IL LE PRÉJUGÉ CONTRE XES ARTS MÉCANIQUES
Les trésors du Nouveau Monde accumulés en Espagne y répandirent le goût du luxe et de la mollesse. La cour et les grands rivalisèrent bientôt de magnificence. Philippe II et ses successeurs déployèrent dans les moindres circonstances un faste inconnu jusqu'alors. Lorsqu'ils allaient de Madrid à Tolède, à Saragosse ou dans quelque autre ville de leur royaume , ils observaient le cérémonial le plus sévère et le plus coûteux. La veille du jour fixé pour le départ , une partie de la cour se mettait en route au sondes trompettes ; les rois d'armes, les gardes espagnoles et allemandes précédaient le royal cortège. Derrière eux s'avançaient deux mules qui conduisaient, sous un baldaquin richement orné, un char recouvert d'une étoffe verte, sur lequel était placée une cassette de velours cramoisi, renfermant le sceau du roi. Suivaient quatre massiers por-
tant leurs masses d'armes, et un corps de fantassins et de cavaliers qui servaient d'escorte au monarque. Les hauts dignitaires deTÉtat faisaient partie du cortège et déployaient un luxe proportionné à leur rang. Dans les circonstances extraordinaires , le roi dépensait des sommes immenses. La construction de TEscurial coûta^ dit-on , six millions de pistoles ^ à Philippe II ; le mariage de Philippe III avec Marguerite d'Autriche , qui fut célébré à Valence , fit sortir plus d'un million de ducats ^ des coffres de l'État'; les noces de l'infant d'Espagne avec Elisabeth de France coûtèrent neuf cent cinquante mille ducats *. Ferdinand le Catholique n'avait pas dépensé une somme aussi considérable pour la conquête des Deux- Siciles *•
Les grands imitèrent le luxe de la cour. Sous le règne de Philippe 11^ ils habitaient encore dans leurs terres ces palais d'architecture mauresque ornés avec autant de goût que de simplicité^ et ils y dépensaient leurs richesses au milieu de leurs vassaux. Au commencement du xvii* siècle, la plupart s'établi-