‹ L'Espagne et Napoléon (volume 2)Chapitre 18 sur 78 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LA JCMTE DE BATONNU:

(JuiDJuilUt 1808}

L'Bmpereur *eol façonner l'opioion ■Urm^c de l'Europe : Mt de Tilleyrend auprèi du corpi diplofualtque k Perii : notiee biiloriqne de d'HnuieiiTe i nippon de Champaguy. — Stupeur el^ilence en France. — DéInHementB el travaux de Napoléon. — Le châleiw de Marne; la vie de cour^ lei récepliont; le> excunionii le* revuea. ^

ArrÏTée d«t députa eipagnoli. — Arntie de Joieph Bonaparte. — La Junte; aea membm; >ea léancei (15 juin-T juillet); le», traTauK — La Comlitu- (l'on, — Sci origine* et lei coni^queDcet, — La >Mai*oii> el le tniniilère dn roi Joaeph. — Dépari fioéni : Joieph entre en Eipagne; Napoléon retourne h Pari*.

Entre le départ des princes espagnols (13 mai) (I) et l'arrivée du roi Joseph (8 juin), Napoléon peut mûrir ses projets. Avant tout, il voulait, sur des événements si estraordînaires, imposer la ■ note e au concert des chancelleries. Toutes les Cours avaient l'oreille au guet. Dès le 29 avril, Melternïch donne l'impression d'alarme générale dans cette lettre à M. de Stadion où il développe la nécessité d'une alliance austro-russe comme une position défensive en face de l'envabitsement de l'Espagne :

Le (ceptre de Charles IV ne lui appartient plut depuis nombre d'années -, hible et débile usufruitier de l'héritage de ses pèrei, on l'appelle maintenant, lui et son malheureux successeur, devant un

(1) La reine d'Étruria rejoignit *e* parenu i Compiègne, le 19 mai.

tribunal monstrueux d'une création nouvelle. Un Roi qui n'ose abdiquer en hveur de son successeur légîtime, et le fils qui n'ose régner qu'en vertu de l'autonsation d'un ambassadeur français, ne régnent plus... L'Espagne va sans doute changer de maître; sa cliute n'altère pas notre pusilion ; elle n'ajoute rien à la puis* sance de la France... La chute de ce trône n'est pas une surprise pour moi. Napoléon ne fait que soulever davantage le voile transparent qui couvre se» intenlions générales...

Le ^acas de la chute d'un grand trône est épouvantable, il résonne au loin, et cependant tous les principes n'en sont pas plus lésés que par le passage d'une escouade qui arrache d'un asile sacré un malheureux Bourbon pour le fusiller à Vincennes (I).

Ces sentiments d'inquiétude un peu revéche, quelqu'un se charge de les transmettre à l'Empereur avec une simplicité ironique; c'est Talleyrand, du fond de son h6lel de la rue Saint- Florentin. Il écrit è Napoléon en homme de l'inlimité, il se fait agréable et donne, sous ce voile de la bonne grâce, un conseil retors avec un coup de griffe. Peu & peu il se trouve pris dans ses propres filets, et roélé aux événements dans une posture qu'il n'avait pas rêvée.

Sans paraître trop influencé par la rumeur des salons, il la note, l'exagère et la communique comme une approbation de ses propres idées, comme une force latente massée derrière lui. II est donc possible de concilier l'adulation de sa correspondance avec la critique de sa conversation, critique dont Mme de Rémusat était alors le témoin quotidien : • H était mécontent, blâmait bauteroeut tout ce qu'on hisait et ce qu'on allait faire. « La fine mouche qu'était celte femme, d'un esprit supérieur au caractère, a probablement deviné le secret de ces réticences dédaigneuses : » Dans cette occasion, il se voyait écarté, et pour la première fois, Bonaparte apprenait à se passer de lui (3) ■ .

(1) Mémoire*, t. Il, p. 1(7.

(S) MadaiD* DB RûiDUT, Mémoirti, t. III.

