‹ L'Espagne et l'Exposition de 1878Chapitre 15 sur 36 · BASSIN DE L'ÈBRE · texte numérisé non relu

BASSIN DE L'ÈBRE

La vallée de l'Ebre, comme le bassin du Guadalquivirest, dans sa partie moyenne, nettement sépa-

rée du reste de la Péninsule et forme une large dépression entre les plateaux intérieurs et le système pyrénéen; elle a pour limites au nord les monts Cantabres et les Pyrénées continentales, la barrière naturelle la plus forte qui existe en Europe (pic de Nethou 3,404 mètres, mont Perdu 3,331 mètres), au sud et au sud-ouest les monts Ibériens, jusqu'au nœud d'Albarracin d'où se détachent la sierra de Almenara et la muela de Àrès qui forment le talus de la terrasse d'Aragon et de Catalogne et sont séparées entre elles par le fameux défilé de las Armas. Le système des montagnes du littoral catalan continue exactement celui des côlcs do Valence : c'est de ce système que dépend au nord la superbe arête du Montserrat portant encore les restes d'un couvent qui fut l'un des plus célèbres de la chrétienté. L'Ebre serpente au fond de la dépression du bassin, perpendiculairement au rivage de la Méditerranée où il doit aboi tir. Parti d'une haute vallée des Pyrénées cantabres, il ne prend vraiment l'aspect d'un fleuve qu'à la sortie des plaines de Navarre. Successivement, l'apport de plusieurs affluents vient compenser les pertes que lui font subir les canaux d'arrosage; le Segra surtout est si important, qu'il eût mérité de donner son nom au tronc commun du fleuve, si, au lieu de longer comme il fait la base des monts de Catalogne, il eût coulé dans l'axe de la plaine d'Aragon. Dans la dernière partie de son cours, rencontrant les monts de Catalogne,

l'Ëbre esl contraint à de longà détours avant de percer l'obstacle et d\atteindre la mer ; les sables qu'il charrie ont formé à son embouchure un delta qui s'avance de 24 kilomètres dans la Méditerranée : c'est à droite du delta et dans le petit port de refuge des Alfaques, que s'ouvre le canal de San-Carlos de laRapita (14 kilomètres), creusé à travers les terres basses du fleuve.

Quoique formant ensemble une des régions naturelles de l'Espagne, la Catalogne et l'Aragon diffèrent sensiblement, tant par l'aspect du sol que par le caractère des populations. L'Aragon, pays de plaines, entouré de montagnes, devait porter surtout des agriculteurs et des pâtres. Le blé, l'orge et le maïs s'y trouvent un peu partout, l'olivier à Saragos?e,la vigneà Huesca, à Barbastro, etc., mais la fabrication du vin est si défectueuse qu'en certaines localités on ne peut guère le conserver plus de six mois; la produclion du chanvre est aussi fort abondante, et les laines du pays, fines et longues, sont fort recherchées. Néanmoins, la majeure partie du territoire, toujours parle manque d'eau, ressemble à un vaste désert. Bien des rivières se perdent qu'on pourrait utiliser. Les mines, fort nombreuses et de toutes sortes, sont à peine exploitées.

Pays de montagnes et de vallées ouvrant sur la mer, la Catalogne devait au contraire se peupler de marins et joindre à ses richesses naturelles les profits du commerce et des échanges. Elle aussi récolte en

abondance le Tin, Thuile et les fruits, car elle est rafraîchie sans cesse par les brises on les pluies venues de la mer ; mais sa principale source de ricbesse est dans l'industrie qui fournit à Texportation une foule d'articles, tels que tissus de laine et de coton, draps, toiles, étoffes de soie, dentelles, yerrc, cuir, papier, savon, bouchons de liège, eaux-de-vie. Les mines de houille, de sel gemme, de plomb, de fer, de cuivre, d'étain, les carrières de marbre donnent aussi de gros revenus.

Les Aragonais sont en général orgueilleux, hautains, superstitieux, routiniers, mais à ces défauts se joignent de réelles qualités; ils ont du bon sens, de la franchise, un courage à toute épreuve : peu de peuples ont su plus héroïquement que celui-ci défendre leur indépendance. Le Catalan est orgueilleux lui aussi, mais d'une autre façon ; aussi loquace que ses voisins le sont peu, d'imagination vive et pénétrante, enthousiaste, bruyant, brusque même, l'activité constitue le fond de son caractère; âpre au gain et travailleur infatigable, où qu'il aille, il est à peu près sûr de faire fortune; en politique, très-jaloux, comme l'Aragonais, de son indépendance pour laquelle il a soutenu des luttes terribles. De toutes les cités de la Péninsule, Barcelone est celle dont l'histoire compte le plus d'insurrections armées.

Ara^oo. — Saragosse (60,000 ha b.}, la Golonia

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CsBsarangusta des Romains, sur la rive droite de TEbre; fameuse par son siège de 1809; possède comme les cités de l'Andalousie son Alcazar moresque, aujourd'hui caserne, et comme Pise, sa tour penchée du xyi® siècle. Plus encore que la cathédrale, c'est la basilique de Notre-Dame du Pilier, (del Pilar) qui attire les fidèles. Huesca^ l'ancienne Osca, au milieu d'une yaste plaine irriguée. Jaca, jadis capitale du royaume de Sobrarbe qui fut luimême le berceau de la monarchie aragonaise; est restée une ville du moyen âge. On en peut dire autant de Téruel, qui rappelle tout à fait Avila ou Tolède; riches mines de soufre aux environs. Pantima, eaux sulfureuses.

Catalogne. — Barcelone {200 fiOOhaib,), seconde ville de l'Espagne ; défendue et surveillée par le fort de Monjuich; très-gaie du reste, très-animée; ses quartiers neufs, ses grandes avenues bordées de maisons hautes, ses cafés somptueux, lui ont valu le nom de « nouveau Marseille ; » magnifique promenade de la Rambla; jolies villas aux environs. Le port est exposé aux vents du sud et manque de profondeur; néanmoins le moi;vement commercial s'est élevé en 1867 à deux cent soixante-sept millions. La province de Barcelone est le grand atelier oh se fournit l'Espagne de tous les produits de l'industrie moderne; elle possède à elle seule les deux tiers des machines à vapAr qui fonctionnent dans la Pénin-

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suie; rindustrie du coton est surtout florissante, et n'occupe pas moins de 110,000 ouvriers. Il faut citer parmi les principales villes manufacturières autour de Barcelone : Igualda^ Manresa, Vichy Mataro et Olot. Lérida, position très-forte au débouché des vallées pyrénéennes; l'ouverture du chemin de fer de Gérone à Perpignan lui assure une nouvelle prospérité. Au nord de Lérida, enclavée dans les Pyrénées, se trouve la république di* Andorre; peuplé de 6,000 habitants environ, ce petit territoire fo régit selon ses propres lois, moyennant une légère redevance à la France et à l'évêque d'Urgel. En général les Andorrans sont intelligents et fins; ils vivent surtout de contrebande. Tai^agone, qui a donné son nom à TAragon, très-florissante autrefois à cause de sa situation en face de Rome; la ville nouvelle est presque entièrement bâtie de fragments antiques. Tor^ tose, la dernière cité que baigne l'Ebre; manque d'un bon port sur la Méditerranée.

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