‹ L'Espagne et l'Exposition de 1878Chapitre 8 sur 36 · IV ÉPOQUE · texte numérisé non relu

IV ÉPOQUE

Progrès de la conquête chrétienne Jusqu'à la prise

de Grenade. -

Le premier des comtes de Castille indépendants avait été le fameux Fernan Gonzalez ; le deuxième, Garcia Fernandcz qui périt en combattant contro Almanzor ; le troisième, Sancho Garcia qui contribua avec ses forces à la victoire de Galalanazor ; le quatrième enfin Garcia II, assassiné à Tinsligation de Bermude III. Avec Ferdinand , neveu de Garcia II, commence la dynastie des rois de Caslille. Devenu le plus puissant des princes chrétiens en Espagne, Ferdinand balailla avec succès contre les émirs musulmans ; il eut aussi à lutter contre son frère Garcia III, roi de Navarre, qui fut tué, mais dont il n'inquiéta pas l'enfant orphelin ; cherchant dans les classes moyennes un auxiliaire contre la noblesse, il favorisa beaucoup Tinslitulion des communes et

mourut à Léon après un lëgnc de liei.tc-scpt ans (1065). Ses États furent partagés entre ses fils, et les crimes, les empoisonnements, les fratricides se multiplièrent dans la famille royale ; les musulmans purent respirer. Enfin Alphonse VI parvint à réunir sous son sceptre tous les anciens royaumes de son père et reprit aussitôt la lutte contre les infidèles; il y fut aidé par le fameux Rodrigue Diaz de Vivar, plus connu sous le nom de Cid, et dont le Romancero a consacré les exploits. Après sept ans d'une lutte acharnée à laquelle avaient pris part des guerriers de France, de Navarre, d'Italie et d'Allemagne, Alphonse s'empara de Tolède, l'ancienne capitale des rois visigoths; l'entrée solennelle des chrétiens eut lieu le 23 mai 1085. Le but du vainqueur était évidemment de soumettre toute l'Espagne musulmane, et il y fût sans doute parvenu si les principaux émirs n'avaient pris pour lui résister un parti désespéré.

L'empire de Maroc venait d'être fondé en Afrique par Yusuf-ben-Texufin, chef de la secte fanatique et belliqueuse des Almoravides. Malgré l'opposition de quelques émirs plus prévoyants que les autres, Yusuf fut appelé en Espagne. Tel est le récit des auteurs arabes, de beaucoup le plus vraisemblable; des auteurs chrétiens prétendent au contraire qu'Alphonse VI, de concert avec le roi more de Séville dont il avait épousé la fille Zaïda, aurait lui-même attiré les Africains. Quoi qu'il en soi^, Yusuf débarqué avec une nombreuse armée gagna d'abord sur

Alphonse la bataille de Zalaca (1086) qui pouvait ôtre aussi fatale aux rois chrétiens d'Espagne que celle de Jerez l'avait élé aux Visigoths; mais Yusuf avait d'autres vues. Il soumit successivement les émirs qui l'avaient appelé à leur secours et se trouva bientôt maître à la fois de tout le nord de l'Afrique et de toute l'Espagne musulmane. Ce vaste empire des Almoravides que Yusuf transmit à son fils Ali (1103) ne fut pas durable. Déjà sous Ali, il était miné de toutes parts, en Espagne ainsi qu'en Afrique, par l'esprit de révolte et d'indépendance des gouverneurs de province.

Ce fut vers cette époque, au commencement du xii^ siècle, que le royaume d'Aragon, issu de la petite république de Sobrarbe, et jusqu'alors l'une des moindres d'entre les principautés du nord de l'Espagne, parvint presque tout d'un coup au plus haut degré de gloire et de puissance. Le roi de Castille et de Léon, toujours languissant depuis la bataille de Zalaca oîi il avait été grièvement blessé, avait marié sa fille Urraca au prince Alphonse I", roi d'Aragon. Quand les Almoravides, poursuivant leurs succès, firent invasion en Caàtillc, ne pouvant se mettre luimôme à la tête de ses troupes, Alphonse YI envoya à sa place pour lès encourager, son fils unique Sanche qu'il avait eu de sa darnière femme Zaïda et âgé seulement de onze ans. L'armée chrétienne fut vaincue et le jeune prince périt à la désastreuse bataille d'Uclés (1108) avec l'élite de l'armée. Ainsi,

comme époux de la princesse Urraca, Alphonse I'^ d'Aragon, so trouvait hériter des royaumes de Léon 6t de Castille avec leurs dépendances, ce qui joint à ses Eials héréditaires et au comté de Barcelone qu'il venait d'y réunir, le rendait maître de toute l'Espagne chrétienne. Le vieux roi Alphonse VI mourut en 1109 après avoir réglé sa succession et mis ordre aux affaires de son royaume. Il avait gagné dans le cours de sa longue carrière trenteneuf batailles.

A la même époque, Henri de Bourgogne qui avait épousé une fille d'Alphonse Yl obtint un Etat de peu d'étendue, mais indépendant, sous le nom de comté de Portugal. Alphonse Henriquez, son successeur, bâtira à plusieurs reprises les musulmans, leur enlèvera Lisbonne et prendra le titre de roi. C'est là l'origine et le point de départ de la nation portugaise qui n'existait pas encore et dont nous ne parlerons pas davantage, son histoire sortant du cadre que nous nous sommes Oxé.

