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CHAPITRE V

L'Emprunt intérieur do novembre 1896

Il faut savoir se rendre compte de l'importance réelle des faits et ne pas se payer do mots : on a écrit, proclamé et répété de tous les côtés que le" succès sans précédent en Espagne de l'emprunt intérieur de quatre cents millions de pesetas était l'œuvre du patriotisme de la nation espagnole. Certes, cela est vrai dans un sens et le patriotisme de nos voisins a trouvé dans cet emprunt une magnifique occasion de s'affirmer une fois de plus aux yeux de l'Europe. Mais il faut se dire aussi que, dans les questions d'argent, le patriotisme n'est pas tout, et que, si l'administration habile do M. Reverter, si ses prévisions et ses travaux, si également la confiance des capitalistes dans le gouvernement de M- Canovas n'avaient pas préparé les esprits à

colle grande opération de crédit national, l'Emprunt intérieur n'aurait peut-être pas eu, malgré tout le patriotisme des Espagnols , l'immense succès que Ton sait.

Un des grands litres dé gloire de M. Canovas del Castillo, aux yeux de la postérité, sera d'avoir été le premier homme d'Etat espagnol :. qui ait osé déclarer aux Cortès qu'il fallait avant; tout s'occuper des Finances, faire do bonnes' finances, éviter les dilapidations, réformer l'ad-, ministration. Un des hommes les plus éminents de la politique espagnole, M. le duc de Mandas, ; me disait qu'il se souvenait d'avoir entendu un homme d'Etat espagnol illustre,' un orateur de1 premier ordre, M. Pacheco, après avoir fait un discours merveilleux sur la politiquf générale, s'écrier avec dédain : Penh ! les Finances ! Je ne m'occupe pas do ces questions de chiffres auxquelles je n'entends rien ! Avant M. Canovas del Castillo il était à la mode en Espagne de planer sur les questions politiques, mais de faire fi des questions budgétaires et économiques. On oubliait le mot d'un grand homme : Faitesmoi de bonnes finances et je vous ferai de bonne politique.

M. Canovas del Castillo avait pris ces paroles pour maxime et il en a poursuivi sans cesse l'application ; le résultat en a été le suivant :

En 1848, alors que l'Espagne traversait ïâ période la plus brillante de sa première époque

constitutionnelle, le gouvernement fit appel au pays pour un emprunt de vingt-cinq millions de pesetas; non seulement, il ne fut pas couvert, mais il fallut convertir cette opération en cours forcé et accepter des valeurs et des pagares de l'Etat pour les réquisitions de chevaux, pour les restes des dîmes et jusque pour les impôts destinés à réparer les exactions des Carlistes.

Voyons, au contraire, ce qui s'est passé sous le gouvernement de M. Canovas : en 1876, il avait commencé son œuvre de restauration des finances espagnoles et il fit un emprunt intérieur et extérieur de 580 millions de pesetas, qui fut couvert splendidement par les capitalistes ; l'année suivante, il émit pour 160 millions d'obligations des Douanes avec un égal succès.

Voilà la preuve de la confiance inspirée par la maxime gouvernementale de M. Canovas ; vingt ans après, les résultats qu'il a obtenus avec le concours de M. Navarro Reverter sont admirables.

En 1876, le prix d'émission était de 81.94 0/0 avec un intérêt de 7.32 0/0.

En 1877, avec la garantie des Douanes, le prix d'émission fut de 86.90 0/0 et l'intérêt de 7.12 0/0.

En 1896, au milieu des embarras causés par les guerres coloniales, les mauvaises récoltes,.

la gravité de la situation politique, le gouvernement espagnol a demandé au mois de novembre 250 millions, au prix de 93 0/0, avec intérêt nominal de 5 0/0 et effectif de 6.56 0/0 seulement, non dans un but de conversion ou de consolidation comme les précédents emprunts, mais pour faire face aux dépenses de la guerre, et les capitalistes espagnols ont versé 600 millions. Ces chiffres se passent de commentaires.

Et ceux qui connaissent bien les difficultés de tous genres qu'avait à surmonter M. Reverter, estiment qu'on n'a jamais déployé plus d'activité et d'habileté que lui, pendant les jours et les nuits (car il n'a pas dormi pendant une semaine) qui ont précédé l'émission de cet emprunt.

On reproche à M. Reverter de n'avoir pas réussi dans ses négociations avec les banquiers étrangers ; on oublie que les Gortès avaient repoussé les projets de loi sur les chemins de fer qui donnaient satisfaction aux intérêts des banquiers français qui ont engagé tant de capi- ♦ taux en Espagne, que les libéraux avaient fait une campagne très vive contre la haute Banque é française et que l'on ne pouvait attendre beaucoup de bonne volonté de ceux-là mêmes qu'on . venait de bafouer et d'attaquer dans les journaux. Nul ne sait d'ailleurs ce qui s'est pasêé dans les pourparlers de M. Reverter avec lçs eprésentants de la haute Banque étrangère :

lès conditions dos maisons do Banquo n'ont pas para à M. Reverter convenables à l'Espagne, il n'a pas insisté et, en peu de jours, il a combiné avec les financiers espagnols cet emprunt, purement intérieur, qui a si superbement réussi.

