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GROUPE IV

Tissas» wêtements et accessoires*

L'industrie du coton est presque entièrenoient centralisée dans la Catalogne, à Barcelone et aux environs, à Monistrol, à Martorel, à Tarrasa, à Manresà, à Aulot, etc. D'après les calculs les plus récents, la valeur du capital fixe qu'elle représente pour cette seule province est de 150 millions ; les manufactures sont au nombre de 700 et les broches de 12,000,000, occupant ensemble 104,000 ouvriers, hommes, femmes ou enfants; la production des fils s'élève à plus de 17 millions de kilogrammes et celle des tissus à 200 millions de mètres. En face de ces chiffres vraiment formidables, on est bien forcé de reconnaître que l'exposition de la Catalogne au Champ de Mars n'est pas tout à fait ce qu'on était en droit 3'en attendre. Soit par incurie, soit par esprit d'opposition, soit plutôt, comme on me l'a dit, que TExposition récente de Philadelphie eût été pour plusieurs fabricants la cause de graves ennuis, beaucoup de maisons des plus considérables se sont abstenues de paraître à la nôtre : c'est grand dommage pour tout le monde. Néanmoins les étof-

fes exposées sont en assez grand nombre et de qualité assez supérieure pour qu'on puisse juger de l'état très-avancé de cette industrie dans le nord de l'Espagne. Voici d'abord la maison Battlo, la plus considérable de Barcelone pour la fabrication des colons écrus; les ateliers ne ferment ni jour ni nuit; la société « la Espaiia industrial, » fort importante également et où tous les progrès de la science moderne sont aussitôt appliqués; la maison Salvador Pages, lapremièrequi ait été fondée par coopération avecles petites économies desouvriers; puis viennent les mouchoirs de coton de M. Borras, le linge de table damassé de M. Volart y Conill, les imitations de toile de Hollande et le madapolam de M. Tolra, les étoffes de piqué rayé et sans envers de M. Borier.

La fabrication des indiennes ou toiles de coton peinles se fait aussi en Catalogne sur une grande échelle; ces indiennes ressemblent d'ailleurs à tous les cotons imprimés : ce sont pour la plupart des imitations assez réussies des produits de Mulhouse; les dessins mêmes sont parfois exactement copiés. Celles de la maison Ricart de Barcelone se recommandent par une originalité plus grande et une qualité supérieure; signalons aussi les chemises toutes confectionnées de M. Conde Puerto, à un bon marché étonnant, 21, 26, 28 et 33 francs la douzaine; il est vrai qu'elles ne sont pas toujours de bien bon goûf, mais cela tient peut-être aux né-

cessilésde Texporlation ; on les expédie par quantités énormes aux États-Unis.

Les toiles de chanvre et de lin se fabriquent encore dans les villes, dans les villages et dans les campagnes chez des tisserands qui les travaillent le plus souvent pour le compte des particuliers ; ces toiles sont presque toutes grosses et communes : c'est ce que nous appelons toiles de ménage ; mais il est aussi des manufactures où Ton fabrique des toiles de toutes qualités, même de très-belles : la Galice et la Catalogne sont celles qui en ont le plus. Noas avons remarqué les services de table de la maison Serret (Barcelone) ; les toiles en pièce de M. Paig sont intéressantes ainsi que les coutils forts pour pantalons, blancs et de couleur, de M. Pedro Mestra. Un fabricant de Mataro expose de la toile à voiles.

L'industrie des tissus de laine est déjà ancienne en Espagne. S'il faut en croire un mémoire présenté par Damian Olivarez à l'assemblée de 1620, les manufactures de draps^ de flanelles, de molletons, de serges, d'étamines, de bures et d'autres étoffes de laine étaient fort multipliées dans différentes parties de l'Espagne. Celles de Ségovie surtout jouissaient d'une réputation européenne ; la finesse et la solidité de leurs draps les faisaient rechercher partout et il s'en exportait des quantités considérables hors de la Péninsule. Les draps de l'Estremadure n'avaient ni la finesse ni la beauté de

ceux de Ségovic, mais leur qaaiilé élail excellente elles rendait précieux; ceux de Ciudad-Real et de Terucl avaient aussi de la répuintion; enfin la Catalogne envoyait ses draps et beaucoup d'autres lainages en Corse, en Italie, en Sicile, en Grèce et jusqu'à Smyrne et Alexandrie. Toujours d'après le même témoignage, les fabriques de Ségovie n'occupaient pas moins de 35,000 personnes, et Cuenca, à elle seule, lavait chaque année plus de 60,000 quintaux de laine. Bien que ces chiffres paraissent exagérés, il reste acquis néanmoins qu'à cette époque, en Espagne, l'industrie de la laine était particulièrement florissante; sa décadence suivit bientôt celle de la monarchie, et c'est seulement de nos jours qu'elle s'est vraiment relevée.

