PREMIERE PARTIE
I. APERÇU GÉNÉRAL DE L'hISTOIRE d'eSPAGNE, II. DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE DU ROYAUME.
DE
L'histoire de l'Espagne peut se diviser en six périodes principales : 1. Domination des Carthaginois et des Romains jusqu'à l'invasion des Barbares ; 2. Domination des Goihs jusqu'à l'invasion des Arabes ; 3. Domination des Arabes jusqu'à la chute des Califes Ommiades ; 4. Progrès de la conquête chrétienne jusqu'à la prise de Grenade ; 5. Princes de la maison d'Autriche; 6. Princes de la maison de Bourbon jusqu'à nos jours.
r^ ÉPOQUE Domination des Carthaginois et des Romains.
On ne sait rien de positif sur les peuples qui pri mitivement habitèrent la Péninsule. Suivatit la tra-
dition, les Ibères, partis probablement du fond de l'Asie, vinrent s'y établir à une époque qu'on ne peut préciser; ils furent suivis par les Celtes, également originaires de l'Orient. Les deux peuples, non sans luttes, se partagèrent le pays qui prit alors le nom de Celtibérie sous lequel il a été longtemps connu. Il semble hors de doute aujourd'hui que la langue parlée par les Basqoes français et espagnols est celle des anciens Ibères, de même que le basbreton passe pour l'antique idiome des Celtes.
Vers le xv* siècle avant Jésus-Christ apparaissent les Phéniciens, les mêmes que l'Ecriture sainte appelle Philistins; peuple actif et intelligent, refoulés par des voisins plus nombreux jusque sur les bords de la Méditerranée, ils avaient, selon l'expression d'Hérodote, adopté la mer pour patrie. Ils s'établirent d'abord dans l'Andalousie où la richesse des mines et tant d'autres avantages les attiraient, et y fondèrent Cadiz; en même temps s'installaient des colonies grecques: Sagonte, Kosas, Emporium. Cependant Carthage, devenue la plus puissante des colonies phéniciennes, avait détrôné la mère-patrie, et par sa position même en face de la péninsule ibérique, devait être tout naturellement tentée de l'adjoindre à ses possessions; Barcelone, Port-IVtahon, Gibraltar, sont des colonies carthaginoises; pourtant ce n'est qu'en 230 avant notre ère qu'Amilcar, père d'Annibal, après neuf ans de guerres, soumit à Carthage la plus grande partie des peuples ibères et
celtes, trop divisés entre eux pour lui opposer une résistance victorieuse.
Asdrubal, gendre d'Amilcar et son successeur dans le gouvernement de l'Espagne, fonda Carlhagène ou Carlhage la Neuve dans une admirable situation; il songeait à faire de la Péninsule le camp retranché et comme la pépinière des armées de Carlhage contre Rome, lorsqu'il mourut assassiné. Les Romains avaient dès lors pénétré en Espagne appelés par les peuples originaires de Grèce qui habitaient les côtes delà Méditerranée et qui souffraient de la domination avide et cruelle des Carthaginois. Annibal, iils d'Asdrubal, à peine âgé de ving-cinq ans, reprenant les projets de son père, après avoir sévèrement châtié autour de lui les résistances des peuplades indigènes, osa au mépris des traités s'attaquer à Sagon le, l'alliée des Romains. Après huit mois de siège, comme la famine sévissait et que les Romains n'arrivaientpas, les Sagontins s'ensevelirent sou^ les ruines de leur ville plutôt que de se rendre.
Les années suivantes, tandis qu'Annîbal, passé en Italie avec une armée d'Espagnols et de Gaulois, mettait Rome à deux doigts de sa perte, les forces ronaaines sous Publius et Cnéius Scipion firent en Espagne de rapides progrès ; ces succès, bientôt compensés par de grands désastres où les deux Scipions perdirent la vie, n'étaient que le prélude de la véritable conquête de la Péninsule par le jeune Publius Scipion, fils et neveu des précédents, qui
porta plus tard le surnom d'Africain. Ayant perdu Carlhagène, leur principale forteresse, partout battus, découragés, les Carthaginois se virent contraints de quitter la place et l'Espagne devint définitivement une province romaine. Par malheur pour les indigènes, les prêteurs romains ne valaient pas mieux que les marchands de Carthage ; des révoltes éclatèrent, difficilement réprimées ; peu s'en fallut même que Viriate, un simple pâtre lusitanien, ne parvînt par son courage et son habileté à rendre leur indépendance à ses compatriotes ; il triompha plusieurs fois des légions en bataille rangée ; les Romains, pour se débarrasser de lui, le firent assassiner. Puis, comme Numance, ville puissante des Celtibériens, à courte distance de la moderne Soria, manifestait des dispositions hostiles, Scipion l'Africain, le destructeur de Carthage, vint l'assiéger avec de grandes forces. Digne rivale de Sagonte, la ville ne céda pas avant que d'être entièrement détruite et tous ses habitants morts jusqu'au dernier.
Quarante ans après, Q. Sertorius, l'élève de Marins, pour tenir lôle au parti de Sylla, imagina de mettre à profit les sourdes rancunes qui grondaient encore au cœur des vaincus. Bon général, habile à se concilier l'affection des siens, il voulut non seulement armer et discipliner ses nouvelles troupes à la manière des Romains, mais encore établir un gouvernement semblable à celui de Rome ; le poignard d'un assassin l'arrêta dans ses vastes projets. L'Ëspa-
gDe deTÎnt ensuite un des théâtres de la guerre entre César et Pompée ; celui-ci n'y fut pas heureux, et après sa mort, ses deux ûls, ayant essayé de continuer la lutte, furent écrasés à Munda, aujourd'hui Monlilla. Auguste resté seul maître de l'Empire romain, imposa à l'Espagne un tribut perpétuel; pourtant quelques peuplades du Nord, les Astures, les Gantabres, tenaient encore dans leurs montagnes; Auguste partit en personne pour les soumettre et n'y réussit qu'au prix des plus grands efforts. Ainsi l'Espagne fut entièrement conquise après deux cents années de guerres qui avaient mis plus d'une fois en péril la puissance romaine.
 ces luttes succède pour la Péninsule une longue période de tranquillité; le règne de Néron passe pour elle inaperçu grâce à l'administration honnête et sage de Galba ; Vespasien améliore son sort, en lui accordant les privilèges du Latium ; des colonies romaines sont partout fondées, Saragosse, Cordoue,Merida, Badajoz, qui deviennent bientôt florissantes ; en même temps prennent racine les lois, les mœurs, la langue des vainqueurs; l'ancien esprit d'indépendance et de révolte est complètement éteint; l'Espagne est si bien entrée dans la vie, et si l'on peut dire, dans le mouvement du monde romain, qu'elle lui fournit des consuls comme les BalbuSy des écrivains comme FloruSy Sénèque^ Lu- ^m^ Quintilieriy Martial^ Columelle, des empereurs comme Trajan^ Adrien et Théodose IL Trajan sur-
tout favorisa le pays où il était né; il le sillonna de roules indestructibles et l'orna de nombreux monuments dont une grande partie subsiste encore. Pendant ce temps et malgré de cruelles persécutions, le christianisme faisait en Espagne de rapides progrès ; à la lin du xv® siècle, la plupart des habitants étaient déjà chrétiens.