‹ L'Espagne et Napoléon (volume 2)Chapitre 16 sur 78 · LE DEUX MAI MS · texte numérisé non relu

LE DEUX MAI MS

Victoires et les plua fentalaistes; chaque parti Toulaot, à son gré, grossir les dangers courus ou les ennemis terrassés.

Je ne cite que pour mémoire uue lettre de la duchesse de Uontmorency à Talleyrand, écrite de Bayonne )e 5 mai, au moment même où parvint la nouvelle; elle répète les oo-dit de la première heure : 10,000 Espagnols tués contre 17 Françaîsl — Le Moniteur (il mai) accuse •• plusieurs milliers* de victimes. — Napoléon, écrivant à son frère Jérôme (6 mai 1808), parle de 2,000 Espagnols; mais il joue A la vantardise. — Une lettre anonyme, à nos Archives des affaires étrangères, dit : ■ 1,500 à 2,000 Espagnols tués, 25 Français morts, 50 hiessés. ■ — Vantai de Carrière donne un chiffre analogue, mais porte nos perles à 200 hommes. — Marbot parle de 1,200 A 1,500 cadavres, mais tout son récit est fantaisiste. — Le comte de Toreno, 1,200 aussi. — Murât s'était vanté que tes mametucks avaient, A eux seuls, foit tomher 100 tètes et que le 3 mai an matin il y avait 200 fusillés dont 2 prêtres; il annonçait un peu plus tard une perte totale pour les insultés de 600 hommes et pour nos troupes : 31 morts, dont I officier; III blessés, dont 12 officiers. — M. Thiers est plus modéré : 400 Espagnols, 100 Français. — Le Conseil de Castille n'avoua que 320 victimes dans la population de Madrid. — Arias, renversant les proportions vraisemblables, abaisse ce chiffre à 300, mais, pour les nôtres, monte jusqu'à 1,700. — Cbemineau : 200 révoltés, 500 soldata. — Napier, bien mal renseigné sur Tévénement, quoiqu'il dise s'appuyer sur le témoignage du baron Larrey, donne moins de 120 Madrilènes et plus de 700 Français, dont 70 hommes de la garde. — Llorenle précise: 103 Espagnols tués, 54 blessés, 35 disparus.

Et il semble que ce soit lA à peu près la vérité. J'irai la demander tout entière è un document inédit d'une inconles-

toi L'ESPAGNE ET NAPOLEON

Uble valeur, qui se trouve aux archives de Madrid (1). Il est impartial, dc contenant que des chifires : c'est le recensement des décès, fait à Madrid dans la semaine qui a suivi le â mai, sur l'invitation de l'aulonté française, mais sur l'ordre du Conseil de Gastille et par les soins de magistrats espagnols. Les alcades de chaque quartier (sorte de commissaires tle police) ont relevé les noms sur les registres de paroisse et complété leur liste par des renseignements pris sur place et sur l'heure. Nous avons ainsi le nom, la profession, le total des victimes, certifiés de la main de chaque alcade; rien de plus officiel, de plus sérieux, de plus décisif : 185 morts et 10 hiessés connus. Le détail de leur condition sociale n'est pas indifférent : 2G ouvriers, 16 domestiques, 13 marchands, 9 gardes de l'octroi, (> employés, 5 personnes de professions libérales, ï hommes du monde, 2 officiers, 2 soldats, 2 avocats, 2 mendiants, 1 prêtre, I paysan et 8 femmes, dont la veuve d'un capitaine d'artillerie.

Voilà bien, prise sur le vif, la physionomie de l'émeute, et l'on voit combien le soulèvement demeura circonscrit dans -les classes populaires; les petites gens furent les plus nombreux à risquer leur vie, dans la logique et l'ardeur de leur patriotisme. Peuple aussi, les paysans sabrés sur la route de Tolède : grossiers, brutaux, féroces peut-être, mais toulremplis de cette mAle simplicité qui feit les héros, de cette force obstinée qui engendre ies martyrs. Leur politique n'était pas compliquée : opposer le rempart de sa poitrine au choc des baïonnettes étrangères et frapper de tout son bras l'envahisseur de son pays. Le nombre de leurs morts est plus malaisé A retrouver dans l'éparpillement des hameaux de la plaine qu'au milieu des paroisses de la capitale. Peut-être bien fut-il de 100, et les ajoutent au total légèrement, mais logiquement arrondi,

(1) BiUiothique nationale de Madrid. — Maouicrîli, P. V. 8-73. — Voir ■ui Appendice!, X.

