‹ L'Espagne et l'Exposition de 1878Chapitre 26 sur 36 · GROUPE V · texte numérisé non relu

GROUPE V

Industries extractlves» produits bruts

et ouvrés.

La métallurgie fut de tout temps une des principales branches du commerce et de l'industrie des Basques. Ainsi le senor de Bizcaye avait droit à 16 deniers \ieux pour chaque quintal de fer travaillé dans les forges du pays. A n'en pas douter, le fer dans ces contrées était primitivement travaillé à bras, comme l'indique le nom basque de forge, oleac^ qui signifie heu haut. Dans la suite on imagina d'utiliser la force de l'eau pour faire mouvoir les soufflets et les marteaux, remplacés vers 1540 par les martinets à la génoise. La tuyère, qui attire l'air sur le foyer au moyen d'un conduit, fut introduite dans le pays dès le milieu du xvii® siècle ; mais la routine, ce grand ennemi de toutes les industries montées sur une petite échelle, fut encore la plus forte, et les roues hydrauliques et le soufflet avec de légères modifications, se sont perpétués jusqu'à nos jours dans la plupart des forges de Bizcaye. Cependant la métallurgie du fer faisait en Angleterre et en France les plus grands progrès ; bientôt

le fer du pays ne put plus soutenir la concurreDce, même sur les marchés nationaux, avec le fer anglais beaucoup moins coûteux, et les forges s'éteignirent peu à peu. C'en était fait de cette vieille industrie si, se rendant à l'évidence et renonçant à leurs erreurs, quelques hommes intelligents n'avaient décidément adopté, avec ou sans perfectionnement, la méthode des hauts fourneaux. En i855, les Ybarra créèrent la fabrique de Baracaldo, qui devait en quelque sorte servir de modèle aux industriels du pays, et dont l'importance depuis lors est allée toujours grandissant.

La société Ybarra n'a pas moins de trois mines où elle exploite le minerai de fer : celles de Somorrostro et d'Ollargan en Bizcaye, celle d'Onton dans la province voisine de Santander. La richesse et l'excellence de ces minerais (fer oligiste et hématite) sont universellement reconnues. Le minerai de Soraorrostro est le plus estimé, la qualité campanil surtout, très-recherchée pour la fonte Bessemer et dont l'exportation a pris ces dernières années un essor considérable; en effet la plupart des usines en France et en Angleterre et bon nombre de celles de la Belgique et de l'Allemagne en font remploi, dans des proportions plus ou moins importantes, pour améliorer la qualité de leurs produits. La maison Ybarra exporte à elle seule environ i, 500,000 tonnes par an, dont l'Espagne consomme environ 28 0/0, l'Angleterre 40, la France 20, la Belgique?.

Eq dehors des mines que la maison Ybarra s'esl réservées, il en estd'autres, lui appartenant, qu'elle a louées à bail aux sociétés étrangères dont font partie The Orconera Iron Ore Company Limited et la Société anonyme franco-belge des mines de Somorrostro, lesquelles exploitent ou se préparent à exploiter des quantités bien plus considérables.

La maison Ybarra possède deux usines^ une à Baracaldo en Bizcaye, près Bilbao, dite aussi fabrique du Désert» l'autre à Guriezo, province de Santander; toutes deux sont situées à proximité de rOcéan avec lequel elles communiquent, et se trouvent par conséquent dans d'excellentes conditions pour recevoir les charbons anglais en échange de leur minerai de fer.

Outre d'intéressants échantillons de tous ses produits, rangés avec beaucoup de goût et d'élégance, la maison Ybarra nous montre de grandes vues photographiques des mines Esperanza et San-Miguel de Somorrostro, plus le plan et la vue de l'usine de Baracaldo. En voilà certes plus qu'il n'en faut pour mériter à cette maison et à son exposition une attention toute particulière.

Parmi les autres établissements de ce genre nous citerons la fabrique de Pédroso-Cazalla, appartenant à la compagnie des mines du môme nom, à 70 kilomètres du grand môle de Séville. L'usine contient plusieurs hauts fourneaux, tant au charbon de terre qu'au charbon de bois, avec ateliers de

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moulage, fours à puddler, fours à réchauffer, fours d'afûnage et laminoirs. Elle occupe toute une population d'ouvriers dont l'éducation morale et industrielle est Tobjet de l'incessante sollicitude de l'administration. Les minerais traités sont les oxydes de fer magnétique et les hématites, et leur chiffre dépasse chaque année 100,000 quintaux. Le charbon de terre provient pour la plus graiide partie de la mine de Yiilanueva del Rio, située à 25 kilomètres au sud, tout près des bords du Guadalquivir; il en vient également des mines de Belmez. Les fers qu'on obtient au Pédroso sont de qualité tout à fait supérieure et comparables aux meilleurs produits de la Suède et de la Russie. Cette usine est surtout redevable de son importance actuelle à la direction et aux conseils du regretté général Elorza à qui l'on doit également le développement prodigieux de Tusine royale de Trubla ; nous aurons plus loin l'occasion d'insister sur ce dernier établissement^ à propos de l'exposition du ministère de la guerre.

L'usine de la Folguera de Langano (Oviedo), appartenant à la société Duro et G>» , a été établie en 1857. Admirablement outillée, elle n'emploie que des matières premières du pays, et la difficulté même des transports l'amène tout naturellement à ne fabriquer que des fers et des fontes de bonne qualité. Citons encore l'usine de Bolueta, près Bilbao, dont l'établissement remonte à 1843 ; celle de D. J. Jaurcgui, en Bizcaye également; celle de

Goilia et C^* à Toria (Logrono) ; enfin les forges de MM. Heredia à Malaga et à la Concepcion.

Parmi les objets travaillés en fer et qui se rapportent plus spécialement à certaines industries, on trouve les solides colTres-forls de M. Salvador Manach, des collections de clous ordinaires et de clous à ferrer, plusieurs serrures et cadenas, Tune surtout si terrible et si énorme qu'elle ne peut être destinée qu'à une porte de prison. Ce qui manque, c'est quelqu'une de ces œuvres d'art, comme les ancêtres des Espagnols savaient si bien les faire ; il n'est pas de peuple en effet chez qui l'art de travailler le fer fût arrivé à un plus haut degré de perfection. Les rejeros étaient assez nombreux dans plusieurs villes pour être organisés en corporations ; leur nom venait des grilles ou rejas qu'ils forgeaient et ciselaient soit pour les églises, soit pour les palais. Burgos, Séville, Grenade, Palencia, Tolède, Avila, Ségovie, Valladolid, possèdent encore de très- belles grilles, fouillées comme des pièces d'orfèvrerie ; mais la merveille du genre serait encore la 7'eja gothique qu'on voit à la cathédrale de Pampelune.

Quoique l'Espagne renferme de riches bassins houillers, l'exploitation de la houille n'occupe encore qu'une trop faible place dans l'industrie minière du pays. Le bassin d'Oviedo ou des Asturies est lé plus productif ; le combustible occupe la plus grande partie du sous-sol de la province et sur une épaisseur très-considérable; on le trouve surtout à

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Langreo, àMières, à Santo- Firme, à Ferrones, à Nava et à Torazo. La mine de Langreo peut rivaliser par la richesse et la qualité avec les exploitations les plus renommées de rétranger; un chemin conduit de la mine jusqu'au môle même de Gigon^ où les wagons chargés se déversent continuellement dans des navires de transport. Il faut citer ensuite les bassins de Palencia et de Léon qui forment comme la continuation du premier sur le versant méridional de la chaîne ; le bassin de Belmez et d'Espiel, dans la Sierra Morena, d'une grande richesse, et d'où Ton tire, paraît-il, les premiers charbons de l'Espagne ; ce qui donne un caractère particulier à ces mines, c'est qu'on y trouve la houille à fleur de terre et qu'on l'exploite en carrière à ciel ouvert ; mises en communication depuis peu avec les différentes lignes ferrées de la Péninsule, elles fournissent les compagnies et l'industrie privée d'un combustible qu'il fallait chercher autrefois jusqu'en Angleterre. Il y a encore d'autres centres houillers, comme les bassins de Villanueva del Rio, près Séville,Villanueva de San-Juan de las Abadesas, en Catalogne, et celui moins important, de Hinajeros, (Cuenca.) Cette industrie occupe environ 10,000 ouvriers. Le meilleur combustible, après celui du terrain houiller, appartient en Espagne au terrain' crétacé, comme on le rencontre aux environs de Montalban, province de Teruel; beaucoup d^aulres gisements, tels que ceux d'Alcoy (Valence) et de Calos (Catalogne) ap-

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partiennent au terrain tertiaire miocène. On exploite aussi un peu d'anthracite à Oviédo et de lignite à Lérida.

Une exploitation considérable de calcaire asphaltique qui se fait à Maestu (Alava) est dignement représentée à l'Exposition. Ce calcaire rend en moyenne 12 à 14 0/0 et se trouve dans le terrain crétacé, A Burgos et à Santandcr le terrain crétacé fournit également du calcaire asphaltique.

Des divers produits minéraux que possède l'île de Cuba, le plus remarquable est peut-être l'asphalte connu dans le pays sous le nom de chapapote. Il est quelquefois accompagné de bitume visqueux et* associée des couches que l'on rapporic i\ l'époque tertiaire en même temps qu'à de la serpentine. On en rencontre, dit-on, en divers points, sur une zone de plus de 500 kilomètres de long. Cet asphalte, rappelle la houille par son état solide et son éclat; il a été en effet utilisé comme combustible. Les puits forés pour son exploitation produisent sur certains points du pétrole et do l'hydrogène carboné.

Nous avons parlé déjà du développement croissant de l'industrie métallurgique en Bizcaye. La richesse de ce pays, en effet, sa vraie force dans l'avenir, c'est ce trésor de mines inépuisables « qui fut toujours, selon l'expression d'un de nos plus savants géographes, d'une certaine importance écononiique, mais qui ne peut manquer de lui assurer

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bientôt un rôle très-considérable dans l'industrie du monde. » Le fer se rencontre partout en Bizcaye et les endroits ne se comptent plus qui furent ou sont encore exploités; mais les mines les plus importantes sont celles d'OUargan, à Test de Bilbao^ et surtout celles de Triano, dans les Encartaciones, célèbres déjà du temps des Romains. Pline l'Ancien dit textuellement : a De tous les métaux le minerai de fer est le plus abondant. Sur la côte de Gantabrie, il y a une montagne haute et escarpée qui, chose incroyable à dire, est toute de cette matière. » En 1873, rien que sur ce point, près de 3,000 ouvriers étaient employés journellement aux travaux des mines et la quantité du minerai extrait a dépassé 400,000 tonnes. Dès maintenant on peut dire que Bilbao est destiné à devenir, bien avant Barcelone, pour le mouvement et l'importance du tonnage, le premier port de la Péninsule. C'est en effet l'exportation du minerai qui entre dans les chiffres du commerce bilbaïen pour la somme la plus élevée.

