‹ L'Espagne et l'Exposition de 1878Chapitre 10 sur 36 · VI* ÉPOQUE · texte numérisé non relu

VI* ÉPOQUE

Princes de la Maison de Bourbon.

L'avènement du duc d'Anjou, qui prit comme roi d'Espagne le nom de Philippe Y, avait fait naître bien des jalousies et soulevé bien des défiances chez les diverses puissances de TEurope. Une coalition se forma contre la France et TEspagne qui comprenait l'ÀDgleterre, la Hollande, la Prusse, l'Empire, la Savoie, l^Portugal, le duché de Modène et qui opposa comme compétiteur au nouveau roi l'archiduc Charles d'Autriche, sous le nom d3 Charles III. Telle fut l'origine de la guerre de la succession. Une flolte anglo-hollandaise, après avoir débarqué l'archiduc

à Lisbonne, s'était au retour emparée de Gibraltar que les Anglais ont gardé depuis; la Catalogne, l'Aragon et Valence se déclarèrent pour le prétendant qui s^établit à Barcelone ; en même temps, l'armée portugaise pénétrait par la province de Salamanque jusqu'à Madrid, où Charles III fut solennellement proclamé. Mais tandis que les provinces de l'Est soutenaient l'archiduc, les pays castillans au contraire montraient un inébranlable attachement à la cause de Philippe Y. D'ailleurs, à défaut de nombreux renforts, car la France se trouvait engagée elle aussi dans une lutte terrible sur les Alpes, sur le Rhin, aux Pays-Bas, Louis XIV avait envoyé à son petit-ûls deux de ses meilleurs généraux, Berwick et Vendôme, dont l'un gagna la bataille d'Almanza(1707), l'autre celle de Villaviciosa (1710) qui fut décisive. A la fin de cette dernière campagne, les alliés ne conservaient plus guère que Barcelone qu'ils évacuèrent en 1713. Pourtant la ville persévérait dans sa rébellion et le maréchal de Berwick dut la réduire parla force; les Catalans, en punition, furent dépouillés de leurs privilèges. Peu de temps après, la paix était signée à Bade (1714) avec l'archiduc Charles, devenu empereur d'Allemagne. Philippe renonçait à Gibraltar, à Minorque, au royaume de Naples, aux présides de Toscane, aux duchés de Milan et do Mudène, à la Sardaigne et aux Pays-Bas, mais il restait maître incontesté de son trône et conservait encore d'immenses Etals.

Philippe V avait montré sur les champs de bataille de la valeur personnelle et une certaine capacité, mais il manquait absolument d'énergie; au courage du cœur, il ne joignait pas celui de l'esprit qui donne de la force aux résolutions et du nerf à la volonté. Dominé longtemps par la princesse desUrsins qu'il disgracia en prenant sa seconde épouse, la princesse de Parme, il abandonna tout son pouvoir à cette femme et à son ministre Alberoni qui avait su, à force d'adresse, s'élever de la plus basse condition à la dignité de cardinal. Les intrigues politiques d'Âlberoni pour enlever à l'Autriche sa prépondérance en Italie, ôter la régence de France au duc d'Orléans, replacer les Stuarts sur le trône d'Angleterre, n'aboutirent qu'à entraîner l'Espagne dans des guerres désastreuses et le ministre fut congédié. On lui doit du reste d'avoir voulu réformer les dépenses des maisons royales et de l'administration et tenté, par l'introduction de plusieurs belles manufactures, de réveiller chez les Espagnols le goût de l'industrie. Las d'un sceptre qui pesait à son indolence, dégoûté des affaires, Philippe abdiqua en faveur de rin'ant Luis et se retira dans son palais de Saint-Ildefonse (1724) ; mais ce jeune prince qui donnait les plus belles espérances étant mort peu de temps après^ Philippe reprit la couronne ; la fin de son règne fut marquée par une tentative infruc- Uieuse contre Gibraltar que compensa bientôt la prise d'Oran sur les Mores, puis par une guerre

heureuse de quatre ans (1734-1738) pour acquérir à rinfant D. Carlos les Etats de Naples et de Sicile, enfin par de glorieux succès en Amérique où les Anglais voulaient prendre Cartbagène. Philippe Y mourut d'une attaque d'apoplexie au moment où éclatait la guerre de la succession d'Autriche, à laquelle il prenait part aûn d'obtenir pour un autre de ses fils un nouvel établissement en Italie. De ce règne datent la bibliothèque nationale, l'Académie royale de la langue, l'Académie d'histoire, TAcadémie de médecine et de chirurgie. Philippe releva les agriculteurs de quelques impôts onéreux et, comme son aïeul, encouragea les lettres et les arts; mais enclin au fanatisme, il continua ou laissa «'.onlinuer les persécutions religieuses, et sous son gouvernement les tribunaux du saint office firent brûler près de J,600 personnes sans compter les exécutions qui eurent lieu en Sicile, en Sardaigne et en Amérique.

Ferdinand VI (1746-1759) poursuivit sans grand succès en Italie la guerre commencée par son prédécesseur; cependant, grâce aux victoires du maréchal de Saxe, la paix fut signée et par le traité d'Aix-la-Chapelle l'infant D. Philippe obtint en pleine souveraineté les duchés de Parme, Plaisance et Guastalla. Dès lors Ferdinand s'occupa de panser les blessures qu'un siècle de guerres presque ininterrompues avilit faites à l'Espagne et mérita le surnom de Sage que lui a décerné la reconnaissance des

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peuples. Il accorda un pardon général auj. proscrite, rendit à la liberté les victimes de l'Inquisition, allégea le poids des impôte toujours croissants jusqu'alors. L'agriculture fut encouragée, Tadminis- Iration réformée, Tordre rétabli dans les financen par de sages règlements. Lorsqu'après treize ans de règne il mourut, à quarante-cinq ans, inconsolable de la perte de sa femme» il laissait une marine de cinquante vaisseaux de guerre et un trésor de près de soixante millions, fruit de sa sévère économie.

