LA JUNTE DE BATONHB
événements de Baronne - une basse iatrigue» (I); et Beugnot (2) rapporte les expressions dont ïl se serrait encore : ■ Tromperie, tricherie. ■ Beaucoup pensaient de la sorte. Une phase nouvelle s'annonçait dans l'histoire de l'Empire; les mécontents, il y en a toujours, devenaient des effrayés et se chaofreaient tout aussitôt en opposants. Une opinion publique se formait et elle était hostile. « L'indignité des moyens ne laissait au succès aucun prestige. Conduite comme une intrigue, dénouée par un guet-apens, cette installation de son frère sur le trône d'Espagne ne pouvait pas même être assimilée à une invasion entreprise contre le droit des gens. Les conversations devinrent hardies et universelles ; les diverses oppositions se touchèrent par un point commun; la cause espagnole, déjà sympathique aux anciens royalistes, inspirait de l'intérêt aux libéraux, " — Qui dit cela? Un fonctionnaire placé pour bien voir et entendre (3). Et c'est ta vérité.
Peut-être la conscience de l'Empereur ne s'adressail-elle pas des reproches aussi vifs? Si elle tressaillait, le maître voulait, sous des voix plus sonores, étouffer ce murmure, et il redoublait d'activité. De ses vastes entreprises, il se délassait par d'autres travaux : la volonté satisfaite, donc l'esprit tranquille, il fixait l'avenir en souriant et la saison était belle. Le cadre lui-même se trouvait charmant et les douces campagnes du pays Basque lui offraient un horizon ■ fait i souhait pour le plaisir des yeux « .
Au pied de Bayonne, à l'abri de bosquets toujours verts, la Nive et TAdour mêlent leurs eaux. Elles coulent vives, gracieuses, puis larges et puissantes, et balancent sur leura flots mouvants la richesse d'un peuple. La cité, sous les clo-
(1) Mémoir»t, t. ni, p. MX.
(») MêmoirtÊ, t. H,
(S) Souvenir» du bar«n dt Baranlt, t. I, p. S83.
140 L'ESPACÏIE ET NAPOLÉON
chelong aigus de sa cathédrale, déroule ses carrefoura grimpants, où montent à la Gle les cacolets des jolies Bayonnaiseg aux cheveux noirs piqués d'un foulard rouge. Les rues sinueuses s'enlacent en mille détours pour arrêter le souffle de la bise; et leurs arcades basses, où règuent la Fraîcheur et l'ombre, mettent les |)romeneursà l'abri des flèches du soleil. Té(e de pont du côté de la France, la Tour du Saint-Esprit, par où sont possés tant de princes et de princesses, s'avance et coupe de sou mur crénelé la lame des deux rivières; du haut de ce « réduit» le regard plonge dans les vieilles futaies des Allées Marines, et se perd au loin le long des quais, en suivant le fil de l'eau qui court à la mer. La contrée Fertile s'égaie d'une multitude de petites collines remplies d'habi> tations éparses, dont chacune possède sa Fontaine, sa treille et son verger. Les riches vallées, couvertes de prés et de bois, le voisinage de l'Océan, la vue des Pyrénées et des côtes de la Biscaye, varient à l'infini les aspects de cet heureux pays.
La diversité des costumes et des usages espagnols, les traits des étrangers qui peuplaient momentanément la ville, les nombreux équipages de forme antique qui parcouraient les rues et où se mêlaient les fleurs de lys unies aux armes de Castille et d'Aragon, formaient, pour l'observateur, un tableau piquant (I).
L'Empereur avait voulu se loger loin du bruit; son choix était tombé sur Marrac, et il avait fallu disposer ce petit château qui payé sur l'heure 80,000 francs prit rang dès lors parmi les > palais de 3' classe ■ des domaines impériaux (3). Il avait été bâti jadis par Marie -Anne de Neubourg (l'héroïne de Ruy Bios) veuve de Charles II, exilée d'Espagne. Un
fi) Comt« DK SEtrFTT, Mémoirti, p. VJ.
(9) Aprèi le dépirt de l'Empereur (qui n'y revial jamaîi) au bud^ d« 69,000 ^ac* ■limeDlatt lei gage* du penonn«I. Bibliothi^ue nationale. Ml. Fond* tnaifùt, vol. 6598, p. 1S8.