Deux exploitations principales sont actuellement en activité dans le district des Encartaciones : celle de Triano, appelée aussi de Somorrostro, du nom de la vallée qui l'avoisine ; — c'est elle qui fournit le minerai le plus estimé et le plus abondant, — celle de Galdamès, située plus avant dans l'intérieur et fort riche également ; des chemins de fer les relient, la première au Nervion, à l'endroit nommé le

Désert, et la seconde à Sestao. De plus, trois nouvelles lignes, appartenant à des compagnies différentes et destinées à desservir les gisements voisins, sont en construction : les travaux arrêtés quelque temps par la guerre ont été repris sans retard ; toutes trois doivent aboutir au fleuve par Luchana on les environs. Citons encore pour mémoire le tramway aérien du système Hogdson où des wagonets roulent suspendus le long d'un câble de fer. Bref, les moyens de transport sont^calculés pour enlever chaque année de la mine plus de 2 millions de tonnes. Sur ce champ de bataille du travail et du progrès, TEspagne, TAllemagne, la France, sont représentées; mais c'est l'Angleterre . qui tient le premier rang; quatre des compagnies sur six ont été créées par des fonds anglais en tout ou en partie.

Le mont Triano forme une ligue ondulée, bien qu'à quelque distance sa croupe puisse paraître parfaitement unie ; la base en est irrégulière et il doit avoir environ cinq ou six lieues de tour. Le minerai ou vena — un nom qui vient des Romains — comprend plusieurs variétés dont les principales sont : la vena negra ou dulce^ la plus facile à fondre, la seule dont on se servait autrefois et qu'on exploitait au moyen de puits et de galeries interminables ; le rubio, d'une couleur brun foncé, fort dur; le campanil enfin le plus abondant, que l'on exporte beaucoup et qui prend quand on le mouille une magni-

fique teinte de pourpre ; il donne 50 et môme 70 parties de métal pour cent.

(( A Triano, un spectacle imprévu frappa nos regards *. La voie ne peut, à cause des difficultés du sol, s'élever jusqu'au sommet de la crête; elle s'arrête au pied, à Ortella, et Ton y transporte le minerai à mesure qu'il est arraché de la mine, dans des chariots longs traînés par des bœufs; toute la journée, ces chariots, au nombre de plus de mille, montent et descendent avec des grincements plaintifs et forment, au long de la pente, une procession sans fin. Des ouvriers sont continuellement occupés à recharger la route usée par ce frottement incessant; malgré tout^ le sol n'est qu'une poussière oîi les roues des chars s'enfoncent jusqu'à l'essieu, les bœufs jusqu'aux genoux ; une poussière fine, rougeâtre, faite des débris impalpables du minerai. Et celte poussière est partout, pénètre partout; le pays entier en est comme saupoudré ; les champs, les arbres, les maisons, les moindres ustensiles de ménage, la peau des animaux et jusqu'à celle des gens, tout est couvert d'une couleur de rouille indélébile. Il nous manque d'avoir vu les mines par un temps de pluie^ mais nous imaginons Tépouvantable bourbier que cela doit faire. Pourtant nous préférerions encore cet aspect à celui des mines de charbon où tout est noir comme la nuit.

1 . V. Basques etNavarrais, par L. Louis-Lande, l voL in-18, Didier, 1878.

L'exploitation s'éteûd sur une longueur de plusieurs kilomètres, elle se fait sur un grand nombre de points à la fois, indépendants les uns des autres ; toute la montagne n'est réellement qu'un immense bloc de fer ; en certains endroits le minerai est si riche qu'il a tout laspect du métal le plus pur. Aussi seborne-t-onà le détacher par blocs au moyen de la poudre; peu à peu, dans ce travail à air libre, les ouvriers auront fait disparaître les anciennes galeries dont quelques-unes sont fort vastes et remontent à plus de vingt siècles. Pendant que nous recueillons ces détails, un contre-maître nous fait signe de nous écarter, les trous de mine ont été creusés, les pétards sont en place, il ne reste qu'à mettre le feu; à un signal connu, tout le monde s'éloigne ; leschariots, qui, plus haut ou plusbas, se disposaient à passer, s'arrêtent et forment comme une barrière au flot toujours croissant de ceux qui les suivent. Tout à coup partent cinq ou six détonations précédées d'éclairs fugitifs, d'énormes éclats de roche volent dans les airs, tombent, retentissent et se brisent avec fracas; lentement le vent dissipe la fumée, on attend quelques instants encore, puis la file des voitures reprend sa marche un moment arrêtée. Souvent sur plusieurs points des trous de mine éclatent à la fois, le sol tremble et l'atmosphère est tout imprégnée d'une odeur enivrante de poudre. » Ces minerais de Bizcaye sont pour la plupart de fer oligiste et d'hématite, et ne se rattachent qu'in-

directement au groupe central des Pyrénées ; à ce groupe, au contraire, appartiennent les filons de fer spathique et d'hématite brune ou grise qu'on rencontre en grande abondance dans la vallée de la Bidassoa, aux environs d'Irun (Guipuzcoa). De nombreux gisements existent encore eh Espagne, notamment ceux d'oligiste de la province de Cordoue, non loin des houillères de Belmez, les filons de fer magnétique de Marbella (Malaga), etc.

Le plomb est le plus abondant des produits minéraux de l'Espagne , si riche pourtant en toutes sortes de métaux. Il provient surtout des provinces d'Almeria, de Murcie et de Jaen. C'est ainsi que la sierra de Gador, s'il faut en croire un dicton local, renferme plus de plomb que de cailloux. Autour de Carlhagène également, le minerai abonde, mais faute de ressources et aussi d'ouvriers pour entreprendre de grandes exploitations, on se contente de soumettre à un nouveau traitement les amas considérables de scories laissées par les Romains: elles contiennent encore une certaine quantité de plomb qu'on en extrait par des moyens peu coûteux. A la vérité, les travaux ont été repris dans la mine de galène argentifère de la sierra d'Almagrera, mine qui donne jusqu'à 1 1/2 d'argent pour cent, mais celles de Linarès (Jaen), argentifères elles aussi, au pied de la sierra Morena, sont toujours les mieux exploitées et les plus productives; elles appartiennent

au gouver Dément qui les afferme. Bien que fouillés en tout sens par les générations nombreuses «qui s y sont succédé, les flancs de la sombre sierra ne semblent pas près de s'épuiser; tel filon n*a pas moins de 3 mètres de puissance ; il est fâcheux seulement que le travail de ces mines soit si pernicieux pour la santé des ouvriers, comme le prouve trop bien leur teint blême et leur air chélif. La société anonyme des houillères de Belmez a présenté quelques échantillons remarquables de galène de sa mine deBerlonga (Badajoz). L'épaisseur moyenne du minerai massif dans le filon s'élève à 0, m. 30, la richesse du minerai à 75 pour cent de plomb marchand, et la teneur en argent à 700 grammes par tonne de minerai. N'oublions pas non plus les filons argentifères de Ilienda de li Encina (Guadalajara), sur le versant méridional de la chaîne du Guadarrama; exploités depuis 1844, ils donnèrent tout d'abord de tels bônéOces à leurs possesseurs, que tous les habitants se mirent, dit-on, h fouiller le sol, dans Tespoir d'y rencontrer des gisements minéraux; de fait le précieux métal a été découvert en plusieurs endroits. Mais l'argent ne se tire pas seulement de la galène; on le trouve mélangé au rainerai de cuivre gris, notamment à Ilornachuelos (Cordoba) et à Orbaiceta (Navarre).

La pyrite de fer que Ton exploite dans la province de Huelva, au sud de l'Espagne, est mélangée

de sulfure cuivreux en proportions variables ; aussi, après qu'elle a été utilisée pour son soufre dans la fabrication de l'acide sulfurique, conslitue-t-elle un minerai de cuivre qui, malgré sa faible teneur en métal, est encore très-important à cause de son abondance. Les mines de Rio-Tinto, situées dans l'arrondissement de Valverde del Camino, sont les plus considérables de la province ; elles étaient déjà connues des Romains. On y a pratiqué des puits d'une grande profondeur et sept étages successifs de galeries; on en tire, année moyenne, près de 300,000 kilogrammes de cuivre fin, dont la majeure partie est utilisée dans la belle fonderie de Sévilie. L'exploitation est complète au Rio-Tinto, c'est-àdire qu'on traite le minerai par la cémentation et par la cuisson.

D'autres gisements se trouvent en divers endroits delà province, àTharsis, àCalaiia; celui de Tharsis est .surtout remarquable ; le principal lilon mesure, dit-on, 2,000 mètres d'étendue, presque, à la surface du sol, sur une largeur moyenne de 80 vtm, et une profondeur qu'on ne peut apprécier. Ce minerai contient environ 50 pour cent de soufre qui, jusqu'à ces derniers temps, était utilisé comme combustible, faute de communications et de moyens de transport. On en exploite une partie à ciel ouvert. Des cartes nombreuse?, jointes à la collection complète des produits de Tharsis et de Rio-Tinto, permettent déjuger de l'importance de ces raines.

Plusieurs autres provinces, Cacerès, Aviia, Logrouo, ont des minerais de cuivre, mais peu exploités encore.

Les liions de cuivre de Cuba sont très-abondants ; une société fut fondée en 1830 pour leur exploitation et, de 1836 à 1866, dans une période de trente aos, le produit des mines a atteint 157 millions ; il s'est un peu ralenti depuis. Les îles Philippines envoient également des minerais de cuivre pyriteux, cuivre panaché, cuivre gris.

Parmi les exploitations de calamine, la plus importante, à coup sûr, est celle des Asturies, aux environs de Santander, représentée à l'Exposition par plusieurs compagnies; les riches gisements do cette contrée sont formés d'amas de minerai remplissant de vastes poches dans la roche calcaire. On exploite encore l'oxyde de zinc en Navarre, à Tcruel,et dans d'autres provinces du sud de l'Espagne. Ces divers minerais n'alimentent pas seulement les usines du pays^ ils s'exportent en Belgique et dans la Prusse rhénane.

