IP ÉPOQUE
Domination des Goths.
De grands événements se préparaient. En 406 après Jésus-Christ, un flot de Barbares du Nord, composé principalement de Vandales, de Suèves et d'Alains, envahit et ravagea la Gaule; l'autorité de Rome existait à peine de nom dans toute la partie occidentale de l'empire, où un certain Constantin, proclamé empereur par les légions 'de la Grande-Bretagne, s'était emparé du pouvoir. Constantin ne tenta pas sérieusement de repousser les envahisseurs. Ils franchirent les Pyrénées et se ruèrent sur l'Espagne qu'ils mirent à feu et à sang. Soit impuissance, soit plutôt que la corruption de l'empire à son déclin eût brisé toutes les énergies, les populations ne se soulevèrent point pour résister aux Barbares, et lorsque ceux-ci fatigués de leurs courses aventureuses, songèrent à s'établir définitivement
DE L'HISTOIRE DE L'ESPAG.NK 25
eu Espagne, le pays parut accepter sans difOcuIlé ses nouveaux maîtres. Le partage se fit parla voie du sort; les Vandales eurent la Bétique qui a gardé deleur séjour le nom d'Andalousie; les Alains eurent la Lusitanie, le Portugal d'aujourd'hui; la Galice, le Léon et lesCastilles échurent aux Suèves; l'empire romain conserva cependant un lambeau du territoire dont Tarragone était le chef-lieu.
Le repos de la Péninsule ne fut pas de longue durée. Les Visigoths, d'abord comme alliés des Romains, envahirent l'Espagne à leur tour; ils eurent longtemps à lutter contre les Suèves devenus très-puissants par le départ volontaire des Vandales qui étaient allés fonder un royaume dans l'Afrique romaine. Enfin leur roi Euric, successeur de Théodonc II, remporta sur les Suèves des avantages considérables et les réduisit à la seule Galice; du reste il n'occupa point l'Espagne et continua de résider dans le midi de la Gaule où son peuple était fortement établi. Quand les Francs, conduits par Clovis, leur eurent rendu difficile la conservation de leurs possessions dans la Gaule qui commençait à porter le nom de France, alors seulement les Visigoths vinrent chercher en Espagne une nouvelle patrie. Les Francs les y suivirent bientôt et vengèrent dans le sang du roi Amalaric les outrages qu'il avait fait subir à sa femme Clotilde, fille de Clovis et sœur de Clotaire et de Childebert, mais ils ne s'attardèrent pas dans le pays* Leugewilde, un des successeurs
d'Amalaric, profitant des dissensions des Suèves, leur enleva la Galice et mit fin ainsi à leur monarchie qui avait duré en Espagne avec des fortunes diverses depuis près de deux siècles, de 409 à 583. Il battit aussi les Grecs byzantins qui possédaient une partie des côtes au nom des empereurs de Constantinople, et fut ainsi le vrai fondateur (fe la domination visigothe.
Récarède, fils et successeur de Leugewilde, s'étant converti au catholicisme, les Visigoths qui jusqu'alors avaient professé l'hérésie d'Arius, suivirent l'exemple de leur roi; cette conversion, plus encore que la force des armes, consolida leur puissance sur les peuples de la Péninsule toujours fort attachés à l'orthodoxie. Par malheur, ils n'eurent guère que de mauvais princes. Wamba, il est vrai, se fit remarquer par ses talents politiques et militaires; mais les autres pour la plupart, faibles et cruels tout ensemble, n'ayant comme moyen de gouvernement que la corruption ou la violence, amenèrent rapidement la ruine de la monarchie. Au commencement du viii" siècle, la couronne avait .passé à Rodrigue, prince très-diversement jugé par les historiens. Les Arabes venaient de conquérir tout le nord de l'Afrique et d'y fonder un puissant empire; ils commencèrent à tourner leurs vues du côté de l'Espagne. Malgré les vexations et les exigences des gouvernants, les campagnes de la Péninsule étaient toujours admirablement culti-
vées; lesyilles, nombreuses et bien peuplées, s'étaient enrichies par le commerce et l'industrie; d'autre part Tancien esprit guerrier s'était affaibli peu à peu, aussi bien chez les Yisigoths eux-mêmes que chez les descendants des Romains et des indigènes depuis si longtemps soumis ; personne ne voulait plus être soldat; une haute noblesse, inquiète et remuante^ ne songeait qu'à troubler l'Etat pour miner plus sûrement le pouvoir royal. Le moment était bien choisi pour une invasion. Le comte Julien , d'origine espagnole ou romaine, comme l'indique son nom, gouvernait alors au nom de Rodrigue les possessions que ce prince conservait encore en Afrique; furieux que le roi eut profité de son absence pour séduire sa fille Florinde, il résolut de se venger ; ainsi raconte la légende ; le fait certain, c'est que le comte Julien appela les Arabes et facilita leur débarquement sur les côtes d'Espagne. A la première nouvelle de sa trahison, Rodrigue était accouru avec toutes les troupes qu'il avait pu réunir; le choc eut lieu dans les champs de Jerez de la Frontéra; peu de batailles furent aussi acharnées; on lutta presque sans interruption pendant huit jours, du dimanche 17 juillet 711, jusqu'au dimanche suivant; le roi Rodrigue s'étant noyé, selon l'opinion la plus vraisemblable, dans le Guadalète, perdit tout à la fois la couronne et la vie ; avec lui périssait la puissance même des Visigoths.
