‹ L'Espagne en 1850; tableau de ses progres les plus récentsChapitre 40 sur 45 · Laine. — L'Espagne a été autrefois célèbre pour la · texte numérisé non relu

Laine. — L'Espagne a été autrefois célèbre pour la

beauté de ses draps et autres tissus de laine. Actuellement elle est dépassée par des contrées plus industrieuses ; mais sa production tend à se relever , et déjà les draps de plusieurs de ses fabriques soutiennent avantageusement la concurrence étrangère.

Parmi les provinces où l'on travaille la laine avec le plus de succès , nous comptons la Catalogne (2,000 ouvriers), Séville (50 fabriques, 147 métiers, 500 ouvriers), Murcie (80 à 90,000 kilogr. de laine par an) ; et nous mentionnons particulièrement la ville d'Alcoy, située dans les montagnes qui séparent les anciens royaumes de Valence et de Murcie. Cette cité industrieuse contient beaucoup de manufactures diverses; elle file la laine (24,000 broches), et occupe 4,480 hommes, 7,520 femmes et un graud nombre d'enfants à faire des draps et quelques autres tissus.

En résumé, l'industrie des lainages est loin d'atteindre celle des colons, et son produit ne dépasse pas 50 millions de francs.

4. Soie. — Nous avons déjà vu (chap. IX) que l'ancien royaume de Valence produit la quantité la plus considérable de soie. C'est la aussi que la manufacture est la plus florissante. Les cocons sont filés en partie à la main et en partie à l'aide de machines à vapeur. Il existe 9 de ces machines à Valence, ayant 450 bassines, un égal nombre de tours, et employant 562 ouvriers, dont 450 femmes. Chaque tour file par jour 13 livres de cocons, qui produisent 1 livre de soie de 12 onces valenciennes (0 kilogr. 355,3) filée à 5 ou 6 cocons (1). Plusieurs autres filatures ont été montées depuis, et celle industrie est eu progrès.

Il en est de même du tissage. Il y a quelques années, on comptait déjà, à Valence, 500 métiers à la Jacquart et 4,200 méliers ordinaires, et, au moment où l'on en a fait le relevé, plusieurs étaient commandés en France.

Après Valence , il faut citer la Catalogne , qui a 3,000 métiers environ, dont plus de la moitié à la Jacquart.

(1) Faits commerciaux. Août 1845, p. 27.

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La Murcie exporte la majeure parlie des soies brutes qu'elle produit; 80,000 kilogr. environ y sont moulinés par 30 ou 40 mouliniers.

Séville compte une douzaine de fabriques de soierie, avec 130 à 140 métiers; Grenade tisse des rubans et du taffetas uni, et plus de 800 métiers y sont en activité.

Plusieurs autres villes ont encore quelques manufactures de soie ; mais, somme toute, la manufacture de soie n'ajoute guère qu'une trentaine de millions à la valeur de la matière première.

La valeur des produits des manufactures de lin, chanvre, coton, laine et soie atteint donc environ la somme de 275,000,000 fr.

Les teintureries, blanchisseries et autres industries qui en dépendent y ajoutent 25,000,000

300,000,000 fr.

5. Métaux. — Nous passons maintenant à l'industrie des métaux. Si l'activité manufacturière du nord-est (la Catalogne) s'est principalement appliquée à la filature et au tissage, celle du nord -ouest (les provinces basques) a choisi de préférence le travail des métaux. Celte dernière contrée etl'Asturie y étaient particulièrement amenées par leur richesse en minerai de fer, dont l'exploitation est presque entièrement libre. « Sauf certaines parties dont quelques spéculateurs se sont réservé l'exploitation exclusive, lisons-nous dans un document officiel (1), les mines inépuisables de Somoroslro sont ouvertes à la libre exploitation. Aussi l'extraction du minerai y est-il une source de richesse pour la population environnante et surtout pour les paysans. Le nombre d'ouvriers porté au tableau ci-dessus (2) n'est qu'un chiffre moyen. Si, en hiver, ce nombre se trouve souvent diminué par l'effet des pluies continuelles qui s'opposent au transport et à l'embarquement du minerai, on le voit fréquemment s'é-

(1) Faits commerciaux. Août 4845, p. 83.

(2) D'après ce tableau, 300 ouvriers extraient annuellement 587,000 Ui.neaux de 1,000 kilogr.

lever à plus de 800 dorant la belle saison. » Et pins loin

« Dans ce district, il n'est presque pas de maison nui ne renferme une forge où les habitants travaillent le fer aa marteau. » C'est là encore un fait qui prouve qu'une industrie natt et se maintient facilement dans un milieu qui lui est favorable.

