‹ L'Espagne et Napoléon (volume 2)Chapitre 19 sur 78 · LA JITNTE DE BAYONNE S · texte numérisé non relu

LA JITNTE DE BAYONNE S

permis d'en douter; mais ils demeurèrent dans le silence. Ainsi faisait la France, très ignorante d'ailleurs encore des circonstances et des détails. L'opinion publique, rassasiée de surprises, regarda d'abord les événements avec une lassitude inquiète; on se demandait seulement ce que l'Empereur allait Faire, quels sacrifices nouveaux d'hommes et d'ai^ent seraient imposés, on était las de gloire et désireux de repos, on devinait des intrigues secrètes dont on ne tenait pas le fil, la défiancfî s'accroissait; tout rendait attentif; les flatteurs pouvaient balancer leurs cassolettes, déjà d'autres iiuaf;es que celui de l'encens flottaient tur l'horiiton. Talleyrand, dont j'aime à produire ici les lettres manuscrîlei>, parce qu'elles ne peuvent cacher ses sentiments sous la couleur apprêtée de ses Mémoires, Talleyrand qui le 8 mai chantait vintoire (I), transmettait, le 14, avec la discrétion de son caractère, les échos de moins en moins approbateurs de la grande ville : il appuie autant que sa main adroite le sait faire, et la louche légère de sa plume ne peut paraître significative que parce que c'est lui. Il se montre déjà anxieux; il n'est point homme à ameuter la foule par le tocsin, mais il sonne une petite clochette d'alarme. Rendons-lui la justice de constater qu'elle ne fut point entendue.

L'impression de Paris sur les affaires du midi est toujours la même. Elle a quelque chose de triste qui dans certains esprits va jusqu'à une sorte d 'étourdisse ment et qui parait tenir à la rédaction de la partie a Bulletin n de l'événement de Madrid qui est dans

(t) • Tout l« monde ici idniira U marche que le* JT^nemeDU odI prUe, marche *i heureuse qu'il <Uit impoiiible d'eipérer davantage. Le Tuîgaire mime >e montre bien penuadé que ni celnî qui l'eat laJHé précipiter du Mne, oi celui qui a tenlé de t'y aHeoir ne peuvent maioleuant prileodre k y remonter, et qu'ili l'an tout exclut l'un par la Faible)*e, l'autre par m Tiolence. . — AF IV, 1680.

J'ai publia ce* douze lettre! du prince de Bénéventi l'Empereur : Talltyrand et tel a/fairtt d'Eipagne en 1808 dan* la Revua det ifutttiota hiiloriguei, octobre 1900.

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le Moniteur. Les mots queU/ues milUers (de morts), mus ods expression de regret, ont &ît généralement de la peine. Du reste, i) y a une réflexion que beaucoup de gens font déjà et que tout le monde fera, c'est que cet événement met Bn aux séditions en Europe; et cette idée, qui est dans l'inttfrët de tous les temps et de tout le monde, remplacera l'impression pénible qui domine aujourd'hui (1).

Il serait malaisé d'être plus circonspect, cependant l'arertissenient est donné : nunc reges intelligite. Dans l'intimité des salons le très prudent prince de Bénévent, ■ dévoré par le désir de blâmer n, s'enhardissait à porter des sarcasmes plus ou moins piquants sur l'inhabileté de M. de Cbampagny ou la gaucherie de M. Marel. Un peu retenue parsesdiscours antérieurs, sa critique s'arrêtait à )a manière dont l'alhire était conduite (2).

Mme de Rémusat témoigne qu'il appelait devant elle les

(1) 14 mu 1808, AF IV, 1<80.

(S) > Celle r<£ierve lui ^lail d'autant plu* commandée que l'idje de l'envBbiuemenl du royaume etpaguol et de l'«ipulii«n de I* maiion de Bourbon non leulemsnt oe lui était pai élrangère el n'aTiil jamaii tti bllmie par lui, ma» que, laiTanl toute* le> apparence), la coocepuon première lui en appartenait... Il aura lani doute articulé une phrate qu'il afFectionnait beaucoup, c>r j« la lut ai entendu répéter mainte* et mainlei foi* : • La couronne

• d'B*pagne a appartenu depui* I^ui* XIV à la hmille qui rAgnait lar la

• France, C'ed une des plus belle* portion* de l'hMtage du ^nd Roi, el cet

• liérita{[e, l'Empereur doit le recueillir tout enlier; il n'en doit, il n'en peni

• abandonner aucune partie. • J'ai la certitude que Napoléon a de *on cAlA ■ouvenl prononcé celle même phrate. Ton* deux l'avaient donc également adoptée : k qui de* deux appartient-elle A l'origiaeT San* rien a*aurar. on peut dire au moini qu'elle porte la cacbei de M. Talleyrand. * — Piiocini Mittoire de mon lempt, t. I, chap. iiii.

El dam une note (je la reprodui* d'aulant plu* volontien qu'elle Tiie tout ju*iemeat les documents originaoi dont je cite le texte), la cbaaeelier précise bien où il a puisé sa cODTiction :

■ Depuis que cerj a été écrit, j'ai eu l'occaeioD de parcourir (en 1829) la corre*pondBnce qui avait eu lieu entre M, de Talle^nd et Napoléon, pendant le séjour de ce dernier k Bayonne; il en résulte clairement qne non seulement il n'y eut point alors, de la part de M. de Talleyrand, l'onJire d'une objection contre le *y*titne que Napoléon avait adopté, mai* qne co système, au contraire, avait as pleine approbation. ■

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