Au lieu que les Romains avaient surtout doté TEspagne de monuments et d'établissements publics, les lois, les institutions, les usages, la forme même du gouvernement lui vinrent principalement des Visigoths; les lois de ce peuple en effet étaient remarquables par un caractère chevaleresque et évangélique qui, réunissant à quelques parties du droit romain la morale chrétienne, formait un code de législation beaucoup plus parfait que tous ceux alors en usage. Du reste on reproche aux Visigoths d'avoir porté dans la défense et la propagation de leur nouvelle religion, le même fanatisme qu'ils avaient mis à soutenir Tarianisme; les Juifs surtout furent victimes d'effroyables persécutions, et un décret royal alla même jusqu'à ordonner à tous ces malheureux d'accepter le baptême sous peine de mort. Les conciles de Tolède sont restés célèbres dans l'histoire de l'Eglise; c'est alors que fleurirent d'éminents docteurs : Paul Orose, connu pour ses nombreux écrits en défense de la religion catholique; saint Léandre et saint Isidore^ archevêques de Séville, le dernier auteur d'une « Chronique des rois goths, vandales et suèves. »
n[« ÉPOQUE
Domination des Arabes jusqu'à la chute de la dynastie
Ommiade.
La conquête de l'Espagne proposée à Walid, calife de Damas, par Muza qui gouvernait pour lui les contrées du nord de rATrique, avait été commencée par Tarik, un des généraux aux ordres de Muza. Ce fut Tarik qui gagna la bataille de Jerez on du Guadalèle. Muza passa alors en Espagne; il divisa son armée en trois corps; le premier, commandé par son fils Abdul-Aziz, se dirigea contre les côtes de la Méditerranée, le deuxième contre les côtes de TOcéan, avec le troisième il marcha luimême sur Tintérieur. 11 trouva d'utiles auxiliaires dans les Juifs, alors très-nombreux en Espagne et ennemis jurés des Visigoths; habile à exploiter leur ressentiment, Muza les enrôlait, les armait, leur confiait la garde des places conquises, tandis que les troupes musulmanes continuaient à tenir la campagne. Cinq ans seulement suffirent pour soumettre l'Espagne entière, à l'exception de quelques parties montagneuses et incultes comme les Asturies; tous ceux qui n'avaient pas été tués, avaient
dû fuir ou subir le joug. Du reste là jalousie des califes réservait à Muza une triste récompense de ses services ; son fils Abdul-Aziz fut condamné et exécuté en plein triomphe. Muza lui-môme, rappelé à Damas, dépouillé de tous ses biens, fut retenu longtemps en prison et alla mourir pauvre et misérable dans la petite ville de l'Arabie où il était né.
Maître de l'Espagne, les Arabes conçurent le dessein de fonder au delà des Pyrénées un nouvel empire. C'en était fait de l'Europe si ces terribles conquérants n'eussent rencontré des soldats plus aguerris et des chefs plus habiles. Dès l'année 717, ils envahirent toute la partie de la Gaule qui avait appartenu aux Visigoths, des Pyrénées aux bords du Rhône et y portèrent la dévastation; trois ans plus tard ils revinrent à la charge et mirent le siège devant Toulouse ; repoussés par Eudes, duc d'Aquitaine, ils conservèrent cependant Narbonne et quelques territoires au pied du versant français des Pyrénées. En 732 enfin, une armée formidable franchit les monts; elle était commandée par Abder- Rhaman, le meilleur général des Arabes; tout le pays jusqu'à la Loire fut horriblement ravagé ; mais Karl Martel, chef de la vaillante nation des Francs, défit complètement les musulmans entre Tours et Poitiers dans une bataille décisive où Abder-Rhaman perdit la vie. Des nombreux guerriers qui l'avaient suivi, bien peu repassèrent les monts et cet
insuccès dégoûta pour toujours les Arabes du désir d'adjoindre la France à leurs possessions.
