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GROUPE III

Moliiller et accensolres.

ïl n'est peut-être aucun pays où la sculpture sur bois ait atteint un si haut degré de perfection qu'en Espagne ; les entalladores du xv* et du xvi* siècle, Jean et Philippe de Bourgogne, deux Français, Àlonso Berruguete, Alonso Cano, Gaspar Bécerra, furent réellement des artistes de premier ordre et les chefs-d'œuvre dont ils ont enrichi bon nombre de cathédrales de la Péninsule sont encore là pour l'attester. Quoi de plus merveilleux par exemple qde les stalles du Coro de Burgos, de Tolède ou d'Avila? Quel sentiment de la décoration ! Quelle originalité d'idées I Quelle variété dans l'exécution!

De même que les orfèvres, les entalladores travaillaient principalement pour les églises et les couvents; aussi les meubles de cette époque sont-ils fort rares. La sculpture en est souvent excellente, bien que les figures soient parfois trop courtes, mais la forme a rarement l'élégance particulière aux meubles français du temps. Dès le commencement du XVI* siècle on faisait en Espagne des escritorios ou cabineU sculptés, composés de nombreux tiroirs et

supportés par une table plus ou moins ornée. Le noyer qui abonde ,dans le pays était généralement employé; cependant les sculpteurs faisaient quelquefois venir du chêne de Hollande. On rencontre aussi, notamment en Andalousie des sculptures du xy« et du XVI* siècle en pin et en alerce, bois résineux qu'employaient souvent les Arabes.

A la même époque la marqueterie de bois de différentes couleurs contribuait à enrichir les stalles et les meubles sculptés; il en est qui^ ornés de figures et d'arabesques, rappellent la manière des artistes italiens. La marqueterie d'ivoire et d'argent s'appliquait aussi sur différents meubles.

Aujourd'hui le meuble artistique ne compte plus en Espagne que quelques rares adeptes : signalons un grand billard en noyer sculpté, style renaissance, orné de médaillons, qui sort des ateliers de M. Laorga à Madrid ; les accessoires surtout sont traités afec beaucoup de goût et d'élégance; le tout est estimé 15,000 francs ; un secrétaire en marqueterie de nacre de toute richesse par M. José Botana ; un lit pliant en bois de hêtre à colonnettes et de l'aspect le plus gracieux, fait à Palma (Baléares) ; une armoire ancienne en bois de sapin, à panneaux pleins, de la même provenance et d'un dessin fort original; une autre armoire à glace en jacaranda, ornée de sculptures, très-belle, quoiqu'un peu massive; un devant de buffet, signé Forzano frères et valant 5,000 francs. Pour terminer, un coffret d'ivoire offerte D. Anto-

nio Romero Ortiz, d'une exécution un peu froide à mon avis, quoique surchargé d'ornements.

Dès le temps des Maures, les tapis de Murcie étaient renommés et s'exportaient dans différents pays. Des inventaires français du xv* siècle mentionnent « des tappis velus de l'ouvrage d'Espaigne » qui étaient vraisemblablement l'ouvrage des Maures espagnols et du même genre que les tapis orientaux. Dans l'inventaire des meubles de Charles-Quint, fait à Yuste après sa mort, on trouve aussi la mention de tapis d'Alcaraz.

En 1720 Philippe V établit à Madrid une fabrique de tapisseries à peu de dislance de la porte Santa- Barbara. Le premier directeur de cette fabrique, Jacques Van der Goten, qu'on avait fait venir d'Anvers tout exprès, eut pour successeurs ses enfants qui la dirigeaient encore à la fin du siècle dernier. On y employait une centaine d'artistes ou d'ouvriers, qui travaillaient d'après les compositions des différents peintres nationaux et étrangers, comme Lucca Giordano, Teniers,les deux Bayen, Castillo, Goya... Quoique bien inférieures à celles des Gobelins, ces tapisseries ne sont pas du tout sans mérite et peuvent intéresser les connaisseurs ; on en trouve de nombreuses pièces dans les divers palais royaux.