Alphonse d'Aragon^ dit le Batailleur, fut malheureusement entravé dans ses opérations contre les Almoravides, par les guerres civiles que lui suscita sa femme Urraca. S'étant séparée de lui, cette princesse leva des troupes de son propre chef, comme reine de Castille, etsoutmt la lutte avec des chances diverses. Malgré tout, Alphonse reprit sur les musulmans l'importante place de Saragosse dont il fit sa capitale; il y avait quatre siècles qu'elle était aux

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mains des infidèles. Alphonse, mourut comme il avait Técu, les armes h ta main, à la bataille de Fraga(113i), dans une embuscade que lui tendirent les Almoravides; avant cette défaite où il se fit tuer, ce roi n'avait jamais élé vaincu.

A la mort du Datailleur, l'Aragnn perdit beaucoup de son importance, etla Caslille, réunie au royaume de Léon sous te sceptre d'Alphonse VTI, fils de la reine Urraca et de son premier mari, Raymond de Bourgogne, reprit le premier rang. Après plusieurs victoires sur les Almoravides, Alphonse reçut des corlës réunies à Léon te titre d'empereur et se comporta en suzerain à l'égard des autres princes de l'Espagne chrétienne. Sur ces entrefaites, une secte d'un fanatisme encoie plus ardent, celld des Almohades ou Unitaires, s'étant élevée en Afrique, la puissance des Almoravides se trouva égule- . ment fort compromise dans ia Péninsule où la guerre civile ne cessait pas entre musulmans. Maîtres de l'Afrique septentrionale, les Almohades envahirent l'Espagne et prirent Cordoue (WAHj. En vain l'empereur Alphonse essaya-l-il do leur tenir Ifite; contraint de battre en retraite devant de^ forces supérieures, il mourut autant de douleur que de ses blessures (1 157). On peut considérer la puissance des Almoravides comme éteinte à la même époque. Des deux QIs d'Alphonse, Sanche eut la Caslille et Ferdinand le royaume de Léon; la discorde ne tarda pas à éclater entre eux; puis Sanche étant mort.

Ferdinand et les deux grandes familles de Lara et de Castro se disputèrent pendant plus de sept ans la tutelle du jeune Alphonse YIII. C'est alors, et pour arrêter les progrès des QQUSulmans qui mettaient ces dissensions à profll, que furent fondés les ordres militaires de Calatrava, d'Alcantara et de Santiago. La Navarre où régnait Sanche VI avait grand'peine à se maintenir entre ses deux voisins plus puissants de Castille et d'Aragon.

En effet, sous les rois Alphonse II et Pierre II, l'Aragon prenait de nouveau un accroissement considérable. Il ne restait plus aux infidèles que le midi de l'Espagne; encore y étaient-ils eux-mêmes fort divisés. Ibn-Sad, roi musulman de Murcie et de Valence, avait réuni autour de lui ce qui restait do Tancien parti déchu des Àlmoravides ; pour se soutenir, il dut rechercher Talliance des rois d'Aragon dont il se fit en quelque sorte le vassal. Le reste du pays musulman obéissait à des gouverneurs nommés par le calife des Almohades d'A frique, Abdel-Mumen. Ce calife était d'ailleurs un homme remarquable, doué des plus grands talents militaires ; dirigés par lui, ses généraux gagnèrent la bataille de Cordoue (H63), mais il mourut au moment môme où il s'apprêtait à passer en Espagne pour- en compléter la conquête. Yusuf qu'il avait désigné pour lui succéder, se fit battre par les Portugais à Santarem(H8i). En revanche, Yacub, fils de Yusuf, en montant sur le trône, s'acquit par ses succès contre les Almora-

vides d'Afrique, le glorieux surnom d*Almanzor. Débarqué en Andalousie (1189), il raffermit l'empire almohade en Espagne par plusieurs campagnes heureuses; puis il rassembla toutes ses forces contre les rois chrétiens du nord de l'Espagne qui, efl'rayés du péril, avaient enfin mis trêve à leurs querelles. Il rencontra leur armée près d'Alarcos (1195) et lui fit éprouver une défaite comparable aux désastres de Jerez et de Zalaca. Alphonse YIII, roi de Castille^ ne se sauva qu'à grand'peine et se réfugia avec quelques cavaliers seulement derrière les murs de Tolède. Yacub Almanzor, après avoir dévasté tout le pays jusqu'aux montagnes de Guadarrama, revint en Andalousie et y mourut bientôt (1199), laissant pour successeur son fils Mohammed-ben- Abdallah. Cette fin inattendue — il n'avait pas quarante ans — sauva l'Espagne chrétienne.

Cependant Alphonse YIII, le Magnanime, n'avait pas renoncé à l'espoir de prendre sa revanche de la défaite d'Alarcos; il avait marié une de ses filles au roi de Léon, une autre au roi de France, Louis VIII, une troisième au roi de Portugal, et poUvait compter ainsi sur de puissantes alliances. En même temps l'archevêque de Tolède, Rodrigue, et le pape Innocent III, le secondaient activement en organisant dans toute la chrélienté une croisade contre les Arabes, ou oomme on disait alor^ contre les Sarrasins d'Espagne. Il lui vint des chevaliers de tous les pays et comme ceux qui ne pouvaient venir en-

voyaient de l'argent, des armes el des munitions, Tarmée des croisés put se mettre en campagne (mai 1213) dans le meilleur ordre.