A l'intérieur de la Péninsule, les musulmans ne virent rien de mieux pour conserver leur conquête que de la coloniser; il y vint des bandes innombrables de Syriens, de Persans, d'Egyptiens, de Mores d'Afrique. Ces derniers, plus nombreux et plus cruels que les autres, finirent par donner leur nom à l'ensemble des envahisseurs; pourtant la distinction subsistait bien tranchée entre les Arabes proprement dits, originaires de la péninsule arabique, formant la classe haute, conquérante, dédiée à la culture des sciences et des arts, etles Mores ou Barbaresques, convertis à l'islamisme, qui constituaient la classe moyenne et étaient soldats, artisans, laboureurs.
Les califes de Damas, au nom desquels s'était accomplie la conquête de l'Espagne, firent d'abord régir ce pays par des émirs ou vice-rois qu'ils avaient soin de changer fréquemment pour ne pas leur donner le temps de se former un parti} du moins pendant la durée de son pouvoir, l'émir avait-il le droit d'établir, de destituer, de punir ou de récompenser les autres fonctionnaires. On comprend sans peine les conséquences d'un pareil régime. Ne pouvant rien fonder, toujours inquiets du lendemain, les émirs pour la plupart n'eurent d'autre soin que de profiter du moment de leur faveur pour s'enrichir et dépouiller indifféremment vainqueurs et
vaincus; il en était de même des gouverneurs subalternes. Bientôt les habitants eurent en horreur Tadministration des califes; ils comprirent la nécessité de faire de la Péninsule un royaume séparé, et saisissant pour prétexte Tusurpation du califat par les Abassides, ils appelèrent d'Afrique Abder- Rhaman, le dernier des Ômmiades, échappé seul au massacre de toute sa famille et qui vivait ignoré dans une tribu du désert. Abder-Rhaman réussit à passer en Espagne, rallia autour de lui les partisans de la maison des Ommiades, défit successivement ses compétiteurs, entra triomphalement à Cordoue et se déclara -indépendant (755). Le nouveau calife divisa l'Espagne en six gouvernements outre la capitale, et chacun d'eux en quatre districts; il agrandit considérablement Cordoue dont il fit la première ville de l'Espagne, et commença la grande mosquée convertie aujourd'hui en église cathédrale, que termina son fils Hescham; enfin il accorda des franchises aux chrétiens, leur permettant^ moyennant tribut, le libre exercice de leur culte; ces chrétiens, encore très-nombreux, appartenaient principalement à la race des anciens Ibères, et prirent le nom de Mozarabes ; les Goths proprement dits s'étaient enfuis vers le nord; quant aux Juifs, grâce à l'appui qu'ils avaient prêté à l'invasion, ils n'étaient molestés en rien.
Les successeurs d'Abder-Rhamanl" eurent comme lui à combattre, outre les fréquentes révoltes de
leurs sujets musulmans, les guerriers du royaume naissant des Asturies et les Francs qui souvent franchissaient les Pyrénées et envahissaient la Navarre et la Catalogne. Ce fut sous le troisième, Abder- Rhamanll, que l'armée des Francs^commandée par son roi Charlemagne, essuya en repassant les monts la sanglante défaite de Roncevaux |i824). Abder- Rhaman II qui se fit remarquer par ses rigueurs contre les chrétiens, mourut en 85:2 après un règne fort long et fort agité. Après lui, la puissance des Ommiades resta stationnaire jusqu'à ce que Abder- Rhaman III (912 à 961) portât le califat à un degré de splendeur qu'il n'avait pas encore atteint; ce prince lutta vaillamment contre les chrétiens; il parvint aussi à dissiper les factions et rétablit l'ordre et la tranquillité dans son royaume. On conte des choses merveilleuses de son luxe et de se$ richesses elles chroniques parlent de lui comme du monarque le plus puissant de l'Europe. A la mort d'El- Hakem II (976) qui ne laissait qu'un tout jeune fils Hescham 11^ toute rantorité passa aux mains de Mohammed-ben-Abdallah, Haajeb ou gouverneur du prince, appelé aussi Almanzor (El Mansour, le Victorieux). Almanzor mérita son surnom par une suite de victoires ininterrompues .que favorisaient les discordes de ses ennemis ; peu s'en fallut qu'il n'anéantît complètement, comme il en avait formé le dessein, les royaumes chrétiens de l'Espagne. Enfin l'imminence du péril fit laire les rivalités entre les
vaincus. Rassemblés avec tout ce qui leur restait de forces, ils attendirent les Arabes au pied des Pyrénées, à Calatanazor. Almanzor, défait dans une terrible bataille, mourut' de ses blessures quelque temps après. Il avait exercé le pouvoir suprême pendant vingt-cinq ans environ (1002).