Mademoiselle G. Savouré est ici seule à soutenir l'ancienne réputation de ses compatriotes, et de fait elle porte allègrement la charge ; il y a dans son

exposition des morceaux d'une richesse de tons et d'un naturel parfait ; son Pierrot, par exemple, a tout le vivant d'une toile avec je ne sais quoi de plus chaud et de plus harmonieux. Serait-ce une erreur ? Mais nous croyons reconnaître le savoir-faire et le goût de nos artistes français ou pour mieux dire parisien*. Le meilleur éloge qu'on puisse faire des charmantes œuvres de mademoiselle Savouré, c'est que l'Exposition était à peine ouverte depuis dix jours, la moitié des objets à peine installée, que déjà presque toutes ses tapisseries portaient inscrit en grosses lettres le mot : Vendu I

Sous les Romains on faisait du verre en Espagne ; Isidore de Séville et plus tard les auteurs arabes parlent de cette fabrication. Ces derniers mentionnent surtout au xiii" siècle les verreries d'Almeria, de Murcie et de Malaga dont les produits devaient avoir beaucoup de ressemblance avec les beaux « voirres de Damas » , si estimés au moyen âge et aujourd'hui encore très-recherchés par les amateurs. Les Arabes d'Espagne faisaient aussi des mosaïques de verre.

En 1455, les vidrerios de Barcelone étaient organisés en gremio ou corporation. Un ancien auteur compare les produits de cette ville à ceux de Venise avec lesquels on les confond aujourd'hui. Ceux de Cadalso de los Vidrios, (Madrid) et de Caspe (Aragon) étaient renommés dès le xv® siècle. Plus

tard d'autres localités telles que Mataro, Almatret, Ârenys deMar, Tolède, San-Martin de Yaldeiglisias, laTorre de Esteban, Yalmaqueda, laGranja, etc., eurent aussi leurs verreries. On y retrou\e les différents procédés usités en Italie; pourtant quelquesuns de ces verres, bien que fabriqués d'après la méthode vénitienne, sont d'une forme purement arabe.

L'artdesvitraux étaitaussi parvenu très-haut au xv* siècle et vers le commencement du xvi*. Les vitraux delà cathédrale de Léon, ceux de la cathédrale de Tolède, qui heureusement n'ont pas eu trop à souffrir de l'action du temps, peuvent être considérés comme les plus beaux.

Quoi qu'il en soit, les fenêtres vitrées étaient autrefois une rareté en Espagne. Plusieurs pièces du Palais Royal de Madrid en étaient dépourvues : « J'en ai vu, dit M® d'Aulnoy, qui ne reçoivent le jour que parla porte et auxquelles on n'a point fait de fenêtres... il est vrai que Je verre est rare et fort cher, de sorte qu'à l'égard des autres maisons il y a beaucoup de fenêtres sans vitres et lorsqu'on veut parler d'une maison où il ne manque rien, l'on dit en un mot : Elle est vitrée I »

A l'Exposition les verriers espagnols n'ont presque rien présenté, et leurs produits fort grossiers sont encore loin, je ne dis pas des merveilles artistiques de Baccarrat, mais des plus simples échantillons des verreries de France ou d'Autriche.

(( La céramique espagnole, dit M. Ch. Davillier qui s'y connaît S occupe une place distinguée dans les cabinets d'amateurs. Les azulejos (carreaux vernissés) des Arabes avaient atteint un haut degré de perfection à une époque où les faïences du reste de l'Europe étaient encore grossières. Les belles faïences hispano-mauresques aux brillants reflets métalliques sont également les premières en date; dès le xv* siècle elles faisaient en France l'ornement des dressoirs princiers. Du reste ce reflet métallique ne contient pas d'or et encore moins du cuivre, comme plusieurs auteurs l'ont avancé par erreur. Il s'obtient à petit feu par des fumigations d'arsenic ou autres, d'antimoine ou de bismuth, par exemple. Les centres les plus renommés de cette fabrication étaient Malaga d'où est sorti le fameux vase de l'Âlhambra à dessins bleus et reflets d'ov sur fond blanc ; Valence, dont la faïence^ loza valenciana^ était en grande réputation dès le moyen âge et s'expédiait en Italie et dans le Levant; Mayorque, d'où dériverait par corruption le nom italien de faïence, majolicay puis Barcelone, Séville, Murcie, Teruel et plusieurs autres. »

Dès l'époque romaine les poteries de Triana (faubourg de Séville) étaient bien connues ; les deux patronnes de Séville, sainte Justine et sainte Rufine, vierges et martyres , seraient même les filles d'un potier de Triana. Au xv® siècle, ce faubourg conle-

VEspagne, par M. le baron Ch. Davillier. 1 vol. gr. in-4", illustré par G. Doré.

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Dait près de cinquante fabriques où se faisaient de très-belles faïences, notamment celles à reflets métalliques.