LB DBDX Mil WS

de 200 morts pour les Madrilènes, on doit conclure que les Espagnols ofFrirëut 300 victimes en holocauste sur l'autel de la patrie. Pour les troupes françaises, les cbifFres (145) fournis par le duc de Bei^ sont certaiaemeiit exacts; les contrôles des régiments sont probants.

Les Espagnols, dans Tamerlumc de leurs souvenirs, ont gardé à Murât une haine vigoureuse, et l'ont placé, à c6té de Napoléon et de Godoy, dans cette trinité infernale qu'ils apprirent à maudire à leurs petits enfants. Les plus modérés de leurs historiens l'accusent de préméditation avant le 2 mai, de cruauté dans le combat, de férocité dans la répression. Exagération d'un patriotisme ulcéré. A lui refuser tout sentiment généreux, il reste qu'un motif supérieur, celui de son intérêt, éloignait Murât de la violence : visant la couronne d'Espagne, il avait pour règle de ne point s'aliéner les Espagnols, et tout, dans sa conduite cauteleuse, vacillante, molle, révèle cette pensée. Il ne pouvait vouloir l'émeute du 2 mai, il ne l'a pas voulue. Dans son oourroux de voir une échauffourée tourner à la révolution, il a été violent, emporté, barbare, comme un homme qui n'est plus maitre de soi Avant son ambition même, un sentiment dominait sou cœur: l'obéissance à Napoléon; c'est pour y être Kdcle qu'il a été impitoyable. Il n'a pas su prévoir le soulèvement; furieux de constaler son imprévoyance, il a passé sa colère sur les hommes tombés entre ses mains par le sort des armes. Peut-être prétendait-il, par une répression immédiate et terrible, arrêter sur les lèvres de l'Empereur les sarcasmes, les reproches. Eu même temps que la nouvelle de l'insurrection, il veut que parvienne à Bayonoe l'annonce du châtiment. Et il frappe. C'est un brutal, ce n'est pas un bourreau.

De cette malheureuse journée, la responsabilité pèse sur Napoléon, dont la félonie blessait tout un peuple; elle rejaillit sur Murât, trop docile et très grossier instrument. Attaqué par

une foule surexcitée, il s'est défendu; là il est Fort excusable. Nos soldats, assaillis arec une féroce bravoure, ont répondu arec la violence du courage. Les fusillades, au soir du combat, étaient superflues; le lendemain, elles étaient condamnables. Du dos de Mayo, les Espagnols ont mené pendant six ans la pompe funèbre en de sanglantes représailles. Dans la dignité de regrets qui réparent une injustice, il appartient aux Français d'apporter un hommage aux morts tombés pour le point d'honneur. Sans honte et sans fracas, ils déposent leur couronne sur le sépulcre où dorment les victimes de la fureur passagère des deux nations.

C'est au plus loin du théâtre des événements que se fit sentir la répercussion la plus profonde. A Bayonne, de telles nouvelles émurent jusqu'aux entrailles les intéressés (I). Que le sang ait coulé, Napoléon n'en pouvait prendre grand souci, un soulèvement lui avait toujours semblé une solution désirable, il écrivait à Murât : ■ Si le peuple vous pousse, il faut le laisser faire (2) . » Son premier mol en répondant au récit de la lutte du 2 mai est : • Je suis fort aise de la vigueur que vous avez mise (3). ■ Pour lui ce n'était qu'une secousse un peu brusque foisant vaciller davantage la couronne d'Ës-

(1) La dipeche de Murat (datée da 1 mai, 7 heure* du *o>r) fut portie k franc Strier et arriva le 5 mai dant l'aprii-midî. L'Empereur la reçut d«« maiat de M. d'HaoneDcourt, capilaiue dei chaMe*. ton ofRcier d'ordonnance. Il Faut Doter ce détail pour récuier ici lei louvenirt de Harboi qui a'al- Iribue à tort cette miiiioD dani uo récit fantaiiiate.