D. Carlos, roi de Naples, succéda à son frère Ferdinand sous le nom de Charles III. Il suivit d'abord le même système de neutralité que son prédécesseur dans la guerre que se faisaient la France et l'Angleterre ; plus tard, cédant aux instances de la France, irrité aussi de la contrebande insolente des Anglais sur les côtes d'Amérique, il signa avec Louis XY une convention dite le a Pacte de famille » q>)i entraîna une rupture immédiate avec l'Angleterre. Cette guerre ne fut pas heureuse car les Anglais s'emparèrent de Cuba et des Philippines. A la paix de Versailles, l'Kspagne céda la Floride à l'Angleterre, mais reçut de la France la Louisiane en indemnité (1763). Charles III qui s'était fait adorer déjà de ses sujets italiens par son administralion éclairée et libérale, se donna tout entier aux travaux du gouvernement. Vaillamment secondé par deux ministres de talent, le comte d'Aranda et le marquis de Florida-Blanca, il encouragea divers

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établissements utiles tels que les sociétés connues sous le nom « d'Amis de la patrie n et s'occupa spécialement du progrès des arts, de l'industrie et de l'agriculture. Il établit des colonies agricoles , donna de grands soins à l'amélioration des chemins, si mauvais qu'avant lui on ne connaissait aucune voiture publique, creusa dos canaux, développa les plantations dans les provinces arides et nues de la Manche et de la Castille, rendit entièrement libre le commerce des grains, créa la banque de Saint-Charles, fonda ou agrandit des manufactures de draps, de toiles, de glaces, d'armes blanches, s'occupa de relever les écoles du gouvernement. Dès 1767 il avait lancé contre les jésuistes, à l'imitation de la France, un édit d'expulsion qui fut appliqué avec la plus grande rigueur. Il s'intérei^sa aussi beaucoup à la marine de guerre qui en 1788 comptait près de quatre-vingts vaisseaux ; la marino marchande s'accrut pareillement. De fait la flotte espagnole joua un rôle important comme auxiliaire de celle de la France dans la guerre d'Amérique (1779- 1783); elle échoua devant Gibraltar, mais s'empara de Minorque que le traité de Madrid rendit déQnttivement à l'Espagne. Elle bombarda aussi Alger à deux reprises, sans pouvoir forcer ce repaire de pirates, et Charles III dut acheter à prix d'argent la paix de la Méditerranée. De sept millions d'habitants à peine qu'elle comptait à Tavénement de Philippe V, l'Espagne, à la fin du xviii* siècle, montait à près

de onze ; toules les branches de la ricbcsse publi que avaient doublé ou triplé leurs produits et sous Charles III le revenu public était vingt fois pins con. sidérable que sous Charles II. Rien ne saurait faire mieux que ces chiffres l'éloge des premiers princes de la maison de Bourbon qui, sans être de grands hommes, furent au moins d'honnêtes gens sur le trône, et qui, cherchant sincèrement le bien, secouèrent un peu cet état de marasme et de langueur où était tombée TEspagne sous les derniers princes de la maison d'Aulriche. Par malheur, il faut bien le dire, les progrès n'étaient guère qu'à la surface : le clergé gardait toujours son énorme influence, le peuple ses superstitions, son amour et son besoin du despotisme.

Charles HT, dès le début de son règne, après avoir /ail constater juridiquement l'imbécillité de son lils aîné Philippe, avait désigné le deuxième, Charles- Antoine, comme héritier présomptif de là couronne «l'Espagne et cédé au troisième Ferdinand celle des Oeux-Siciles. Charles IV laissa tomber Tune après l'antre les institutions ébauchées par son père [1788-1808). Il ne manquait ni de bonté ni d'instruction, mais ses qualités étaient obscurcies par un mélange de violence et de faiblesse qui faisait tout craindre. Aveuglément soumis à la reine et au favori de la reine, Godoy, qu'il nomma plus tard prince de la Paix, il laissa les abus et la décadence aller leur train et fit imprudemment la guerre à la

France, alors en République, ce qui replongea les finances de l'Espagne dans le désordre d'où Charles in avait commencé à les tirer. L'Espagne dut céder h la France la partie qu'elle possédait de l'île de Saint-Domingue. Cependant l'infant Ferdinand, ennemi déclaré de Godoy, manœuvrait pour renverser le ministre et peut-être même le roi ; les choses allèrent si loin que Charles IV ordonna d'arrêter son fils, et ne lui rendit la liberté qu'après lui avoir fait signer l'aveu de sa révolte et l'abandon de ses complices. C'était alors le moment de la grande puissance de Napoléon P'. Déjà l'alliance de la France avait entraîné l'Espagne dans l'épouvantable désastre de Trafalgar et presque anéanti ses forces maritimes (1805). Les armées impériales débordaient sur l'Espagne pour aller châtier le Portugal de sa condescendance envers l'Angleterre, lorsque des troubles violents éclatèrent à Aranjuez, séjour d'été de la famille royale. Charles IV effrayé abdiqua et l'infant fut proclamé roi sous le nom de Ferdinand VIL .