A la même époque les fabriques de Talavera de la Reyna, sur le Tage, rivalisaient avec celles de Valence et de Sévillè. Nous trouvons les faïences de celle Tille citées parmi «las Cosas memorabiles de Espana » par le Sicilien Lucio Marineo, chroniqueur des Rois Catholiques : « On fait à Talavera, dit-il, d'excellentes faïeDces^ blanches et verles, d'une grande légèreté et d'an travail très-soigné, et les nombreux vases qui s'y fabriquent sont de formes très-variées. » Pedro de Médina, dans ses a Grandeças de Espana, » donne également des détails précieux sur cette industrie ; d'après lui, il existait à Talavera un grand nombre de maîtres et d'ouvriers de vïdrïado, (ancien nom de la faïence) ; leurs produits étaient si beaux et si célèbres qu'on les appelait du nom même de la ville de Talavera, «car c'étaient les meilleurs, non-seulement de l'Espagne, mais delà plupart des pays du globe. On en importait en quantités prodigieuses en Amérique, en France, dans les Flandres, en Italie »

La porcelaine à pâte tendre a été fabriquée en Espagne, à partir de la seconde moitié duxviii** siècle, dans deux endroits simultanément/ un établissement privé et une manufacture royale. Le premier est la fabrique d'Alcora qui ne tarda pas à se faire connaître et dont les faïences, d'un goût français trèsprononcé^ peuvent soutenir la comparaison avec

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celles de MousLiers qui leur servirent de modèles ; cette fabrique, on le sait, appartenait au comte d'Aranda, Tintelligent ministre, ami de Voltaire, à qui il envoyait à Ferney un service de ses plus belles faïences. La manufacture royale, appelée la China^ fut établie par Charles III vers 1759 dans les jardins du Buen-Retiro et ses produits, comme ceux de Sèvres, étaient destinés pour la plupart à être offerts en présents aux souverains. Marié à la princesse Amélie de Saxe, Charles III avait pris près d'elle un tel goût pour la céramique qu'il se plaisait à modeler de ses propres mains ; dès 1726, n'étant encore que roi des Deux-Siciles, il avait fondé à Naples une fabrique connue sous le nom de Capo di Monte ^ et en partant pour l'Espagne, il emmena avec lui les meilleurs de ses ouvriers et de ses artistes ; de là les grands rapports qui existent entre les produits des deux manufactures. En 1813, la China^ dont les établissements avaient été détruits pendant la guerre de l'Indépendance, fut transportée par Ferdinand VII à Monda, près Madrid, mais elle ne tarda pas à disparaître.

La porcelaine dure apparaît avec le commencement du siècle actuel. Aux portes de Séville se voit la Cartujaj ancien couvent de Chartreux, occupé aujourd'hui par une fabrique de porcelaine appar-tenant à un Anglais, M. Pickmann. Cette fabrique qui emploie plus de mille ouvriers, inonde Httéralemcnt TEspagne de ses produits ; on les re-

rr^

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trouve dans toutes les maisons , dans toutes les fmi9&\ ils se rapprochent des produits de l'industrie anglaise, mais coulent sensiblement plus cher. Outre les articles de ménage, la maison fabrique des objets artistiques, vases', plats et potiches, qui ne manquent pas d'une certaine élégance de formes et de décorations, comme on en peut juger par les nombreuses pièces qu'elle a exposées.

Sans rester tout à fait à la hauteur de sa vieille réputation, Talavera de la Reyna expose des pièces intéressantes : ainsi les cruches et les plats en faïence vernissée et coloriée d'Antolin Sanchez. On fabrique encore beaucoup de poteries à Soria, à Trujillo, à Cuenca, à Grenade, à Malaga, etc.. ; ces pots affectent souvent les formes les plus amusantes et les plus imprévues.

Revenons un peu sur ccsazulejos dont nous avons déjà parlé et qui sont encore maintenant une des spécialités de l'industrie espagnole. Ils servent à faire des lambris et des carrelages d'appartement qui entretiennent la fraîcheur ; on en revêt aussi les murs des escaliers et les façades des édifices, et cet emploi de la faïence dans la décoration architecturale est de l'effet le plus heureux ; tantôt ils n'ont qu'une teinte unique, ordinairement le bleu, le vert, le jaune, l'orange ou le violet, tantôt ils sont chargés dedessinsde différentes couleurs, et forment par leur juxtaposition des rosaces, des groupes de fleurs, des figures compliquées et capricieuses. Jus-

qu'à la fin du siècle dernier, on a continué à fabriquer à Manisès, près de Valence, à Malaga, à Trjana, etc. des carreaux de cette faïence à émail stannifère (émail opaque obtenu par un composé d'oxyde de plomb et d'étain), à reflets métalliques, dont les Arabes avaient transmis le secret aux Espagnols ; tels sont ceux qui ornent TAlcazar et l'escalier de la Casa de Pilatos à Séville. En 1755 les murs de l'Alhambra étaient encore recouverts de ces azulejos à huit pieds de hauteur ; malheureusement, la plus grande partie ont aujourd'hui disparu, soitpar le fait des visiteurs peu scrupuleux, soit même par le vandalisme des gouverneurs.