(1) S9 «Tril 1808. Recnei] Leceit».

(3) 5 m*! 1808, Correipondance, t. XVII.

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pagne; il importaît seulement de la saisir au roi avec la maia II se rendit sur l'heure ches Chartes IV après y avoir convoqué les Infants. A la suite du récit emphatique de l'émeute de Madrid, il se laissa aller à une indignation d'autant plus vive qu'elle était factice; la terreur de ses auditeurs fut son premier succès. Les u Vieux Rois » ne virent qu'une chose : l'Empereur, de qui ils attendaient tout, était irrité, il fallait coAle que coûte apaiser l'Empereur. Ils entendaient rejeter la responsabilité du massacre sur les partisans et même lesordres secrets de Ferdinand, ils s'empressaient de se ranger facilement à une opinion qui écartait d'eus la foudre pour l'amasser sur la tête des amis de leur fils, leurs ennemis. — • Le sang de mes sujets a coulé, criait, très douloureusement ému, Charles IV, et celui des soldats de mon grand ami Napoléon! Tu as eu part &ce saccage! h Et dans son excès le vieillard, appuyé sur son fauteuil, brandissait sa canne. — Prompte, fébrile, animée, Marie-Louise, debout, jetait à Ferdinand les apostrophes qu'elle cherchait les plus acerbes, les plus dures, les plus outrageantes; dans sa fureur, sa bouche lança ce mot déshonorant entre tous : ■ bâtard! « — Et c'était sa mèrel

L'Infant demeurait sans mouvement, sans regard et sans voix. Son embarras le clouait sur son siège, la présence de Napoléon le paralysait; ses courriers, il le savait, étaient interceptés; jusqu'à quel point l'Empereur avait>il pénétré dans le secret de ses lettres? Par deux fois il venait d'envoyer à Madrid des instructions... contradictoires : par don Juste ibar Navarro il avait, se sentant à la merci de l'Empereur, recommandé, pour ga sûreté personnelle, le calme et la paix. Puis, ce matin même, 5 mai, répondant au messager de la Junte, Ferez de Castro, qui avait pu pénétrer jusqu'à lui, il ordonnait, brûlant ses vaisseaux, de convoquer les Cariés, dès qu'on pourrait, où l'on pourrait. Don Ferez avait-il été

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arrêté? La nouvelle du soulèrement à Madrid seraiuelle un piège impérial? — Par quelques mots entrecoupés, il protesta ignorer la révoile qu'on lui apprenait etavoir toujours recommandé la bonne entente avec les Français (I). Cette apathie banale redoubla, la fébrilité de la Reine : ■ Te voiU bien; quand ton père et moi voulions l'adresser des conseils, tu ne répondais que par le silence de la haine, n — Et à elle seule, parlant pour tous, elle reprenait en exclamations virulentes : Perfide, traître, Uche! cœur de tigre! Il voulait déshonorer, assassiner, découronner ses parents! Que l'Empereur le fasse conduire à l'échafaud!

A ces imprécations désordonnées. Napoléon, d'abord rouet par volonté, puis par surprise, intervint. Laissant les querelles et les reproches, écœuré de cette scène affreuse il tira la conclusion nette et pratique- A travers les cris tremblants, les exclamations colériques, la parole sérieuse est prononcée : • Si d'ici à minuit vous n'avez pas reconnu votre père pour votre roi légitime, et ne le mandez à Madrid, vous serez traité comme un rebelle* Et chacun sort de ce salon, soulagé de n'être plus sous le regard d'aulrui.