Devenir maîtres absolus du marché national, tel a été^ depuis quelque temps, le but fort légitime en sommedes producteurs espagnols. Si nous remontons d'une quinzaine d'années en arrière, nous voyons les grandes bergeries de l'Espagne diriger presque tous leurs produits sur Bayonne et Rouen, et les filateurs d'Elbeiif et de Reims s'en approprier la plus grande partie. Depuis lors les importations de laines brutes espagnoles vont toujours en s'amoindrissant; les fabriques de Barcelone en absorbent la majeure partie. Ce n'est pas que ces laines soient très-regrettables pour nous, car nous les avons remplacées avec avantage par celles d'Australie et de la Plata ; on nu peut pas dire non plus que les

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étoffes exposées dans les vitrines de l'Espagne, malgré quelques progrès, touchent encore à la perfection ; telles qu'elles sont, elles tiennent leur rang dans le développement général de l'industrie lainière et ne laissent pas d'entraver dès à présent la vente des tissus français sur le marché espagnol, d'autant plus que les fabricants de cette nation ont pour système la copie à peu près immédiate de tous les produits dont l'imitation doit leur procurer des avantages assurés.

Leurs étoffes unies sont bien faites, bien feutrées, d'un excellent apprêt; peut-être le toucher en estil moins souple et moins moelleux que celui des draps des autres puissances continentales; cela tient à la nature des laines qu'on emploie. Dans cette partie encore, nous relevons l'abstention regrettable d'un bon nombre des plus grands industriels ; quoi qu'il en soit, les draps fins de la province de Barcelone, remarquables par la modicité des prix, donnent une juste idée de la fabrication espagnole. La maison Sert frères et Sola expose un magnifique assortiment de châles, rideaux, tapis, tentures, couvertures de lit et de voyage ; fondée par un simple ouvrier, elle est arrivée à un haut degré de prospérité ; son commerce de tapis avec les Etats-Unis est considérable. Donnons un coup d'œil en passant aux étoffes de déchets de laine de M. Richardson (Barcelone) peu solides, comme on peut croire, mais qui ne manquent pas d'apparence. Grand choix de couvertures

de laine de toutes sortes; belles mantes de Mu rcie aux mille rayures éclatantes, dont chaque extrémité se termine par une grappe de pompons ; aiforjas de Burgos, sorte de sac de voyage, en gros tissu bigarré, qu'on place sur le cheval et où Ton met les provisions; puis des étoffes tartan, tramées laine et cotOD, d'une excellente fabrication. Les fiis de laine peignée sont plus spécialement destinés à la fabrication des mérinos, mousselines, châles^ drapeaux, rubans, etc., ainsi que des articles de bonneterie.

Les anciens auteurs arabes parlent des riches étoffes de soie aux brillantes couleurs auxquelles travaillaient à Malaga, Murcie, Almeria, des milliers d!ouvriers. Plus tard Tolède, Séville, Valence, Grenade et d'autres villes fabriquèrent à l'envi de beaux tissus de soie. Damian Olivarez ne va-t-il pas jusqu'à dire dans son mémoire, avec une évidente exagération, que Séville au xvi° siècle comptait 16,000 métiers occupant plus de 130,000 personnes? ce qui mettrait la population de la ville à 400,000 âmes pour le moins; un fait certain, c'est que les brodeurs de cette époque ont laissé de merveilleux ouvrages qu'on peut admirer dans beaucoup d'églises d'Espagne. Au xviii® siècle encore le chapitre de la cathédrale de Mexico faisait aux ouvriers de Tolède d'importantes commandes d'étoffes de soie et d'or. Vers le milieu du même siècle, une manufacture de soieries fut établie à Talavera de la lleyna par des ouvriers français, transfuges de

Lyon, et ne tarda pas à acquérir une certaine importance; on en lirait des damas, des galons. Aujourd'hui encore l'Espagne tient dans Tinduslrie de la soie un rang des plus honorables; on trouve dans son exposition de bons tissus unis, des dispositions assez heureuses pour étoffes d'ameublements ; les dessins sont en général harmonieux de forme et de coloris. Valence a conservé le goût original que lui ont légué les artisans maures-; mais Barcelone et la Catalogne montrent le plus d'activité. Il faut citer au premier rang, parmi les fabricants de cette province, M. Malvehy dont les soieries sont de toute beauté ; parmi les fîlateurs, M. Lies de Valence se fait remarquer pour sa riche exposition d'écheveaux de soie de toutes nuances ; les soies filées de M. Pujais de Valence et de M. Lopez Florès de Murcie méritent également l'attention. Rappelons encore les riches chasubles de soie brodées en argent de M. Hernandez Delgado de Tolède.