L'année précédente, le calife Mohammed, appelé le Miramamolin, après avoir proclamé la guerre contre les chrétiens, était débarqué à Tarifa, et depuis lors il s'occupait de rassembler ses forces; elles s'élevaient au chiffre imposant de 500,000 soldats. Les deux armées se rencontrèrent à las Navas de Tolosa, au pied de la sierra Morena. Le succès fut un moment tellement indécis que le roi de Castille voulut se précipiter dans les rangs des ennemis pour y trouver la mort. Heureusement l'archevêque de Tolède le retint et une heure plus tard la bataille était gagnée. Plus de la moitié de l'armée musulmane périt soit dans la bataille, soit dans la retraite. Du moins cette effroyable boucherie prépara l'affranchissement de la Péninsule, et de ce jour l'expulsion complète des infidèles ne fut plus qu'une aflaire de temps.

Peu à peu l'unité se faisait en Espagne. Le fîls d'Alphonse VIII, Henri I*% étant mort de bonne heure, la Castille était revenue à la fille aînée Berangère; cette princesse avait été femme autrefois d'Alphonse IX de Léon dont elle avait eu un fils, mais que l'Eglise l'avait forcé de quitter à cause des liens de parenté qui existaient entre eux. Elle se démit de tous ses droits en faveur de ce lils, Ferdinand, qui à la mort d'Alphonse IX, se trouva maître

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d'un nouveau royaume. Le Léon comprenait alors les Asturies, la Galice et l'Estremadure. Désormais les deux couronnes ne furent plus séparées et du même coup il exista dans l'Espagne chrétienne un centre de puissance assez solide pour braver victorieusement les attaques des musulmans. Par contre, l'empire des Almohades déclinait avec rapidité ; après la mort de Mohammed qui suivit de près sa défaite de las Navas, les révoltes, les guerres civiles avaient éclaté simultanément en Afrique et en Espagne. EnÛn, en 1239, Edris-Abu-Dibus, le dernier des Almohades, fut défait et tué par les Beni-Merines d'Afrique, ennemis politiques et religieux de la secte qu'il représentait. En Espagne quelques débris du parti tenaient encore; ils s'étaient enfermés dans Séville et le roi de Gastille vint les y assiéger; le siège fut long et pénible. L'émir de Grenade Mohammed, se doutant du sort qui attendait ses coreligionnaires^ avait pris le parti de se soumettre à Ferdinand, déjà maître de Cordoue, de Jaen et de Carlhagène; lise reconnut son vassal et l'aida puissamment à prendre Séville. Le prince Abul-Hassan, qui avait dirigé la défense, se relira en Afrique après la capitulation de la place. C'était le dernier vestige de la domination des Almohades en Espagne qui disparaissait.

Le roi d'Aragon, Pierre II, ayant conduit dans le midi de la France une nombreuse armée au secours de son parent, Raymond, comte de Toulouse, proscrit comme partisan des Albigeois, avait été tué h la bataille de Mol*et, gagnée sur lui et ses alliés par Simon de Monlfort(1213). Jaime I^'le Conquérant, successeur de Pierre II sur le trône d'Aragon qui comprenait dès lors la Catalogne et le royaume de Valence, poursuivit les mêmes projets d'agrandissement, mais une querelle ne tarda pas à éclater entre les princes chrétiens au sujet des pays conquis sur les musulmans dans le royaume de Murcie. La sagesse de Ferdinand de Castille qui ût épousera son (ils Alphonse la fille du roi d'Aragon et sut apaiser par la même occasion les dis(*ordes survenues au sein de la famille royale, prévint de grands malheurs. Ferdinand III avait dès 1122 fait reconnaître par les cortès réunies à Burgos Alphonse, son fils aîné, comme héritier du trône. Les Espagnols le considèrent ajuste titre comme le fondateur de leur monarchie, tant à cause de ses conquêtes que des sages mesures qu'il sut prendre, pour empêcher à l'avenir la séparation des couronnes de Castille et •de Léon. De même que notre Louis IX. même de son vivant il passait pour un saint; l'Eglise l'a en

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effet canonisé, mais quatre siècles plus tard, en 1697 , sous le pontificat de Clément X.

Alphonse X (1252-1282) montra de bonne heure pourles études littéraires et scientifiques, pour Tastronomiesurtout,uneaptitudeetungoûtbien supérieurs aux idées de son temps, ce qui lui valut le nom de savant. Il écrivit beaucoup en prose et en vers et composa le code des Sept Partt'das^ pour mettre quelque uniformité dans la législation de s^es domaines. Sous son règne, lès musulmans, maîtres encore du midi <ie l'Espagne, tentèrent de recouvrer leur ancienne prépondérance. L'émir de Grenade, Mohammed-ben-Alhamar, qui tranquille possesseur de son royaume sous la suzeraineté des rois de Castille, avait su le rendre très-tlorissant, ne consentit qu'avec répugnance à se mettre à la tête d'un soulèvement dont le résultat était facile à prévoir. Alphonse X, aidé de son beau-frère Jaime P' d'Aragon, livra une grande bataille à l'armée musulmane près d'Alcala-Héal et la défit complètement (1266). Mohammed, après la perle de cette bataille, eut encore à lutter contre trois gouverneurs de province révoltés contre lui. Du reste Alphonse lui accorda des conditions de paix fort raisonnables; cette modération était imposée par les circonstances; en effet les Arabes d'Espagne, poussés à bout, auraient bien pu provoquer une nouvello invasion de leurs coreligionnaires d'Afrique qui, tout en leur étant fatale à eux-mêmes, eût compromis

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singulièrement les récents succès des princes chrétiens. )