La collection la plus considérable d'azulejos au Champ de Mars est celle de M. Manuel de Soto (Séville) ; il y a là de véritables tableaux aussi bien peints qu'heureusement composés : des fleurs, des marines, des paysages, des scènes d'intérieur ; quand la production industrielle s'élève à cette hauteur, elle mérite de prendre rang parmi les œuvres artistiques. Un autre fabricant de Séville, Francisco Montalban, se borne à la représentation — assez réussie du reste — des combats de taureaux.

Tout près de là, dominant de sa masse l'entassement des cruches, des terrines et des pots, se dresse un énorme vase en grès rouge, haut de plus de deux mètres, la panse large, la bouche énorme, devant lequel la foule des visiteurs s'arrête avec curiosité. Les vases de ce genre portent le nom de jarras ou tma-

yos, et tiennent lieu là-bas de tonneaux ; c'est pour l'huile et le vin qu'on les emploie d'ordinaire, mais ils reçoivent également d'autres liquides, comme le vinaigre et le vin. Ceux qui contiennent de l'huile sont quelquefois enterrés dans le sol comme l'étaient les amphores romaines. Il en est de très-grands qu'on appelle. ^ma/*ones et dont on se sert comme de citernes ou réservoirs pour les eaux pluviales et aussi comme de bassins pour laver le linge. On fabrique destinajas dans différentes villes d'Espagne, notamment à Lucena (Cordoue) ; c'est précisément de Lucena que provient celle que l'on voit à l'Exposition ; Lorca et Totana, dans la province de Murcie, en fournissent un certain nombre à la consommation, ainsi que Toboso, le fameux bourg de la Manche qui donna naissance à l'incomparable princesse Dulcinée. Le nom même de Toboso vient de toba qui sert à désigner une terre poreuse, d'origine volcanique, très-abondante dans le pays et qu'on emploie pour fabriquer les tinajas.

Parmi les produits spéciaux de la céramique espagnole, il faut citer encore ces carafes •de terre cuite rouge ou jaunâtre, poreuses, qui servent à rafraîchir l'eau et qui, sous le nom d*alcarrazasj commencent à se répandre à Tétranger. En Espagne, on les suspend, remplies d'eau, en dehors des maisons pour les exposer aux courants d'air* L'eau qui suinte facilement à travers les pores, s'évapore à mesure et enlève ainsi le calorique de

rinlérieur du vase. Ces alcarrazas, comme leur nom l'indique^ sont d'une origine arabe. Ce sont le plus souvent des vases à deux anses à col droit et surélevé dont Torifice, qui s'épanouit parfois comme le calice d'une, fleur, est orné de pastillages ou ornements rapportés, d'une grande délicatesse et représentant des fleurs, des oiseaux.

Andujar, dans la province de Jaen, est depuis longtemps réputé pour l'élégance et l'excellente qualité de ses alcarrazas; de nombreuses fabriques y sont encore en activité; la terre dont on se sert est une sorte de marne argileuse qu'on va chercher à peu de distance d'Andujar. La légèreté des alcarrazas est extrême et leur fragilité très-grande; elles se vendent du reste à très-bon marché, et pour quelques réaux on peut faire un choix parmi les plus jolies et les plus ornées. On trouve encore des alcarrazas à Valence, à Chiclana, près Gadiz, à Malaga et à Félanitz, dans l'île de ^fayorque; celles de ces deux dernières villes se distinguent surtout par leur forme élégante.