Les divers articles de passementerie, tels que rubans de velours et de soie, galons et broderies pour uniformes, crépines, cordons pour tentures, etc., sont en général bien fabriqués ; cet éloge s'applique tout particulièrement aux velours et chenilles de M. Font, savamment disposés et dont les couleurs reproduisent par leur gradation toutes les nuances du prisme.

L'Espagne a toujours été renommée pour ses blondes et ses dentelles. La fabrication est concen-

trée autour de BarceloDe ; les ouvrières de Catalogne sont fort habiles; sous une inspiration créatrice plus féconde^ elles pourraient livrer à l'exportation des articles d'une consommation plus générale et à des prix plus favorables à la vente. Aujourd'hui la fabrication se limite presque entièrement à de grandes pièces telles que volants de robes, voiles, mantes et mantilles, et toutes ces dentelles se vendent ordinairement assez cher. Signalons la maisqn de M. José PiSolanas, de Barcelone, fournisseur de la cour d'Espagne, dont les produits s'exportent jusqu'en Italie, en Allemagne et en Angleterre ; on nous a fait toucher des mantes fines comme un tissu de fils de la Vierge, légères comme l'aile du papillon, et d'une valeur de plus de 1,500 francs; d'autres articles moins importants, comme mouchoirs, cravates et fichus, sont heureusement plus accessibles aux bourses moyennes.

La lingerie fine témoigne d'un bon goût réel et de beaucoup de soin; ainsi les broderies et les dentelles de M. Luis Yerdereau, toutes faites à la main ; une splendide robe de baptême et deux ou trois parures pour dames arrachent aux jeunes visiteuses des cris d'admiration. Les Mayorquaises ont envoyé un certain nombre de pièces délicatement brodées, mais la plupart, véritables œuvres de patience représentant des cathédrales ou des sujets religieux, proviennent des couvents et sont l'ouvrage des sœurs ou de leurs élèves. Les corsets de la maison Zugasli

sont les seuls vraiment riches et élégants; tous les autres auraient trop à souffrir d'être mis en regard des merveilleux objets de notre fabrication parisienne.

Les articles de bonneterie de M. Marfa (Barcelone) sont d'un bon marché prodigieux et qui défie l'imagination : gilets de peau à 18 francs la douzaine, bas en coton à i franc 25 centimes, 2 francs 25, et 3 francs,, la douzaine également ; le reste dans les mêmes proportions ; il s'en expédie aux Etats-Unis d'immenses quantités. La maison Sala joint aussi la modicité des prix à la bonne qualité. Un fabricant d'Olot (Gérone), M. Masoliver, expose de longs bonnets rouges, véritables bonnets phrygiens; c'est la coiffure nationale des Catalans et des Aragonais et on la retrouve encore chez nos paysans du Roussillon qui appartinrent longtemps au royaume d'Aragon. Gardons- nous d'oublier les blanches capelines de M. Pablo Aguilar, faites de laine et de soie^ et tant d'autres charmants tissus pour femmes et pour enfants.

Les tailleurs madrilènes se font remarquer par une coupe sévère et distinguée, mais leurs prix sont au moins aussi élevés que les nôtres. En revanche les vêtements taillés en province manquent absolument de tournure; nous ne critiquons pas ici des effets destinés au peuple et qui plus ou moins répondent à certains besoins ; mais il est tel habit sans coutures, que nous ne désignerons point

d'une façon plus précise^ et qui aurait un succès de fou rire, même parmi nos Auvergnats.

Les chapeaux sont de toutes sortes, mais sans grande élégance; beaucoup du reste s'adressent à la clientèle populaire. Les chaussures relativement nous sembleraient supérieures ; en général le cuir en est souple et fort, le travail plus consciencieux que varié. Toutefois les bottines de luxe de M. Lavega (Madrid) et de M. Chico y Ganga (Séville) approchent de la perfection. Les bottines imperméables en cuir de crocodile de M. Pardas (Barcelone) et les bottes de chasse de M. Quiros (Léon) ne doivent pas non plus passer inaperçues. Partout les prix les plus modérés. Quelques fabricants convaincus ont exposé àesaipargatas, ces sandales à semelles de oorde, que tout le monde connaît, garnies au bout d'un morceau de toile et retenues par deux cordons qui s'attachent en se croisant autour de la cheville ; le peuple ne se chausse guère autrement et même les alpargatas sont adoptées officiellement dans l'armée, du moins en temps de guerre. Rien n'est commode en effet, surtout pour marcher dans les montagnes, et l'habitudQ aidan^, comme cette chaussure légère, silencieuse, qui laisse le pied libre et le protège sans le blesser ; avec elle il semble qu'on aille naturellement plus vite. Pourtant elle communique à l'ensemble de la tenue, je ne sais quel air de misère et de délabrement qui sied mal chez un soldat. En outre, par un temps de pluie ou de neige.