Le minerai d'étain se rencontre sur plusieurs points de l'Espagne du nord, dans les Asturies où l'exploitaient les Romains, dans la Galice ; cependant on ne l'extrait aujourd'hui qu'en quantités relativement minimes. Celui de Ribadavia, aux environs d'Orense, consiste en un quartz blanc parsemé de mica, qui rappelle tout à fait le type connu des filons d'étain du Morbihan.

C'est au milieu des ramifications de la sierra Morena, sur les confins de l'ancien royaume de Cordoue, que se trouvent les célèbres mines de mercure d'Almaden. Almaden est un mot arabe qui a passé dans la langue espagnole et qui veut dire la mine. La petite ville ainsi nommée se compose d'une seule rue étroite et longue, habitée en grande partie par le personnel de l'exploitation.

Les mines de mercure d'Almaden sont les plus importantes du monde entier, et celles qui ont été récemment découvertes en Californie, ne les empêchent pas de rester au premier rang. Exploitées par les Phéniciens sept siècles avant notre ère, elles continuèrent à l'être sous la domination des Romains et des Arabes; elles devinrent ensuite la propriété des chevaliers religieux de Calatrava qui avaient contribué à l'expulsion des Maures et elles furent affermées, sous le règne de Charles-Quint, à deux grands marchands d'Augsbourg, les Fugger, qui les conservèrent longtemps et y acquirent une fortune considérable. Depuis 1645 elles sont retournées aux mains du gouvernement qui les fait valoir.

On compte trois filons principaux qui s'étendent sous la ville même; les puits qui conduisent au fond de la mine ont plus de 300 mètres de profondeur; avec les puits communiquent de nombreuses galeries d'exploitation soutenues par des travaux considérables en maçonnerie. Le métal se rencontre sous diverses formes, quelquefois à l'état de mer-

cure natif, plus souvent à l'état de cinabre ou sulfure de mercure. Ces minerais rendent en moyenne 10 0/0 de métal. On a calculé que depuis le milieu du xvii® siècle la production du mercure s'était élevée à plus de 1,200,000 quintaux, expédiés poqr la plupart en Amérique, oîi ou remployait au traitedient de Tor et de Targent; la quantité annuelle extraite aujourd'hui n'est pas moindre de 20 à 25,000 quintaux, et le produit net qui approche, dit-on, de 5 millions de francs, est un des revenus les plus sûrs du trésor espagnol. Près d'Almaden se trouvent les mines de las Cuebas et d'Almadenejos qui, bien que moins étendues, fournissent cependant des quantités importantes de mercure.

Le nombre des ouvriers employés à Almaden dépasse 4,000, presque tous hâves et d'une pâleur cadavéreuse; en effet, le travail pénible de la mino, les émanations qui s'y produisent portent de graves atteintes à leur santé, malgré le soin que l'on prend de les relever fréquemment; aussi les Romains n'envoyaient dans ces mines que des prisonniers et des esclaves. Aujourd'hui les travailleurs qui peuvent justiûer d'un séjour d'au moins deux années, jouissent de certains privilèges, notamment de l'exemption du service militaire.

Les mines delà province d'Oviédo, situées non loin de la ville de Mières, dans le terrain carbonifère, et déjà connues des Romains, sans avoir la même importance, ont cependant une grande activité. Le

cinabre imprègne le conglomérat carbonifère sous forme de veines où il est associé à la pyrite de fer. Le gîte dont il s'agit présente cette particularilé que le cinabre qu'on en extrait est mélangé d'une forte portion de sulfure rouge d'arsenic, realgar, ainsi qu'on peut voir dans l'échantillon monstrueux exposé avec les produits des mines de Mières. L'arsenic même s'y trouve en assez grande quantité pour que les cols de cornue de distillation en soient obstrués. Les mineurs sont sensiblement incommodés par les émanations arsenicales, lorsque la ventilation n'est pas très-active.

Outre celui qu'on tire des pyrites et des sulfures, le soufre se rencontre à l'État natif en plusieurs endroits de l'Espagne et dans des quantités considérables; Lorca surtout (Murcie), présente des échantillons admirables, d'une grosseur et d'une pureté surprenantes; le soufre de cette localité, comme aussi celui de Teruel (Aragon), appartient au terrain tertiaire d'eau douce; il est associé le plus souvent à des marnes et à des calcaires qui contiennent des coquilles et des poissons. Il en est de même à Gonil, près Gadiz, où le soufre est peu exploité aujourd'hui, mais qui fournit de beaux cristaux aux collections.

L'Estremadure possède des gisements de chaux phosphatée depuis longtemps connus, mais dont l'exploitation régulière ne remonte guère qu'à une quinzaine d'années; les principaux se rencontrent

dans la province doCacerës, notamment à Logrosan et à Trujillo, et constituent de nombreux filons dont répaisseur est parfois considérable ; ils sillonnent en général les roches granitiques et quelquefois au'ôsi le terrain silurien. Grâce à Tutililé reconnue de cet engrais pour l'agriculture, l'exportation s'en accroît chaque jour et s'élèvera encore quand les communications par les voies ferrées seront devenues plus faciles.

De toutes les contrées de l'Europe, l'Espagne n'a point qui l'égale pour la richesse et la variété de ses marbres; chacune de ses sierras tient en réserve de véritables trésors dont on commence à peine à s'inquiéter de nos jours. Jaen, Malaga, Tolède, Séville, Gastellon, Burgos, Soria, Lugo, les provinces les plus éloignées ont envoyé des échantillons nombreux de marbres, les uns unis, les autres jaspés et de diverses couleurs ; nous n'essaierons pas de les décrire. En môme temps Soria expose du granit, les Canaries du basalte, Burgos et Palma de l'albâtre, Lugo de l'ardoise, Logroiio de la craie, la Navarre de la pierre à plâtre, Madrid de la pierre à bâtir, Jaen du calcaire lithographique, Pontevedra de la serpentine, Teruel du jais, Almeria des grenats. A Villasbuenas (Salamanque) on exploite du quartz qui, en raison de la belle couleur jaune qu'il acquiert, est vendu sous le nom de topaze ; il n'a pas du reste une valeur élevée.

L'Espagne présente aussi des argiles réfractaires

OU kaolins de Zamora qui sont associés au granit et particulièrement estimés pour la fabrication des creusets. Les kaolins exploités pour la fabrication de la porcelaine à Séville étaient utilisés par les Romains qui les employaient après les avoir lavés. Ce sont môme ces vestiges d'exploitation qui ont servi de guides pour la reprise des travaux quand ils ont été signalés en 1840 par M. A. Maestre, ingénieur français, à M. Plckmann dont la fabrique aujourd'hui en tire un grand parti.

Malgré les guerres et les dévastations, malgré la pénurie du trésor qui Ta contraint à plusieurs reprises d'aliéner plus de 5,000 hectares des biens domaniaux, les forêts occupent encore en E^pagn e la douzième partie dii sol. On a longtemps cité cepay^s comme un exemple de mauvaise administration forestière ; pourtant les produits ligneux et les ouvrages scientifiques qui figurent au Champ de Mars indiquent une amélioration sensible dans l'état des forêts, déjà constatée du reste au concours international de 1867. Ce progrès s'en produit sous l'habile et énergique direction du corps des ingénieurs des forêts, sortis de l'étîole que l'Espagne a fondée, il y a une trentaine d'années, aux environs de Madrid dans le palais de Villaviciosa de Odon. Nous noterions le rapport de M. Garcia Marlino sur les plantations forestières des terrains qni bordent le canal d'Isabelle II, un mémoire; de

M. Rivero sur la forêt de Valsaîn (Ségovie), un rapport de M. Yidal sur les forèls des îles Philippines, un résumé par M. Laguna des divers travaux forestiers accomplis en Espagne. D'autres ouvrages, sar le chêne des Philippines, le chêne-liége et Tinduslrie des bouchons, la théorie et la pratique de la résine, prouvent surabondamment combien celle question des forêts, si importante au double point de vue de la salubrité et de la prospérité publiques, commence à préoccuper les esprits.

Quant aux échantillons de bois exposés, on y rencontre toutes les essences ordinaires de TEspagne, et elles sont nombreuses : le chêne, 1k châtaignier, le noyer, le hêtre, le tilleul, le frêne, le rouvre, l'orme, le bouleau, le sapin, le cerisier, le pommier, le poirier, l'amandier, le noisetier, le genévrier, le houx, le buis, etc. La collection du district forestier de Logrono serait peutêtre la plus complète. La société foncière et industrielle établie pour l'exploitation des produits de la vallée d'Arau (Pyrénées), a tenu elle aussi à faire étalage de ses richesses, et son exposition occupe un espace considérable à l'extérieur du pavillon d'agriculture. Lugo envoie du bois de noyer pour la menuiserie, Jaen des troncs d'oliviers; un exposant de Madrid des bois pour constructions navales; enfin l'école des ingénieurs des eaux et forêts présente entre autres curiosités un disque de sapin des forêts royales de Valsain, d'une grosseur monstrueuse; le

chêne et le sapin sont d'ailleurs les deux espèces qui semblent atteindre le plus grand développement.

Les Canaries n'ont plus que l'ombre de leurs richesses forestières d'autrefois ; or, depuis quelque temps déjà, la sécheresse et la misère régnent dans ces îles, démontrant ainsi une fois de plus Tinfluence du boisement sur la fécondité du soL Cependant elles gardent encore plus de 150,000 hectares de forêts qui abondent en pins des Canaries, essence précieuse par ses qualités résineuses, en lauriers et autres espèces connues. Une administration intelligente aurait tous les moyens d'y rétablir la richesse en rétablissant l'harmonie dans la végétation. Nous manquons de renseignements sufflsunts ou exacts sur la situation forestière des autres colonies; signalons pourtant quelques magnifiques planches de bois de sandal et un énorme bout de rotin des Philippines, mesurant 123 mètres de long. Les bois de Cuba sont remarquables par la variété des espèces et l'importance commerciale de plusieurs d'entre eux; on sait que la majeure partie du cèdre employé en Angleterre est fournie par la Grande Antille.

Les produits des industries forestières comprennent d'abord de petits objets de bois, fort simples pour la plupart, tels que galoches, pelles, couverts en buis, sébiles, formes en hêtre pour chaussures, cercles pour cribles et pour tamis. La présence d'un certain nombre de douves, de fûls, et de barriques

semble iadiquer que cette industrie tend à s'établir définitivement en Espagne : jusqu'ici en effet, à leur grand préjudice, les Espagnols ne construisaient guère que d'énormes foudres de 12 à 15,000 lilres dans lesquels leurs vins étaient aussi mal logés que possible; aujourd'hui encore, dans la plupart des localités, môme vinicoles, il est très-difficile, pour ne pas dire impossible, de se procurer des barriques d'une contenance raisonnable. Dans la Hioja, il en cotlte 25 francs pièce, soit qu'on les fasse venir de France toutes faites, soit qu'on se contente de faire apporter les douves; pendant la guerre carliste, forcées de prendre par Santander, ellesmontèrent, les droits d'octroi aidant, à 33 francs chacune.