Cependant Napoléon nourrissait sur l'Espagne d'astucieux desseins. Attirés séparément à Bayonne, Ferdinand VII d'un côté, Charles IV et sa femme avec Godoy de l'autre, se livrèrent aux emportements les plus violents, aux récriminations les plus amères. Enfin Ferdinand abdiqua en faveur de son père; Charles IV à son tour céda la couronne à Napoléon qui garda en son pouvoir toute la famille royale

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et fit proclamer roi d'Espagne un de ses frères Joseph Napoléon (i808). A la nouvelle de cette perfidie rindignation fut unanime en Espagne; le 2 mai, une effroyable révolte éclata à Madrid promptement réprimée par les soldats de Murât; mais le signal était doDDé et en quelques jours Tincendie se propagea d'un bout à l'autre du pays. La guerre de l'IndépendaDce commençait, lutte mémorable d'un peuple entier contre la plus injuste des usurpations.

Cette guerre comprend sept campagnes (i808- 1814], qui peuvent se diviser en trois périodes. Dans la première les généraux français surpris par l'explosion simultanée de la révolte dans toutes les provinces, isolés sur divers points du territoire avec des forces insuffisantes, sont battus (défaites de Dupont àBailen, de Junot à Yimeiro) et obligés de reculer derrière l'Ebre. Joseph abandonnant Madrid, une junte suprême installée à Aranjuez, les Anglais maîtres du Portugal, la situation devenait grave. Napoléon alors concentre ses armées, envoie en Espagne de vieilles troupes commandées par ses meilleurs généraux (victoires de Victor à Edpinosa,deLannes à Tudela), puis se transporte lui-mêm» sur le théâtre des hostilités et remporte des avantages qui semblent décisifs (victoire de Somo-Sierra, prise de Madrid, 1809). Peu après Soult forçait les Anglais à s'embarquer à la Corogne, Victor était vainqueur à Uclès, Gouvion Saint-Cyr à Molins-del'-Key. Mais bientôt cfélourné par d'autres entreprises, l'cmpe-

reur abandonne TEspagne à des chefs obligés de disperser leurs forces, divisés entre eux et sans cesse affaiblis par la nécessité de renvoyer à l'autre extrémité de l'Europe des soldats qui ne sont pas remplacés. Les ennemis au contraire agissent avec un ensemble admirable; aux troupes espagnoles s'ajoutent les armées anglaises commandées par "Wellington et continuellement grossies par de nouveaux renforts. Profilant des fautes politiques de Napoléon plus encore que de leurs succès militaires, elles occupent le Portugal, entrent en Espagne de deux côtés à la fois, (défaite de Marmont aux Arapiles, 1812) refoulent nos soldats vers les Pyrénées (défaite de Jordan et de Joseph à Vitoria, 1813) et pénètrent en France à leur suite pour leur livrer un dernier combat dans les plaines de Toulouse, tandis que Napoléon lui-même est vaincu par la coalition sous les murs de Paris. Telle est en peu de mois la marche des opérations militaires, mais ce serait bien mal rendre le caractère de cette lutte que de se borner aux mouvements stratégiques des armées régulières. Ce qui distingue la guerre d*E>pagne, c'est l'intervention des volontaires qui, formés en bandes plus ou moins nombreuses^ comme celles des deux Mina, d'El Pastor ou d'El Empecinado, sous le nom de guérilleros, firent tant de mal aux armées françaises; c'est ce patriotisme exalté qui mettant à profit les difficultés du pays, multipliant les embuscades, arrêtant les convois, s'en prenant

même aux blessés et aux prisonniers, entretenait l'insurrection dans toute la Péninsule; chaque ville était devenue une forteresse, chaque habitant un soldat, et les glorieuses défenses de Saragosse (1808) et de Gérone (4809), rappelèrent l'antique héroïsme de Numance et de Sagonte. Du reste nulle entreprise n'aura été plus funeste que celte guerre à tous ceux qm s'y mêlèrent. Commencée par un guet-àpens, terminée par d'immenses désastres, elle a coûté à la France des flots de san^ et usé en pure perte ses meilleurs soldats ; elle a été le premier insuccès de Napoléon et la principale cause de sa diute;elle a illustré, mais aussi ruiné r£spagnc« écrasée par nos armées, épuisée par ses propres efforts, ravagée par l'avidité des Anglais, ses alliés. Chose plus triste encore, elle a réveillé chez les Espagnols cette férocité, ce goût du sang qui couve toujours au fond de leur tempérament méridional et qui bientôt, à défaut de guerre étrangère, allait chercher carrière dans les luttes civiles.

I/Espagne insurgée avait été gouvernée par les juntes provinciales d'abord, puis par les cortès. Celles-ci enfermées à Cadîz, tandis que les canons ennemis bombardaient la ville et que les obus entraient dans la salle des séances, donnèrent à l'Espagne une constitution libérale et qui, par un curieux contraste avec la haine qu'on portait alors au nona français, rappelle tout à fait le programme de notre grande Révolution; heureuses dans les réfor-

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mes civiles, elles aussi comme noire assemblée constituaiite, se trompèrent souvent dans les questions politiques; il n'en est pas moins vrai que cette œuvre conçue à la bâte, malgré des lacunes et des imperfections, en reconnaissant les principes les plus importants des gouvernements libres, constituait un réel progrès pour l'Espagne telle que l'avait faite la longue domination d'un clergé fanatique et de rois absolus.