Malgré sa gloire militaire, Alphonse X éprouva beaucoup d'embarras à l'inlérieur; le trésor était à sec, il imagina d'altérer la valeur des monnaies et, comme de jusle, cela fit crier. Quelques seigneurs, ayant à leur tête l'infant Philippe, propre frère du roi, voulurent profiler du mécontentement pu* blic pour satisfaire leurs ambitions particulières et se retirèrent auprès de l'émir de Grenade, menaçant d'envahir la Gastille; il fallut pour les faire revenir des concessions exorbitantes auxquelles le roi eut la faiblesse de consentir. Gomme si tant d'ennuis ne lui sufQsaient pas, Alphonse X s'était mis en têle d'obtenir la couronne impériale d'Allemagne, vacante par la mort de Frédéric II ; il fît à ce sujet d'énormes dépenses en pure perte, car les électeurs choisirent Rodolphe de Habsbourg (1275). Cette même année Alphonse perdit son fils aîné, l'infant Ferdinand de la Gerda, héritier présomptif de la couronne, qui laissait deux fils encore très-jeunes. Il s'agissait de décider si la succession au trône devait appartenir aux enfants de D. Ferdinand, ou bien à D. Sanche, fils cadet du roi. Les cortès, assemblées à cet <efiet, se décidèrent en faveur de ce dernier. Les infants de la Gerda, frustrés dans leurs prétentions, se retirèrent alors à la cour du roi d'Aragon. Le prince Sanche, qui avait pris le titre de régent, excommunié par le pape avec tous ses partisans,

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cherchait à se rapprocher de son père, quand Alphonse mourut (1284).

Le mariage du roi Sanche avec la princesse Maria de Molina sa parente, conlraclé du vivant d'Alphonse et sans son consentement, fut pour le rovaume une nouvelle source de troubles; on avait négligé d'obtenir de la cour de Rome les dispenses nécessaires; la légitimité des enfants restait donc sujette à contestation. Lorsque Sanche mourut il ne laissait qu'un fils enfant (1295). La régence do la reine mère et le règne de Ferdinand IV furent continuellement troublés par les revendications de l'infant Di Juan, oncle du jeune roi et d'Alphonse de la Cerda; à la faveur de ces désordres, les nobles forcèrent le pouvoir royal à des concessions qui ne les rendirent que plus turbulents. Pour comble do malheur, Alphonse XI n'était lui-même qu'un enfant en montant sur le trône (1312) ; les dissenssions recommencèrent de plus belle, ouvertement favorisées par les rois voisins, et se prolongèrent bien longtemps après la minorité du roi. Pour mater les rebelles, Alphonse XI, surnommé le Vengeur, dut recourir jusqu'à l'assassinat; il battit aussi le roi de Portugal, leur allié. Cependant les musulmans faisaient des progrès inquiétants; ils s'étaient emparés d'Algeoiras et de Gibraltar; Alphonse dut tourner contre eux ses armes. Plus de trois cent mille hommes amenés par Abul-Hacem, roi de Fez, au secours de l'émir de Grenade, Yusuf-Abul-Hegiag, avaient dé-

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barqaé sur les côles d*Espagne. En un tel péril, Alphonse fit appel aux rois de Portugal et d'Aragon et ayant reçu d'eux quelques renforts, il engagea contre les deux armées do Grenade et d'Afrique, sur les bords du Salado, une terrible bataille qui se termina par leur entière défaite (1340;; le massacre, dit-on, fut immense. Peu après le Vcûnqueur signait avec rémir de Grenade une tiève de dix-huit ans et celuici s'engageait à pa3'er chaque année un tribut de douze mille doublons d'or. Alphonse mourut en 1350 au siège de Gibraltar, atteint de la peste qui s'était mise dans son armée. Il laissait, outre ses héritiers légitimes, plusieurs enfants naturels qu'il avait eus de Léonore de Guzman, noble dame

de Séville.

Pierre II, l'aîné des enfants légitimes, avait seize ans lorsqu'il monta sur le ti ône de son p^re. Singulier mélange de férocité et de valeur, sanguinaire, perfide, accessible aussi parfois aux grandes idées et aux nobles sentiments, Pierre ne tarda pas à mériter le surnom de Cruel que l'histoire lui a donné; à la vérité, tenant compte de ses efforts pour dompter une noblesse insolente qui tout à la fois minait le pouvoir de la royauté et empêchait le bien-être du peuple, les Espagnols plus volontiers l'appellent le Justicier, Tout d'abord il fit arrêter et décapiter Léonore de Guzman qui était venue de confiance se remettre en son pouvoir; puis, impatient de s'abandonner sans entraves à la passion qu'il éprouvait

pour sa maîtresse Maria de Padilla, il voulut répudier D« Blanca, fille du duc de Bourbon; mais les seigneurs, ayant pris en main la cause de la reine, se liguèrent contre lui et se fortifièrent dans Tolède. A ce soulèvement le roi ne répondit que par un redoublement de violences et de cruautés, châtiant sans pitié tous les rebelles qu'il pouvait saisir, faisant tôle tour à tour au roi d'Aragon et à l'émir de Grenade qui cherchaient à tirer parti de ses embarras. Un jour il fait assassiner le gouverneur de Castille, Garcilaso de la Vega; une autre fois, il envoie Tordre d'empoisonner sa femme D* Blanca; luimême de sa propre main il poignarde le malheureux émir de Grenade, Aben-Saïd, qui s'était confié à sa bonne foi. Enfin, Henri de Transtamare, l'un des fils naturels du roi Alphonse XI et de Léonore de Guzman, répondant à l'appel du roi d'Aragon qu'inquiétaient les incursions incessantes de Pierre II, envahit l'Espagne avec un corps nombreux d'aventuriers des grandes compagnies, commandés par le célèbre Duguesclin. La plus grande partie des villes, lasses de la tyrannie de Pierre, se rallièrent au prétendant. L'intervention momentanée du prince de Galles en faveur du roi de Castille ne fit que retarder un peu l'issue de la lutte. Pierre, assiégé dans Montiel et pressé par la famine, vint dans le camp d'Henri pour négocier une capitulation, mais à peine en présence les deux frères se prirent de querelle et Henri de Transtamare poignarda Pierre le Cruel (1369).

