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CHAPITRE V

L'Espagne et Cuba, — L'opinion d'Emile Castelar.

Qui ne connaît Emile Castelar ? Le grand orateur mt aussi célèbre en France qu'en Espagne? il est aussi populaire dans J©s deux Amériques que dans sou propre pays. ïf n'est pas d'ailleurs de physionomie plus franche et plus sympathique, il n'en est pas non plus qui porte plus fortement l'empreinte du génie : on peut dire de Castelar*que son éloquence illumine son front, brille dans ses regards, anime ses gestes. Et, dès les premiers mots, on est sous le charme,., pour toujours !

Emile Castelar est, en ce moment, l'homme d'Etat sur lequel tous les Espagnols fondent des espérances : si de graves événements — ce qu'à Dieu no plaise ! - devaient jeter la noble

nation espagnole dans le tourbillon de la guerre étrangère et des révolutions intérieures, alors que tout croulerait et s'effondrerait, il serait celui que toutes les âmes patriotes d'Espagne appelleraient au pouvoir. Emile Gastelar représente, aux yeux de ses compatriotes, l'homme de l'avenir, le seuldont le prestige et la grande habileté pourraient rallier toutes les opinions autour du même drapeau, afin de sauver l'Espagne.

Emile Gastelar, dans sa modestie, ne se rend pas compte de toute l'importance du rôle que C3r!ains de ses admirateurs voudraient lui faire jouer : avant tout, il aime sa patrie d'un amour sans borne et il désire rester, jusqu'à la fin de son existence, retiré de la vie publique, pourvu que son pays soit heureux et prospère. Il souhaitait — il me Fa dit cent fois — que son ami don Antonio Canovas del Gastillo pût surmonter, grâce à son génie politique et à sa vieille expérience d'homme d'Etat, toutes les difficultés de l'heure présente ; il ne demande toujours que le triomphe de son pays et il ne marchande pas son concours moral au gouvernement actuel ; il le lui donne constamment de même qu'il n'a cessé d'engager ses amis politiques à oublier les questions de partis et à se grouper autour de don Antonio Canovas, qui représentait si dignement l'Espagne devant le monde. Cette attitude- d'Emile Castelar est son plus bel éloge.

Au cours de nos nombreuses conversations, Emile Gàstelar, qui veut bien m'honorer de son amitié, m'a révélé son opinion et m'a autorisé à la faire connaître ; voici les importantes déclarations qu'il m'a faites en janvier 1897 :

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