Il est d'autres produits forestiers sur lesquels nous (levons insister davantage : le liège dont le débit est si considérable, les écorces destinées au tannage, l'amadou, enfin la résine et ses dérivés, la térébenthine et la colophane.

Le chône-liége a beaucoup de ressemblance avec le chêne yeuse dans son port et ses autres caractères; mais il s'en distingue facilement par l'épaisseur considérable de son écorce qui est dure, fongeuse, élastique. Ses glands sont également doux et bons à manger. Le chône-liége est très-commun en Espagne (Aragon, Séville, Grenade, Catalogne), et ce pays fournit presque seul à la consommation du reste de l'Europe.

Les cbênes-liége se plaisent particulièrement dans les terrains secs et rocailleux ou dans les sables arides. Ce n'est guère que tous les huit ou dix ans que se fait la récolte du liège. Pour cela on fend la partie externe de l'écorce que Ton détache soigneusement ; par ce procédé on n'enlève que Tépiderme et l'enveloppe herbacée, et il reste encore les couches corticales et le liber dont la présence est indispensable à la vie de l'arbre qui périrait infailliblement s'il en était dépouillé. On peut faire une douzaine de récoltes successives sur le même arbre. Lorsque les chônes-liége ont été ainsi écorcés, ils offrent un aspect tout à fait singulier, à cause de leur surface unie et d'un rouge plus ou moins intense.

On sait les divers usages auxquels le liège est employé dans l'économie domestique; il sert à faire des bouchons de toute sorte, des semelles, des chapeaux môme; brûlé dans des vases clos, il donne le noir d'Espagne, qu'on emploie dans la teinture. L'Espagne expose dans son pavillon d'agriculture de nombreux spécimens de ce produit, à l'extérieur oîi s'étalent des planches de liège d'une dimension vraiment prodigieuse, à l'intérieur où les bouchons par milliers, industrieusement arrangés, forment des décorations multiples, comme guirlandes, lustres, écussons. On peut voir encore dans la salle IV, au Champ de Mars, un grand étendard tout en liège, travaillé avec goûtet offert à S. M. Alphonse XII,

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restaurateur de la paix, protecteur des arts et de l'industrie; il a été fait par un ouvrier de Tolède avec récorce des forêts d'Estremadure.

Le sumac, ditsumacdes corroyeursou vinaigrier, est uQ arbrisseau d'une douzaine de pieds, aux branches revêtues d'une écorce velue, aux Qeurs petites, verdâtres ou d'un blanc sale. Il croît naturellement dans l'Europe méridionale. Les fruits du sumac sont astringents, de saveur acide, point désagréable; on s'en servait en médecine et aussi pour assaisonner les viandes; l'écorcc et les jeunes pousses, desséchées et réduites en poudre, sont employées elles-mêmes à tanner les cuirs, notamment dans la préparation des peaux de chèvres dont on fabrique le maroquin noir.

Dans la même classe, M. de Uiscal présente des extraits concentrés de tannin de chêne vert ainsi que des peaux tannées au moyen de ces extraits. Cette exposition fait partie de l'ensemble des travaux d'essai de l'infatigable marquis dans ses propriétés d'Estremadure; mais, par l'état d'avancement où sont arrivées les études, elle méritait une place et une mention à part.

La propriété de los Guadalupes contient une grande futaie de chênes tauzins, un grand taillis de môme espèce, plus une grande superficie peuplée de chênes verts. Alors que le bois est si cher partout, et surtout en France, en Estremadure il ne vaut rien, absolument rien, faute de moyens de

transports : on ne payerait pas plus de 5 francs un chêne de cent vingt ans.

Après des tentatives inutiles pour vendre ce bois sous forme de douves à barriques et de feuilles de parquets, on a cherché les moyens de réduire en un petit volume quelques-uns des éléments qui constituent sa valeur. M. Pouriau a fait de longues recherches sur la fabrication de l'acide pyroligneux, de l'acide acétique, de divers acétates de chaux^ de plomb, etc.; M. Graham de Londres s'en est aussi mêlé; le bas prix de ces produits a fait toujours obstacle à la fabrication. Enfm on songea au tannin; il y a deux ans déjà que M. Pouriau s'est engagé sur cette nouvelle voie, — on sait que les écorces de chêne sont la meilleure écorce tannante et celles de chêne vert les meilleures parmi les chênes — et il en est arrivé à produire des extraits valant beaucoup sous un faible poids et un petit volume; ces extraits essayés à la tannerie F. Arthus (Bagneux-Seine) ont donné des peaux de fort bonne qualité avec une économie notable de temps; or, l'économie de temps, c'est pour le tanneur une économie de place et de capital.

A la vérité, ce n'est pas là une invention au sens absolu du mot. Il y a longtemps qu'on fabrique à Lyon des extraits de tannin tirés du châtaignier, au Canada, tirés d'une espèce de sapin ; récemment au Havre on a imaginé la fabrication d'extraits d'un bois de TAmérique du Sud, mais jusqu'ici on avait

toujours vendu les écorccs du chêne et du chêne vert en nature. M. Pouriau a eu le premier Tidéc de n'en transporter que le poids utile ; de plus, comme les fabriques ne livrent pas volontiers leurs secrets, il a dû retrouver le procédé dont elles faisaient mystère; enfin il Ta perfectionné puisqu'il a su obtenir des extraits beaucoup plus concentrés que tous ceux qu'on vend d'ordinaire. Il fabriquait d'abord des extraits liquides donnant en moyenne de 12 à 18 pour 100 de tannin ; d'essais en perfectionnements il est arrivé à faire des extraits secs concentrés qui sont beaucoup plus faciles à transporter et oi!i la proportion de tannin s'élève de 35 à 46 et jusqu'à 50 pour 100. L'économie de temps est encore à noter dans une industrie où la lenteur semble la garantie d'une bonne fabricalion. Ainsi une peau de vache lissée, qui exigeait environ dix mois pour sa préparation, n^en coûte plus que cinq et demi ou six avec le nouvel extrait.

On sait que l'amadou se tire de l'agaric ou champignon du chêne; du reste, ce champignon croît également sur le hêtre, le tilleul, le bouleau et beaucoup d'autres arbres; il est commun dans toutes les forêts de l'Europe. Pour préparer l'amadou, il suffit d'enlever toute l'écorce extérieure du champignon et de faire bouillir la partie intérieure, qui est molle et fibreuse, avec une lessive de cendres; on la fait sécher, on la réduit en plaque en la

battant avec un marteau et on la met bouillir de nouveau dans une solution de nitre. On s'en servait beaucoup autrefois en chirurgie sous le nom d'agaric pour arrêter les hémorragies; aujourd'hui il se consomme surtout parmi les fumeurs. L'unique spécimen exposé par l'Espagne provient de la province de Soria.

Madame la duchesse veuve de Medina-Celi, continuant l'œuvre de son mari, est à peu près seule avec la municipalité de Gazorla (Jaen) à exposer les produits résineux de ses immenses bois de pins ; il est vrai que cette exposition est assez complète pour tenir lieu de toutes les autres. La résine s'obtient encore par les procédés les plus simples et les plus primitifs. Quand l'arbre {pi'nus maritimay si'lvestrù) est arrivé à un développement suffisant, vers la vingtième année environ, on fait sur son tronc une entaille assez profonde d'un pied de haut sur quatre pouces de large ; c'est par cette entaille que sort la résine qui vient s'amonceler dans un petit réservoir ménagé tout exprès au bas du tronc. Chaque année on augmente l'étendue de cette entaille, mais seulement en hauteur, et quand elle a atteint près de deux mètres, on en fait une seconde toute parallèle, puis une troisième. La recolle de la résine commence en général au mois de mars et se prolonge jusqu'en septembre. Elle est employée dans les arts et la thérapeutique ; mais la plus grande partie est soumise à la distillation et fournit l'essence de té-

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rébenthine. Celle-ci qui fait environ le quart du poids delà matière résineuse extraite du pin, a Todeur, la saveur et les propriétés delà résine, mais à un degré beaucoup plus fort. On s'en sert surtout dans la peinture et dans les vernis qui sèchent rapidement. Le résidu de la distillation de la résine porte le nom de colophane. On le coule bouillant dans des baquets où il se prend en masses solides par le refroidissement. C'est une matière d'un brun clair, à cassure vitreuse ; elle est employée dans la confection de certains médicaments externes et la fabrication des vernis communs; on en frotte l'archet des instruments afin qu'il ne glisse pas sur les cordes, ce qui s'opposerait à leur vibration.

L'Espagne, le berceau des mérinos, après avoir été pendant des siècles le seul possesseur de celle race précieuse et par conséquent le seul possesseur de laines fines, s'est vue, non-seulement privée de son fructueux monopole, mais encore grandement dislancée. On en a conclu, peut-être à tort, que l'Espagne a laissé dégénérer ses mérinos. Que depuis la suppression, d'ailleurs avantageuse au pays, des privilèges les plus exorbitants de la Mesta, quelques propriétaires aient réduit leurs troupeaux, qu'ils leur aient accordé un peu moins de soins, c'est possible et même probable^ mais de là à une décadence, il y a loin. Nous avons toutes raisons de croire que les mérinos exportés d'Espagne au siècle

dernier et dont la descendance est devenue TElectoral en Saxe, le Rambouillet aux environs de Paris, avaient une grande ressemblance avec les beaux Léonais, Ségoviens et Sorians d'aujourd'hui. L'Espagne n'a donc pas précisément reculé, elle est restée stationnaire tandis que les pays en question marchaient en avant.

Les laines fines d'Espagne sont remarquablement fortes et résistantes, mais on leur reproche comme à celles de la Beauce et du Midi d'être dures. Nous nous bornons à répéter ici les termes du Rapport du jury international sur F Exposition universelle de 1867. « La laine fine, dit l'auteur, est un produit de l'art qui disparaît promptement lorsqu'il est soumis à l'influence exclusive des circonstances naturelles. Si l'Espagne qui tient, comme on le fait au Cap et en Australie, une grande partie do ses troupeaux sans abris, a pu néanmoins leur conserver une certaine finesse, on ne doit l'attribuer qu'à la transhumance qui fait profiter les animaux de la douceur des hivers des plaines et de la fraîcheur des étés des montagnes. Cette finesse d'ailleurs est toute relative et inférieure à celle des laines fines et surfines de France et d'Allemagne.