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Quoique brave et doué d'une certaine habileté politique, Henri n'était guère moins dissolu ni moins cruel que son frère. Du moins sut-il jusqu'à sa mort (1379) préserver l'Espagne du fléau de l'invasion : il soutint en effet de longues guerres contre Ferdinand^roi de Portugal, qui dans la ligne légitime élait le véritable héritier du trône de Gastille et de Léon, et contre un prince anglais, le duc de Lancastre, qui par son mariage avec une princesse espagnole prétendait avoir des droits à la couronne de Gastille. Juan P' eut à lutter contre les mêmes ennemis, mais malgré un cruel échec à Aijubarrota (i38o\ grâce aux secours qu'il reçut de son fidèle allié, le roi de France, il fut en état de repousser une formidable invasion d'Anglais et de Portugais ; de guerre lasse, les adversaires finirent par se réconcilier. Les règnes de Henri lll et de Juan II sont occupés presque tout entiers par d'orageuses minorités. Celui de Henri IV surnommé l'Impuissant, fut plus misérable encore (1434-1474). Sous ce prince l'insolence des nobles et leur mépris de l'autorité royale ne connurent plus de bornes, et le royaume fut en proie à la plus déplorable anarchie. Henri, après que son divorce avec Blanche de Navarre, sa première femme eut été prononcé, avait épousé D" Juana, infante de Portugal. La reine lui donna une lille qui fut appelée Juana elle aussi (1462), mais que le peuple persista à nommer la Beltraneja, la regardant, non sans quelque raison, comme fille de la reine et

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(le son favori le comte de Ledesma, Berlran de la Cueva.

Malgré les discordes intérieures qui raffaiblissaient devant ses ennemis, la Gastille n'en demeurait pas moins l'un des deux plus puisssanis Ëtals de la Péninsule; Tautre était TAragon. Le long règne de Jaime P', roi d'Aragon, fut signalé parla conquête des îles Baléares (1232) et du royaume de Valence (1234); mais il fallut par deux fois que le saint roi Ferdinand de Gastille intervint comme conciliateur et rétablît la concorde entre le prince, sa famille et ses sujets. Sans pitié pour les malheureuses populations arabes qu'il dépouilla complètement, Jaime 1" le Conquérant mourut à Valence, où il était venu pour réprimer une révolte (1276;. Pierfe III, successeur de Jaime^ s'est rendu célèbre par la conquête de la Sicile (1279) qu'il réclamait comme héritage de sa femme contre Charles, duc d'Anjou. Il repoussa avec bonheur une armée française qui avait envahi la Catalogne, prit la ville de Gérone (1283) et mourut peu de temps après, laissant à son (ils aîné Alphonse, TAragon et la Catalogne et à Jaime le cadet^ le royaume de Sicile. Alphonse III commença par enlever les îles Baléares à son oncle qui s'était rendu odieux aux habitants par ses exactions et avait favorisé l'invasion des

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Français en Aragon (1284). Ce fut sous son règne que la noblesse et la bourgeoisie des diverses provinces da royaume obtinrent des droits'fort étendus qui réduisirent sensiblement l'autorité royale. A la mort d'Alphonse III (1291), son frère qui occupait alors le trône de Sicile revint en toute bâte en Aragon où il fut proclamé roi sous le nom deJaime II. 11 épousa la princesse Blanche de Naples et fut forcé à cette occasion de renoncer à sa couronne de Sicile (i29o) ; mais son frère Frédéric se mit à la tête des Siciliens qui le prirent pour roi et défendirent vaillamment leur indépendance. Jaime II eut de graves contestations avec la Castille à cause de la protection ouverte qu'il accordait aux infants de La Gerda. Il se réconcilia pourtant avec Alphonse XI en 1309 et renonça à ses prétentions sur Murcie récemment enlevée aux musulmans.

Pendant tout son règne, il eut à guerrpyer contre les Pisans et les Génois pour la possession de la Corse et de la Sardaigne qu'il avait conquises, mais qu'il ne put garder. A sa mort survenue en 1357, son second ills Alphonse lY lui succéda, rainé D. Jaime, fiancé à la fllle du roi de Castille, a3'ant fait abandon de ses droits pour entrer dans un ordre militaire. Après le règne insignifiant d'Alphonse commence celui de Pierre IV (1336), le plus long de tous ceux des souverains d'Aragon, car il ne dura pas moins de cinquante ans, jusqu'en 1387. Pierre eut à lutter constamment contre les grands