Vers la fin de l'empire, Ferdinand YII rendu à la liberté, quitta avec ses frères le cbàteau de Yalençay où il avait été retenu prisonnier depuis 1808. Le front étroit et bas, lé regard fuyant, les lèvres minces, ce prince que Napoléon avait déclaré tout de suite très-faux, très-bête et très-mécbant» ne méritait à aucun titre l'amour et l'admiration que les Espagnols lui avaient voués dans leur enthousiasme patriotique. 11 entendait bien gouverner à sa guise, sans la gêne d'une constitution; d'ailleurs par une réaction facile à comprendre, la majeure partie des esprits s'écartaient du libéralisme pour revenir aux idées monarchiques; le peuple ne demandait plus que le roi absolu, elrey neto ; il fut servi à souhait. Par le manifeste de Valence, Ferdinand VII, sûr désormais de la chute de Napoléon, déclara nul tout ce qui s'était fait en Espagne pendant son absence et refusa nettement de recon< naître la nouvelle constitution ; il alla jusqu'à déclarer «coupable du crime de lèse-majesté et comme

tel punissable de mort, quiconque oserait soit par fait, soit par écrite soit par parole, exciter qui que ce fût h l'observation ou exécution desdits décrets et constitution. » Le pouvoir absolu était rétabli et Ferdinand Vil Texerça de fait jusqu'en 1820, livré à sa camarilla, la petite chambre du roi où se trouvaient les favoris, ceux qui faisaient et défaisaient les ministres, réglaient les destinées de l'Etat; tous les partisans un peu connus des idées libérales, furent emprisonnés, condamnés; les divisions territonales et administratives, votées par les cortès, disparurent et Ton revint aux anciennes provinces avec leurs privilèges; les moines reprirent possession de leurs couvents, le clergé de ses terres exemptes des nouvelles taxes; l'Inquisition fut rétablie à charge surtout de poursuivre les libres-penseurs et les francs-maçons; la tyrannie se doubla partout d'une persécution religieuse qui humiliait ceux qu'elle n'atteignait pas. Ferdinand abolit les décrets rendus par d'Aranda contre les jésuites et rappela dans son royaume ces auxiliaires dévoués du pouvoir absolu. Pendant ce temps l'Espagne était menacée de perdre ses colonies d'Amérique depuis si longtemps son unique ressource et qui avaient proQlé de la guerre de l'Indépendance pour se détacher de la mère-patrie.

Plusieurs révoltes avaient éclaté, mais sans succès ; c'est précisément parmi les officiers de l'armée de Cadiz, réunie pour rétablir dans le Nouveau-

Monde raulorité de rE>pagne, qu'une nouvelle conspiration se forma. Au jour fixé, un jeune commandant Hiego, assemblant son bataillon^ lui Ot jurer la constitution de 1812. Il est douteux pourtant qu'il eût pu triompher ainsi à lui seul, quand on apprit que l'insurrection avait éclaté également dans les provinces du nord ; elle eut bientôt conquis tout le royaume. Si légitime que fût son but, ce soulèvement n'était par malheur qu'une insurrection militaire et inaugurait tristement l'ère des joronunciamientos qui ont causé tant de mal à l'Espagne. Le roi, toujours lâche, céda et Ton alla chercher aux galères pour les faire ministres les hommes d'Etat qu'il y avait envoyés; il annonça qu'il convoquait les certes et sous la pression d'une manifestation publique se déclara prêt à reconnaître la constitution. Humilié, irrité, voyant que l'Autriche avait su étouffer par la force en Italie les idées nouvelles^ il espéra de ce jour une intervention étrangère qui, appuyée à l'intérieur par les mouvements des royalistes, pouvait lui rendre le pouvoir absolu. D'ailleurs les libéraux ne surent point se conduire : les excès et les violences se multiplièrent; les certes donnèrent la présidence à Riego, tandis que des bandes carlistes couraient déjà la campagne. A la suite d'une émeute dans les rues de Madrid (juillet 1820), la défaite de la garde royale et la démission des ministres mirent Ferdinand aux mains du parti exalté qui le retint prisonnier. Les ambassadeurs des puissances deman-

dèrent leurs passe-ports. Bientôt après, malgré Topposilion de M. de Villèlo et soih 1h pression d(i parti royaliste qui désirait cette guerre avec une égaie ardeur des deux côtés des Pyrénées, une armée française commandée par le duc d'Angoulème entra en Espagne pour faire respecter l'inviolabilité des rois. Les ministres libéraux, avec plus de patriotisme que de bon sens, comptaient pour lui résister sur les souvenirs de la guerre de Tlodépendance. Mais devant le duc d'Angoulême tout céda; Madrid ouvrit ses portes, les cor tes emmenant Ferdinand s'enfuirent à Séville, puis à Cadiz; enfin la prise du Trocadéro,en face de Cadiz, entraîna la reddition de* cette place. En dépit de la promesse d'amnistie qu'il avait jurée, Ferdinand rentré dans Madrid aux acclamations de la foule fut impitoyable; les cortès disparurent, le double joug de la police et de l'Inqaisition fut rétabli , Riego fait prisonnier périt surTéchafaud. Pendant ce temps, l'Espagne, incapable d'envoyer des renforts à ses généraux, perdait successivement le Pérou, le Venezuela, le Mexique qui nommait un empereur, Iturbide; Buénos- Ayres et le Chili s'étaient déjà déclarés indépendants. En vain Ferdinand essaya d'organiser pour reconquérir l'Amérique de nouvelles expéditions : elles échouèrent misérablement. C'en était fait désormais des riches colonies de l'Espagne : dure, mais juste punition de sa conduite à Pégard de celle race américaine qu'elle avait toujoars tenue

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courbée sous le joug de la plus dure tyrannie.