» 11 faut savoir que les pays qui ont fait dans ces derniers temps une si rude concurrence aux producteurs de laines fines de France et d'Allemagne, l'Australie, le Cap, la Plala, et môme la Russie méridionale, n'ont pu jusqu'à présent conserver le raéri-

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nos fin sans qu'il dégénère. Cette dégénéralion vient parfois du climat, mais le plus souvent du régime auquel sont soumis les troupeaux. Ainsi en Australie, au Gap, à la Plata, le climat, sauf dans les parties nord où régnent eh été des chaleurs intenses, est aussi favorable que possible aux mérinos, mais les troupeaux y sont tenus dehors toute Tannée, nuit et jour, et ils ne vivent que de ce que le sol produit spontanément. Ils restent donc exposés aux alternatives de chaud et de froid, de sécheresse et d'humidité, de pénurie et d'abondance qui résultent du climat. Si ce genre de vie ne nuit pas autrement aux animaux, il est certain que la laine fine s'en trouve fort mal. On a remarqué en France et en Allemagne que le « parcj», qui cependant ne s'effectue que dans la belle saison, exerce une action défavorable sur la laine fine ; aussi a-t-on renoncé à cette pratique partout où la finesse a une grande importance,

» Les laines surfines sont, comme les laines fines, produites par des animaux de la race espagnole; mais de la race si complètement transformée par Tart (sélection, stabulation prolongée, nourriture spéciale) qu'elle ne peut môme pas s'acclimater dans son pays d'ongine ou du moins s'accommoder du régime auquel on y soumet les troupeaux. »

Les laines espagnoles sont en nombre à l'Exposition, les unes brutes, les autres lavées, peignées. L'œil du connaisseur va tout d'abord aux belles toi-

sons mérinos de madame la comtesse de Bornes (Léon), de M. Benito (A^ila), de M. Gomez (Cacerès), de MM. Hernandez et Sanchon (Salamanque^. Sans doute, ces laines pour la plupart sont inférieures aux meilleures; mais, outre les circonstances politiques et morales qui depuis de longues années n'ont guère été favorables au développement de l'agriculture dans le pays, il faut tenir compte du régime, qui est la vie en plein air avec la transhumance. Or, nous l'avons dit, ce régime peut se concilier sous un climat propice avec une finesse moyenne, jamais avec une finesse supérieure; celle-ci exige impérieusement la bergerie et la nourriture au dedans pendant toute la mauvaise saison.

Outre les mérinos, il y a dans ce pays beaucoup de moutons communs à laine blanche et noire, la plupart à demeure; Teruel, Ciudad-Réal, Albacète, lluelva, etc., en ont présenté de nombreux échantillons; ces laines servent presque en entier à la consommation intérieure. Quoique d'intérêt secondaire, on cherche à les améliorer soit au moyen de croisement avec les mérinos, soit par la sélection.

Les lins et les chanvres d'Espagne, sauf quelques rares exceptions, pèchent tous plus ou moins par le défaut de longueur et tine mauvaise préparation; mais ceux du midi sont, dit-on, plus fins et d'un meilleur usage que les produits similaires des régions septentrionales. Ils sont exposés à Télat brut

OU bien encore espadés, râtelés, peignés, broyés. Le chanvre est bien plus cultivé que le lin ; la province d'Albacète en produit beaucoup, comme aussi les territoires de Terucl, de Lérida et de Logrono; les Asturies et la Galice s'en occupent avec succès. C'est encore en Galice et dans le royaume de Léon que la culture du lin est le plus avancée et le plus prospère. La société d'agriculture de Castellon (Valence) a mis en montre des filaments, des cordes et môme des tissus d'ortie textile ; il faut convenir que ces étoiles sont des plus grossières et bonnes tout au plus à faire des sacs à terre pour l'artillerie en campagne. Enfin les îles Philippines arrivent avec leur abaca, sorte de chanvre du pays, de couleur noire, dont on fabrique des câbles énormes. Quant au coton, la seule trace de culture qu'on en trouve encore en Espagne serait à Motril, petit port des environs de Grenade, autrefois bien connu, qui en produit un million de kilogrammes environ dont la majeure partie se file dans un établissement de Malaga; Iviza en récolte aussi quelques ballots qui sont vendus aux filatures de Barcelone.

Les mûriers sont très-multipliés en Espagne, on en trouve presque partout; les royaumes de Grenade, de Murcie et de Valence sont les parties qui en ont le plus; ceux de Grenade sont noirs; ceux de Valence et de Murcie sont blancs et on les émonde tous les deux ans. Ces arbres étaient autrefois d'un

revenu précieux avant que la maladie des vers à soie ne fût venue le réduire considérablement, là-bas comme chez nous. Toutefois TEspagne a pu montrer des échantillons plus ou moins parfaits de ses vieilles races, généralement préférables aux races asiatiques proprement dites; ainsi les beaux cocons exposés par M. Lopez Florez d'Espinardo (Murcie) et par la compagnie anonyme du Canal d*Urgel (Barcelone) dont la production annuelle atteint 300 kilogrammes; quelques essais se poursuivent aussi avec succès dans les provinces de Léon et de Salamânque. Les cocons indigènes profitent naturellement de rélévation des prix, mais la petite quantité qu'on en obtient et le haut prix de la graine réduisent à peu de chose les bénéfices de l'éducateur. La vitrine de deux exposants murciens contient du crin de Florence fait avec l'intestin du ver à soie et qui sert pour les instruments de pêche à attacher l'hameçon. . .

Quand, vers 1860, en présence des maladies qui frappaient si cruellement le ver à soie du mûrier, les savants européens se mirent à chercher une espèce analogue qui pût tenir lieu du ver attaqué, celle qui fixa le plus l'attention fut VAttacus Yamamai\ originaire du Japon , et dont on s'était, non sans peine, procuré quelques graines. On sait, en effet, qu'au Japon il était interdit sous peine de mort d'exporter la moindre graine du précieux insecte. Cette acquisition fut dès lors jugée si impor-

tante que le digne président de la société d'acclimatation de Paris, M. Drouyn de Lbuys, fonda un grand prix (médaille d'or de 1,000 francs), à adjuger en i880, pour celui qui parviendrait à élever en une seule campagne 100 kilogrammes de cocons pleins ou 10 de cocons vides de l'Yama-maï. Celte gloire était réservée à un Espagnol.

En f871, M. de Riscal eut l'idée de se livrer à des essais de sériculture avec TYama-maï dans ses immenses propriétés de los Guadalupes. La campagne fut commencée avec 25 grammes de graines apportés de France; les vers, nés vers le 20 mars, moururent tous ; on fit venir 10 grammes de plus et cette [ois les vers, nés vers le 15 avril, prospérèrent d'abord ; cependant la mortalité dans le cours de la saison, mortalité causée par les rats, les oiseaux et la chaleur, arriva en somme à 95 0/0. Les accouplements des rares papillons survivants fournirent la graine employée dans la campagne suivante; depuis lors du reste il n'en a plus été demandé au dehors.

M.Lebègue, ancien élève de Grignon, avait dirigé l'éducation cette première année et les mesures indiquées par lui dès le principe n'ont subi presque aucun changement. L'éclosion a lieu dans une chambre; au bout de peu de jours, les chenilles sont placées sur les arbres d'un taillis de chênes tauzins; bien que ce ver porte spécialement le nom de chêne du Japon, il s'accommode, comme aussi le ver du chêne de Chine, de toutes les variétés de

iG.

chênes naturelles à nos climats; — Téducation se continue complètement en plein air et avec trèspeu de précautions, même pour défendre les vers contre leurs ennemis. Le taillis est préalablement nettoyë des mauvaises herbes , et Ton y fait couler dans des rigoles Teau prise à un ruisseau voisin, laquelle sert à arroser les chenilles au moyen d'une pompe à main sous forme de pluie.

En 1872, oh l'éducation resta confiée à un chasseur du pays qui avait aidé M. Lebègue l'année précédente, la mortalité se réduisit à 87 pour 100; en 1873 elle tombe à 42 ; en 1874 l'éclosion des larves se prolonge du 1®' au 30 avril : en dépit d'un printemps remarquablement froid, pluvieux et agité, bientôt suivi de chaleurs ardentes, la mortalité n'est plus que de 39 pour 100. Outre les cocons gardés pour échantillons, on ne recueille pas moins de 880 grammes de graine à 153 œufs par gramme en moyenne.

En présence de pareils résultats exposés tout au long dans un mémoire adressé à la société d'acclimatation de Paris, par M. G. d'Amézaga, fils du marquis de Riscal, qui s'était particulièrement occupé de l'entreprise, la société reconnaissant que « ces essais dépassaient déjà les proportions d'une simple expérience » crut devoir accorder dès ce moment aux heureux propriétaires une de ses grandes médailles d'argent (Récompense hors classe).

Jusqu'alors l'élève des vers avait suivi une marche

progressive ; on était donc en droit d'espérer de meilleurs résultats encore dans la nouvelle campagne de 1875 ; ce fut le contraire qui arriva. Les vers qui naquirent pendant le mois d'avril se développèrent assez bien et traversèrent rapidement les différentes phases de leur existence, mais en arrivant à la dernière période, ils succombèrent sous les coups d'ennemis nombreux et l'influence d'un^ô chaleur intolérable. Môme à l'air libre, système d'élevage reconnu le meilleur, la mortalité était retombée à 72 pour 100.

Loin de se décourager, M. de Riscal décide de redoubler de soins et d'efforts : pour obtenir de bonne semence, on recueillera les papillons les plus forts; pour abréger l'élevage et éviter les dernières chaleurs, on essaiera que les vers naissent en môme temps, retardant leur naissance jusqu'à l'instant précis et l'accélérant dès qu'elle aura commencé. Ainsi fut fait en 1876; la graine, conservée durant l'hiver dans la ville de Guadalupe, est apportée sur la propriété le 1" avril; les naissances commencent dès le 10. La perte n'est plus que de 69 pour 100, malgré les sauterelles, et on recueille 632 grammes de graine. En 1877 enfin, grâce à une température constamment favorable, 553 grammes de graine donnent 36,077 vers qui, à leur tour, donnent 25,560 cocons pesant 127 kilogrammes 800 grammes. La mortalité n'a pas dépassé 29 pour 100.

