LES PRINCES A BATON^E
d'Etrurie (1). Escoïquitz, décidément subjugué par l'Empereur, croyait tout effort désormais inutile. On trouva un moyen dilatoire : ■ Ferdinand VII ■ par une lettre à sou père lui remettrait la couronne; mais n'ayant pas le droit de disposer de l'Espagne sans le consentement de la nation, il poserait la condition formelle que celte restitution volontaire fût faite devant les Corf^s dûment convoquées et assemblées (2).
Cbarles IV apporte celte missive à l'Empereur, qui sur-lecbamp lui dicte en réponse la lettre fameuse : « Mon fils, les conseils perfides qui vous environnent ont placé l'Espagne dans une situation critique, elle ne peut plus être sauvée que par Napoléon (â)...> Voilà le ton. Puis vient une longue phraséolofjie sur le procès de l'Escurial, les traîtrises de l'Angleterre, les trabisons des fjardcs du corps au palais d'Aranjuez, les intrigues de feu la princesse des Asturies; enfin l'affirmation nouvelle des droits royaux de Charles IV non abdiqué*, et de l'indignité de Ferdinand que sa conduite prive de la succession légitime. Çà et là, des maximes politiques qui sentent les scribes césariens : » Tout doit être fait pour le peuple et rien par lui. ■ Mots et idées aussi éloignés de l'esprit du pauvre Ghurles IV qu'il est possible de l'imaginer. — Le lendemain. A son tour, la petite u Cour ■ de Ferdinand avait rédigé une longue réponse qui ne manquait ni de dignité ni d'adresse : le prince rappelait les injustices et les fautes qui avaient attiré sur Godoy la colère des Espagnols, il en prenait à témoin l'Empereur et sa lettre récente (4); il redi-
(1) Mémoire» du marquii d'Aytrbe, p. 3,
(!) Cette lettre e*t datée du 30 avril ou da 1" mai, elle e>t contreaignée parCeTallot, Le prioce propoie de gouTeraer comme • Lieuleosnt ■ de iod père, et ilipale que Cbarlei IV, l'il rerieut à Madrid, ■ D'amioera poiot a*ec lui Ie> penonne* qui mériUDl k jotts titre la bune de 11 tulion • .
(3) Leitn du S mai 1S08.
(Vj Lettre du 16 avril 1808 : • J'ai reçu la lettre de V. Altaaie; elle doit avoir acquii la preuve daoi lea papien qu'Btle a eui du Boi aon pire, de l'inUrèl que je lui ai tonjonra porti... •
mS L'ESPAGKE RT NAPOLEON
sait combien Charles IV avait pnro sincère dans son abdication, la gatisfoction qu'il en avait exprimée à tout le corps diplomatique ; comment lui-même, Ferdinand, n'élait Tenu à Bayonne que sur les promesses solennelles, formelles, réitérées de Mural et de Savary, assurant tous deux que l'Empereur l'y reconnaitrail pour roi d'Espagne; avec fermeté il renouvelait sa proposition de convoquer les Cortès sur le sol national, alors il remettrait le pouvoir entre les mains des représentants de la [latrie. Si le vieux monarque persistait à croire que ses infirmités et son Age devaient le condamner au repos (et l'Espagne lui offrait un asile plus digue et plus sur qu'aucune contrée au monde) , son fils exercerait la Régence. La situation actuelle devenait très claire : il n'était question rien moins que a d'exclure pour toujours leur famille du trône d'Espagne et d'y mettre à sa place la famille impériale » . Cette substitution ne pouvait avoir la moindre légitimité sans « le consentement de tous les ayants droit à la couronne « , et nul ne l'eslimerail sincère et libre, faite sur un sol étranger ( l).
Réfuter ces déductions semblait difficile; brusquer les événements l'était moins. Ce même jour, Godoy. intermédiaire soumis entre ses maîtres et l'Empereur, faisait signer à Charles IV la nomination du grand-duc de Berg comme lieutenant général du royaume; on pensait écarter de la sorte celle Régence dont parlait Ferdinand et jeter le pont entre le Roi qui allait abdiquer la couronne et l'Empereur qui devait la recevoir. — En effet, le lendemain matin, 5 mai, sans autre forme de procès, un traité cédait à Napoléon tous les droits de Charles IV sur l'Espagne et les Indes.
On se préparait à se réjouir réciproquement d'une solution aussi simpliste, quand, l'après-midi même, les nouvelles arrivées de Madrid arrêtèrent l'élan de cette salisfection.
(i) Lettre du 4 mù 1808.