Cependant le parli apostolique, si étrange que cela puisse paraître, n'était pas suffisamment salisfait de la condescendance de Ferdinand et songeait déjà à lui opposer son frère D. Carlos. Des soulèvements éclatèrent dans les provinces du nord aux cris de Vive Charles V ! Irrité de ces Jtentatives, Ferdinand qui venait d'a\oir une QUe de sa quatrième femme D" Maria-Cristina de Bourbon, prit le parti d'abolir la loi salique introduite en Espagne par Philippe Y, et rétablit l'ancienne loi de succession castillane qui admet les femmes à la couronne (1830). Malgré les intrigues qui s'agitaient autour de lui, le roi confirma solennellement sa détermination (31 décembre 1832) et peu après il mourait laissant pour régente D* Maria-Cristina qui prit en mains le gouvernement au nom de sa fîlle Isabelle II, à la grande joie du parti libéral qui se flattait pour l'avenir du triomphe de ses idées.

Parmi les écrivains célèbres qu'a produits l'Espagne sous la maison de Bourbon, il faut citer en première ligne : Jeronimo Feijoo (1676 1764) célèbre par son u Théâtre Critique »; le Père Isla^ jésuite, (1703-1781) qui traduisit le a Gil-Blas » de Lesage et dont le « Fray Gerundio», destiné surtout à réformer l'éloquence de la chaire, obtint un très-grand %\xQ>ch%\ Ënrique /'/orez (1702- 1773), historien érudit^ qui commença l'œuvre grandiose de « l'Espagne sacrée )) ; Fernandez de Moratin (1760-1828), le régé-

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nérateur du théâtre espagnol ; tout le monde counaît sa charmante comédie : « Et si de las Ninas ; » Ramon de la Cruz (1731-1805) qui écrivit des saynètes très-goûlées encore aujourd'hui pour le brillant du style et la vérité des caractères; Tornas de Marte (1750-1791) connu surtout comme fabuliste ; et plus récemment Melendez^ Gallego, Quintana^ tous trois poëtes lyri([ues. Les beaux-arts se glorifient de Ventura Rodriguez (1717-1725), le premier directeur de l'Académie royale d'architecture et surtout de Francisco Goya (1746-1826), l'admirable peintre que nul n'a dépassé pour la vérité, la vigueur et Téclat.

La mort du roi fut le signal de la guerre civile. Le parti apostolique s'y préparait depuis longues années. Ce n'est pas que la question de légalité Tinquiélât beaucoup puisqu'il s'était soulevé en 1827 contre le roi légitime, mais il craignait le progrès des idées libérales et s'était juré de les étouffer à tout prix. Nous ne ferons pas l'histoire de cette guerre de sept ans, entretenue par les passions les plus diverses et empreinte d'une impitoyable féro-

1 Consulter pour toute cette dernière partie le livre si bien fait de M. H. Reynald : Histoire de V Espagne depuis la mort de Charles lil, -jusqu'à nos jours. Paris, 1875.

cité, OÙ se succèdent sans interruption les batailles, les sièges, les surprises^ les incendies, les massacres, les fusillades. Les carlistes ont pour généraux le curé Merino, Zamala-Carregui tué bientôt devant Bilbao (1835), le comte d'Espagne, Elio, Gomez, Cabrera comte de Morella, Zariategui, Maroto; — Quesada, llodil, Gordoba, Espartero le libérateur de Bilbao, Narvaez, O'Donnel, commandent les libéraux. Cependant les ravages du choléra s'ajoutaient aux maux de la guerre et jetaient le trouble dans la population (1834). Pour donner satisfaction à l'opinion publique, le gouvernement avait déjà déclaré libre le commerce des comestibles, divisé l'Espagne en quarante-neuf provinces, proclamé l'égalité de tous devant là loi, aboli la commission chargée de la police secrète et institué une garde nationale; la régente, d'accord avec le conseil des ministres, publia un statut établissant le système parlementaire avec deux chambres ; mais le statut ne posait aucune limite au pouvoir royal^ n'accordait aucune garantie à la liberté individuelle, se taisait sur la magistrature et sur la liberté de la presse; enQn l'initiative des lois était laissée à la couronne et le gouvernement seul pouvait convoquer les chambres, les proroger, les dissoudre. Ces restrictions n'étaient pas faites pour contenter le parti libéral. Des émeutes sanglantes éclatèrent partout à la fois, à Barcelone, à Saragosse, h Valence, à Miircie; Grenade et Ct>rdoue proclament la constitution do 1812. Un luo-

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ment la confiance se rétablit sous le ministère éphémère de Mendizabal qui promeltait de combler le déficit et de terminer la guerre en six mois; c'était beaucoup plus qu'il ne pouvait tenir ; il tombe et les mouvements révolutionnaires reprennent plus terribles que jamais. La reine, pressée à la Granja par une sédition militaire, est forcée de jurer la constitution.