Des alcarrazas aux bucaros la transition est toute naturelle; on appelle ainsi, dans l'Ouest de la Péninsule, certains vases de môme sorte, qui servent eux aussi à tenir l'eau fraîche et qu'on fabrique surtout en Estremadure; le plus curieux encore, à propos des bucaros, c'est l'étrange manie qui pendant tout le xvi* et le xvii® siècle sévit parmi les belles dames espagnoles, leur faisant grignoter

sans cesse, en guise de friandise, quelque morceau de cette indigeste poterie. Madame la comtesse d'Âulnoy, dans ses Mémoires^ donne là-dessus des détails intéressants : « Elles ont toutes, dit-elle, une grande passion pour cette terre qui leur cause ordinairement une opilation ; Testomac et le ventre leur enflent et deviennent durs comme une pierre et elles sont jaunes comme des coings. J'ai voulu tâtet de ce ragoût, tant estimé et si peu estimable ; j'aimerais mieux manger du grès... »

Les bucaros, parfois très-gracieux dans leur forme et dans leurs ornements, sont faits d'une terre, tantôt rougè, tantôt noire, moins poreuse et moins absorbante que celle des alcarrazas; le goût qu'ils donnent à Teau et Todeur qu'ils répandent rappellent tout à fait les senteurs qui s'exhalent de la terre, depuis longtemps desséchée, après une pluie d'orage. Les meilleurs se fabriquent dans un bourg voisin deBadajoz, auquel cette industrie a fait donner le nom de Salvatierra de los Barros ou des terres cuites.

Fidèle à son ancienne renommée, Andujar nous a envoyé de nombreux échantillons de son savoirfaire ; la plupart de ses vases sont en effet charmants et les collectionneurs se les sont avidement disputés; d'autres ne nous ont pas également satisfaits : on y sent trop, sous la bizarrerie de la forme et l'abondance des ornements, la poursuite de l'effet et de Toriginalité. Les pots pastillés des fabriques de

San-Juan de Alcaraz (Albacete) sont d'un travail charmant ; on peut faire le même éloge des poteries en argile plastique de M. Sambola àVerdu (Lerida). Nous aurions voulu voir aussi quelques bucaros ; mais nous avons eu beau chercher parmi les poteries d'Estremadure, nous n'en avons trouvé aucune qui ait, sinon la couleur, du moins la forme indiquée par les voyageurs.

La municipalité d' Albacete présente un grand choix de lames de toute sorte : couteaux, poignards et navajas. Cette ville est à l'Espagne ce que Châtellerault est à la France, Scheffield à l'Angleterre, le centre de l'industrie coutelière. D'ailleurs ces lames, faites d'un fer très-grossier, n'ont aucunement la prétention de rivaliser avec l'acier tolédan ; en revanche elles sont enjolivées de dessins gravés à l'eau-forte et portent généralement des devises expressives : « Ne me tire pas sans raison, ne me rengaine pas sans honneur. » — « Si celte vipère te pique, il n'y a pas de remède chez le pharmacien. »

Le punal espagnol ressemble beaucoup au poignard corse : quelquefois la lame est percée à jour et munie de dentelures afin de déchirer la plaie et de rendre la blessure plus dangereuse. Quant aux navajas, il en est qui dépassent une medm vara^ 45 centimètres environ; on les porte d'ordinaire attachées par une lanière de cuir à la boutonnière

la veste; la lame pointue comme une aiguille est renflée par le milieu ; le manche est en bois noir^ couvert d'ornements de cuivre incrustés, et lorsque l'arme s'ouvre, elle s'assure par deux ou trois crans qui produisent un craquement sinistre assez semblable à celui delà batterie d'un pistolet. Santa-Cruz de Mudela (Manche) rivalise avec Albacèlepour la fabrication des navajas et de la coutellerie commune ; mais nous ne croyons pas qu'elle ait rien exposé.

Passons sans transition à la série des bronzes d'art et autres métaux, 'repoussés, ciselés et damasquinés.

Nous trouvons ici en première ligneM. P. Zuloaga d'Eibar, un habitué de nos expositions, où du reste il n'a pas manqué d'obtenir chaque fois quelque récompense. Déjà, en 1855 et 1867, les visiteurs s'intéressaient à ces belles pièces d'orfèvrerie d'un style si pur, où la perfection du dessin rend plus sensible encore le fini de l'exécution. Formé à l'école française, — il a travaillé quelque temps à Paris avec son père, — s'inspîrant habilement des meilleurs modèles, il a su pourtant garder une teinte précieuse d'originalité; c'est là le côté curieux de son œuvre.

Nous avons pu nous-même, au cours d'un voyage que nous faisions naguère dans le pays basque, visiter ses ateliers et voici ce que nous en disions * :

^..Basques et Navarrais, par Louis^ Lande. 1 vol. in-18, Paris, 1878.