de son royaume qui, s'étant ligués entre eux^Tattendirent plusieurs fois en bataille rangée. Il finit par les soumettre et par reprendre de vive force Valence, la principale place d'armes des révoltés. On eut beaucoup de peine à Tempêcher de raser complètement celle cité florissanle (1360). Ses longues dissensions avec Pierre le Cruel se terminèrent enfin par un accommodement qu'avait ménagé la cour de Rome [1363). Il continua aussi la guerre pour la possession loujours dispulée de la Corse et de la Sardaigne et attaquant à l'improviste le roi des Baléares, Jaime, son proche parent, le dépouilla de toutes ses possessions et le détrôna (1369). Juan I" d'Aragon, en montant sur le trône (1387), mit en accusation la reine Sibylle, sa marâtre, veuve du dernier roi, comme coupable de sorcellerie, et elle eut été brûlée vive sans l'intervention du légat qui obtint sa liberté ; tout entier à ses plaisirs, Juan I" fil faire par ses généraux la guerre en Italie et se tua à la chasse d'une chute de cheval (1393). Martin I*"", frère de Juan, était précisément en Sicile quand on lui apporta la nouvelle de son élévation au trône ; il voulut avant tout consolider son autorité dans ses Etats d'Italie, et ne revint en Espagne que trois ans après. Il mourut sans héritiers directs en 1410, laissant leroyaume déchiré par Tambitionetles intrigues des partis ; le désordre fut porté à son comble. A la fin neuf arbitres furent nommés pour examiner les droits des prétendants ; ils se prononcèrent eu fa-

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veur de Tinfant Ferdinand, le plus proche parent du roi défunt, brillamment connu pour ses succfts contre les musulmans et qui d'ailleurs avait d'avance l'assentiment de la nation. Un seul des compétiteurs, le comte d'Urgel, tenta de continuer la lutte les armes à la main, mais il fut forcé de se rendre à discrétion et mourut en prison après une longue captivité. Ferdinand rétablit par une sage administration les affaires de son royaume et eut pour successeur son fils Alphonse Y (1416). Ce prince passa la plus grande partie de son règne à guerroyer en Italie où il avait été appelé par l'espérance de recueillir l'héritage de la reine Jeanne de Naples ; il y acquit la réputation d'un très-habile capitaine, mais négligea un peu les affaires de ses États espagnols. En 1435, tandis qu'il pressait lesiégede Gaëte, il perdit contre les Génois une bataille navale où il fut fait prisonnier; délivré sous rançon peu de temps après, il finit par conquérir le royaume de Naples, objet de son ambition, et mourut à Naples môme en 1458. Ferdinand, son fils naturel, lui succéda en Italie ; Juan II, son frère, déjà roi de Navarre, lui succéda en Aragon.

Depuis SanchQ VII le Fort, l'un dés glorieux vainqueurs de las Navas, le royaume de Navarre subsistait sans accroissement. Les successeurs de Sanche prirent pari aux dernières croisades, mais sans grand profit pour leur gloire ou le bonheur de leurs sujels. Le mariage de l'infante D Juana, hél'kspagne. i

riliôre de Navarre, avec Philippe le Bel, roi de France, réunit les deux couronnes qui furent portées successivement par Louis le Hutin, Philippe le Long et Charles le Bel, (1305 à 1328), rois de France et de Navarre. Mais Philippe de Valois, leur successeur, renonça au trône de Navarre en faveur de Juana II, fille de Louis le Hutin, dont le règne fut tranquille et prospère. Le fils de Juana fut ce Charles II le Mauvais, qui pendant vingt années se montra l'ennemi acharné de la France. Charles III le Noble, au contraire, ne songea qu'à vivre en paix avec ses voisins; il aimait les arts et les encourageait. Après lui le trône revenait à sa fille unique D« Blanca, épouse de l'infant d'Aragon D. Juan, plus tard Juan IL D» BlanCa étant morte à son tour, (1541), D. Carlos, son fils, prince de Viana, réclama en vain le trône qui lui revenait; cédant aux prières des Navarrais qu'irritaient la tyrannie et les exactions de l'Aragonais, il prit à regret les armes contre son propre père, mais il fut vaincu, jeté en prison, et pour se débarrasser de lui, Juan, à l'instigation de sa seconde femme, Juana Henriquez^ le fît assassiner. La sœur de D. Carlos, D" Blanca, subit peu après le même sort. Mais le père dénaturé ne jouit pas en paix du fruit de ses crimes. Les Catalans s'érigèrent en principauté indépendante et offrirent successivement le Senorio au roi de Caslille, au connétable de Portugal et à René d'Anjou; Jean II eut beaucoup à faire pour les soumettre et Barcelone

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assiégée ne céda que devant les talents militaires de rinfant Ferdinand, son fils du second lit. En môme temps Gaston de Fois, époux de D« Léonor, ^œur do D.Carlos et de D«BIanca,la fille préférée de Juan II, celle à qui il avait tout sacrifié, s^introduisait en Navarre à la faveur de dissenssions intestines et forçait son beau-père aie nommer gouverneur du royaume. Bientôt même ils en vinrent aux hostilités ouvertes. Cependant le royaume de Grenade, dernier reste d'une domination jadis si puissante, pasii^ait par les plus tristes vicissitudes et tombait enfin dans une situation tout à fait précaire. Fondé en 123G par le imli de Jaen, Mohammed I ben-Alhamar, il avait servi de refuge aux Arabes expulsés des diverses parties de la Péninsule. Mohammed fit agrandir les murs de la cité, la dota d'établissements utiles, protégea les arts, et bâtit l'Alhambra, prodige de magnificence et de bon goût; malheureusement la diversité des races qui composaient la population du royaume^ était une cause perpétuelle de guerres civiles. Les successeurs de MohammeH s'étaient maintenus tant bien que mal , avec des alternatives de succès et de revers, soit contre les chrétiens, soit contre leurs gouverneurs révoltés. Secourus parles Mores d'Afrique, cette assistance leur coûtait souvent presque aussi cher qu'aux chrétiens eux-mêmes. Yusuf-Abul-Ilefs'iag, frère et successeur de Mohammed IV, battu sur les bords du Salado avec son terrible allié Abul- Hacem, roi de Fez, périt peu de temps après (1340;,

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Mohammed V fat débarrassé de son compétiteur par la main môme de Pierre le Cruel qui le tua pour s'emparer de ses trésors. Les règnes courts et agités des autres Yusuf et Mohammed n'offrent que la répétition des mêmes troubles intérieurs, des mêmes scènes de désolation sur les frontières. Mohamored X pour conserver le peu de territoire qui lui restait encore dut se soumettre à payer un lourd tribut à la Castille. Muley-Ali-Abul-Hacem, son fils aîné, lui succéda aux mêmes conditions: il fut tour à tour vainqueur et vaincu dans ses luttes contre un de ses ûls A bu-Abdallah qui finit par demeurer maître du trône; mais Abu- Abdallah, le môme que les chroniqueurs appellent Boabdil, devait être le dernier souverain de Grenade.

