PLATEAU CENTRAL
Ce plateau a la forme d'un quadrilatère irréguiier; il a pour limites au nord les monts Cantabres elles monts des Asturies, à l'est les monts Ibériens, an sud la sierra Morena, à Touest des contreforts des sierras d'Estrella et de Portalègre. Il se compose exactement de deux plateaux parallèles séparés par la sierra de Guadarrama et dont le plus élevé est celui de la Vieille Castille au nord; en même temps il incline de Test à Touest. Il occupe les deux tiers de la superficie totale de la Péninsule et constitue à lui seul cinq des anciennes provinces de l'Espagne : le royaume de Léon, la Vieille Castille, l'Estremadure, la Nouvelle Casliile et la Manche.
Trois grands fleuves, aux bassins parallèles Tarrosent, qui débouchent dans rAtlantique et dont le plus considérable, le Ducro (700 kilomètres), sorti des Pyrénées Ganlabres, traverse, avant de pénétrer en Portugal, la Vieille Castille et le royaume de Léon; des deux autres, leTage (1,100 kilomètres) et le Guadiana (800 krlomètres), le premier a sa source dans les monts Ibé riens (sierra d'Albarracin) et passe sur le territoire espagnol à travers la Vieille Castille et l'Estremadure , le second, partant des hautes plaines de la Manche, coupe la Nouvelle Castille et l'Estremadure.
Tout ce plateau central est en général d'aspect fort triste et fort monotone, couvert de steppes arides et de montagnes décharnées ; même dans les endroits fertiles, Tœil est désagréablement frappé par l'uniformité des cultures et le manque d'arbres absolu. Pourtant le royaume de Léon possède encore un grand nombre de forêts do hêtres dont le fruit sert à faire de l'huile.
Les Castilles renferment d'énormes étendues de terres arables, qui produisent chaque année de grandes quantités de blé.; la vigne vient aussi fort bien ; il est regrettable seulement que le vin qu'on en tire en général soit si mal fabriqué et si mal soigné. Mais c'est encore l'élève du bétail et la production de la laine qui fait le principal revenu des populations du plateau. L'herbe des hautes montagnes du Léon et de la Vieille Castille sert en été à
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nourrir d'immenses troupeaux de moulons mérinos. Ces animaux ne vivent jamais à l'étable et changent de pâturage avec les saisons. A la fin de septembre, ils se rassemblent en grandes troupes et prennent la roule du pays extrême ou Ëstremadure ;.mais pour remonter vers le nord au commencement d'avril. On comprend quels dégâts ils doivent causer sur leur passage, quelleétendue de terrain aussi est nécessaire à leur subsistance. Passe encore pour la Manche (de Tarabe manjra, terre desséchée), dont le sol aride et salé n'acquiert qu*avec les pluies d'hiver une apparence de fertilité; mais l'Ëstremadure, ce pays de vallées, pourrait être mieux utilisé qu'en pâtis.
Les Castillans, comme on l'a dit, ressemblent à la terre qui les porte. Graves et fiers, même susceptibles, réservés, sérieux jusque dans leurs plaisirs, ils sont aussi sobres, énergiques, pleins d'honneur et de loyauté, braves surtout. Le Castillan est l'Espagnol par excellence. On lui a reproché de l'apathie et de la lenteur d'esprit; cela est vrai surtout des Estremeo s qui vivent depuis longtemps isolés. Malgré la pauvreté de son sol, le Manchego est celui, parmi les habitants du plateau, dont le caractère est le plus ouvert et le plus gai.
Boyamne de Léon. — Léon, la première ville d'importance que les chrétiens aient reconquise sur les Mores. Salamanque, siège d'une université qui fut célèbre au xvi® siècle et qu'on appelait alors
« la mère des vertus, des sciences et des arts. » Valladolid (60,000 habitants), l'antique Belad-Oualid des Arabes, fut temporairement la capitale de l'Espagne entière. Université importante. Minoteries, fonderies,. tanneries, filatures. Dans les environs est Simancasy dont le château contient le dépôt des archives espagnoles.
vieille CasiUle. - Burgos (15,000 hab.), ancienne capitale de la Vieille Castille, aujourd'hui bien déchue. Le Gid y est enterré ; sa cathédrale, monument ogival du xiii^ siècle, est une merveille de pierre; les flèches surtout sont d'une légèreté sans rivale. Sorm, l'ancien fief de Duguesclin ; les ruines de Numance sont dans le voisinage. Ségovie^ dans une fière position, sur un roc escarpé. L'aqueduc qui lui apporte encore aujourd'hui les eaux des montagnes voisines est le plus beau monument de ce genre que les Romains aient laissé dans la Péninsule. Avila, place forte du xv" siècle, admirablement conservée, mériterait de prendre place tout entière dans un musée avec son enceinte énorme, ses tours rondes et sa cathédrale aux airs de forteresse.
I¥ouvelle Castille. — Madrid (400,000 hab.) sur le Manzanarès , capitale de l'Espagne, choisie par Philippe II, dans une position centrale, au milieu d'une plaine aride et sablonneuse, protégée au nord par la barrière du Guadarrama que traversent
les deux cols fameux de Somo-Sierra et de Banos. Point de monuments anciens ou curieux, mais un musée de tableaux comme il n'y en a pas de pareil au monde. Climat assez peu sain ; ni commerce, ni industrie ; mais la concentration des routes et des chemins de fer, qui tous convergent vers Madrid, lui assure définitivement la prépondérance. A certaine distance au sud, les admirables jardins royaux d'Aran- ;Wz, arrosés par le Tage; à Test, dans un amphithéâtre de rochers arides, le palais-couvent de YEscmal^ cette froide masse de granit entassée par Philippe II en Thonneur de sa victoire de Saint- Quentin. Alcala de Hénarèsj patrie de Cervantes, la \ille universitaire qui eut jadis jusqu'à 10,000 étudiants dans ses murs. Tolèdcy << la cité impériale, » très-importante sous les Romains, les Goths, le» Arabes et jusqu'à Philippe II; eut un moment 200,000 habitants, en contient à peine 20,000 aujourd'hui. Bâtie sur un socle de rochers; au pied duquel coule le Tage dans un lit encaissé, son aspect est des plus pittoresques. Elle a gardé de son passé de précieux souvenirs : la Puerta del Sol, œuvre des Arabes, la cathédrale datant du xiii* siècle et l'Alcezar construit par Charles-Quint; célèbre autrefois par la trempe de ses épées ; le gouvernenement y possède encore une fabrique d'armes blanches.
Manclie. — Ciudad-Real est le chef-lieu insigni-
fiant de ce pauvre petit pays, connu bien plus par le roman de Cervantes que par les exploits historiques des fiers chevaliers de Calatrava. Val-dePenas a des vins renommés ; sert d'entrepôt à tous ceux de la contrée. Almaden^ la mine de mercure la plus riche d'Europe; on en extrait par an plus de 12,000 tonnes.
Gsiremadure. — Badajoz (25,000 hab.), sur le Tage, ville forte à quelques kilomètres de la frontière portugaise. Sièges fameux de 1811 et 1812. Entrepôt d'échanges entre Lisbonne et Madrid. Lerida^ la cité principale de la Péninsule au temps des Romains et celle qui a conservé le plus de monuments de leur domination. Alcantara^ en arabe « le Pont » par excellence, ainsi nommé de celui qui à cet endroit franchit le Tage en six arches et qui est également l'œuvre des Romains. Banos, célèbres eaux minérales.