« Eibar, petite ville du Guipuzcoa, occupe un des rangs les plus honorables parmi les rares cités industrielles de l'Espagne; elle fabrique des armes auxquelles les eaux d'une petite rivière, affluent de la Deva , donnent une trempe excellente. Les vieilles maisons dont quelques-unes conservent encore leurs fenêtres mauresques sont disposées en ateliers où s'entassent les travailleurs aussi actifs, aussi nombreux que dans les cilés ouvrières de Londres ou de Mulhouse ; afin d'obtenir plus d'espace, on les surcharge d'appentis jusqu'à former au-dessus des balcons et des toits mille superfétations bizarres; toutes se penchent et se pressent jalousement des deux côtés de la rivière comme pour revendiquer leur part de cette eau précieuse. Du matin au soir, sort du cœur de la ville un bruit confus de ruche mêlé au tapotement continuel des petits marteaux contre l'enclume et au grincement des limes sur l'acier, et, passant par les rues, à travers les portes entr'ouvertes, on voit contre les murs étinceler en faisceau les canons de fusils et les baïonnettes.

» En dehors des armes, Eibar fabrique des bijoux qui, pour la délicatesse et le fini du travail, peuvent soutenir la comparaison avec les meilleurs articles de Paris. Ces bijoux, tout particuliers, sont un acier incrusté d'or, et déjà le débit en est grand tant à l'étranger qu'en Espagne. On exécute aussi dans le même genre des tables d'autel, des lampadaires,

descoifres et des vases de loute dimension, et jusqu'à des statues. G*est de la maison Zuloaga, la plus considérable d'Eibar, qu'est sorti ce magnifique tombeau du maréchal Prim qu'on admire aujourd'hui dans le basilique. d'Atocha. Située en plein désert, bien qu'aux portes de la ville, cette église sert de sépulture aux généraux espagnols les plus illustres de notre siècle. Là dorment leur dernier sommeil, à l'ombre des plis glorieux de cent étendards conquis sur l'ennemi : Castanos, qui vainquit àBailen, Palafox, qui défendit Saragosse, Goncha, qui périt à Abarzuza. On a souvent reproché aux Espagnols leur amour de la phrase et du pathos ; ce n'est pas le cas ici. Desimpies plaques de marbre, à peine ornées, rappellent seulement les noms avec les titres des héros : rien de plus modeste^ mais rien non plus d'aussi saisissant; les murs complètement nus, sont blanchis au lait de chaux. Goncha, il est vrai, aura bientôt à l'entrée de l'église sa statue équestre dont une souscription publique vient d'assurer l'exécution. En attendant, le tombeau du maréchal Prim est le seul qui témoigne d'une préoccupation esthétique. Il est placé dans une chapelle adroite, près de la porte. Le fier aventurier est représenté étendu en grand uniforme au-dessus du sépulcre où ses restes reposent ; les mains sont croisées sur la poitrine, la tête est nue, et ce visage tourmenté, si bien saisi par notre Henri Regnault, garde encore jusque dans la mort une énergie siii-

gulière. Une sorte de baldaquin le recouvre, portant ces mots à Tintérieur : Crimée, Maroc, Mexico, Cadix, et au dehors, en médaillons, les têtes des Grecques, de Régulus et de Marius. Des deux côtés du tombeau, de splendides bas-reliefs reproduisent les événements les plus importants de la vie du défunt : le combat de Los Castillejos et la proclamation de la république. Représenter ainsi couché tout du long, sans pose indiquée, sans un geste, un général de nos jours avec son frac étriqué, ses bottes d'ordonnance et son pantalon de cheval, c'était là une entreprise audacieuse et dont le succès fait grand honneur à l'artiste qui a tracé le plan du monument. La statue, comme le baldaquin et le corps même du sépulcre, est formée de deux seuls métaux : l'or et l'acier, et l'éclat de l'un s'alliant aux reflets bleuâtres de l'autre remplace fort bien la couleur chaude du bronze et le poli des marbres les plus précieux.

» Pendant la guerre carliste, le chef de la maison avait transporté ses ateliers sur la frontière de France, à Saint-Jean-de-Luz; il est maintenant revenu à Eibar et occupe relativement un nombre d'ouvriers considérable. Je les trouvai assis chacun à un établi garni d'un petit étau, un paquet de fils d'or presque imperceptibles et quelques menus outils à portée de la main. La plaque d'acier que l'on veut ornerest d'abord entamée avec le poinçon; un dessin plus ou moins grossier sert de modèle h