En rendant compte à la société d'acclimatation

de ces magnifiques résultats, M. d'Amézaga écrivait avec un légitime orgueil : « On peut désormais considérer TYama-maï comme acclimaté. Ce ver est parfaitement rustique. Ce dont il a besoin, c'est d'un climat humide, car il n'est pas possible d'arroser avec une pompe à main, quand il s'agit d'un élevage sur grande échelle.

)) Deux causes paraissent avoir entravé jusqu'ici le développement de cette industrie agricole : 1° La forme fatalement scientifique des premières observations publiées. 2° Les doutes sur la qualité de la soie et par conséquent sur la facilité de la vente.

)) Pour accroître le nombre de ceux qui se consacrent à l'élevage du nouvel Attacus, il fallait montrer là pratique, sans profession de science, viclorieuse de tous les obstacles. C'est là ce qu'on a fait. On n'a pris aucune précaution coûteuse avant la naissance des vers que l'on retarde à volonté en gardant la graine en un endroit sec et frais. La naissance a lieu dans la maison ou sous uae tente de campagne; au dixième jour au plus tard, l'air libre avec ses risques et ses intempéries. Les vers triomphent par le nombre.

)) Mais tout cela serait peine perdoe, si les cocons se vendaient mal; malgré quelques données satisfaisantes fournies par M. Personnat, dans le bulletin môme de la société se trouvent des appréciations fort contradictoires. Il est nécessaire d'en finir avec ces doutes et de résoudre une bonne fois la (]ucs-

lion pour ne pas nourrir d'espérances trompeuses. L'Exposition qui ouvre à Paris, au mois de mai, peut réclaircir; probablement elle sera plus complète que l'Exposition de Vienne, et déjà dans celle-ci il était facile de se rendre compte de ce que vaut la soie de TYama-maï et celle du Pernyi (ver à soie du chêne de Chine). En examinant les étoffes oîi elles sont employées seules ou mêlées, les fabricants jugeront si elles peuvent s'appliquer en effet à des tissus analogues ou si elles fourniront simplement de la bonne soie à coudre. L'opinion des jurés, qui devra se donner à connaître au public, décidera de l'avenir de TYama-maï en Europe. Madrid, 28 janvier, 1878. »

Une double vitrine, installée dans la salle Y au nom de M. de Riscal, contient 25,000 cocons vides de l'Yama-maï et 400 cocons pleins : on y voit en outre une lithographie en couleur représentant le ver sur la feuille du chêne tauzin et le double papillon, mâle et femelle, le premier jaune, le second gris foncé. Les cocons sont eux-mêmes d'une teinte verte assez prononcée, provenant des feuilles du chêne, qui surprend un peu au premier abord, mais qui ne saurait être un obstacle à la teinture de la soie en toutes nuances, car elle disparaît au décreusage. Du reste, la soie de l'Yama-maï, autant qu'on en peut juger en l'éfilant à là main, est de beaucoup plus fine et plus souple que celle de son congénère, le Pernyi.

2«t$ L.'ESPAGNE

En résumé, nous croyons avec M. d'Amézaga que Tavcnir de cette industrie est assuré en Espagne, pourvu du moins que le commerce recherche la soie des vers du chêne et qu'elle ait par conséquent un débouché facile. En effet, il s'agit d'un produit de grande valeur sous un petit poids. Nous ne pouvons que nous associer de tout cœur aux vœux de M. d'Amézaga pour que le jury de l'Exposition fasse enfin les essais qui doivent fixer définitivement la valeur de ces soies d'un nouveau genre.

En attendant, à sa séance solennelle tenue le 15 juin dernier dans la salle du théâtre du Vaudeville, la société d'acclimatation a décerné à M. C. d'Amézaga, deux ans avant l'époque fixée, la grande médaille d'or pour son éducation en grand de l'Attacus Yama-maï.

Un autre exposant espagnol, M. Ferez de Nueros (Barcelone), mérite aussi de grands éloges pour avoir réussi à acclimater VAttacus Pemyi; dès le premier essai en 1877, il a obtenu dans la province de Guipuzcoa 30,000 cocons au printemps et 70,000 à l'automne, car cette espèce fournit deux récoltes par an. Les cocons sont très-épais et les fils unis par une sorle de gomme qui ne se dissout que dans un bain bouillant de potasse, ce qui rend le dévidage difficile : la soie en est grise, terne, un peu grossière; les étoffes tissues avec cette soie et soumises par M. de Nueros

à l'appréciation du jury semblent très-solides, quoique sans brillant, et se rapprochent de la toile. A la

vérité c'est la chrysalide et non pas Tœuf qui passe l'hiver, en sorte qu'il faut des soins minutieux pour conserver une nombreuse récolte et donner à Tinsecte l'aération nécessaire.

fion nombre des provinces d'Espagne, Lugo, Logrono, Cacerës, Soria, Salamanquo^ Huelva, Albacète, produisent du miel en certaine quantité, mais les montagnes de Cuenca dans la Nouvelle-Gastille sont la contrée qui en récolte le plus. Celui qu'on recueille sur les montagnes au nord-est d'Âlicante, entre cette ville et Ibi, dans le royaume de Valence, est, dit-on, le plus délicat et le plus estimé : il n'y en a point d'exposé. Nous avons beaucoup remarqué la cire blanche en feuille et la cire jaune en pain de M. Ferez, de Talevera de la Reyna; la cire blanche est fondue directement au feu sans l'emploi d'aucun chlorure décolorant, la cire jaune se recommande par sa beauté, sa pureté et sa consistance. Les cires en pains et en grumeaux de M. Sanlillana (Gacerès) sont également de première qualité.

Parmi les régions qui paraissent les plus propres à la production naturelle des tabacs les plus parfumés, tout le'monde sait que Cuba occupe une place hors ligne; ce n'est guère qu'en Orient qu'il existe un tabac qui puisse pour quelques usages ôtre mis en balance avec celui qui a poussé dans la terre et sous le ciel de prédilection de Cuba.

Il y a à la Havane des crûs renommés pour le tabac, comme il y a en Bourgogne et dans le Bordelais des CI ûs renommés pour le vin. C'est dans le département occidental que se trouvent les plantations les plus belles et les plus estimées, notamment celles de laVuelta-Abajo, de las Partidas et de la Vuelta-Arriba. La Vuelta-Abajo est de beaucoup la plus renommée; sa production est de 4 millions de balles pesant 50 kilog. chacune, soit en tout 20 millions de kilog. Le prix est de 25 à 30 piastres (270 à 324 fr.) les 100 kilog. pour la tripa — intérieur des cigares — et de 160 à 200 piastres (1,728 à 2,160 fr.) pour la capa — robe ou feuille enveloppant les cigares. — Par exception, une balle de capes des premiers crûs peut atteindre des prix de fantaisie de 300 et môme 350 piastres (3,240 et 3,790 fr.) les 100 kilog. Dans le département du eentre, on trouve le tabac de Puerto-Principe; la production n'est pas considérable. Elle est plus grande dans le département occidental où sont récoltés les tabacs de Tierra de Adentro, Remedios, etc., principalement dans le district de la Ensuada. Ces tabacs sont surtout exportés en vrague pour l'Allemagne, et pour la régie espagnole en manoques {manojos; poignées). Le prix moyen de la balle est de 12 piastres, soit environ 140 fr. les 100 kilog. La fabrication et la culture du tabacsont complètement libresàCuba.Laproduction totale de l'île s'élève maintenant à 35 millions de kilog. environ, le dixième de la consommation

du raonde entier; elle n'était que de 20 millions en i852. C'est nnc immense richesse. La valeur de la récolle est d'an moins 60 millions de francs ; elle e^t plus que doublée si Ton met en compte les salaires des ouvriers employés à la confection des cigares qui constituent le principal produit des manufactures de Cuba. Presque partout ce sont les noirs qui travaillent; les ouvriers blancs passent pour plus habiles, mais leurs salaires sont trës-élevés. On estime à 600 millions de cigares la consommation intérieure de Cuba et à 500 l'exportalion annuelle.

Les marques les plus célèbres de la Havane figurent à rExposition ; MM. Francisco Ferez del Rio, de Bancès, Miguel Jane et C**, José Gencr et Balet, Julian Alvarez, Ramon Alloues^ Anselmo del Yalie et beaucoup d'autres ont envoyé les échantillons les plus variés ; on y voit, par exemple, les cigares forts et les cigares doux, les cigares devant durer deux heures et les cigares qui doivent être consumés en quelques minutes, les cigares dont le prix s'élève h 2 francs, les impôts non compris, et des cigares de quelques centimes. Tous, on peut le dire^ sont d'excellenle qualité pour la nature de la feuille et le genre de fabrication. Pourtant, s'il nous fallait faire un choix, c'est aux produits de M. Juan Romero que nous donnerions la préférence. Seul et unique propriétaire des vastes domaines « Cayos de San- Felipe, » que baigne cl fertilise la rivière du môme

nom^ il tire de ses plantations, la feuille reconnue la meilleure de toute la Vuelta-Abajo autant pour la finesse et la suavité de son goût que pour son arôme vraiment extraordinaire.

Les planteurs de Puerto-Rico, ♦la régie de Manille, la fabrique royale de Madrid, ont également montré des tabacs d'une réelle valeur par le goût et la bonne fabrication ; mais tout s'efface devant la réelle supériorité de la Havane. La régie d'Espagne qui a sa principale fabrique à Séville rapporte à l'Etat une trentaine de millions par an.

Deux mots sur la réglisse, ce médicament populaire, aimé de notre enfance. Cette plante croît dans les régions de l'Europe méridionale; on n'en utilise que la racine qui est longue, cylindrique, de la grosseur du doigt, très-douce et trèssucrée, surtout quand elle est fraîchement coupée. Quant à l'extrait sec, connu sous le nom de suc ou jus de réglisse, c'est dans de grandes chaudières de cuivre qu'on le prépare, en faisant bouillir la racine dans Teau et évaporer la décoction jusqu'à consistance d'extrait. On le roule ensuite en bâtons que l'on enveloppe généralement de feuilles de laurier. Presque tout le suc de réglisse qu'on emploie en France se fabrique en Espagne. Dans cet état il est toujours un peu impur; on le purifie en le faisant dissoudre et évaporer de nouveau avant de s'en servir. Très-souvent on l'aromatise avec de l'essence

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d'auis. Séville, Tortosa, Lerida s'occupent surlout de celte fabrication.