Le moment était venu en effet oti les divers royau mes de la Péninsule, à Texception du Portugal qui conservait ses limites arrêtées du temps de Ferdinand III, allait passer sous un môme sceptre et ne plus former qu'une monarchie. Pendant la lutte du roi Henri IV de Castille contre les barons de son royaume, les révoltés avaient offert la couronne à sa sœur l'infante Isabelle; un rapprochement eut lieu entre Henri et Isabelle et celle-ci, malgré les protestations de la reine-mère en faveur de sa fille Juana, fut reconnue comme héritière de Castille et

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de Léon (!i65). Peu après Isabelle, contre le gré du roi son frère, épousait Tinfant Ferdinand, béritier de la couronne d'Aragon; ce mariage assurait la grandeur TuLure de la monarchie espagnole. Néanmoins Henri IV revenant sur sa décision anlérieare, voulut faice proclamer héritière du trône la Baltraneja; mais Isabelle soutint ses droits et prit possession de la couronne à la mort de son trisle frère (1474). Tout d'abord la jeune souveraine cl son mari eurent à soutenir une guerre dangereuse contre le roi de Portugal, Alphonse V, qui prétendait épouser la Beltrâneja et qui avait même pris par avance le titre de roi deCastille; mais ils finirent par l'emporter et la Beltrâneja se retira dans un couvent à Goïmbre en Portugal (1479). La même année, à la suite d'une guerre contre Louis XI, roi de France, qui retenait le Roussillon, Juan II d'Aragon mourut et Ferdinand, son fils, prit possession de la couronne sans difficultés. De ce moment la nation espagnole pouvait se considérer comme réunie sous un seul gouvernement, bien que Ferdinand et Isabelle fussent chacun en son nom propre, l'un roi d'Aragon, l'autre reine de Gastille.

Deux grandes idées remplissent jpresque entièrement le règne des Rois Catholiques : — ce titre leur fut'conféré solennellement par le pape Alexandre VI en récompense de leur zèle pour la défense de la foi — mettre fin à la domination des Mores en Andalousie, soumettre aux lois générales du royanmp

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la noblesse turbulente et indisciplinée. Abu- Abdallah ne possédait plus guère que Grenade quand sur son refus de s'en défaire, Ferdinand à la tête d'une armée de 60,000 hommes, Télite de ses royaumes, vint mettre le siège devant la ville (1491); elle était flanquée de plus de mille tours, etr malgré les guerres civiles qui l'avaient inondée de sang el!e renfermait encore 200,000 âmes. Aussi Ferdinand se contenta de la bloquer. Enfin au bout de neuf mois, pressés par la famine, battus le plus souvent dans les petits combats qui se livraient sans cesse sous les murs, abandonnés par leurs coreligionnaires d'Afrique qui ne tentèrent rien pour les secourir, les Mores furent contraints de capituler. Les conditions qu'on leur fit furent encore assez douces; ils conservaient avec leurs lois le libre exercice de leur culte. Abu-Abdallah reçut en échange de Grenade de riches domaines dans les Alpujarras où il put se retirer avec sa famille, mais il ne tarda pas à les vendre pour passer en Afrique. Bien que le malheureux prince ait été accusé par plusieurs historiens de manquer de courage personnel, il se Ht tuer en combattant pour son parent le sultan de Fez. Ainsi se termina en 1491, la domination des Arabes dans la péninsule ibérique : elle avait duré près de huit siècles depuis la conquête de Tarlk. L'année même de l'entrée des Rois Calholiques à Grenade, Christophe Colon, sorti du petit port de Palos en Andalousie avec trois caravelles montées chacune par 30 hommes environ, au bout

de deux mois et neuf jours d'une pénible navigation « découvrait le Nouveau-Monde et le donnait à la Caslille (1492). La reslilution du Roussillon et de la Cepdagne par Charles VIII, roi de France, avant son expédition d'Italie, continua l'année suivante cet enchaînement de prospérités.

Fort de ces succès, Ferdinand jugea le moment venu de mettre à exécution son second dessein qui offrait peut-être de plus sérieuses difficultés. En dépit de son caractère absolu, il avait fort bien compris que pour réduire les seigneurs et les plier au Diveau de la loi commune, il fallait s'appuyer SQrh bourgeoisie; il encouragea donc et fortiûa la ligue des villes en étendant leurs droits et leurs franchises. Les tribunaux purent exercer leur juridiction sur les nobles comme sur les vilains; plusieurs grandes familles furent forcées de restituer ce qu'elles tenaient de la prodigalité des deux derniers rois, et Ferdinand, avec l'agrément de la cour de Rome, pour qu'il n'y eût plus dans le royaume d'autre grand pouvoir que le sien, se fit donner la maîtrise des ordres militaires de Santiago, d'Alcantara et de Galalrava. La puissance dangereuse de la noblesse était domptée.