Naturellement, les carlistes mettaient à profit ces désordres. Pour comble d'infortune, au lieu de l'appoi direct de la France et de l'Angleterre qu'il espérait, le gouvernement avait été autorisé seulement à lever chez elles des volontaires. A deux reprises les carlistes poussent jusque sous les murs de Madrid, la première fois avec Gomez (1836), Tannée suivante avec Cabrera et D. Carlos lui-même, mais sans autre résultat. Outre qu'il possédait toutes les provinces en deçà de rËbre,une bonne partie du reste de TEspagne était sillonnée par les armes du prétendant ; mais les dissensions n'étaient pas moins profondes dans le parti apostolique que parmi les libéraux, et c'est ce qui explique — non moins peut-être que la répugnance de la majorité du peuple espagnol pour les idées représentées par ce parti, — l'insuccès final de Charles V. Bref, les carlistes durent reculer et les campagnes qui suivirent, malgré quelques succès, ne leur furent pas favorables. Enfin Espartero, général en chef des troupes libérales, fut autorisé à s'entendre ave3 le carliste Maroto qui ne

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se sentait plus en sûreté auprès de D. Carlos, et c'est alors que fut signé le fameux convenio de Vergara dont voici les points principaux : reconnaissance d'Isabelle II, maintien des fuerosy conservation de leurs grades aux officiers carlistes. Quoique plusieurs des partisans de D. Carlos, comme Cabrera et Ros de Eroles, n'eussent pas adhéré au convenio^ ils ne purent soutenir longtemps la lutte avec leurs seules forces, et le 7 juillet 1840 ils passaient en France où D. Carlos les avait déjà précédés. La guerre était terminée après avoir coûté à l Espagne autant d'hommes que la grande guerre contre Napoléon : quant à l'inlluence funeste qu'elle avait eue sur les esprits, les événements qui suivirent, tout faits de cupidité, de huine, d'ambitions malsaines et de viles intrigues^ ne tardèrent point à le prouver.

En effet le calme ne fut pas de longue durée. En 1837, les cortès s'étant réunies, étaient parvenues à rédiger une constitution qui tout en rappelant celle de 1812 n'en avait pas les exagérations, et promettait de concilier les besoins de la tranquillité publique avec les principes de la liberté; mais à l'occasion d'une loi qui diminuait le pouvoir des conseils municipaux^ Madrid prend les armes et la reine*mère est obligée de se retirer en France. Espartero, duc de la Victoire, acclamé régent du royaume, ne tarda pas lui-môme, au milieu de tant d'embarras, à devenir impopulaire. Les émeutes appelaient de sanglan-

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tes représailles qui empiraient la situation; les cabinets se succédaient sans pouvoir durer; à son tour le régent dut quitter l'Espagne sans avoir répondu à ce qu'on attendait de lui (1843).

On se décida alors à proclamer la majorité de la reine Isabelle dans l'espoir que sa jeune autorité suffirait peut-être à rétablir Tordre; il n'en fut rien, malheureusement; la dissolution de la garde nationale provoqua des soulèvements terribles sur plusieurs points de la Péninsule et Gonzalez Bravo eut grand'peine à les étouffer. Narvaez qui lui succéda au ministère s'occupa de réformer k constitution de 1837 ; malgré d'importantes améliorations introduites dans les finances, le cabinet penchait ouvertement vers l'absolutisme; il n'en fallait pas davantage pour exciter les mécontentements, mais la répression fut terrible, le sang coula à flots. Autour de la reine s'agitaient mille intrigues, chacun voulant lui trouver un époux. Narvaez qui avait lui aussi son candidat, le comte de Trapani, usé par l'abus de la force, en désaccord avec ses collègues, bon gré mal gré se retira. Ballottée ainsi d'émeutes en pronunciamentios et de coups d'Etat en révolutions du palais, l'Espagne malgré ses deux chambres et sa constitution attendait encore un essai loyal du gouvernement parlementaire.

Peu de temps après, à la suite de longs pourparlers, prolongés encore par le mauvais vouloir de l'Angleterre, la reine Isabelle épousa son cousin

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rinfant François d'Assise, et Tinfante sa sœur D* Maria-Luisa-Fernanda, le prince Antoine, duc de Monpensier, fils de Louis-Philippe I", roi des Français (1846). La révolution survenue en France le 24 février 1848 et qui coûta le trône à la branche des d'Orléans^ eut pour conséquence en Espagne de ranimer les espérances de l'opposition et surtout du carlisme. Mais l'atitude énergique du général Narvaez, devenu de nouveau chef du ministère, triompha de toutes les résistances des partis. L'ordre rétabli à l'intérieur, le cabinet résolut d'envoyer en Italie, de concert avec la France et l'Autriche, une expédition pour rétablir le pape Pie IX, qu'une révolution libérale avait chassé de Rome. Puis, comme le gouvernement de Narvaez, habile, mais despotique, commençait à peser à tout le monde, Bravo Murillo le remplaça à la présidence; il la quittait à peine, quand une émeute démocratique mit en péril la couronne d'Isabelle II (1834). Les chefs en étaient les généraux Dulce et O'Donnel, aidés du parti progressiste. Encore une fois le sang coula dans les rues de Madrid. Espartero appelé au ministère comme progressiste, céda la place au général O'Donnel qui s'y maintint malgré Narvaez. Le nouveau ministre, chef des modérés, rétablit la constitution de 1845, complétée d'un acte additionnel, puis voulant effacer les anciennes dénominations de partis, il travailla à fonder avec ces divers éléments un parti unique : l'union libérale.

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D'autre part, pour occuper l'attention publique, sous prétexte de quelques déprédations commises par les Mores aux environs de Geiita, la guerre fut déclarée au Maroc (1859). L'expédition présenlait de grandes difficultés à cause de la nature des lieux et de l'insalubrité du climat; les Espagnols mirent deux mois à franchir la distance de neuf lieues qui sépare Ceutâ de Tétuan; il fallait d'aileurs combattre en marchant. Une action acharnée s'engagea dans la vallée de Castillejos où le général Prim se couvrit de gloire ; une autre victoire sous les murs de Tétuan ouvrit aux troupes espagnoles les portes de cette ville et déjà elles se dirigeaient sur Tanger^ quand un traité de paix opportunément conclu par O'Donnel les arrêta dans leur marche. Les soldats firent dans Madrid une entrée triomphale; Prim fut nommé marquis de Castillejos, et O'Donnel duc de Tétuan. Dans le môme temps, le ministère se rendait maître avec non moins de bonheur d'une insurrection fomentée par les carlistes ; profitant de ce que le gouvernement était tout occupé de la guerre du Maroc, le comte de Montemolin, sous son nom de prétendant Charles VI, débarqua sur les côtes d'Aragon à San-Carlos de la Rapita; mais cette tentative échoua. Enfin l'Espagne prenait part avec les cabinets de Paris et de Londres à l'expédition projetée contre la République du Mexique; le général Prim, chef des troupes espagnoles, sut s'en relirer à temps; néanmoins celle

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retraite, mal comprise et mal reçue du public, suffit à précipiter la chute du ministère déjà miné par les dissensions intestines de Tunion libérale (1863).