Le safran est une petite plante à racines bulbeuses, dont les fleurs d'un violet clair, portées sur de courtes hampes, paraissent en septembre et en octobre, un peu avant les feuilles. Il lui faut un terrain léger, bien ameubli surtout. Comme les fleurs se succèdent pendant trois semaines ou un mois, on va tous les jours les cueillir; on les rapporte à la maison où des femmes et des enfants en séparent les stigmates — la seule partie utilisable — que l'on met sécher sur des tamis de crin suspendus au-dessus d'un feu doux. Cinq livres de stigmates frais se réduisent par cette opération à une livre environ ; ils sont bons alors à livrer au commerce.

Le safran ainsi préparé est d'un jaune rougeâtre, il a une odeur forte et pourtant assez agréable ; les Romains préparaient, en le faisant infuser dans le vin, une liqueur qui leur servait à parfumer leurs théâtres. Le safran entre dans plusieurs préparations pharmaceutiques^ le laudanum, par exemple. En fait d'usage économique, il fournit une teinture jaune peu solide et un assaisonnement pour la cuisine; en Italie, en Espagne et dans le midi de la France, on en met dans les soupes et dans les ragoûts; il sert plus généralement encore pour donner de la couleur aux gâteaux, aux liqueurs de table, au vermicelle et autres pâtes de farine.

Le cumin se cultive à cause de ses fruits, impro-

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prement appelés graines, qui ont une saveur aromatique assez agréable; on les recueille vers la (in du nnois de mai : les Allemands en mettent dans leur pain et les Hollandais dans leurs fromages, on en fait aussi de la liqueur. Leurs propriétés médicales sont absolument les mêmes que celles de Tanis, du fenouil et autres stimulants du même genre.

L'oranger occupe avec l'olivier le premier rang parmi les arbres à fruits de l'Espagne ; c'est l'arbre type de la province de Valence; partout, dans les jardins, dans les vergers, dans les champs, il déploie son magnifique feuillage, ses immenses buissons. C'est principalement pendant le mois d'avril et de mai qu'il faut visiter les beaux naranjales de Carthag^ne et d'Alcira. Alors les orangers qui conservent encore une partie de leurs fruits sont en même temps couverts de fleurs. « On ne peut se faire une idée, dit un voyageur, de l'intensité du parfum que répandent les orangers; c'est surtout pendant les soirées tièdes qu'il se fait sentir avec le plus de force et à des distances vraiment incroyables. Les fleurs sont tellement abondantes que lorsqu'un vent un peu fort les a fait tomber, elles couvrent la terre d'une épaisse couche blanche semblable à de la neige. On les recueille sur de grands draps de toile, et elles représentent encore un produit assez important, car chaque oranger fournit en moyenne de 12 à 15 kilog. de fleurs, n

Un exposant de Lugo présente des cantharides, appelées aussi a mouches d'Espagne, h On connaît cet insecte d'un beau vert doré, brillant, à l'odeur bi particulière et dont le corps renferme un principe vésicant extrêmement actif; aussi la récolte exiget-elle certaines précautions. Les cantbaride^ se moutrent vers les mois de mai et de juin et presque toujours en grand nombre sur les frênes, les lilas et les troènes dont elles dévorent les feuilles; il n'y a qu'à secouer les branches pour les faire tomber, mais en ayant soin de mettre des gants afin d'éviter tout contact; les insectes, recueillis sur des draps, sont ensuite rassemblés dans une toile assez claire et trempés à plusieurs reprises dans un mélange d'eau et de vinaigre qui lea tue; alors il ne s>'agit plus qi.e de les faire sécher et de les placer dans des vases exactement fermés à l'abri de l'humidité.

La province des Canaries est la seule qui ait exposé des cochenilles, bien que cette industrie soit aussi répandue aux environs de Valence. L'histoire de ces insectes a été longtemps inconnue et on a cru d'abord que la cochenille employée dans le commerce était une graine. Cultivée par les Mexicains bien avant la conquête de leur pays, elle vient sur les nopals ou cactus épineux qui servent dans les pays chauds à clôturer les champs et les jardins. Le mâle est petit, très-agile, à peine aussi gros qu'un cousin ; il a deux ailes, et comme il ne vit que pour la fécondation, il n'a point de bec. La femelle est

sans ailes, une fois plus grosse que le mâle et d'une couleur brun foncé avec le corps loui couvert d'une poussière blanche, très-fugace ; elle a un petit bec court, en forme de suçoir, avec lequel elle pompe la sève des feuilles et des jeunes pousses du nopal. On détache prudemment les femelles de la plante au moment où elles viennent de pondre^ puis on les fait périr en employant les plaques de fer chaulfées, le four chaud, et de préférence l'eau bouillante. C'est d'elles que l'on tire la belle teinture écarlate et le carmin si généralement employé dans les arts et dans la peinture.

La culture de la garance a bien déchu, comme on sait, au grand détriment des pays producteurs, depuis que la chimie moderne, exploitant les huiles essentielles de la houille, a su trouver, entre autres choses, l'équivalent économique du principe colorant qu'on en relirait. Pourtant TEspagne n'a pas encore renoncé à cette industrie, ainsi que l'attestent plusieurs paquets de racines exposés. En effet, la racine est la seule partie qu'on utilise dans la piaule; bêche et telle que le commerce nous la livre, delà grosseur d'un porte-plume à peu près, elle est recouverte d'un épiderme d'un brun rougeâtre qui s'enlève assez facilement; son écorcequi a environ une demi-ligne d'épaisseur est d'un rouge trèsinlen^e ainsi que la moelle qui occupe le centre de la racine. C'est de l'écorce et de la moelle qu'on re-

tire la belle teinte que nous connaissons. Tout le monde se rappelle les curieuses expériences scientifiques sur la coloration des os auxquelles la garance a donné lieu à plusieurs reprises.

Nul pays n'est riche autant que l'Espagne en eaux minérales de toute nature : alcalines^ sulfureuses, ferrugineuses, arsenicales, salines^ gazeuses, etc. ; la preuve en est dans ces noms caractéristiques qu'on retrouve à tout moment sur sa carte : fuen ou trente qui désigne une source, /as Caldas qui signifie des eaux chaudes, Alkama qui, en arabe, veut dire les bains. Aussi faudrait-il quelqu'un du métier pour parler eu connaissance de cause de toutes ces eaux renfermées dans des bouteilles aux formes bizarres^ aux étiquettes élogieuses et scientifiques. Je me bornerai, pour ma part, à citer les établissements thermaux les plus renommés et ceux dont l'installation est assez complète pour offrir au visiteur toutes les garanties de confort et de propreté nécessaires. En Navarre, Fitero et Betelu; en Guipuzcoa, Cestona, et Arechavaleta ; en A lava, Nauclatès de la Oca; dans la province de Logroiio, Grabalos. Les eaux thermales de Lu go sont trèsfréquentées comme aussi celles de Vérin (Orense) où se rendent beaucoup de malades du Portugal. Les ^wr^as ou sources d'Orense, au nombre de trois, à 25 mètres Tune de l'autre, ont une grande analogie avec celles de Carlsbad par leur chaleur — al-

lant de 66 à 68 degrés centigrades, — par leur abondance et eu partie par leur composition. A Alceda (Santander), rétablissement est très-considérable et la source a un débit de plus de quatre millions et demi de litres par 24 heures. Le^ eaux chaudes de Besa}a, dans la même province, sont très-efficaces contre les rhumatismes et les paralysies. A Caldas de Oviedo, l'azote qui se dégage au-dessus des sources est employé avec succès en inhalations contre beaucoup d'affections chroniques de l'appareil respiratoire; à Caldas de Monbuy (Catalogne), les eaux jaillissent avec une abondance telle qu'elles peuvent fournir par jour plus de 300 bains et servir en outre, comme les Caldas d'Oviedo, à de nombreux usages domestiques; elles jaillissent d'un sol granitique, au centre même de la ville, et sont conduites par des canaux dans les établissements de bains ; ces établissenieut.<, au nombre d'une douzaine, reçoU vent, année moyenne, 3,000 voyageurs. La Puda, sur les bords du Llobregat, emprunte sou nom peu flatteur à la forte odeur sulfureuse qui se dégage de ses eaux; on les transporte en grande quantité à Harceione et dans toute la Catalogne. Loechcs, (Madrid), bourg de mille habitants, fut autrefois la résidence favorite du célèbre comte-duc Olivarez, premier ministre de Philippe IV; à cette époque les hauts personnages de la cour d'Espagne allaient prendre les eaux à Loeche^; sa source est tout spécialement réputée pour les affections herpétiques.

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Dans la province de Guadalajara, on trouve Sacédon qui doit surtout son développement à Ferdinand YII, puis les bains de Trillo, nommés aussi de Charles 111, où l'on compte jusqu'à neuf sources fournissant par heure plus de 30,000 litres d'eau. Enfin des trois villes d'Alhama, la première^ celle d'Aragon^ depuis longtemps fameuse, possède deux établissements; la seconde, celle de Grenade, embellie par les Arabes, reçut un temps près de 12,000 visiteurs, aujourd'hui réduits à 1,200; la troisième est celle de Murcie où les eaux sont recueillies dans des salles souterraines et voûtées, de construction fort ancienne, qu'on attribue aux Romains.

L'Espagne tire de grandes quantités de sel tant de ses sources et de ses lacs salés que du sein même de la terre. La mine la plus considérable est assurément la fameuse u montagne de sel », à un quart d'heure de la ville de Gardona (Catalogne). C'est une roche énorme de sel gemme, haute de plus de 80 mètres et de 5 kilomètres de tour^ descendant sous le sol à une profondeur qu'on n'a pas pu apprécier. Elle s'élève sans fentes ni crevasses, au bord delà rivière du Cardoner du côlé de laquelle elle est coupée presque perpendiculairment. Le sel qui la forme est très-blanc dans presque toutes ses parties, mais on en trouve aussi de diversement nuancé, suivant les corps étrangers qu'il renferme. Les pluies ne paraissent pas réduire cette énorme masse^ non plus

que le travail incessant des mines. Il existe, dans rintérieur, des cavités profondes qu'on va visiter et dont les slaiactites produisent un effet merveilleux à la lumière des torches. La rivière est salée dans tout le trajet qu'elle fait autour de la roche, et cet ell'ct est plus sensible en temps de pluie. L'industrie locale tire parti de la consistance et de la transpa* rence de ce sel pour fabriquer une foule d'objels de fantaisie, des fruits, des miroirs, des flambeaux, des statuettes, des croix, etc.

