Cet impôt fut appelé Ye'jcuiudo
TEspagne serait perçue par l'État pendant le même nombre d'années. Cette concession fut renouvelée depuis tous les cinq ans, et accordée à perpétuité aux rois d'Espagne en 1757-
Toutes ces charges, si accablantes pour le pays, furent aggravées encore en 1 575, et pendant les trois années qui suivirent.
La guerre de Chypre, l'expédition de Lépante, la continuation de la guerre de Flandre forcèrent le roi de recourir à un remède héroïque, qui sauva le présent en ruinant l'avenir. Un édit, publié en i 575, suspendit le payement des rentes, et ordonna la révision de tous les contrats passés depuis quinze ans avec les créanciers de l'État. On réduisit le taux des intérêts, on retrancha des capitaux la somme des intérêts qui avaient été payés en sus du taux déclaré légal, et Ton remit aux créanciers de nouveaux titres conformes à cette réduction arbitraire. Cet édit, qui équivalut à une déclaration de banqueroute, causa tine perturbation générale en Espagne et dans toute l'Europe. Une foule de maisons de Lyon, de Rouen, d'Âugsbourg, d'Anvers, de Rome, de Venise, de Milan, de Gènes, qui avaient prêté de l'argent au roi d'Espagne, furent ruinées. Que serait-il arrivé si chacun avait acquitté ses dettes comme ce prince
acquittait les siennes? Car Philippe n, érigeant son manque de foi en principe, avait reconnu à tous ses sujets le droit de traiter leurs créanciers comme luimême avait traité ceux de TÉtat * .
Aussi perdit -il tout crédit. Personne ne voulut plus prêter de l'argent à un prince qui montrait tant de conscience. Toutefois la nécessité de con-tracter un nouvel emprunt amena une transaction entre le gouvernement et les banquiers de Gènes^ qui étaient à cette époque les plus riches capitalistes de l'Europe. Philippe II fit une exception en leur faveur, et promit de ne pias toucher à leurs capitaux. Le^Génois consentirent à leur tour à laisser réduire les intérêts de sept et un tiers à quatre et un tiers pour cent. Cette réduction eut un effet rétroactif, de sorte que le roi ne paya pas plus d'intérêt pour un ancien capital de vingt-quatre mille ducats que pour un nouveau capital de quatorze mille. Ainsi Tédit de 1575 fut pour les Génois une déclaration de banqueroute d un peu plus de cinquante-huit pour cent *.
Malgré le nouvel emprunt, Philippe II fut bientôt
( 1 • Cabrera, Gon faenltad de pagar las deudas qae por razon de los asientoa hizieron, al mismo precio che el Rey pagaba à ellos. V. Ranke, p. 395.