Touvrier et lui indique les figures souvent fort délicates qu'il doit reproduire; après quoi, prenant un fil d'or avec une pince, d'un coup sec de maillet, il l'assure dans les rainures laissées par le poinçon ; quoique cette opération se fasse à froid^ l'or est si solidement appliqué qu'il s'usera avec l'acier luimême avant de s'en détacher. Les fonds s'obtiennent au moyen de hachures, et il faut voir avec quelle prestesse, quelle précision, la main exercée trace ces lignes entre-croisées distantes à peine d'un quart de millimètre. L'atelier occupe aussi plusieurs apprentis, jeunes garçons d'une douzaine d'années, tous choisis parmi les enfants du pays ; on leur apprend à dessiner, à manier le poinçon et le maillet, et en moins de quatre ou cinq ans ils font de parfaits ouvriers. Cela tendrait à prouver que, du jour où l'industrie espagnole voudra se relever, ni les bras ni l'intelligence ne lui manqueront. »

L'opération, telle que nous venons de la décrire, consistant dans une superposition de fils d'or sur des surfaces rondes et plates, préparées à l'aide du couteau à hacher, n'est autre que l'ancienne damasquinure. Par malheur la difficulté des procédés, le prix exorbitant de la main d'œuvre, faisaient obstacle à l'extension de ce travail de luxe; aussi a-t-on cherché dans la gravure en creux des moyens plusexpéditifs et plus économiques pour arriver au même résultat ; même les découvertes chimiques ont permis de simplifier l'opération de la gravure

et d'obtenir des creux par l'emploi des défoncements à l'eau-forte; M. Zaloaga lui-même n'a pas dédaigné d'avoir recours à ce procédé. Du reste son exposition actuelle n'est pas moins intéressante que les précédentes. On y voit un petit nombre de grosses pièces, mais toutes bien choisies: deux lampadaires valant chacun 50,000 francs, deux grands vases de forme mauresque, estimés4,500 francs pièce, une garniture de cheminée de 35,000> un plat de 13,000, etc. Outre cela, une foule d'objets plus petits, mais tous offrant la même délicatesse de travail, tels que croix, coffrets, agrafes, pommes de canne, porteallumetles ou boutonsde manchettes, permettent de satisfaire à des fantaisies moins coûteuses. Nous avons profondément regretté pour notre part de ne pas voir la reproduction ou tout au moins une réduction exacte de ce mausolée de Prim dont nous parlions tout à l'heure et qui, à coup sûr, est le chefd'œuvre de M. Zuloaga; il y a perdu un grand élément de succès et l'exposition espagnole une de ses principales attractions. Du reste, nous ne croyons pas nous engager beaucoup en promettant d'avance à l'habile artiste une nouvelle distinction à laquelle lui donnent droit doublement la sûreté de son goût et la persistance heureuse de ses ellorts.

Dans le même genre, mais à quelque distance encore, vient la maison Ybaizabal, également d'Eibar; sa vitrine est fort riche et fort bien garnie; les deux pièces principales sont une immense écritoire et un

plat magnifique ; tout autour, des coupes, des poignards, des épées, des boucliers^ splendidement ciselés, complètent l'harmonie de l'ensemble. La foule s'intéresse tout particulièrement à une bombe de grosseur naturelle, montée sur trois écouvillons, qui porte gravé sur ses flancs le panorama de la ville de Bilbao assiégée par les carlistes ; on distingue à merveille toutes les batteries, amies ou ennemies, et jusqu*aux moindres édifices de la place. La même maison expose une série de ces statuettes coloriées qui ont commencé à se répandre chez nous et qui représentent invariablement les types populaires de FÂndalousie : ici une maja ou grisette en jupon court, dansant le />o/o ou lejaleo'y là bas un majo tirant sa navaja ; un contrebandier, son trabuco à la main ; un curé coiffé du long chapeau à la Basile.

Le buste en bronze de M. de Santos, actuellement commissaire général de l'Espagne à l'Exposition universelle^ mérite une mention spéciale, tant pour l'expression vraiment remarquable de la tète que pour le choix des détails qui entourent le haut du corps et dissimulent la cassure toujours si déplaisante des deux bras. C'est l'œuvre du sculpteur Vallmitjana; elle est due à l'initiative reconnaissante des industriels de Catalogne envers M. de Santos, président de la commission à l'Exposition de Vienne de 1873. Les ornementsd'autel en métal blanc, de la maison Ysaura, nele cèdent en rien aux meilleurs produits de nos fabriques. Signalons, dans d'autres genres, les ma-

gnifiques candélabres de M. Yerdaguer de Barcelone et aussi les élincelants chaudrons de M. Yitamartin (Valladolid), faits entièrement à la main.

