CHAPITRE IV
Le programme financier de M. Navarre
* Reverter
L'œuvre immense de M. Nayarro Revertgr, depuis son entrée au Ministère des Finances, ne pourrait être analysée en détail que par une étude très longue et très minutieuse, que Faboridance des chiffres et des documents statistiques rendrait aride et monotone. Je n'ai que l'intention de résumer les principaux titres de M. Reverter à l'admiration des financiers et il me. suffira pour cela de parler des succès obtenus par le ministre des Finances avec ses projets de budget pour 1896-97 et 1897-98, projets que «tous les exports en la matière sont unanimes à cpnsidérer comme des modèles du genre et dont tous les chiffres de recettes ont été et seront dépasses par les résultats;
Dans son budget de 1898-97, M Navarro Rêver ter ,a exposé son programme sous ce titre : Idée générale du Budget. Je vais traduire et résumer ci-dessous cette importante étude financière qui permettra d'apprécier les vues élevées et la grande science économique du Ministre actuel des Finances :
« L'expérience démontre toujours combien il est dangereux d'altérer soudainement un budget par des nouveautés transccndantales, tant pour. ce qui a rapport aux dépenses nécessaires au soutien des organismes de l'Etat, que pour ce qui se rattache aux impôts, établis depuis longtemps et payés par le contribuable.
Le budget est un reflet, en chiffres, de la vie nationale, et plus il s'y conforme, plus seront faciles la perception des impôts et le mouvement de la complexe machine de tous les services de l'Etat.
Un système sage et durable des finances publiques doit être fondé, non sur des tributs exagérés, dont la pesanteur pourrait être un obstacle pour le travail, mais sur la prospérité et sur l'accroissement des productions et des industries nationales. C'est pour cela qu'ils doivent s'accorder avec le développement successif des sources de richesse, auxquelles ils touchent, en changeant leur archaïque caractère de charge pénible en une moderne fonction d'élément actif et nécessaire au progrès public.
Ces principes financiers, si simples et si sages, pourront contredire peut-être les tendances de quelques esprits purement doctrinaux, amoureux des nouveautés théoriques ; mais ils démontrent, par contre, avec la suprême sanction de l'expérience, que les formes préférables de l'impôt ne sont pas celles qui jaillissent de la raison pure dans les abstractions de la science, mais celles qui, tout en étant empiriques, au fond, s'incarnent beaucoup mieux dans les traditions, les habitudes, les coutumes et l'histoire des peuples.
Il est évident que ces convictions du Ministre n'excluent pas toutes les réformes méditées, progressives, utiles et pratiques tendant à améliorer l'ensemble défectueux et bigarré des impôts aujourd'hui en vigueur en Espagne, et que, non sans quelque manque de respect à l'exactitude, on a accoutumé de nommer « système tributaire ».
La discrétion la plus simple exige de ne pas se livrer témérairement à l'essai des innovations • nuisibles qui produisent souvent des conflits d'ordre public ; mais il n'est pas convenable non plus de rejeter par système des modifications avantageuses qui sauront corriger les défauts démontrés par une expérience souvent répétée.
Il faut, donc, s'éloigner de ces deux extrêmes^ dont l'Espagne a souf%t il n'y a pas longtemps ; et, tout en admettant de bon gré l'ensemble actuel des tributs avec ses défauts, sa mobilité
et son incertitude, il faut aussi tâcher d'accomplir son amélioration progressive en fondant sur des bases plus solides, sur l'expérience bien prouvée, sur le fait arithmétique, sur la statistique exacte, révolution rationnelle des finances espagnoles.
Toute autre méthode offrirait à vue d'oeil des apparences plus séduisantes, mais elle cacherait, sans doute, de coûteuses désillusions. On ne doit pas oublier que le contribuable paie/toujours, sous n'importe quelle forme, tout ce que l'Etat lui demande pour soutenir les services publics ; et si l'on prétend lui alléger quelque jour sa charge aux frais de l'équilibre entre les dépenses et les recettes, il ne tardera pas à souffrir un sacrifice beaucoup plus grand pour remplir le vide produit par une satisfaction aussi stérile que passagère.
