PROTESTATION INDIGNÉE
« C'est avec la plus vive, la plus profonde indignation que je proteste contre les manoeuvres déloyales,, les accusations infâmes des révolutionnaires cubains. Quel est l'homme sensé et honnête qui peut admettre, même une minute, que le gouvernement d'un grand pays, d'une nation qui, comme l'Espagne, a toujours brillé par sa valeur sur les champs de bataille et sa courtoisie après les combats, pourrait s'abaisser au point de faire assassiner ou empoisonner un chef de bandes tel que Macéo % Gn comprendra en Europe et en Amérique ma
légitime indignation d'homme d'Etat en face d'une calomnie aussi basse, aussi vile ! Je la méprise tellement que j 3 ne veux pas la discuter, car je suis convaincu que tous les efforts des agents des rebelles cubains ne parviendront pas à lui faire accorder la moindre créance par la grande presse des Etats-Unis, par ce grand peuple qui a su faire jusqu'à présent un si bel usage de la liberté et qui, pour la grande majorité, est composé d'esprits réfléchis et sérieux, de travailleurs et de gens pratiques.
» Mais comment peut-on, de sang-froid, insinuer que Macéo a été empoisonné, alors qu'il a été trouvé mort avec trois balles dans le corps? Quand Faurait-on empoisonné % avant ou après la bataille? C'est risible. La vérité est que sa mort est un hasard de la guerre, le fait de la Providence , et que le brave commandant Cirujeda, un soldat vaillant et énergique, ne se doutait même pas, avant la rencontre, que les balles de quelques-uns de ses soldats allaient délivrer l'Espagne de son plus grand ennemi.
» Qaand un homme, courageux comme Macéo, mène des partisans au feu, il s'expose, il risque sa vie à chaque minute. Et les balles sont aveugles. Il faut rendre cette justice à Macéo, c'est que c'était un homme de valeur, de grande valeur. Je me souviens qu'après la première insurrection de Cuba, comme on faisait observer au général Martinez Campos,
qui est la bravoure et la générosité en personne, qu'il avait peut-être traité avec trop de courtoisie Macéo, le général Martinez Campos s'écria: «Mais, Messieurs, comment voulez-vous que je n'aie pas quelque respect pour un homme qui a vingt blessures sur le corps! » Macéo était un téméraire, toujours au plus fort du danger: il est mort en brave. Les journaux disent qu'on a compté quarante-cinq blessures sur son corps; c'est sans' doute exagéré, mais la vérité n'en est pas moins flatteuse pour son courage. D'ailleurs, c'est ce qui rend, sa perte immense pour les insurgés : Macéo était un intransigeant, un intraitable et, lui disparu, l'insurrection ne peut s'éterniser; les rebelles finiront par comprendre que l.eur intérêt bien compris est de se soumettre, d'en appeler a la générosité e*t à la justice de l'Espagne.
» Mais, pour en revenir à Macéo, nous ne l'avons pas plus assassiné que son prédécesseur et son chef Marti, qui fut la grande figure de l'insurrection cubaine et qui tomba dans une des premières rencontres. Ce qui rend odieux l'acte des agents révolutionnaires cubains, c'est de nous accuser d'assassinat, alors que nous n'avons jamais songé à reprocher aux rebelles les attaques par embuscades, la guerre sauvage qu'ils nous font. Nous aussi, nous avons eu un général tué dans une rencontre, frappé par une balle à la tête: il est mort en brave, nous l'avons
pleuré comme on pleure les braves, mais nous n'avons pas dit qu'il avait été' assassiné!!... Mais quelle bonne foi, quelle équité de jugement attendre de gens déclassés, qui se sont jetés dans la révolution par haine de l'Espagne et qui sont exaspérés par la mort de leur chef, par la ruine de leurs espérances.
Les réformes a Cuba
» Ce n'est vraiment pas le moment de parler de réformes: aujourd'hui, la parole est aux militaires, au général Wéyler, qui doit poursuivre activement l'écrasement ou la soumission des bandes éparpillées. On ne peut pas songer à faire des réformes dans un pays où règne lé brigandage : c'est l'opinion de tous les bons esprits. A la Havane, nous avons une Assemblée des chefs de tous les partis espagnols ; il y à là des autonomistes, des réformistes, des libéraux. Individuellement, ils déclarent tous qu'il est impossible de songer aux réformes en ce moment. Quand le pays se pacifiera, quand les rebelles auront fait leur soumission, ou quand la victoire de l'Espagne sera indiscutable, quand on pourra consulter le pays délivré de l'affolement, du pillage, nous serons disposés à accorder d'une manière très large les réformes *; mais aujourd'hui, ce n'est certes pas encore Finstant. »
La Zafra
Je parle à M. Canovas del Castillo de la zafra; c'est le nom qu'on donne à la récolte des cannes à sucre, que le général Weyler a interdite jusqu'à présent.
« Je crois, me répond le président du conseil, que la zafra sera autorisée par le général Weyler; il Fa interdite jusqu'à ce jour, afin d'empêcher les propriétaires cubains de payer une dîme aux rebelles pour éviter le destruction de leurs récoltes ; en l'autorisant maintenant, les rebelles n'auraient plus le temps d'effrayer les propriétaires et la récolte pourrait se faire sans danger.
« Les nouvelles que j'ai me permettent de croire que c'est l'intention du général Weyler (^autoriser la récolte des cannes.
. L'insurrection des Philippines
« Il ne faut pas prendre au pied de la lettre .les nouvelles exagérées publiées par les journaux ; le général Polavieja, à peine débarqué, est en train de se mettre au courant des besoins du pays> des forcer de l'insurrection et de dresser son plan de campagne. Il faut lui laisser le temps de respirer. Nous lui avons envoyé cinq mille hommes de renfort, qui sont en mer
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et arriveront bfèntôt ; nous allons lui en envoyer encore dix mille. Peut-être les attendra-t-il, pour porter les coups décisifs à l'insurrection dans la province de Cavité : c'est là- que se sont réunis tous les rebelles qui ont des fusils et c'est là que se trouve; par conséquent, le fort des insurgés. Dans le reste des Philippines, les groupes révolutionnaires se composent de sauvages, d'Indiens sans armes à feu et dont , nos troupes auront raison facilement, même à vingt contre un !
« En définitive, il n'y a pas lieu de se livrer à un pessimisme qui serait déplacé ; il ne faut pas être prop pressé. Les événements suivent leur cours rationnel, normale Les renseignements que je reçois de tous les côtés sont très encourageants et font prévoir une bonne marche des affaires, Eacore un peu de temps, et tout s'arrangera, j'en suis sûr, pour le plus grand bien et la plus grande gloire de l'Espagne. »