Il Faut donc que le prince des Asturies accède A la déchéance de sa maison Le 6 mai il remet entre les mains de Charles IV la déclaration de soumission imposée. CeUe couronne que ces malheureux Bourbons s'abandonnent et se reprennent, les Bonapartes la possèdent déjà. On a inscrit sans retard sur le parchemin officiel les clauses du traité dont les deux seules conditions sont l'intégrité du royaume et le maintien de la religion catholique. Le prince de la Paix, qui tenait quelque peu la plume, n'a pas manqué de faire stipuler que les pro-

(1) Dd momonge n'eut pcut-ilrc p» coûté ï PerdiaRDil, miii il ditait vrai pour iod irre*poii*abi1itâ dao* l'affaire du S mai. Ce joiu^lt li JudU de Madrid détail èire encore *ou( l'imprcMioD dei conaeilt de paix ï tout prix qae lai avait portti Ju*lo Ibar NaTarro arrivé dam la capiltle, non moi difGcuIit, mai* i bon port.

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priétés B des sujets fidèles ■ leur seraient rendues. Puis vieuaeat les ■ garanties > : en échange de l'ancien royaume de Gbarles-Quint, le ch&teau de Ghambord et son parc, 6 millions de rentes, et 400,000 francs à chacun des Infants. — Celte équivalence était elle-même un leurre : quelque argent parcimonieusement chicané, une prison à Valençay, une maison à Marseille représenteront avant la fin de l'année toute la compensation promise. • — Enfin, le 10 mai, dans un dernier fratV, abdiquaient leurs droits éventuels LL.AA. RB, le prince des Asluries, don Carlos, don Antonio et don «Fran^ cisque ■ comme le nommait cet étrange acte diplomatique. Regardant ■ le plus gros de la besogne comme feit (1) b, Napoléon s'occupait des détails afin que la > convention « ne fût vraiment pas onéreuse : il autorisait le chambellan Gillerueloàaller cherchera Madrid la garde-robe des princes et prenait ses mesures pour faire acquitter par le trésor espagnol leurs dépenses à Bayonne (3). A côté de ces lésineries que l'on regrette, ce soldat heureux décrétait que ses victimes auraient en face de l'Europe l'air de goûter tranquillement les plaisirs du monde et viendraient parader aux réceptions de Marrac (3). Ferdinand était de nouveau traité en prince royal et quand il vit la garde sortir û son passage et les tambours battre aux champs, ce lui fut une

(1) Utlre à T-lIeynnd, « mai 1808.

(1) Cfcampagn; i U Foreit, 8 mal 1808, toI. «74, fol. tW.

|3) • Iica prince* Espaf^oli K trouvaient qaelqacfoii chez l'Impénlnce avant l'heure de« entrée! particulier»; cellea-ci alteDdaienl alort leur départ dam un petit aalon qui aervait ordinairement à prendre le thé. L'impreuion de leur manière de aaluer et de recevoir lei préienlalion*, qui élail celle de tou* lei prince) d'ancienne* maitoni, iniie en coniraite avec l'horreur de leur poaition, qu'il* ne paraiuaient guère apprécier ni aentir encore dan* toute *on étendue, en un louvenir qui ne laurait leffacer. Le roi Cfaarle* IV, avec la Reine et leur iniéparable don Manuel Godoy. n'alaaient guère i Marrac qu'à l'heure du déjeuner de l'Empertur, dont le Roi l'arrangeait pour en hirt iod copieux diner. ■ Comte dr SiiNFrT, SSémoiitê, p. M.