L'exploitation de la mine de Cardona qui se fait au nom et pour le compte de madame la duchesse veuve de Medina-Celi peut être regardée comme sans rivale. Parmi les nombreux échantillons exposés, à côté de sel très-pur, nous avons remarqué surtout une série de blocs taillés à pans égaux et qui, chacun de couleur différente, bleu, brun, rose, orangé, violet, font à distance l'effet d'une mosaïque de marbres. Les sels de Minganilla (Nouvelle-Castille) sont également très-connus. La visite de cette mine et de ses magnifiques galeries n'exige, dit-on, pas moins de trois heures; à 40 mètres sous terre se trouvent une cinquantaine de rues soutenues par d'énormes piliers, dirigées dans divers sens, hautes de 10 mètres, larges de 15, taillées en plein dans le banc'et longues quelques-unes de près d'un kilomètre. Le sel qu'on en extrait est dur comme le cristal, on le casse à coups de hache ; il est extrêmement pur et renferme seulement par endroits

quelques rares parcelles de cuivre. La mine semble inépuisable; aucune galerie n'a atteint encore Textrémité du gisement* On recueille aussi du sel à Medina-Celi (Soria) où coule une abondante source salée dont l'exploitation occupe tout un quartier de la ville; à Salinas de Lenis (Guipuzcoa), petit bourg qui a tiré son nom d'une source de môme naiture considérée comme la plus riche et la plus pure qui soit en Espagne. La province de Jaen possède, outre une grande quantité de salines, des gisements de sel gemme dont le plus important est celui de « Don Beuito » sur la route de Baeza; la Navarre également : à Yaltierra, l'intérieur de. la mine, distribué en galeries soutenues par de solides piliers de sel et de gypse, ressemble à une église gothique. Enfin la province d'Albacète expose trois énormes blocs de sel Calhartique emmagasinés depuis 1808, et qui sont encore dans un parfait état de conservation. N'oublions pas non plus les sels marins qu'on recueille par évaporation de l'eau de mer sur divers endroits du littoral méditerranéen, à Cadiz, à Huelva, aux Baléares, et qui font une branche importante du commerce de ces contrées.

Les connaisseurs signalent en Espagne un progrès notable dans l'industrie des bougies stéariques. La grandecompagnie madrilène, M. Rendueles de Gigon, dont la production annuelle s'élève à 60,000 kilogrammes, et d'autres fabricants, sont en mesure d'à-

llmenter de bougies bien faites à un prix avantageux les marchés qui les entourent; nous avons regretté l'abstention des producteurs de Saint-Sébastien dont aucun n'a pris part au concours. M. Fajardo, de Malaga, expose, avec des bougies, de belles plaques de stéarine. Un seul échantillon de i chandelles de'Suif : celles de M. llemelgo (Yallado-

lid). Le progrès n'est pas moins sensible dans l'industrie de savons où l'on a presque entièrement I renoncé à l'acide oléique et aux graisses, pour n'em-

I ployer que les alcalis et les huiles pures d'olive.

;. MM. Renau Montesinos de Bejar (Salamanque) et

( ^ Pastor (Guadalajara) sont évidemment à la tête de

cette fabrication, tant par la quantité que par la : qualité de leurs produits. Ces savons sont de toutes

y sortes ; blancs, noirs, colorés, jaspés, en pains, en

';... morceaux; il y en a même à l'hnilede coco et à la

résine ; M. Guerra (Avila) a envoyé des savons de soude. Ce qu'on ne trouve, pour ainsi dire pas, ce sont les articles extrafins dout la France et l'Angleterre semblent tenir le monopole. Les vernis et les couleurs à 1 huile n'ont rien qui attire particulièrement l'attention; signalons pourtant aux éloges le cirage pour chaussures de MM. Grau et Puig de Séville,

Les produits pharmaceutiques ressemblent exactement à tout ce qu^n peut voir dans le même genre chez les autres nations : huile de foie de mo-

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rue; vin de quinquina; sirops d'iodure de fer, de sève de pin maritime, de rave ioduré; pastilles de soufre^ de lichen, de Tolu; extraits de digitale, de gentiane, de belladone; essences de salsepareille, de citron, de café; teinture d'arnica, ergotine, eau de seltz, limonades gazeuses au citron, à l'orange, à la framboise; crème de tartre rouge et blanc, baume acoustique, pommade ophtalmique, élixir pour les dents; toutes les maladies connues peuvent trouver là un adoucissement ou un remède. Quelques produits curieux : des cigarettes d'Eucalyptus, un spécimen d'opium indigène, de l'essence de sauge cueillie, dit le catalogue, sur la Sierra Navada. N'oublions pas le baume de la Croix-Rouge de M. Eusebio Presa (Saragosse), employé avec succès comme cicatrisant par les ambulances de la convention de Genève pendant les dernières guerres civiles d'Espagne et de Cuba, et en Orient par la princesse Isabelle de Roumanie. Un exposant de Manille, M. Tomas Torres, envoie une grande caisse des produits chimiques et pharmaceutiques des Philippines ave cette mention que, l'exposition terminée, la caisse et les produits seront donnés à l'Ecole de pharmacie de Paris. Au nom de nos jeunes étudiants, nous remercions hautement M. Pedro Torres de cette gracieuseté.

Les cuirs d'Espagne ont joui de tout temps d'une

grande répulation ; ceux de Gordoue notamment étaient si estimés que toute peau préparée et teinte prit en Espagne le nom de cordoban, d'où dérive le vieux mot français cordouan qui a été lonlemps synonyme de cuir et dont nous avons fait cordonmer. a Le cordouan, dit M. de Laboi'de, était le cuir fabriqué parles Arabes à Gordoue, et le nom s'étendit à toutes les imitations aussi longlemps que les Arabes eurent une industrie en Espagne ; plus tard on fit venir ces mêmes peaux de la côte de Barbarie et plus particulièrement du Maroc; de ce moment, le cordouan fut appelé maroquin ou maroquin du Levant ; toutes les imitations de ces cuirs, même» ceux d'Espagne^ passèrent dans le commerce sous le nom de maroquin. »

Quant à ces tentures de cuir gaufré, peint et doié, si recherchées encore aujourd'hui pour orner les appartements, et que les amateurs désignent sous le nom générique de cuirs de Cordoue^ bien qu'on en ait fait aussi en France, en Italie et surtout dans les Flandres, il semble, en effet, d'après les documents, que ce soie bien réellement dans cette ville que leur fabrication a pris naissance. Du reste, les Espagnols appellent le cuir doré d'un mot arabe guadamecil et quelquefois aussi brocado à cause de la ressemblance de ses dessins avec ceux du brocart; guadamecil viendrait lui-même de Ghadamès, ville du Sahara algérien, qui dès le xii* siècle était célèbre pour ses cuirs et à laquelle les ^Arabes d'Ës-

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pagne auront emprunté ses meilleurs procédés '.

Quoi qu'il en soit, la fabrication des cuirs était très florissante à Cordoue au xyi*> siècle. Un savant originaire de cette ville, Ambrosio de Morales dit dans sou livre sur les'^a antiquités des cités de l'Espagne : » « Les basanes [peaux de moutons) servent àfaireles guadameciles,qui se travaillentsi bien qu'on ne les égale en aucune partie de l'Espagne et en si grande quantité que Cordoue en approvisionne toute l'Europe et les Indes. Cette fabrication apporte beaucoup de richesse à la ville et donne aussi à ses principales rues un joli aspect. En effet, comme on expose au soleil les cuirs une fois dorés et travaillés et peints et qu'on les fixe à de grandes tables pour les faire sécher, c'est un beau coup d'œil de voir les rues ainsi tapissées avec tant de splendeur et de variété. » Ces cuirs, exportés en France, y étaient connus sous le nom de cuirs dorés, cuirs d'or, cuirs argentés et figurés, ou bien encore d'or basané. Ils sont généralement rehaussés d'ornements d'une grande finesse, imprimés au moyen de petits fers comme sur les anciennes reliures.

A côté des cuirs de Cordoue, on citait au xvii® siècle ceux de Ciudad-Real, de Ciudad-Rodrigo, de Yalladolid, de Séville et de Barcelone. Les cordouans d'Espagne étaient souvent parfumés d'am-

1. Nous empruntons ces détails à Tiotéressante brochure de M. le baron Ch. DaviUier : Notes sur tes cuirs de Cordoue, A. Quaulin, 1878.

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bre, de là Texpression cordobanes de ambar ; on disait aussi guantes de ambar ^ car les gants étaient un des principaux usages auxquels on les employait ; ces gants parfumés et coupés^ c'est-à-dire fendus sur le dos de la main, étaietit fort en vogue en France; la cour d'Espagne en faisait des cadeaux aux princes étrangers. Le cordouan servait encore à garnir des coussins, des chaises et des fauteuils ; il paraît même qu'on en fit des cartes à jouer.

La fabrication du cuir doré dut se ressentir aussi bien en Catalogne qu'à Cordoue du coup porté à beaucoup d'industries d'Espagne par l'expulsion des Morisques. L'Espagne envahie par les étrangers ne travaillait plus ses marchandises ; bientôt le roi dut décider que le cuir même ne sortirait d'Espagne que travaillé sous forme de guadameciles et de gants. Cependant la fabrication du cuir doré, qui sans doute avait cessé depuis longtemps à Cordoue, existait encore à Barcelone vers la fin du siècle dernier ; en 1779, parmi les quatre-vingt-dix corps de métiers de cette ville," figurait celui des guadama^ cileros ; depuis lors elle a disj)aru, et les procédés de cet art perdu n'on^ pas pu encore être retrouvés.

En attendant, les peaux et les cuirs d'Espagne continuent à être fort recherchés même à l'étranger; leur supériorité tient évidemment aux procédés de tannage. On les travaille dans une foule de mégisseries dout quelques-unes très-importantes : ainsi la maison de M. Rivas (Logrono) qui fournil

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chaque année au commerce 50,000 kilogrammes de toutes sortes de peauz^ ainsi encore celle de M. Garcia Maceira et de madame veuve Echevarria (Pontevedra). Il faut voir les basanes blanches pour reliures de M. Lopez (Jaen), les sonats et peaux de chevreaux pour gants de MM. Pou et Âulestia (Teruel), les peaux de buffle, de castor et de chamois de M. Boixeva à Yich (Barcelone). Les graisses et cirages de M. Robira, de Mataro, ont un grand débit dans beaucoup de mégisseries du royaume et de l'étranger. Dans la même classe sont rangées un certain npmbre de ces outres dont les gens du peupie se servent en Espagne pour emporter leurs vins.

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