L'Espagne compte deux horlogers de premier ordre ; il est vrai que tous deux pourraient être revendiqués à titre égal par l'Angleterre : ainsi M. Losada, qui outre sa grande maison de Madrid possède des succursales à Paris et à Londres et dont la clientèle s'étend jusqu'en Russie: ses instruments de précision, sa belle horloge, ses montres de luxe dénotent l'habileté et la science la plus profonde unies au goût le plus pur; ainsi encore M. Riego, fournisseur de la cour d'Espagne, parent de Losada, également établi à Londres et dont la vitrine est un vrai nid de merveilles : montres à répétition, chronomètres de 5,000 francs, marquant les secondes et les cinquièmes de secondes, l'année, le mois et le jour ; perles pour breloques, grosses comme des noisettes ; puis des antiquités : une montre émaillée, du temps de Louis XIII d'un travail exquis et supérieurement conservée ; le pommeau d'or ciselé d'une canne ayant appartenu jadis à madame de Pompadour et estimé au prix modeste de 1 ,200 francs ; nous ne pouvons pas tout citer. L'horloge à cadran électrique de M. Aguirre (Soria), l'horloge astronomique de M. Moragas (Barcelone) témoignent d'efforts méritoires.

Dans le rayon de la parfumerie, tous les flacons

restant soigneusement fermés, il n'est guère possible de juger par soi-même, de la vraie valeur des produits, comme on le fait à la section française où les parfums et les essences coulent pour les passants. Noos avons pourtant distingué certaine essence de lavande. Cette plante aromatique, originaire des contrées du Midi, est très-commune en Espagne oh elle couvre de vastes espaces de terrains arides ; on la cultive aussi dans les jardins; une espèce particnlière atteint jusqu'à 2 et 3 pieds de hauteur.

Nattes et paniers, meubleset jouets, les articles de vannerie sont aussi nombreux que variés : il y en a en osier, en jonc, en sparte et môme en fibres de palmier. Le sparte est une graminée à feuillage cylindrique, rigide et piquant. On le recueille principalement dans la contrée de Garthagène qui, sous les Romains, en était tellement couverte que, selon Pliue, il fournissait la matière du lit, des habits, des souliers et du feu pour le peuple. C'est de là que Carlhagène avait reçu le nom de Carthago spartaria. On a retrouvé dans les mines des environs des paniers en sparte goudronnés et fixés dans une monture de bois dont les Romains se servaient en guise de seaux pour l'extraction des eaux. Cette plante est encore aujourd'hui l'objet d'une industrie assez florissante ; on en fait des objets de toutes sortes : cordes, paillassons, nattes, tapis, paniers. Pourtant la majeure partie du sparte recueilli passe dans les papeteries d'Angleterre oîi, depuis quelques années

déjà, on l'emploie concurremment avec d'autres substances pour faire face à Tinsuffisance toujours croissante des chiffons.

Les palmiers sont répiandus en divers endroits du territoire de Valence; ils abondent principalement à Elche où Ton en trouve une véritable forêt. Les habitants du pays s'appliquent particulièrement à la culture de cet arbre qui est leur principale richesse. En effet, outre le profit qu'on tire des daltes^il y a les feuilles des palmiers mâles qui s'expédient dans toutes les parties de TEspagne et jusqu'en Italie où elles servent pour la fêle du dimanche des Rameaux. On en fait aussi des balais, des nattes, des paniers, des chaises, des cordes, et autres menus ouvrages dont la vente est assez lucrative; ce sont surtout les enfants et les femmes qui se livrent à ce genre de travail. Il est fâcheux qu'en raison même de la place que les objets de vannerie occupent dans la décoration de la première salle, tout en haut des plafonds, il soit si malaisé de se rendre compte de leurs qualités. Autant qu'on en peut juger de loin, la fabrication des nattes semble de beaucoup la plus avancée.

L'Espagne a envoyé plusieurs échantillons d'allumettes bougies ; la qualité en est assez bonne quoique inférieure, paraît-il, à celle des mêmes produits français. Les établissements qui ont pris part à l'exposition, sauf celui de M. Guemès (Santandcr) sont peu importants. Dans les produits espagnols

lechimicage est bon, mais la bougie est raolle el souvent très-jaune et très-fuligineuse; elle doit contenir de la résine. On y emploie la cire, tandis qu'en FraDce et en Belgique, on ne se sert que de stéarine. L'Espagne fait très peu d'allumettes de bois ; en revanche M. Mataix Rico (Valadolid) tente l'essai d'allumettes en carton.

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