Un exemple bien sensible de cette vérité, c'est le déplorable effet produit dans nos budgets partant de contributions supprimées, diminuées ou faiblement administrées, qui, sans 'soulager 'le peuple, ont diminué par des chiffres considérables les revenus du Trésor, en déterminant ou en nourrissant la* pernicieuse maladie des déficits perpétuels.
C'est un travail d'honneur national, ainsi que d'indiscutable utilité et encore de toute. nécessité que celui d'extirper le déficit au plus bref délai et d'une façon solide, durable et défini-
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tive. Tous les sacrifices, si grands qu'ils soient, « que fera le pays pour réussir, seront bien * compensés par la plus grande estimation de notre crédit, le bas prix de l'argent et l'abondance des capitaux, qui en seront la conséquence, le développement des transactions internationales, la baisse des changes et la confiance que saura inspirer la conviction que l'Espagne peut couvrir ses dépenses normales avec les recettes ordinaires et permanentes do la Nation. Fermer * pour toujours et avec une vigoureuse énergie l'ère du déséquilibre des budgets, c'est donner à nos finances le caractère d'une stabilité bien Ordonnée, qui aura sans cosse sa consolidation par des réformes administratives et économiques, dont les unes -sont déjà commencées et les autres ont été appliquées au budget actuel, ainsi qu'aux précédents.
Voila pourquoi le Ministre des Finances, en . poursuivant l'œuvre nationale de ses éminents prédécesseurs, se croit en mesure d'affirmer que la justice possible ou l'équité vigoureuse dans la distribution des impôts, l'ordre et la sévérité dans leur perception, en même temps que le rétablissement de quelque ancien tribut dont la propre diffusion est de nature à adoucfr la charge, suffiront pour annuler le déficit actuel et pour éviter les ultérieurs, dont les sédiments incessants et, successifs ont abouti toujours à l'augmentation de la dette publique.
Le gouvernement, avec cette décision, remplit le premier de ses devoirs économiques, à savoir-: l'équilibre. sérieux du budget; mais aussi, et, avec un égal empressement, en prévoyant des événements, que leur probabilité plus ou moins éloignée n'exclue point du possible, il s'est imposé un autre devoir : celui d'être préparé pour faire face à toutes les éventualités qui pourraient se présenter.
Il est à croire que si les Cortès, avec leur profonde sagesse, approuvent toutes les dispositions dont elles ont été saisies, et que le Gouvernement appliquera suivant les circonstances, le problème de la suppression du déficit sera, non seulement résolu d'une façon aussi satisfaisante que définitive , mais le Gouvernement de la Nation pourra disposer des éléments et des ressources nécessaires pour faire face aux événements que la Providence réserve à l'Espagne au cours de l'année économique dont le commencement s'approche.
La ferme croyance que nous avons d'arriver dans peu de temps à une situation générale calme et pacifique s'affermira beaucoup plus, si elle est accompagnée de l'abondance des prévisions qui n'est jamais de trop dans des circonstances normales et qui est absolument indispensable à tout autre occasion.
Pour réussir, on propose un vigoureux renforcement du budget des recettes, quoique en
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épargnant au pays l'afflkftiM de nouyelles charges, et on demande, de iïiëm% par une sage réserve, les moyens d'action qae pMtra exiger, dans des cas déterminés, la défease des intérêts les pluâ sacrés de la Patrie. »
Telles étaient les sages considérations qui précédaient le projet de budget de M. Navarre Revertcr pour Tannée fiscale 1896-97 : les Gortès ont approuvé les projets du Ministre des Finances et les résultats ont été des plus flatteurs pour le Ministre ; car, ainsi que je le montrerai plus loin, les recettes de Tannée ont donné un supêravit de dix millions de pesetas sur les dépenses ; l'équilibre financier est donc non seulement atteint, mais dépassé.