Ainsi tombait O'Donnel, après cinq ans passés au pouvoir, sans avoir donné à l'Espagne des institutions qui pussent la garantir de nouveaux désordres. Il avait pourtant administré avec succès et non sans gloire. Il n'avait pas seulement relevé l'honneur national au dehors, il avait au dedans dompté les factions, développé le travail et l'industrie. Les chemins de fer avaient été poussés avec activité et partout se développait une véritable prospérité. La reine en parcourant les provinces avec son jeune fils Alphonse, né en 1857, qui assurait rhérédité du pouvoir, avait partout recueilli les témoignages de la plus vive sympathie et constaté de grands et sérieux progrès. Malheureusement tous • ces succès ne tenaient qu'a un homme; O'Donnel constituait seul son parti, et un membre de l'opposition avait pu dire sans se tromper aux membres de la majorité : a Vous n'êtes que des zéros dont O'Donnel est l'unité. » Lui tombé, sa politique et la plupart des résultats qu'il avait obtenus .disparaissaient avec lui.

Pourtant de tous les cabinets qui lui succédèrent, aucun, pas même celui de Narvaez, ne put durer longtemps, et 0' Donnel reprit encore une fois la présidence du Conseil. Tandis qu'à l'extérieur il soutenait une guerre contre le Chili, une insurrec-

lion militaire, fomentée par Prim, éclatait dans Madrid; la sévérité qu'il déploya pour la soumettre ruina sa popularité et la cour de nouveau rappela Narvaez, lequel du reste poussa la violence encore plus loin. La mort de 0' Donnel (1B67), puis celle de Narvaez qui le suivit de près, privèrent la reine des deuxhommes qui seuls pouvaient gouverner l'Espagne dans des circonstances aussi difficiles, compliquées encore par l'état vraiment déplorable du trésor. Gonzalez Bravo, nommé président du Conseil, n'était pas de force à porter un tel héritage. Réunis au moins pour le combat, les unionistes, les progressistes, les républicains se préparaient à une attaque commune, et de l'étranger les exilés espagnols entretenaient jusque dans Madrid celte agitation sourde qui précède les révolutions. Quelques mesures intempestives contre des généraux influents, Serrano, Zavala, donnèrent à Tinsurreclion les chefs militaires qui lui manquaient. Pendant ce temps la reine prenait les eaux dans le nord, à Saint- Sébaslien; c'est là qu'elle apprit le soulèvement de Cadiz et de l'Andalousie entière. Les mini^l^es, pris de peur, donnèrent leur démission et passèrent la frontière. En vain le maréchal Concha voulul-il former un nouveau ministère, en vain le marquis de Novaliches lutta-t -il vaillamment au pont d'Alcolea pour les droits de la reine, l'insurrection victorieuse pénétra d/ms Madrid aux cris de : A bas les Bourbons I Isabelle II, renonçant à la couronne, fianchit immé-

diatement la frooiière de France (29 septembre 1868). Ceux qui venaient de renverser Isabelle, ceux qui s'indignaient le plus haut contre ses faiblesses ou ses fautes, c'étaient ceux-là mêmes qui avaient travaillé à la tromper, à la corrompre et qu'elle avait comblés d'argent et de faveurs. Mieux conseillée, elle eût pu faire une bonne reine; elle avait l'intelligence nette et vive, un grand courage, une générosité sans bornes; mais sa destinée fut de ne rencontrer autour d'elle que des traîtres et des ingrats. D'ailleurs l'histoire ne peut pas oublier que sous ce règne l'Espagne est entrée définitivement dans la voie des nations modernes, qu'elle a réalisé des progrès trop lents encore, mais incontestables, au double point de vue moral et matériel; qu'enfin, malgré les agitations politiques et des reculs momentanés, elle a gagné à chaque décade en population, en industrie, en bien-être. La littérature elle-même n'aura pas été sans éclat; en effet, notre révolution romantique avait eu son contre-coup en Espagne comme dans tout le reste de l'Europe. A cette époque appartiennent ou se rattachent : Angel de Saavedra, duc de Rivas, poëte épique et dramatique; le comte de Toreno, orateur et historien; Martinez de la Bosa, poëte et orateur; Hartzembuch^ critique et dramaturge; puis encore des orateurs : Alcala Galiano, Donoso Cortès; des auteurs comiques : Rodriguez Rubi^ Breton de los Herreros; des publicisles : Espi^onceda, Laira; des hhiorïcns: La fuenie^

kmaâor de los Bios, Pirala; des romanciers : Feman Caèallero, Trueba, Alarcon^ Valera; des poètes lyriqoes surtout, Ventura de la Vega, José Zorilla^ fiamon Campoamory Manuel del Palacîo, Vers la fin du règne, il est Trai, la politique s'était emparée de tons les esprits, et avait presque stérilisé la veine purement poétique ou littéraire.

