‹ L'Espagne depuis le règne de Philippe IIChapitre 60 sur 202 · Quatre-Tingt trois millions 200,000 francs · texte numérisé non relu

Quatre-Tingt trois millions 200,000 francs

6. Vingt-deux millions ciuq cent mille piastres, de 1700 à 1750; trente-cinq millions trois cent mille, de 1760 à 1803. Voyez Humboldt, liv. IV, chap. XI. M. Ranke a cru jeter un jour nouTean sur cette question. Il n'a fait, suirant nous, que Tobscnrcir en admettant sans critique les évaluations des ambassadeurs Tënitiens qui n'étaient pas mieux informés que M. de Humboldt. V. Ranke, p. 371-375, traduit de Tallemand.

par porter un coup funeste aux manufactures. Tons les produits de Tindustrie augmentèrent rapidement de valeur, par suite du renchérissement de la main-d'œuvre, conséquence nécessaire de la dépréciation progressive de lor et de Targent. Dans 1 espace d'un siècle^ les métaux précieux perdirent plus des quatre cinquièmes de leur ancienne valeur ' . L'extrême avidité des négociants de Séville qui avaient le monopole du commerce du Nouveau Monde, rendit le mal irréparable. Ils crurent, pour ainsi dire, à la fertilité de For ^ , et dédaignant tout le reste, ils finirent par ne plus charger leurs vaisseaux que de ce métal précieux. Us laissèrent avec dédain le quinquina, l'indigo, le coton, les cuirs et les laines, qui étaient nécessaires aux manufactures de l'Espagne. Peu à peu les étrangers s'emparèrent de ce commerce. Au XVII'' siècle, les Hollandais, maîtres de l'île de Curaçao, et les Anglais établis à la Jamaïque achetaient à bas prix ces marchandises sur les marchés de Panama et de Porto -Bello, les revendaient en Europe et réalisaient d'énormes bénéfices '. Bientôt les ma-

1. D9 V Influence du gouvernement d'Isabelle, Mémoire inséré dans la collection de TAcadémie de Ihlstoire de Madrid^ t. W, p. 293.

2. Mancipantes se ipsos ferUlitati pecunisB. Gampanella, p. 128.

3. Mémoires de la Sociélé économique de Madrid, t. IH, 2« part.»

p. 264 cl sq.

nufactures de la métropole ne furent plus en état de suffire aux besoins des colonies, car les ouvriers étaient rares et les matières premières commençaient à manquer. Les négociants de Séville furent obligés parfois d'acheter six ans d'avance les produits des fabriques nationales dont le prix ne cessait d'augmenter. Il n'en était pas de même dans les contrées voisines, où l'or était répandu avec moins de profusion. Le prix de la journée de l'ouvrier y resta moins élevé. Aussi les étrangers firent-ils bientôt une concurrence redoutable. Ils inondèrent de leurs produits les marchés de la Castille et ruinèrent les manufactures de ce pays. Les Génois auxquels Charles-Quint avait accordé des franchises commerciales, pour les récompenser de l'appui qu'ils lui avaient prêté dans ses guerres d'Italie^ apportèrent les premiers d'énormes quantités de marchandises en Espagne. Déjà, sous le règne de Philippe II, ils dominaient sur la plupart des marchés, et lorsque l'expulsion des Maures eut privé le royaume de ses habitants les plus industrieux, leur concurrence acheva la ruine des fabriques de Cuença*, de Ségovie et de Tolède, qui

1 . Mémoires de la Société économique de Madrid, p. 289. Cf. Jovelhnos, CoUeccUm de varicu çbras, t. 1, p. 110.

avaient fourni jusqu'à celte époque les principaux articles destinés aux colonies.

Toutefois, malgré labondance du numéraire en Espagne et malgré la défense de Texporter dans les autres pays, le monopole du commerce avec le Non* veau Monde aurait pu soutenir l'industrie nationale. Les colonies fournissaient assez d'or pour permettre aux manufacturiers de continuer leurs travaux ^ quoique le renchérissement de la main-d'œuvre les empêchât d'écouler leurs produits en France, en Italie et dans les autres contrées de l'Europe, Il eût fallu, pour cela, que l'Espagne s'efforçât de suffire aux besoins des colonies et qu'elle rendît impossible le commerce de contrebande; mais, chose incroyable! Téchange des produits de l'industrie nationale contre l'or du Nouveau Monde fut regardé par les Espagnols comme une calamité. C'est à cet échange qu'ils attribuèrent le renchérissement subit de tous les articles de première nécessité. Ils auraient voulu que l'Amérique leur envoyât ses métaux précieux, sans lui donner en retour les objets manufacturés dans leur pays. L'opinion générale s'éleva contre l'exportation des produits de l'industrie, et pendant tout le xvi* siècle les cortès reçurent, à cesujet,desréclamationssi étranges, que Ton serait tenté de les révoquer en doute si Tau-

thenticité n'en était attestée par le témoignage unanime des historiens contemporains. Nous ne citerons qu'un seul passage, emprunté à la pétition qui fut adressée aux cortès assemblées à Yalladolid en 1 548. « Tous les jours nous voyons augmenter le prix des vivres, des draps, des soieries, des cordouans et des autres articles qui sortent des manufactures de ce royaume et qui sont nécessaires à ses habitants. Nous savons aussi que ce renchérissement ne provient que de l'exportation de ces marchandises dans les Indes... Aujourd'hui le mal est devenu si grand que les habitants ne peuvent plus lutter contre la cherté croissante des vivres et de tous les objets de première nécessité... Or, il est notoire et incontestable que l'Amérique fournit abondamment une laine d'une qualité supérieureà celle deVEspagne; pourquoi les habitants n'en fabriquent-ils pas eux-mêmes leurs draps?... Plusieurs de leurs provinces produisent de la soie ; pourquoi n'en font-ils pas eux-mêmes des étoffes de velours et de satin?... Le Nouveau Monde ne produit-il pas assez de cuirs pour suffire à ses besoins et même à ceux de ce royaume. Nous supplions Votre Majesté de défendre que l'on exporte ces articles en Amérique ^ . »

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