Pendant ce temps, comme si la fortune se repentait de ses faveurs, d'affreux malheurs domestiques fondaient sur la famille royale presque sans interruption. Quatre enfants étaient nés du mariage de Ferdinand et d'Isabelle : un fils et trois filles. Le fils

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et la nile aînés moururent coup sur coup et leurs descendants ne leur survécurent que peu de temps ; la seconde fille Juaua, épousa Philippe le Beau, archiduc d'Aulricbe et donna le jour à un Qls qui fut nommé Charles (1300), el devint dans la suite le célèbre empereur Charles- Quint. Mais cette union ne fut pas heureuse. Philippe dédaignait ouvertement sa femme quoiqu'elle l'aimât avec passion, et la pauvre femme, dont la tële n'avait jamais été bien solide, ne mérita que trop à partir de ce moment le surnom de Jeanne la Folle sous lequel elle est connue dans l'histoire. Itestnit la troisième fille, Catherine d'Aragon, mariée en secondes noces avec Henri, prince de Galles, qui plus lard régna sous le nom d'Henri VIII : on ne connaît que trop sa triste destinée.

La reine Is.ibelle ne put résister à tant de coups qui brisaient ses plus chères alfections ; elle mourut de chagrin laissant par ses dernières dispositions le gouveruemenl enlre les mains de Ferdinand d'Aragon jusqu'à la majorité de Charles, son petit-Qls. Isabelle savait sa fiile Juaua trop incapable de régner et le caractère dissipé de son gendre ne pouvait lui inspirer aucune confiance (lo04). Cependant Philippe, soutenu par les nobles mécontents, réussit k s'emparer du pouvoir en Caslille et renvoya Ferdinand dans ses Etats d'Aragon; mais à peine avaitil pris en mains le gouvernement, qu'il mourut à riiirgos aprt'i une courte maladie. Les grands de

DE L'UISTOinS DB L'ESPAGME I^Q

Castille ne parvinrent pas à s'enlendre pour conslituet la régence pendant la minorilé do rinTanl f ^

Charles; le fl6au de l'anarchie menaçait de nouveau l'Espagne quand le parti des amis de l'ordre rap- .

pela Ferdinand alors en Italie où le grand capilaino *

GoDialve de Cordoue lui avait récemment conquis le royaume de Naples, et où lui-môme, habile surtoii t au jeu de la politique, nouait et dénouait des alliances, passant des Français aux Vénitiens selon sou intérêt. A peine de retour, il eut bientAt Tait rentrer les turbulents dans le devoir flSO'J). Ferdinand, pen- '

danl les années de 1509 et ISIO, fit la guerre avec sjccès contre les Barbaresqucs : il prit Oran et Bougie que néanmoins l'Espagne ne put conserver. EnBn il s'empara de la Navarre par une de ces perfidies dont il était du resle coulumier. Gaston Phœhiis, comte de Foix, petit-flls et héritier de D- Léo- DorenNavarre, avait transmis sa couronne à sa sœur Calherine, épouse de Jean d'Albret, comte de Périgord. Ayant demandé le passage sur les terres de ce royaume pour uneaniiàe qu'il se proposait, disait-il. de conduire contre la France, Ferdinand essuya un refus; sous ce prétexte, il envahit la Navarre trop faible pour lui résister et l'ajoula à sa couronne d'Aragon, ne laissant aux souverains légitimes que leurs Etats de Béarn, de l'autre côté des Pyrénée-î {1311). Ferdinand V mourut deux ans après; l'enfant qu'il avait eu de son deuxième mariage avei' Germaine de Foix, l'avait précédé au tombeau; par

conséquent toute la succession retournait à Tinfan^ Charles, fils de Philippe d'Autriche et de Jeanne la Folle.

Les historiens étrangers ont généralement reproché à Ferdinand une ambition insatiable et une politique astucieuse et perfide. Il est certain que ce prince qui, dans son caractère et son gouvernement, a beaucoup d'analogie avec notre Louis XI, n'avait ni probité ni bonne foi, et qu'il s'inquiétait peu d'un parjure pour peu qu'il en tirât profil. Mais il ne dut pas tous ses succès à la perfidie, ils résultèrent aussi de sa prudence. Ses maximes familières étaient qu'il faut être maître de soi pour être maître des autres, qu'il faut penser à loisir et exécuter promptement. Il a préparé la grandeur des règnes suivants. « C'est à lui que nous devons tout, » disait Philippe II. Si maintenant il se montra peu reconnaissant envers ses plus loyaux serviteurs, s'il ne sut pas récompenser dignement des hommes comme Colon ou le Grand Capitaine, on doit reconnaître aussi que les mœurs inquiètes des nobles de l'époque étaient bien faites pour mettre un souverain en défiance et dessécher l^ cœur le plus généreux. Sous son règne, les lettres et les arts dont l'éclat, pendant tant de siècles, avait été obscurci par la gloire militaire et les travaux guerriers, commencèrent à refleurir. Parmi les poètes, nous citerons Juan de Mena (1412-1456) et le marquis de Santillana (1398-1458) qui avec Jorge Manrique contri-

buèrent beaucoup au progrès de la langue espagnole; puis Juan de la Encina (1468-1534), le premier auteur de saynètes qu'il jouait lui-même de-> vantrinfant D. Juan, fils des Rois Catholiques; — parmi les écrivains en prose, Hernando del Pulgar (né en 1436), le vaillant chroniqueur qui maniait aussi bien la plume que l'épée.

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