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çrainde jcne ^1). C« MMiqwe de digoité, «n pareille cÎKOOttance, et leur {adlité apparente â abaadoMwr leur patrie 4eT84«n( déconsidciter let Beui^m «uprès de levrs anctene «ttjeU ; le chois intciMîoiHiel 4e prenilre Gadey comme ioteN médiaire ofiieiel (aMaît rejaillir tur «uk vm inipopufaritë et ie mépris qu'il inspirait (2). P'cnÂaal ies 4faelq»eB jowrs nécessaires ]Kiiir réçier leur dopait, une «urreillance étroite «mpAchait toute tcatativc d'évaaion. Un «sir i;|»e le prince des Asturice trat«rsa<t à pted la «e •qui séparait la demeure de «on frère de la sieniie, dci gendarmes démises l'arrètéreMt et l'un d'eux porta la main nr lui. Napoléon bltma ce lèle qni ■ gîtait toot • . (1 brusqua l'éloigneoicnt d'ane frontière trop rapprochée. Mêlant, arec l'incroyable désin- Toltnre de 4'homme qui se sent tout permn, la ruse é la violence et l'ironie à la menace, il joaait la com^ïe avec ses « bôtcB ■ et aotour d'eux. Ne prescnvait-il pas au préBet des Basses- Pyrénées d'haranguer Charles IV i ea sortie de Bayonne et de le Céliciler! Par fortuoe ce préfet se troa- Tait «tre un homme d'esprit, c'était le marquis de Casiellaoe, la pèm du futar anaréchal; il toaroa un petit oomplt- Boent qui pouvait se rcSMcncr ainsi : «Je tous souhaite uo bon voyage. ■ — Et l'esceilent monarque le remercia, le priant d'assurer l'Empereur qti'il serait toujoun «on ami sincère et fidèle allié (3).

Le 12 mai, un assez long convoi, échelonné sur la route de Paris, cmmcnaii donc Charles IV, Marie-Louise, le prince de la Paix cl la petite duchesse d'Alcudia.^sa fille. A Bordeaux, la première grande ville, les autorités, dans leur bonne foi, rendirent des honneurs royaux i de si grands amis de l'Empe-

(IJ Amrnai Jh ■urc'cfta/ Ar Camllmne, t. i, p. 1«.

{%) La ForeM 1« <tit (bnn«flea>eM fe CbtaipsgBr (18 ]«!> MOS)Mil ajoute : < Il ae iieale pJo* qo'k colorier {tic) d^ToraMameM le T™té da prioee et» AfMriet «( <t«« lahmtt • . V«l. 675, ^ Itt.

(3) Journal du maréchal de Cailellant, t. I, p. SI .

reur. Mars Phetnpt des apparenices était -dëji parssé*. Hapoléon Irouva mauvais ce taste désormais inutile; il eut soin de rester le diapasoa de rcnthousiasme el la profondeur xles réT«i«n«e8^1.). Lc< Irifants liirent traités av«c phis de sans* hçon : le château de NavMi« près Érrevx, qui lesr ^l«H pPMbis, «e « tïWiffiit pa« en état hèbilaMe; l'Emperttir sVvîsa «brs d'un de ces tou« dont sa bonne humeur, après uDe si hal>ile campagne, multiplia les manifestations à cette époque de sa vie. 11 contraignit Talleyrand, revêtu de toutes l«t chMBHivures 4e prince,^ ^ra*d diamliellaii, d« vicegiOTri éfeotCfur>A endM»^ la livrée d'«abei^st«<e4 la taMrque de fjeôlier. La lettre où il loi liomQait celte mission n'a point été insérée dans la Correspondance ofKcielle (2); la réponse du prince de Béoévent repoM encore dans les carions des Archâves aaitîeaales. Ce double motif mt porte à les reprodvire intégret«tiieni ;

BajMne, 9 nai 1808,

Le prince des Asturies, l'in&nt don Antonio son oncle, 1 în&nt don Carlos son frère, partent mercredi d'ici, restent vendredi et samedi à Bordeaux, et seront mardi k Valençay. Soyez-y rendu lundi au som-. Mon chambellan Tournon s'y rend on poste pour

(1) > Il ne fiut faire lircr le canon pour le roi Chaile» ni ïOrlisni, ni i, Fontainebleau, ni ï Compiègne el encore moini )i Paria. Pendant aon séjour i FiMitftHrcUcMi, il t>ccA|)en le* ■ppttTtenieMt'du R>< ^e HoHabde. On ponrraii le legier à ««« knivée à Oon^rt^e dam xm 4m lagem«nH deiiidéa «ai roia élranjcrft, «mm le pr^lcMe que lea grasd» a^ftaneucnti ne aonl pa« turangij», Imenaiblement, il prendrail l'habitude de ce logement; et je^ ne >erai point privé du palaii où je pourrais aller pour le teinp* de> grande* chauea.