LA JUNTE DE BiYONNB »»

L'alarme chez le comte Tolstoï, ambassadeur de Russie, se confondait avec la jalousie et se manifestait presque publiquement par celte boutade à la table d'un banquier parisien :

Depuis quelque temps j'ai expédié quatre courriers, annonçant le premier l'annexion de la Toscane, le second l'invasion du Portugal, le troisième l'invasion de Rome, le quatrième celle de l'Espagne. Qu'annoncera le cinquième? Je l'ignore.

L'Empereur fui piqué des propos de l'ambassadeur de son allié; et tout en voilant son dépit sous la fanfaronnade, il ne put s'en taire dans l'intimité de sa correspondance : ■ J'ai peine à croire que M. Tolstoï ait tenu le langage qu'on lui prête. C'est un quolibet parisien... Je puis avoir des démêlés avec Rome et avec l'Espagne, cela ne regarde pas la Russie ; c'est pour moi les frontières de la Chine. Je suis bien avec tout le monde et en mesure d'élre mal avec qui vou< dra... Toutefois donnez â dtner quelquefois à M. Tolstoï (■]>>. M. Tolstoï acceptait, mais continuait de fréquenter avec une assiduité peu discrète les irréductibles du feuboui^ Saint- Germain et en particulier le salon de Mme Récaroier, poussant, viS'A-vis de la société bonapartiste, jusqu'à l'hostilité sa froideur auprès de l'Empereur, si bien qu'une querelle avec le maréchal Ney avait manqué se terminer l'épée A la main.

L'espoir d'une pleine liberté d'action aux bouches du Danube pouvait seul arrêter les explications délicates qu'en d'autres temps, la Russie n'eût pas manqué de solliciter. Le cabinet de Sainl-Pétersbourg n'était pas le seul qu'on dût éblouir. De plus en plus, la présence à Paris du prince de Bénévent parut opportune, pour dissimuler le danger sous la gaze habile de ses discours; il se mit en campagne et obtint un succès dont il faisait part à l'Empereur en ces termes :

J'ai vu une grande partie des membres du corps diploma*>que

(i) L«Rra k TtlIeTTud. Bcyonna, X5 «Ytil IBOS.

sse l'espache et napoléon

et leur ai dit ce que V. H. m'avait permis de leur dire. Le> événements de Bayonnc unt excité l'admlfation. Il n'y a à cet égard qu'un sentiment. Les événements de Madrid y ont mêlé une sorte d'impression de terreur que j'ai pu remarquer chez lei ministres même des Cours les plus amies (I).

Malgré H l'admiratloa ■, une apologie historique sembla nécessaire. On en confia l'exécution pratique à la plume alerte de M. d'Hauterive qui s'évertua à trouver des précédents heureux dans les abdications de Cbarles-Quint et de Philippe V (2). Le prince de Bénévenl se donna toutefois le malin plaisir de reclîKcr ■ les dates forcées » et les ossenions par trop fantaisistes que la partialité de Napoléon avait commandées. xOnne peut, disait-il doucement, changer la nature des faits ni la chronologie >. — Un dernier travail tout d'actualité fui ajouté à celle page d'histoire ancienne : un mémoire envoyé par M. de Champagny à nos représentants (Vienne, Munich, Dresde, Saint-Pétersbourg, Stultgard, Copenhague, Gonstaotinople) (3). Le ministre remontait d'abord un peu haut, jusqu'à la Ligue, avec des réminiscences contre l'influence espagnole en France au xvr siècle, puis il faisait retomber sur l'Angleterre toute la responsabilité des transformations dynastiques qui venaient de s'effectuer; jamais le dessein de l'Empereur n'avait été de s'emparer de la péninsule, mais de la soustraire aux ambitions des Anglais. Tous et chacun de nosambassadeurs étaient conviés it mettre à profit ces instructions dans leurs entretiens, gardant toutefois une grande réserve pour le développement de considéralions politiques qu'on ne pouvait point ne pas reconnaitre un peu enfantines. Que les princes d'Europe aient été convaincus du bien fondé de pareilles assertions, il est

(1) 13 mai 1808. AP IV, 1680.

<1) 10 mai 1808, Tot. 674, fol. 356 k 865.

(3) 18 juia 1808, Tol. 675, M. 131 à 141.

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