L'Espagne musulmane ne pouvait échapper aux conséquences d'un état de choses où Tordre de la succession au trône n'était pas fixé par les lois. A la vérité les fils d' Almanzor et les autres membres de sa famille ne réussirent point à substituer leur dynastie à celle des Ommiades; mais de 1002 à 1037 tout le centre et le midi de la Péninsule furent en proie aux horreurs de la guerre civile. Les tvalis ou chefs militaires des provinces refusaient leur obéissance aux califes qui passaient comme des ombres sur le trône de Gordoue. Enfin la dynastie des Ommiades qui avait duré près de trois siècles avec tant d'éclat, s'éteignit dans la personne de Hescham ÏII, chassé de Gordoue en J037. Ghaque wali^vii alors le titre d'émir, et du califat démembré se formèrent une foule de royaumes indépendf.nts; Séville,Ecija, Gordoue, Garmona, Malaga, Algeciras, Geuta, Dénia, Almeria, Murcie, les Baléares, Valence, Saragosse, Tolède, Badajoz., De ce moment, il n'y eut plus de pouvoir central dirigeant la destinée des populations musulmanes de la Péninsule et c'est là surtout ce qui facilita aux chrétiens l'expulsion, bien lente, il est vrai, des envahisseurs.
Du reste, il est juste de reconnaître que sous les califes Ommiades, principalement sous Abder- Rhaman II, les sciences, les lettres et les arts florissaicût dans TEspagne musulmane alors que la plupart des Etats de l'Europe étaient encore plongés dans la barbarie et Tignorance. Les mathématiques, l'astronomie, les sciences médicales (Avicenne 980- 1037, Averroès 1120-1198) furent redevables aux Arabes d'Espagne d'utiles inventions; par de nombreu- . ses irrigations ils décuplèrent les produits de la terre; c'est eux qui introduisirent la culture du riz, des mûriers, des vers à soie, de la canne à sucre et du coton. Non moins habiles dans tous les genres de manufactures, ils inventèrent le papier; ils avaient surtout perfectionné les étoffes de soie, de coton, les cuirs maroquinés.'Le géographe de Nubie qui voyageait en Espagne vers le xii* siècle assure que dans le seul royaume de Jaen on trouvait six cents villes où bourgs qui faisaient le commerce de la soie. Les étoffes fabriquées à Grenade avaient de la réputation dans tout l'Orient. Comme navigateurs ils donnèrent une nouvelle impulsion au commerce des Indes et le portèrent des golfes Arabique et Persique jusque dans la Méditerranée et le Pont-Euxin. En même temps ils ouvrirent des routes, élevèrent des monuments superbes, fondèrent partout des écoles et dans les principales villes des académies, des collèges, de magniGques bibliothèques, où accouraient les savants des pays les plus
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éloignés; si bien qu'on a pu dire avec raison que l'Ëspsgne éLail alors comme un canal par où la science se répandait dans le reste de l'Europe. A ce concours extraordinaire de talents, de savoir el du génie, les Arabes'joignaient les vertus guerrières et chevaleresques ; ils montraient surtout aux femmes une déférence et un respect qui prouvent HE haut degré de civilisation. Leurs procédés généreux avaient inspiré aux princes chrétiens une telle confiance qu'ils envoyaient leurs enfants s'instruire aux écoles musulmanes et recouraient à des médecins arabes, pour la guérison des blessures dangereuses.
