‹ L'Espagne et l'Exposition de 1878Chapitre 17 sur 36 · VERSANT DE LA MER GANTABRIQUE · texte numérisé non relu

VERSANT DE LA MER GANTABRIQUE

Confinant à Touest au pays' basque, cette nouvelle région se compose d'une bande de terre fort étroite relativement à sa longueur et aussi fort accidentée; de là vient le nom de « Montana » qu'on donne d'ordinaire au district de Santander, le plus voisin de la Bizcaye; plus loin s'étendent les Asturies proprement dites, et enfin à l'angle nord-ouest de l'Espagne l'ancien royaume de Galice formant un quadrilatère à peu près parfait.

Le relief du district de Santander est surtout singulier; très-rapides du côté qui s'incline vers la mer de Gascogne, les Pyrénées canlabres s'appuient du l'espagne. î)

côté du midi aux terres hautes où l'Ebre commence son cours ; à certains endroits même le passage du plateau dans la région du littoral se trouve presque à niveau, ainsi au col de Reinosa que Ton a utilisé pour la construction du chemin de fer de Madrid à Santander; cette disposition des lieux qui offrait aux Castillans, un débouché naturel de leur commerce vers la mer, ne pouvait leur échapper; aussi, bien que la « Montagne » soit géographiquement l'intermédiaire nécessaire entre le pays basque et les Asturies, ils ont toujours pris soin d'en être les maîtres et en ont fait une de leurs provinces.

Après Reinosa les montagnes présentent même vers le midi des escarpements considérables. Là se dresse le massif des Pitons d'Europe (Peiïa Prieta 2,529 mètres, Torre de Cerredo, 2,678), lesplusélevés après ceux de la sierra Nevada et des Pyrénées centrales. A leur base s'ouvre la vallée de la Liebana, curieuse surtout par sa profondeur et sa forme en entonnoir. Vers Oviédo, commencent les monts Asturiens, célèbres dans l'histoire de la reconquête de l'Espagne, riches aussi en mines de houille et source principale de prospérité pour le pays. Quant à la Galice, toute couverte de hauteurs désordonnées, il n'est qu'un petit nombre de chaînons qu'on puisse rattacher à un système régulier ; ce sont pourtant des massifs orientés dans le même sens que les Pyrénées cantabres qui vont former les deux promontoires de Torinana et de Finisterre.

Les pluies sont fréquentes dans cette région, surtout à Téquinoxe d'automne, époque où les tempêtes rendent le golfe de Gascogne fort redoutable aux marins ; il y règne aussi beaucoup de brouillards; cela fait un climat humide, mais salubre. Les provinces cantabres n'ont pas de rivières navigables. Le seul fleuve digne de ce nom est le Mirlo ou Minho qui, dans la partie inférieure de son cours, sert de limite entre TEspagne et le Portugal. Sorti des monts de Galice, il n'a qu'un affluent important, le SiU et une barre dangereuse ferme son embouchure. Les vergers et les prairies sont magnifiques; le maïs, les légumes, les arbres fruitiers abondent et si la vigne sauf en quelques endroits ne donne qu'un vin assez âpre, les pommiers fort nombreux produisent un cidre excellent ; d'autre part les pâturages nourrissent beaucoup de bestiaux.

Les Galiciens du littoral partagent leur temps entre la culture et la pêche ; en efl*et toute la côte est entaillée d'un grand nombre de baies ou même de golfes sinueux; c'est là que pendant la saison, 3,000 ou 4,000 embarcations montées par plus de 20,000 marins viennent pêcher la sardine dont il se consomme, se sale ou s'expédie chaque année des quantités énormes. Du reste point de commerce, les communications font défaut; comme la population est très-dense et très-agglomérée, un grand nombre de Gallegosémigrent constamment dans les villes du centre où il« exercent le métier d'hommes

de peine; on les a surnommés « les Auvergnats de l'Espagne » et ils ont de TAuvergnat en effet l'amour du gain et de l'économie, les mœurs simples, les goûts pacifiques, le corps robuste et lourdement taillé, l'âme naïve, ignorante.

Santander. — Santander (21,000 hab.), débouché naturel des Castilles, jouit d'un véritable monopole pour Texportation des farines de Valladolid et des laines de Léon. Port excellent, plage de bains très-fréquentée; la fabrique de cigares de l'Etat occupe plus de mille personnes. ASa/i^owa, une des rades les mieux abritées de la Péninsule ; Napoléon P' avait songé un moment à en faire une sorte de Gibraltar français opposé à'celui de l'Angleterre. Reinosa sur l'Ebre, minoteries et fabriques d'eaux-de-vie.

Astiirîes. — OviedOy au fond d'une vallée à 25 kilomètres delà mer; quelques manufactures actives; belle cathédrale gothique; eaux thermales excellentes; aux environs se trouve la caverne de Covadonga, où reposent les restes du roi Pelage. Gijon, port d'expédition des houilles de Langreo.

<i}aliee. — Coruna , en français La Corogne (20,000 hab.), ville forte; le commerce, la pêche et l'industrie y occupent beaucoup de monde ; l'Angleterre en exporte des bestiaux par milliers. Le Ferrol ^ cité maritime et militaire, créée de toutes pièces au xviii*' siècle; souffre grandement

DE L'ESPAGNE 1 't9

depuis ors de la pénurie du très or espagnol . Vigo, baie admirable et profonde. Santiaf/o do Compos- /e//a (29,000 hab.), ancienne capitale de la Galice, fameuse jadis comme lieu de pèlerinage en l'honneur de l'apôtre saint Jacques ; Luyo, sur le Mifio, possède des eaux sulfureuses connues des Romains; de même Orense dont les sources chaudes sont très-abondantes.

Il faudrait maintenant, pour compléter la description de la Péninsule, parler du versant océanique du grand plateau; cette région, elle aussi, est séparée du reste de TEspagne, non-seulement par des accidents de terrain très-sérieux, mais encore par le langage et les mœurs; bien plus, quoique le Portugal n'ait pas eu d'exis.tence propre jusqu'au xi® siècle et malgré un rapprochement momentané sous Philippe II, alors que les autres provinces excentriques de la Péninsule venaient se rattacher à la Castille, la scission entre l'Espagne et le Portugal est allée toujours s'aggravant; aussi, sans vouloir rien préjuger de l'avenir, nous nous trouvons jusqu'à nouvel ordre en face des deux royaumes biep distincts et dont on doit traiter séparément.

Page 1