Cependant le fer n'est pas seulement travaillé, dans la Biscaye, par des ouvriers isolés j il y existe aussi de grands établissements, comme l'usine du Pont-Neuf, où 60 ouvriers produisent 35,000 tonneaux de fer par an. Il y a en outre 90 forges à la catalane, occupant 360 ouvriers, et de nombreuses fabriques de clous, de fers à cheval, de poêlerie en fer, etc., dont le3 produits sont évalués à plusieurs millions.

La province de Guipuzcoa a également beaucoup d'usines ; 44 forges et fonderies de fer y sont en activité, sans compter des fabriques de pointes dites de Paris et plusieurs autres établissements.

La province de Santander mérite aussi une mention spéciale. Ses forges, au nombre de 45, occupent 228 ouvriers, et livrent annuellement au commerce 2,200,000 kilogrammes de fer.

D'autres provinces, sans avoir un nombre d'établissements aussi grand, ne renferment pas moins des usines très-importantes. Ainsi la Catalogne aplusieurs ateliers de construction de machines, et la fabrique établie dans l'ancien couvent de Saint- Augustin, à Barcelone, a dépensé, pour se monter, 1,300,000 fr., et occupe 250 à 300 ouvriers. Malaga possède 2 usines considérables avec 3 hauts fourneaux, forges et fonderies de fer, où 1,200 ouvriers produisent annuellement 4 à 5 millions de kilogrammes de fer en barres consommé dans le pays.

Malaga et Almeria possèdent encore 32 établissements où sont répartis 54 hauts fourneaux et fonderies de plomb, 12 fours de calcinalion et 2 à réverbère. Il existe en outre quelques usines où les produits de plusieurs mines de cuivre, etc., etc., sont travaillés ; mais les renseignements ne sont pas complets sur ce point. On ne peut donc donner ici qu'une estimation approximative sur les

industries dont les métaux forment la matière première ; mais en réunissant les indications de détails que nous avons sous les yeux, et en y comprenant les fabriques de coutellerie, quincaillerie et bijouterie, nous pensons que le chiffre de 60 millions de francs ne s'éloigne pas beaucoup de la vérité.

G. Mines. — - L'Espagne était célèbre dans l'antiquité pour la richesse de ses mines, mais les longues guerres « qui y ont suivi l'invasion des barbares en ont fait cesser l'exploitation, et on a même perdu la trace de la plupart d'entre elles. Actuellement, cependant, l'attention de beaucoup de personnes est dirigée de ce côté, déjà les minéraux extraits atteignent la valeur d'une dizaine de millions, et ce chiffre ne tardera pas à s'accroître. Mais celte augmentation n'aura probablement pas lieu par la découverte des anciennes mines d'or et d'argent, elle sera plutôt la conséquence de l'extension donnée à l'exploitation des mines de houille des Asluries et de celles de fer dans tout le nord de l'Espagne. Au reste, ces minéraux , bien que d'une valeur intrinsèque inférieure à celle des métaux précieux, ont une importance bien plus grande pour l'avenir industriel du pays. Us ont, en outre, l'avantage de procurer des bénéfices plus sûrs, plus durables, et qui se distribuent entre un plus grand nombre de participants.

7. Industries diverses. — Il est impossible d'épuiser ici la série si longue des industries diverses, nous sommes obligés de nous borner à quelques indications.

Les papeteries les plus nombreuses sont dans la Catalogne, où l'on en compte 280 en activité. Vient ensuite la ville industrieuse d'Alcoy, où 75 moulins occupent 5,000 ouvriers et produisent pour 3 millions de marchandises. Tout le papier à cigarettes employé en Espagne est fabriqué dans cette ville. Les autres papeteries sont dispersées dans quelques provinces, mais particulièrement dans la Biscaye et le Guipuzcoa. La valeur du papier fabriqué est de 10 à 11 millions.

Les cuirs d'Espagne, surtout ceux de Cordoue, jouissaient autrefois d une grande réputation. Ils n'ont rien

perdu de leur qualité ; mais des inventions analogues et des imitations étrangères leur ont fait do tort sur le marché. Les tanneries n'ont donc fait que suivre l'accroissement de la population, et elles produisent tout au plus pour 35 millions de marchandises.

La chapellerie n'a guère fait de progrès ; ses produits, d'une valeur approximative de 9 à 10 millions, sont insuffisants pour la consommation indigène.