J'étais à Madrid avant l'émission de l'emprunt ; je me souviens que des Espagnols très éminents et très bons patriotes accusaient, lors de la publication du décret fixant l'émission à une date très proche, M. Rêver ter de présomption et prédisaient un insuccès. Ils ne pensaient pas que M. Navarro Reverter avait pu, en quelques jours, s'assurer les concours de la Finance et des capitalistes espagnols et ils ignoraient que les 250 millions demandés par modestie sur les 400 millions autorisés étaient plus que souscrits avant même rémission publique.

Gela n'a pas empêché, d'ailleurs, la petite épargne d'apporter son obole à l'emprunt intérieur ; plus de 22,000 actions ont été obtenues par d'humbles personnes qui n'ont souscrit que une ou deux ou moins de six actions. .

Et lorsqu'il s'est agi de libérer les actions, en plus du 10 0/0 versé en souscrivant, nous voyons que le 30 novembre le public espagnol avait versé dans les caisses de la Banque d'Espagne 383 millions sur les 400 millions de l'emprunt, c'est-à-dire 137 millions de plus que les deux versements obligatoires.

Tous ces résultats sont magnifiques ; ils

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constituent un grand succès non seulement pour U. Canovas del Castillo et pour' M, Navarre Reverter, mais encore pour l'Espagne entière ?■ l'impression produite par l'emprunt intérieur dans le monde entier a été tout à fait favorable à l^pagnef il a Qxoita un concert unanime da; louanges en faveur de ce noble pays, dont tout Vie monde a admiré le patriotisme et aussi les grandes ressources financières *t Et c'est là un résultat qui est inappréciable, car si personne, ne songeait à mettre en doute l'héroïsme deg, Espagnols, leur esprit chevaleresque et la valeur de leurs soldats, beaucoup se figuraient à tort que l'Espagne était un pays pauvre, sans ressources financières et dans l'impossibilité d'un grand effort d'argent, Les événements ont

* Le succès qu'a obtenu le nouvel emprunt intérieur, loin d'aftaiblir In. garantie dont la' Sente Extérieure est dotée, consolida indirectement ce fonds d'ptat. ï5n etï'et, sur qiiel gage l'emprunt intérieur est-il assis ? Sur les recettes, $&$ Douanes. Et la Banque d'Espagne, en exécution dé l'article 2 du décret royal, créant les nouvelle^ obligations 5 0/0 amor- , ti&sabies en huit années, qui porteront le nqm (}'0)>ligftfcjoii8 des Douanes, la Banque d'Espagne, disons^nous, a. stipulé, qu'elle sera chargée du paiement des intérêt^ et de l'a-mortis^sèment #e ces obligations et que, dans ce but, elle retiendra, chaque trimestre, sur les recettes des Douanes, $ont elle £ait, V encaissement ? la somme nécessaire pour le service de l'emprunt. Or, quelle est la garantie que la» loi espagnole du 20 mai J882 a affectée à la Dette perpétuelle 4 0/0 intérieure et extérieure 1 Les contributions directes, c'esH*r4ir-e les meilleures recettes fiscales de l'Espagne ! |£t beaucQjjp de porteurs de Rente Extérieure seront étonnés en apprenant que la loi espagnole du 20 mai 1882, décidant la conversion de la Dette intérieure 3 0/0 et des obligations de l'Etat pour chemins de fer, a créé la Dette perpétuelle 4 0/0 intérieure eq. ç.5téricuro en approbation d'une convention antérieurement

prouvé le contraire, ils ont révélé toute l'importance de l'épargne espagnole et je comprends cette belle dépêche du général Primo de Rivera à M, Navarro Reverter, en apprenant le résultat , de la souscription à l'emprunt de 1896 : « Votre message téléphonique m'a causé autant diMfFet que vous en causerait celui-ci si je pouvais vous l'envoyer : « Grande bataille, grande victoire remportée contre tous les ennemis de la Patrie ! » Jugez de ma satisfaction par celle que vous éprouveriez dans un pareil cas. »

Le général Primo de Rivera avait parfaitement raison : le succès de l'emprunt intérieur de novembre 1896 équivaut à une grande victoire.

passée entre l'Etat et les porteurs des fonds convertis. Mais que dit cette loi, qui constitue entre l'Etat espagnol et les porteurs actuels un véritable contrat bilatéral ? Que le service du paiement des intérêts de la Dette perpétuelle sera confié à la Banque d'Espagne, qui retiendra en temps utile, sur les contributions directes la somme nécessaire pour faire face à ces paiements. Et si la Banque cesse d'être chargée du recouvrement, le ou les receveurs retiendront à leur tour les fonds nécessaires selon l'état qui sera dressé, d'accord entre le ministre des finances et la Banque, pour les verser à cet établissement. Ainsi donc, anciennement comme maintenant, c'est le même principe qui a été adopté, principe qu'aucun gouvernement, même révolutionnaire, ne violera, et il est inexact de dire, comme l'ont insinué certains journaux anglais et allemands, que le gage donné au nouvel emprunt, diminue la valeur intrinsèque de l'Extérieure 4 0/0, dont les coupons, en plus, « sont exempts d'impôts », selon les déclarations formelles faites au Sénat espagnol, le 30 juin 1882, par M. Çamacho, alors Ministre des Finances.

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