Au lendemain de la bataille de Jerez, tandis que Muza envahissait la péninsule, une poignée de chrétiens s'élaicnt réfugiés, comme nous l'avons dit, dans les montagnes inaccessibles des Asturi<.'s ; ils s'étaient donné pour chef Pelage, prince du sang royal des Golhs, qui, après avoir vaillamment combattu aux côlés du roi Rodrigue, n'avait pas désespéré de la cause du christiauiâmi: eu Espagne. Attaqué par les musulmans à Govadonga, Pelage leur fit éprouver une sanglante défaite, après laquelle ses compagnons lui décernèrent le titre de roi. Ces fails, conservés par la tradition populaire, ne sont mentionné
(ians aucun auteur du temps, arabe on chrélien. Le royaume chrétien des Asluries ne commence historiquement qu'au règne d'Alonzo (Alphonse I"') le Catholique. Ce prince vaillant, de 729 à 757, enleva aux Mores plusieurs territoires de l'Espagne du Nord ; son royaume, quoique d'une étendue très-limitée, fut le point de départ de la reconquête de la Péninsule qui dura près de huit siècles. Trois ou quatre règnes peu importants se succèdent avant celui d'Alphonse II, le Chaste, qui fut aussi long que glorieux (793-842). A peine monté sur le trône, le jeune roi ne négligea rien de ce qui pouvait exciter encore l'ardeur belliqueuse de ses sujets. Chaque printemps voyait se renouveler ses incursions sur le territoire ennemi et il abattit en plusieurs occasions, à Lutos dans les Asturies, à Lugo en Galice^ l'orgueil des musulmans. Il lui arriva de pousser une pointe jusqu'à Lisbonne, ville dès lors fort importante, qu'il enleva par surprise ; mais comme il n'avait aucune intention de la conserver, il se contenta de la mettre à sac et revint dans le Nord chargé de dépouilles. Alphonse II agrandit la ville d'Ovicdo qui avait été fondée par un de ses prédécesseurs, Fruela, et dont il fît sa capitale ; il y fonda un évéché et l'orna de monuments religieux dont on admire encore la magnificence. Son neveu Ramire, qu'il avait désigné lui-même pour lui succéder, conclut une paix temporaire avec les musulmans; en efiet il n'avait pas trop de toutes ses forces pour repousser
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lés javasions des pirates normandïi, qui rava^eaienl alors les côles du nord de l'Espagne (843). Ballus, mais non délruils par Iti<mire aux environs de la Corogne, attaquant sans distinction chrétiens el musulmans, ils furent enfin presque anéantis, gcâce aux sages mesures que prit contre eus l'émir Abder- Ithiiman II, maître alors de la plus grande partie de la Péninsule {8ia}. Ce Tut vers le même temps que la province de Qardulie, gouvernée par des ccuntes sous la dépendance des rois des Asluries, prit le nom de Caslille qu'elle porte encore aujourd'hui. Ce nom lui vient de la multitude de châteaux forts [castillos) qu'on élevait pour garder le pays à mesure qu'il était repris pied à pied sur les musulmans. En mourant, Ramire laissait comme domaine à son fils les Asturies, la Galice, la Dlzcaye el une parlii! de la Bardulie. Ce fiU 0:dono lutta vaillamment contre les infidèles qui l'atlaqnaienl sans relâche el sur terre et sur mer, et taolOt vainqueur, tanlôt vaincu, se soutint sans étendic beaucoup les frontières de son royaume. Alphonse 111 lui succéda, h peine âgé de quatorze ans. Sous ce prince, à juste titre surnommé le Grand, ]a puissance des chrétiens Cl de rapides progrès. Alphonse III reprit avec succès le système inauguré par Alphonse 11 pour accroître la population de ses llllats, emmenant au retour de chaque expédition tous les. chrétiens qui pouvaient le suivre et ne gardant des pays envahis que cf que ses forces lui permettaient d'en occuper
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et d'en défendre. Il acquit Coïmbre, Lnmego, Viseu et Salamanque, fit rebâtir et repeupler Bnrgos, agrandit et fortifia Zamora, Toro, Simancas sur le Duero : un moment il avait conclu un armistice avec l'émir de Cordoue pour travailler à loisir et d'une manière pins efficace h la prospérité intérieure de ses États. La guerre ne recommença que pour lui assurer de plus beaux triomphes, à Zamora par exemple, où il fit éprouver aux musulmans malgré la supériorité de leurs forces une déroute complète (901). Du reste, la fin de sa vie fut tourmentée par des chagrins domestiques, et il mourut tristement après avoir abdiqué en faveur de ses fils rebelles (910). Alphonse III fut le dernier souverain qui porta le titre de roi des Asturies : ses successeurs, à partir de Garcia son fils, quittèrent la résidence d'Oviedo, et s'étant fixés dans la grande et importante ville de Léon dont ils firent leur capitale, ils prirent le titre de rois de Léon.
