PARTIE MÉRIDIONALE DU VER&ANT MÉDITERRANÉEN
De ce c6lé les talus du plateau central s'abaissent avec une extrême rapidité ; on passe presque sans transition des rigueurs des terres froides au climat énervant des pays chauds. Trois séries de contreforts, détachés du double système de la sierra Nevada et des monts Ibériens, marquent la di\i$ion entre les trois bassins du Segura, du Jacar et du Guadalaviar. Le premier, sorti de la sierra Sagra, arrose le royaume de la ville de Murcie, les deux autres descendus de la sierra d'Albarracin, traversent le royaume de Valence. Ces petits fleuves se ressemblent tous par Tâpreté de leurs hautes vallées ; le Segura surtout a plusieurs chaînes de montagnes à franchir avant d'arriver dans la plaine de Murcie ; du reste mal alimentés par les pluies, épuisés par Tévaporation, ils n'apportent aux terres inférieures qu^une faible quantité d'eau.
Le royaume de Murcie est la partie de l'Espagne où il pleut le moins. Dans le bassin du Segura, le climat est complètement africain; aussi, plus encore
qu'en Andalousie, le sol se prôte-t-il à merveille à racclimatation de toutes les cultures exotiques : par malheur, presque partout Teau manque. Il a fallu que rhomme s'ingéniât pour remédier à la nature ; Teau des rivières et des torrents soigneusement recueillie, détournée, puis déversée dans des conduits d'irrigation, va porter dans les campagnes la fécondité et la vie ; mais ce sont encore les Yalençais qui connaissent et pratiquent le mieux cette science de l'arrosage dont les Mores leur ont transmis le secret. La carte spéciale de la plaine ou huerta de Valence ressemble à une toile d'araignée, tant elle est sillonnée de canaux et de rigoles; chaque cultivateur a droit à une certaine quantité d'eau, parfaitement déterminée, et toute fraude est sévèrement punie par un tribunal spécial. Aussi quelle vigueur, quel éclat de végétation! Les tiges de maïs atteignent jusqu'à huit mètres de hauteur, les mûriers donnent quatre récoltes à Tannée et Ton fauche l'herbe huit ou neuf fois.
Le riz est cultivé avec grand succès dans la province de Valence ; l'oranger donne aussi de gros revenus ; c'est l'arbre-type de Valence ; on en rencontre des bois entiers qui produisent par millions ces oranges exportées et vendues ensuite sur nos marchés avec leur nom de provenance. Puis viennent les mûriers, la cochenille, les melons fort renommés, le vin, les olives, le blé, le maïs et les fèves; sur les hautes terres des deux provinces on récolte le sparte, la
même plante que noire alfa d'Algérie, qui sert à faire des cordes et surtout du papier; il s'en expédie en Angleterre de grandes quantités. Peu de bestiaux, car toutes ces cultures ne laissent guère de temps ni de place pour l'élevage. Alimentée par la manipulation des produits comme eaux-de-vie, vins, huiles, raisins secs, l'industrie est florissante ; les soies, les tissus de fil et de chanvre, les draps, les savons, les faïences (azulejos)^ occupent beaucoup de bras. Les gisements miniers dans les montagnes du littoral se comptent par centaines, mais ceux de plomb argentifère sont les seuls exploités.
Les habitants de Murcie ont la réputation d'être nonchalants, graves, froids, même rancuniers; ils ne dansent pas, ils ne rient pas ; ils n'ont donné à l'Espagne aucun homme remarquable. Quant aux Yalenciens, ils sont au contraire très-laborieux, actifs, ingénieux, très-gais aussi, fous de la danse où ils excellent. Leurs deux grands défauts sont d'aimer la dépense et de tirer à tout propos leur navaja ou long couteau, ce qui amène fort souvent mort d'homme. Enfin par son costume, par ses idées, par ses mœurs, par son langage même qui est le limousin^ notre ancienne langue d'oc, le Valencien diflère essentiellement du Castillan. Le type de la race est généralement beau ; les femmes sont fort gracieuses.
Royaiimt^ de llureic. -—Murcie (55,000 bub.).