les alpargatas perdent beaucoup de leurs avantages ; mais un bon Castillan ne s'inquiète pas pour si peu et s'il lui faut faire tout ou partie de Tétape avec ses sandales mouillées, il se contente de répéter philosophiquement le vieux refrain populaire :

« Celui qui se fie aux alpargatas — Et met sa confiance dans les femmes — N'aura jamais un sou de sa vie, — Et marchera toujours nu-piecls. »

L'industrie des gants n'a rien, môme à Paris, qu'on puisse mettre au-dessus des produits de M. Esteban Comella (Madrid), tant la peau en est fine, la coupe aristocratique, la nuance toujours délicate et admirablement choisie ; cet industriel ne s'est pas seulement tenu au courant des améliorations que l'étranger apportait dans la partie, il a tenté pour son compte des perfectionnements nouveaux ; aujourd'hui la production annuelle de sa maison monte à plus de 30,000 douzaines de paires et il s'est fait connaître avantageusement jusqu'en Russie. Bien que suffisant à peu près à la consommation intérieure, les autres fabriques sont encore bien loin de cette importance et de cette perfection ; elles n'en gardent pas moins un élément de supériorité incontestable dans la quàlilé des peaux qui leur sont fournies par les tanneurs du pays.

On sait combien l'éventail est d'un usage fréquent en Espagne ; grande dame ou femme du peuple, à la promenade, aux tôros, au théâtre, et souvent môme à l'église, ce léger passe-temps est aussi in-

dlspensable pour les personnes de l'autre sexe que le cigarillo pour les hommes ; nous nous étonnons d'autant plus que TËspagne réussisse si mal tous les objets qu'elle expose en ce genre : c'est médiocre et lien de plus.

Yalladolid, le marché des beaux-arts, empon'o de Ids bellas artes, comme l'appelle un vieil auteur, était autrefois la ville d'Espagne la plus renommée poQr son orfèvrerie. Juan de Arfe, qu'on a appelé leBenvenuto Gellini de l'Espagne, y séjourna longtemps. Une rue tout entière était presque exclusivemeDtoccupéeparlesorfévresetportaitlenomdeCa//e de la Plateria, Le Vénitien Andréa Navagiero qui visita la ville en 1525, écrit à ce propos : « II y a à Yalladolid beaucoup d'artisans en différents genres et on y travaille très-bien dans toutes sortes de métiers, notamment Torfévrerie ; on y trouve autant d'orfèvres qu'il y en a dans deux autres villes, les premières d'Espagne; cette abondance de métiers vient sans doute de ce que la cour séjourne très-souvent ici. » Les bijoux religieux ont été de tout temps fort à la mode en Espagne : ce sont des reliquaires, des croix, des médaillons, des rosaires... Madame d'Auinoy, qui se plaint du mauvais goût de ces bijoux, ajoutait en parlant de la toilette des dames : « 11 y a bien des églises où il n'y en a pas tant. Elles ne mettent jamais de collier, mais elles portent des bracelets, des bagues et des pendants d'oreilles qui sont bien plus longs que la main. »

Aujourd'hui cette industrie n'existe plus pour ainsi dire et le marché national est littéralement envahi par les articles de Paris, Yalladolid ne compte pas un seul exposant ; même abstention de la part de Barcelone dont les plateros furent aussi fameux. Il eût été curieux pourtant d'étudier cette ancienne bijouterie populaire, destinée surtout aux paysannes et dont la commission provinciale de Pontevedra nous offre un échantillon : c^est une parure en argent doré, d'un dessin assez original^ mais lourde, et qui par ses dimensions rappelle tout à fait la description de madame d'Aulnoy. Deux artistes de Madrid, MM. Eguiazu et Gigorraga, exposent de ces petits objets d'acier, incrustés d'or et d'argent, dont nous avons déjà parlé et qui obtiennent en Espagne beaucoup de succès; M. Soldavila, de jolis pistolets dans le même genre.

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