' 11 Nt nratilie tjm h» dames qui n>ni \ li'ovtaînebleai], pour recevofr la R«ilÉ«, <f irtitMi, ai «« n'eat uWe èa deux, aï «ela lesr coavittal, or c«< ^enf' li «Dt Urne «atnUre d« Titre ai dilfereBte de k n^tre^ et d'ailleurs la Heine, De quittant jamaia le Eoi, cea dames seraient peu auprès d'elle. — Marrac. 16 mai 1808. — NiVOLBOK, > Noie pour U maréchal Duroc.

Bibliodièque nationale, Msnutcn'tt, fonda trançaia, n* 6SM.

(t) EH* a Ai publiée pu H. Lbcbstve, ttttfet inéilitti de Napoléon P*. I, IMk

S13 L'BSPACNE ET NAPOLÉON

tout préparer pour les recevoir. Faites en sorte qu'ils aient là du linge de table et de lit et de la batterie de cuisine, lis auront huit ou dix personnes de service d'honneur, et autant ou le double de domestiques. Je donne ordre au général qui foil les fonctions de premier inspecteur de la gendarmerie à Paris, de s'y rendre et d'organiser le service de la gendarmerie.

Je désire que ces princes soient reçus sans éclat extérieur, mais honnêtement et avec intérêt, et que vous fassiez tout ce qui sera possible pour les amuser. Si vous avez un théâtre à Valençay et que vous fassiez venir quelques comédiens, il n'y aura pas de mal. Vous pourriez y hire venir Mme Talleyrand avec quatre ou cinq femmes. Si le prince des Asturies s'attachait h quelque jolie femme, et qu'on en fût sûr, cela n'aurait aucun inconvénient puisqu'on aurait un moyen de plus de le surveiller. J'ai le plus grand intérêt i ce que le princedes Asturies ne fasse aucune fausse démarche; je désire donc qu'il soit amusé et occupé. La farouche politique voudrait qu'on le mit à Bitche, ou dans quelque château fort; mais, comme il s'est jeté dans mes bras, qu'il m'a promis qu'il ne ferait rien sans mon ordre, que tout va en Espagne comme je le désire, j'ai pris le parti de l'envoyer dans une campagne, en l'environnant de plaisirs et de surveillance. Que ceci dure le mois de mai et une partie de juin, alors les affaires d'Espagne auront pris une tournure, et je verrai le parti que je prendrai.

Quant à vous, votre mission est assez honorable : recevoir trois illustres personnages pour les amuser est tout à fait dans le caractère de la nation et dans celui de votro rang. Huit ou dix jours que vous passerez là avec eux vous mettront au feil de ce qu'ils pensent et m'aideront à décider ce que je dois taire.

Les brigades de gendarmerie seront renforcées, de manière qu'il y ait 40 gendarmes, pour être certain qu'on ne l'enlève pas, et mettre obstacle à sa fuite. Vous causerez avec Fouché, qui enverra des agents dans les environs et parmi ses domestiques. Car ce serait un grand malheur que, de manière ou d'autre, le prince fit quelque fausse démarche. Il foudrait une garde au château. J'ai pensé que !a compagnie départementale pourrait fournir un poste.

Par le traité que j'ai fait avec le roi Charles, je me suis engagé à donner à ces princes 400,000 francs par an. Ils ont plus que cela de leurs commanderies; ils auront donc à eux trois, 3 millions.

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Si VOUS pensez, pour leur foire honneur, et pour toutes sortes de raisons, avoir besoin d'une compagnie de grenadiers ou de chasseurs de ma garde, vous en causerez avec le général Walther, et vous le ferez partir en poste.

Napoléon.

