, Espagne et Portugal, t. II, n®493.
de Trajan, témoin oculaire de la répartition des richesses à cette époque, disait avec raison que c'était la grande propriété qui perdait l'Italie et les provinces \ Sous le règne d'Honorius, lorsque ce système eut porté ses derniers fruits, la contrée la plus fertile de l'Italie , la Campaule heureuse , était changée en un désert. Il en fut de même en Espagne. Dès le commencement du règne de Philippe III, les seigneurs abandonnèrent leurs châteaux pour s'établir à Madrid. En leur absence les fermiers cultivèrent mal les terres qui leur étaient confiées ; ils convertirent en pâturages une grande partie des domaines de leurs maîtres, et laissèrent en friche des champs entiers qui faisaient partie de ces accumulations gigantesques. L'Espagne, à son tour, ne produisit plus assez de blé pour nourrir ses habitants , et l'on fut obligé d'accorder des exemptions d'impôt aux marchands qui apportaient par mer du pain sur le marché de Séville *. On a calculé que, dans l'espace de dix-huit ans ^, les étrangers fournirent à
1. Latifondia perdidere Itallam» jam yero et proWncias. Pline, Hi$U xxf^ni, vil, 3.
2. Mandamos que sean francos, y no paguen Alcavala, los estrangeros de foera de nuestros reynos, del pan que traxeren por la mar à Tender à Sevilla. Recopilaeion de ICiO, liv. IX^ Ut. XVUl, ley 3G.