En même temps la Navarre devenait un royaume particulier; jusque-là ce pays avait eu plusieurs princes h peu près indépendants, quoi qu'ils reconnussent nominalement la suzeraineté tantôt des rois francs, maîtres de l'Aquitaine, tantôt des rois des Asturies. Sanche P' prit le titre de roi de Navarre et régna probablement de 905 à 925 ; les documents certains sur les débuts de celte histoire manquent absolument. D'autre part, la Catalogne avait des comtes héréditaires aussi puissants que
des rois, et la Caslille touchait au moment de former, elle aussi, un puissant État chrétien.
À la mort d'Alphonse 111, Garcia, qui lui succéda, fut obligé de partager ses États avec ses frères Ordono et Fruela. Garcia étant mort après quatre ans de règne, Ordono réunit tous les royaumes d'Alphonse III et les agrandit de nouvelles conquêtes sur les musulmans (91-4 à 924). Bien que la bataille de la Junqueraoîi il assistait comme allié du roi de Navarre fût restée indécise, son secours ne fut pas inutile pour empêcher le nouveau monarque de succomber sous les attaques des infidèles; mais il souilla sa gloire en faisant assassiner traîtreusement les comtes de Castille qu'il soupçonnait de vouloir se rendre indépendants. Après les règnes courts et insignifiants de Fruela II et d'Alphonse IV, surnommé le Moine parce qu'il se retira dans un monastère, le trône de Léon fut oc>i;upé par Ramire II qui prit et pilla Madrid, alors aux mains des Arabes, mais sans pouvoir s'y maintenir, et remporta plusieurs victoires sur les ennemis de la foi, spécialement celle de Simancas ou, s'il faut en croire les chroniqueurs, plus de cent mille morts restèrent sur le carreau. Son fils Ordono ÎII lui succéda et mourut après »n règne de cinq ans (955). Les historiens chrétiens lui attribuent des victoires qui sont transformées en défaites dans les récits des historiens arabes.
Vient ensuite Sanche le Gros qui, chassé par un
rival, accepte pour remonter sur le trône ralliance du calife de Cordoue ; jaloux des succès de D. Femsud Gonzalez, comte de Castille, il le laisse exposé sans secours à une terrible invasion des Arabes, ce qui d'ailleurs n'empêcha point le comte d'écraser ses adversaires à la bataille de Hasinas. Sous Ramire III et Bermude II, les musulmans se répandirent par toute la Castille, la Lusilanie, la Galice, et s'emparèrent d'une foule de places, entre autres de Léon qu'ils détruisirent. C'est alors que le roi de Léon, celui de Navarre et le comte de Castille, unis enfin par le danger commun, marchèrent ensemble contre Almanzor et remportèrent une victoire décisive. Le démembrement du califat qui s'ensuivit offrait une proie facile aux princes chrétiens. Mais Alphonse V n'était encore qu'un enfant lorsqu'il succéda à son père Bermude II et presque toute sa vie se passa en tutelle; quant à Bermude III, tout occupé de lâches intrigues, il fit assassiner à la porte de l'église, entre les bras de sa fiancée, le nouveau comte de Castille, D. Garcia, venu à Léon pour épouser la propre sœur du roi. Seul, Sanche II le Grand, roi de Navarre, sut profiter habilement de l'afiaiblissement des musulmans dans la Péninsule pour se former un puissant empire, qui pourtant ne lui survécut pas, ce prince s'étant conformé à la coutume fatale de partager ses États entre ses ènfanls. (1035). Deux ans après, Bermude III fut tué dans une bataille contre deux des
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ûls de Sancbe le Grand ; avec lui s'éteignait la descendance masculine des anciens rois visigolhs et les deux couronnes de Castille et de Léon se trouvèrent réunies sur la lôte de Ferdinand P' mari de la sœur de licrmude, D* Sancha.