Que Talleyrand ait senti l'opprobre d'une pareille mission, ta Bnesse de son esprit ne permet pas d'en douter, et le rôle assigné avec tant de dédain à sa femme ne lui écliappait pas davantage. Mais il ne dit mot, ainsi que l'avait prévu l'Empereur. Son adresse ironique afFecta la plus entière satisfaction :

Presque aussitôt après la lettre de Votre Majesté, les ordres qu'Ëlle m'a fait adresser par M. le grand maréchal me sont parvenus et la lettre du 9 mai, par laquelle Votre Majesté les confirme eu les modifiant. Je répondrai par tous mes soins à la confiance dont elle m'honore. Mme de Talleyrand est partie dès hier au soir pour donner les premiers ordres à Valençay. Le château est abondamment pourvu de cuisiniers, de vaisselle, de linge de toute espèce. Les princes y auront tous les plaisirs que peut permettre la saison qui est ingrate. Je leur donnerai la messe tous les jours, un parc pour se promener, une forêt très bien percée, mais où il y a très peu de gibier, des chevaux, des repas multipliés et de la musique. 11 n'y a point de théâtre, et d'ailleurs il serait plus que difficile de trouver des acteurs. Il y aura d'ailleurs assez de jeunesse pour que les princes puissent danser si cela les amuse.

Je préviens l'inspecteur de la gendarmerie de tenir au complet sa brigade de Valençay, l'invitant à avoir quelques postes aux environs et à donner aux gendarmes l'ordre de veiller attentivement, sans en avoir trop l'air (I).

En pénétrant peu à peu dans chaque province espagnole, le bruit des événements du 2 mai est grossi par un perpétuel (1) 13 mai 1808. AF IV, 1680. Voir : App«ndtcri, XI.

éobi» : a«ttf W Mlsildu Hidi la poudie Mt B«^t*v l'^twoelle to[»J»e et l'incend4e Aa«tbo!«. Lee paycftRS mkrés i Madrid répandent l'alarme dans les environs, te patriotisme ré^pond à leur cri de détresse. El rexpression du soulèvemeat héroïque, généreux, fou, irréfléchi, superbe, se trouve tout entier chez l'ahïade de Mostolès, qw, à qae^e» lieue» de Karméc Frençai«e, rassembTe les bhoureurs de sa bom^ade, prale«t« ((« sa Hd'éMlé à leurs princes et, eomme h ewM^ qoence h plus simple (fea monde, au- totit-puiManl; maifare db l'Europe, it déclare la guerre, hii, cet ateadef

Que faisait Murât? Il agissait par soubresauts, à son b«6t- Lude : le soir du 2 mai sa. proelana^oa déccétant la loi wartûle portait la terreur d«na toute» le» Mnaan»; le laDdantaîo il' hisMt appel à ta concoiide ; le-&, il- aUémiaît se» rigttei»ps et, chose plus facile à denia«<fer qu'à obtenir, » tirait un voile sur te passé « . Soa premier soin avait été de. parfaite tes ordres de l'Empereur, ea envoyant «a France les deraicn ti)«>nj>ccs de U faqwU« ^yalitv l^e 4 mw, il Eetsait partir 1« KÏaa d'Étniri» ea tati» hAlw ^u'eU» laiseailsoB fil»alit« devrière elte; sa course fut sans repos jusqu'à Samo SîerFa; le soir, son frère Francisco l'a rejoignait, escorté, surveillé par te prince de Monaco, aide de camp du dtic de Eetg,. .éjl milieu de la nuii on Eêveilladon AjUojoiapour L'averUr qiu'iX faUaiXajJsai M mettre ea leul». Sai stufùdiié «t aooi apai^Mt hài adouKtiMnt l« choc; il> retrouva ses sena pour-demaBder de t*afgeftt : od lui compta 23,000 pesetas dans sa bourse de voyage, et it griffonna pour la Junte une lettre d'adieu, te seut monument littéraire de sa vie politique et la marque ridicule des lacunes de son cœur, de son patriotisme et de son esprit :

Je porta à la connaissance de la Junte et pour sa gouverne que je suis parti po,uD Bayuaixe par o«diN du UoL, et j'«Bga^ ladite

Ll BEOX HAÏ tti

JoKtoftmatntiier tt nëaie tyMintc toutcamme ai yétûi s« niiàsn d'elle. Porlei-voiu bien. Adiea, Aietticui^ jusqu'à U vaâléedâ JoeapUaL

Antoxio Pascual.