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rues peu animées, édifices sans beauté; dans sa huerta si bien cultivée, les bâtiments d'exploitation présentent un aspect misérable. Carthagène{2o ,000 h . ) fondée par les Carthaginois, agrandie par les Ilomains; les souverains d'Espagne à leur tour ont voulu en faire une station maritime de premier ordre, mais aujourd'hui, faute d'argent, arsenaux, chantiers, magasins, tout reste abandonné ; depuis cent ans la population a diminué des deux tiers.
Boyaome de Valence. — Valence {HO yOOOh,) la ville du Cid, a gardé comme les habitants euxmêmes un caractère original. Son monument le plus curieux est la Lonja de Seda, ou Bourse de la Soie, gracieux édifice du xv® siècle. Sa promenade de l'Alaméda qui longe le Guadalaviar serait peut-être la plus belle de l'Europe. Le port artificiel, le Grao, à 4 kilomètres de la ville^ rivalise avec celui do Cadiz. Mmmedro (Muros-Viéjos) a tiré son nom des ruines de Sagonte ; ces ruines du reste n'ont plus rien d'imposant. AUcante (31,000 hab.), un des ports les plus commerçants de l'Espagne; depuis l'achèvement des voies ferrées, c'est par Alicante que Madrid se trouve le plus rapprochée de la mer. Grande fabrique de cigares et de cigarettes. Alcoy^ ville industrielle importante. Elche^ fameuse par sa forêt de palmiers tout à fait unique en Europe.
Ile» Baléares. — Le {^jroiipe des lialéiin s se
rattache géographiquement à la péninsule ibérique et la direction de ses sommets est celle des montagnes de Murcie et de Valence ; grâce à leur position excentrique, ces îles n'ont pas eu à souffrir d rectement des dernières guerres civiles; aussi, par rapport à leur faible superficie (4,177 kilomètres) sont-elles une des provinces espagnoles les plus peuplées. Leur nom, tiré du grec, serait venu, paraît-il, de l'adresse des indigènes à manier la fronde.
Ibiza n'est séparée du continent que de 8 kilomètres. La capitale, très-curieuse d'aspect, ancienne colonie carthaginoise, s'élève sur la côte méridionale. Au sud est rtle plus petite de Formentera.
Mallorca, Mayorque, la Grande Baléare, est la seule île du groupe qui ait une véritable sierra. Le sol est en général bien mieux exploité que dans le reste de l'Espagne; aujourd'hui la population est trop à l'étroit et l'excédant émigré en Algérie ou dans les Antilles espagnoles. Mayorque fournit à l'exportation des céréales de première qualité, des vins délicieux, des légumes, des huiles, des fruits, des oranges surtout. La capitale Palma (40,000 hab.) est une ville populeuse et animée. Les Juifs convertis y habitent encore un quartier séparé sous le nom de Ckuetas; ils possèdent du reste les grandes fortunes de l'île, Alcudittj de l'autre côté de la chaîne, occupe une excellente position maritime; par malheur elle souffre du mauvais air et du manque d'eau. Au sud de l'île est Iç fameux îlot de Cabrera où le cli-
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mat, la maladie^ la faim, la soif, firent périr tanl de soldats français pendant les guerres de l'empire.
Menorca, Minorque ou la Petite, à 25 kilomètres deMayorque : l'absence de sierra rend le sol plus sec et moins fertile. Elle aussi a deux capitales, à ses deux extrémités opposées : Ciudadela, en face deMayorque, mais n'ayant qu'un mauvais havre; Port-Mahon (15,000 hab.) qui porte encore le nom de son fondateur carthaginois et qui possède un admirable port naturel; elle est du reste bien déchue de son activité commerciale depuis que les Anglais l'ont abandonnée en 1802.
Le climat des Baléares diffère peu de celui du littoral de Valence;. il est seulement, sauf à Minorqae, plus doux et plus salubre. Les habitants sont bruns, bien faits, les femmes fort belles se font remarquer par leur figure expressive; on les dit réservés, âpres au gain, et surtout ignorants, point méchantes gens pour cela. Ils parlent l'ancien limousin ou catalan.