POST-SCRIPTUM
Le nouveau cabinet Sagasta
Paris y le 5 Octobre 1897.,
Ce livre était à moitié imprimé, lorsqu'est survenue la crise ministérielle soudaine dont je donne les raisons dans ma conclusion.
Je ne peux livrer ces pages au public, sans indiquer ici la constitution du nouveau ministère et sa composition. Je le ferai en peu de lignes : les noms des nouveaux ministres ont été connus hier soir ; les voici :
Présidence du conseil : M. Sagasta.
Affaires étrangères : M. Pio Gullon.
Justice : M. Groizard.
Guerre : Général Gorrea.
Marine : Contre-amiral Bermejo.
Finances : M. Puigcerver.
Intérieur : M. Gapdebon.
Travaux publics : Comte Xiquena.
Colonies : M. Sigismond Moret.
C'est aff dernier moment que M. Groizard a été choisi par M. Sagasta pour le portefeuille de la justice, qui avait été tout d'abord attribué à M. Romero Giron.
A cinq heures, les ministres ont prêté serment entre les mains de la reine-régente. Ils se sont ensuite réunis en conseil et ont procédé aux nominations de M. Amos Salvador, comme directeur de la Banque d'Espagne, de M. Aguilera, comme préfet de Madrid, et du comte Romanonès comme maire de Madrid.
On parle des maréchaux Blanco pour le commandement de Cuba, Lopez Dominguez pour les Philippines,- et du général Polavieja, comme capitaine général à Madrid.
M. Vega de Armigo et Mantero Rios sont désignés pour présider le Sénat et la Chambre des députés. A M. Léon y Castillo est réservée l'ambassade de Paris.
M. Groizard est un ancien ambassadeur auprès du Saint-Siège, déjà plusieurs fois ministre. Il est membre de la droite du parti libéral, ainsi que le comte Xiquena, ministre des travaux publics, et membre très populaire de son parti. Le général Correa a été sous-secrétaire d'Etat à la guerre. L'amiral Bermejo est très estimé dans la marine ; c'est un homme énergique et un bon administrateur.
Les trois principales figures du cabinet, MM. Moret, Puigcerver et Capdepon, qui sont à la
tête des colonies, des finances et de l'intérieur, sont d'anciens collaborateurs de M. Sagasta* jouissant d'une grande autorité dans le parti libéral. M. Moret est considéré comme la cheville ouvrière de la politique gouvernementale à Cuba et aux îles Philippines et dans les relations avec les Etats-Unis.
Le ministre des affaires étrangères, ML Gullon, est un homme froid, modeste, ancien ministre, cx-gouverneur de la Banque d'Espagne et ancien sous-secrétaire d'Etat aux affaires étrangères.
J'ai eu l'honneur de faire la connaissance df? M. Pio Gullon, en 1892 ; j'ai trouvé en lui un homme des plus aimables et des plus modestes, cachant beaucoup de savoir sous une grande réserve et qui sera très capable de faire excellente figure au ministère des affaires étrangères.
J'ai dit, au chapitre que je lui ai consacré, tout le bien que je pense de Don Praxedès, Matéo Sagasta : je n'ai fait que rendre justice |t ses grandes qualités, à son génie d'homme d'Etat, à son dévouement aux intérêts de l'Espagne.
Il sera certainement secondé puissamment par M. Sigismond Moret, ancien ministre des affaires étrangères, qui a eu le courage d'accepter lej)oste périlleux de ministre des colonies. M. Moret est un homme politique de^ grande valeur, ôrateùr~dè premier "ordre^Trés^ lifëraï
et très ami du progrès ; j'ai eu l'honneur de causer avec lui et j'ai apprécié la hauteur de ses vues*.
Que fera-t-il ? Que va faire le ministère Sagas ta ? Je l'ignore et les ministres actuels sont en train eux-mêmes de préparer leur programme et de dresser leur plan de campagne.
On les jugera à leurs actes ! Attendons les à l'œuvre, mais rendons-leur d'avance cette justice qu'ils sont tous d'excellents patriotes, désireux de travailler pour le plus grand bien et la plus grande gloire de leur pays. Ils arrivent avec des intentions que nous ne connaissons pas encore : personne en Espagne ne les gênera ni ne cherchera à les empêcher do développer leurs idées et d'appliquer leur politique. Nous souhaitons à l'Espagne d'en obtenir d'excellents résultats.
M. de Léon y Çastillo, qui est désigné comme ambassadeur d'Espagne à Paris, est un ancien ministre et un des chefs les plus respectés du parti libéral : il a déj à occupé à plusieurs reprises le poste d'ambassadeur à Paris et ne compte chez nous que des amis. "Il saura continuer les traditions du duc de Mandas et travailler comme lui à l'union amicale de nos deux pays.