Le terrain ainsi dékarvaBaé de tont rcprégeslanl des Beur- ImmiSt Mumt pvl bcilement déciavcr à la J«Bt« qu'il devcaait »aapràndeDt.I>éjà il était lieut£o*atdu layawe pavlagxte* et GliarlM IV, k» octroyer pour la forme es t^'il pousédatl si pteioMB'wit daas te fond était Mge; toutefois ie oMuinandemeni des becMpe* etpa^paoles panrt mn Mcriiice eseabîtanl k FhoiimeiBr natiaaal, cl dans la léa^gc de nmk teau« âm ftiaist le génénl Oi'Fanili s'élev» coatif « cette deraicae «bdî- CMtiam; Gabaltera e» ceowilia la concesnon pvudeate, at a*o aria l'emporta. Miwat était te maître- aâieiel de l'Espagnefsét. espérances prenaient ua corps. Gliarlas IV cl Le* pouvvira public* lui ooafiaicRt : l'an, le sceptre; lea aoiloca, le glaive. La evurOBfie, luaiir cevtainenicntT ceinpltftcrait la panwe de» aUribata ropux. Ainu Mogcait-iL «aus lea tambria doues dw Pmlaeiê-Xeat où il couckait pooe la prenùirr foie aree «ne joied'eolant.Uvenùtd'éGiiirefrl'Empereor : nG'eatHnedamaveke poktiqtteo|ai ae laûseia phi&d'espoir&persoiiHâstv le retour de» B««rboM, c'est une prise depMsessioD paar ua prince de voire dynastie. <i Sa pensée secrète perce daa» eca lignes de trioBspbe : le •> pria^e de la dynastie « , il sait bien quel il

esL

Od m'élit roi, uioo peuple m'ainie,.

Lei diadèmes vonl >ur ma tèlc plcuvanl.

EkoriuBz, Hmiseigueur, dammtz Eeogtsmps celte nuit To<fale , l'attcoce cDiportera vos songes et le jour voue réreiUera de votee beau cére.

Niapeléon ■• brùiait ■ facilanMmt les beatmea tâeà&éi à sem servies. A supposer que sa pensée ettt nia MoiaA sur la liste des 1 {irélendants m , sa. voloaté l'en elïace, et cwuaie lu

canon de la Bastille avail tué le mari de la Grande Mademoïselle, les fusillades du Prodo firent voter en éclats la couronne du graad'duc de Berg. Le 5 au matin, l'eslafelte de France apportait une lettre de l'Empereur : « Je destine le roi de Naples à régner à Madrid ! •

S'il Fallait une compensation, Napoléon, d'ailleurs, l'ofFrait splendide : Naptes, la Sicile, tout le sud de l'Italie, six roiU lions de sujets. Muret ne voulut rien voir de tout cela. Et par une ironie du sort, par une revanche de la Providence, la lettre qui lui portait ce coup funeste était datée du 2 mai. Ainsi, au jour où il écrasait la résistance, où il risquait plus que sa personne, sa popularité, à l'heure même où il se mettait énergiquement en possession de sa capitale, le mattre disposait de sa propre conquête pour en faire le cadeau à qui n'avait même pas d'enjeu à la partie.

Malgré tout, il était fin, la défense de ses intérêts lui donnait même de la ruse, il fit honne contenance, n'estimant pas tout perdu. Maître réet de la Junte par sa présidence et par son armée, il la ferait parler pour lui. Vis-à-via de Napoléon, il garderait le silence sur Naples, en même temps qu'il lui démontrerait pour Madrid le danger d'une autre candidature que la sienne. Il va donc accuser réception de la lettre impériale, mais avec quelle adresse!

- Ainsi voilà Votre Majesté ahsoluueot souveraine de l'Espagne, puisque votre Lieutenant en a l'autorité... Cette mesure équivaut certainement à une prise de possession pour le prince que Votre Majesté voudra nommer. ■ Et, en incidente, cette phrase à double tranchant : b Je vais travailler d'avance à concilier les cceurs au nouveau roi..., <• dont, au bout de sa plume, le nom reste en blanc. Alors, fort d'une position d'attente, se donnant le râle de l'homme nécessaire, il se retourne vers les Espagnols et fait désigner une commission qui statuera sur les abdications de Charles et de

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