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Les événements qui ont suivi la chute d'Isabelle soi;t trop près de nous pour appartenir encore h l'histoire, il nous suffira donc de les rappeler en quelques mots. La reine partie, les révolutionnaires se trouvèrent fort embarrassés; les uns, remplis d'illusions libérales, proposaient la République comme forme de gouvernement; mais le pays par tradition, par instinct» est essentiellement monarchique; on convint donc de remettre debout le trône qu'on avait renversé et de se donner un roi; en attendant, le maréchal Serrano avait été nommé régent. Plusieurs candidatures se produisirent, celle du duc de Montpensier repoussée par Napoléon III, celle du prince de Hohenzollern inspirée par la Prusse. Les suites de cette tentative sont connues. Elle fut la cause ou plutôt le prétexte d'une guerre dans laquelle le gouvernement impérial, déjà chancelant, cherchait à retremper sa popularité, guerre folle-

meut entreprise, aussi mal dirigée et qui se termina si tristement pour la France . Prim, ce soldat heureux, avait-il, comme on l'a dit, songé un moment à prendre pour lui-même la couronne de Saint-Ferdinand? Il dut pourtant se contenter du rôle de « faiseur de roi; » par son influence le trône d'Espagne fut offert au prince Amédée, fils de Victor- Emmanuel, roi d'Italie, qui l'accepta sous les plus fâcheux auspices (4 décembre 1870). Le jour même en effet où le prince arrivait en Espagne, Prim mourait frappé par des assassins qui n'ont pas encore été découverts. Trois ans Amédée I*' gouverna l'Espagne^ mais sans se créer des partisans, sans parvenir à faire oublier son titre d'étranger. Aux embarras intérieurs, troubles partiels, révolte de Cuba, les carlistes qui ne connaissent aucun scrupule avaient ajouté les fléaux de la guerre civile. Amédée eut du moins le mérite de rester toujours roi constitutionnel et de se refuser à tout coup d'Etat; alternativement il abandonna le pouvoir aux partis qui obtenaient la majorité dans les chambres, allant ainsi des radicaux aux conservateurs pour revenir aux radicaux, et quand il reconnut l'impossibilité de se maintenir par les voies légales, loyalement il renonça à la couronne (11 février 1873). Le pays se constitua alors en république fédérale, puis en république unitaire sous la présidence successive de MM. Figueras, Pi y Margall, Nicolas Salmeron et Emilio Gastelar. Ces hommes, le dernier surtout,

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avaient de l'honnêteté et du talent, mais ils manquaient de la pratique des alTaires et ils ne tardèrent pas à être débordés par les événements. Une insurrection communiste avait éclaté en Andalousie, d'affreux massacres avaient eu lieu à Alcoy, les intransigeants occupaient Garthagène et se préparaient à s'y défendre. En même temps les carlistes faisaient des progrès inquiétants; ils avaient prisEstella, pillé Guenca et assiégeaient Pampelune. Dans les premiers jours du mois de janvier, le général Pavia, entrant à la tête de ses soldats armés dans la salle des séances de l'Assemblée, expulse les députés républicains et la dictature est donnée de nouveau au maréchal Serrano. Tant par la force que par les concessions, le gouvernement parvient à dompter l'insurrection fédérale et à recouvrer Garthagène; par contre, dans le nord, Moriones n'avait pu faire lever le siège de Bilbao; Serrano livre à son tour «lu même endroit, à Somorrostro, une bataille de trois jours sans plus de succès ; il fallut l'arrivée du m«iréchal Goncha avec 20,000 hommes de renforts, pour déloger les carlistes de leurs .positions fortifiées; mais Goncha lui-même fut tué peu de temps après devant Estella et les opérations se trouvèrent considérablement retardées.

Cependant le parti du prince Alphonse, en faveur de qui sa mère Isabelle avait abdiqué, reprenait peu à peu courage; l'ancienne foi monarchique s'était réveillée. Au mois de décembre 1874, Martinez

Campos et plusieurs autres généraux, entrain

leurs troupes, se prononcent pour Alphonse XII -^ est bientôt reconnu par toute TEspagne. Le j roi était à Paris quand lui arriva la nouvelle d( proclamation; il s'empresse d^alier prendre en m le gouvernement. A vrai dire, la situation de 1 pagne n'avait jamais été plus mauvaise et Ton croire un moment que ses partisans s'éta trop pressés de l'appeler sur le trône. C'est à M. novas delCastillo, l'ancien chef du parti alphons nommé président du Conseil, que revient Thon d'avoir, à force d'habileté et d'énergie, consolid Restauration. Grâce à lui, les affaires de la gu n'ont pas tardé à changer de face; pressés de toj^ij^^ côtés par des forces supérieures, délogés de Dlf^-*^ rango, de Tolosa, d'Estella, les carlistes ont 4 contraints de mettre bas les armes et D. Carlos repasser la frontière (28 février 1876). De plus, tof \^[ récemment, une dépêche de la Havane annonçi^p que l'insurrection cubaine est complètement termi née. Il s'agit maintenant de relever le crédit de l nation, de panser les plaies de la guerre, d'intro*^ duire dans les différentes parties de l'administra tion des réformes nécessaires , trop longtemps ^ différées. Puissent les résultats déjà obtenus être un ;^ garant pour l'avenir! Puisse son nouveau gouverne- ] ment donner à l'Espagne, après quatre-vingts ans ». ^ d'agitations stériles, les deux plus grands biens auxquels il soit permis à un peuple d'aspirer : Olmm ^ cum libertate, le repos et la liberté I ,^

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