11 y a des verreries à Busos, à Valence, à Santander, à Barcelone et en plusieurs autres endroits, qui font annuellement pour plusieurs millions de bouteilles et de verre blar.c.

Le saven fabriqué peut être évalué à 10 millions de francs par an ; les faïenceries, poteries, briqueteries, fournissent à peine le nécessaire ; la carrosserie, au contraire, fait des progrès notables. Des industries nouvelles sont créées tous les jours par des étrangers : nous citerons pour exemple une raffinerie de sucre établie dans la paroisse de Santander par deux Français.

En résumé, l'Espagne, sans être un pays industriel, renferme déjà une industrie manufacturière respectable, et il n'est pas douteux qu'elle n'avance encore dans celle voie. Si, au commencement de ce siècle, les produits de son industrie pouvaient être évalués à près de 540 millions, ils doivent s'élever maintenant à 700 millions, et nous ne sommes pas sûrs de n'avoir pas à ajouter un tiers en sus, comme le proposait alors Canga-Arguelles j car rien de plus difficile que ces évaluations, même en les basant sur les calculs les plus détaillés. Il est même impossible, ce nous semble, de ne pas commettre des erreurs ou des omissions. Il est une foule d'industries qui, à la première vue, paraissent infimes, mais qui pourtant servent à procurer le nécessaire aux hommes qui les exploitent. Par exemple, qui tient compte des balais, des allumettes, des chiffons même ? Et cependant des calculs approximatifs nous ont prouvé que ces objets ont, dans un pays quelque peu étendu, la valeur d'un certain nombre de millions.

Dans l'impossibilité d'obtenir des chiffres certains en"

opéranl par grandes masses, on a souvent cherché à connaître les revenus des classes industrielles ou des ouvriers proprement dits, en comparant leur salaires avec leurs dépenses les plus urgentes. Nous avons également essayé de réunir quelques-uns de ces renseignements si impor- " tants, et voici, par exemple, ceux que nous avons sur les salaires :

Province de Valence. — Salaires dans les industries

suivantes :

Filature de soie à la vapeur, de 1 fr. à 1 fr. 25 c. par jour.

Tissage, de 2 fr. 50 c à 3 fr.

Fonderie et forges, de 3 à 5 fr.

Verrerie, 2 fr.

Fabrique de cigarettes, de 1 fr. 50 c. à 2 fr. à la tâche.

Province de Cadix,

Tissage de lin, 1 fr. 50 c. par jour.

Tissage de coton, 2 fr.

Tissage de laine, 2 fr. 25 c.

Verrerie, h fr. 50 c.

Tannerie, corroierie, 2 fr. 50 c.

Fabrique de faïence grossière, 3 fr.

de tuiles et briques, 2 fr. 25 c.

de chaux et plâtre, 2 fr. 25 c.

de savon, 3 fr*

d'amidon, 2 fr. 50 c.

de tapis, 2 fr.

de cordages, 2 fr. 25 c.

d'ébénisterie, 2 fr.

de chapeaux, 2 fr.

de gants, 3 fr. 50 c.

de bouchons de liège, 2 fr. 50 c.

Ces salaires sont quelquefois, mais rarement, de 2 p. 100 moins élevés dans les petites villes de Tintérieur.

Province de Santander*

Minoterie, 2 fr, par jour.

Forges et fonderie, de 2 fr. à 2 fr. 50 c.

Tannerie, 2 fr. 70 c.

Haffinerie, 2 fr. 70 c.

Poterie, de 1 fr. 50 à 1 fr. 60 c.

Province de Biscaye.

Forges à la catalane, 3 fr.

Mines de fer, de 1 fr, 25 c. à.2 fr.

Fabrique de poêlerie, etc., 2 fr. 50 c.

Minoterie, 3 fr. 60 c.

Tannerie, 1 fr. 75 c.

Corderie, 1 fr. 50 c.

Papeterie, 2 fr. 50 c.

Pour la province de Barcelone et pour la Catalogne, en général, nous n'avons de données que sur les salaires usités dans l'industrie des cotons. Ils sont de 90 fr. par mois pour les hommes, de 65 fr. pour les femmes, et 15 fr. pour les enfants. Les imprimeurs sur étoffes sont mieux payés, ils gagnent 125 fr. par mois, tandis que les femmes qui les aident le sont moins : celles-ci n'ont que 45 fr.

En résumé, la moyenne des salaires industriels peut être considérée comme étant à peu près de 2 fr. par jour, ce qui constitue un revenu suffisant pour les besoins si simples et si restreints de la classe ouvrière espagnole.

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