‹ L'Espagne et Napoléon (volume 2)Chapitre 21 sur 78 · LA JDNTB DE BAYONNE · texte numérisé non relu

LA JDNTB DE BAYONNE

grand corps de logis flanqué d'ailes en retour, permit de réserver deux vastes appartements à l'Empereur et à l'Impélatrïce; quatorze chambres mansardées étaient occupées par les gens indispensables au service. 11 fallut réquisitionner les villas des<aenviroaB pour le logement des personnages d'importance : Berlhier à Saint-Forcet, Champagny à l'Argentré, Duroc à Saint-Michel, Maret à la maison Cabarrus, près du pont Mayou. Quand arriva Caroline Murât, on l'inslalla & la Lauga, un charmant vide-bouteilles sur la Nive. Une activité presque fébrile envahit ce tranquille petit coin de terre : on traça de Marrac à Bayonne une route qui n'était encore qu'une fondrière, quand l'Empereur se trouva déjà parti. Des baraques en planches pour la garde, un camp improvisé pour les régiments de passage, transformaient les jardins en casernes; et les abatis d'arbres dans le parc donnaient l'aspect fâcheux d'un bouleversement, plus que d'une transformation. L'homme vraiment gâtait la nature.

Tout UQ monde était réuni là, des ministres : Berthier, Champagny, Maret; des généraux: Bertrand, Lebrun, Savary; des membres du corps diplomatique : le comte de Senftt, ministre de Saxe; le Comte Czernicheff, aide de camp de l'empereur de Russie; M. de Rosenvantz; M. de Lima, venu de Lisbonne ; plus tard arriva de Naples le marquis de Gallo. Enfin M. de Bausset, préfet du palais; M. de Bondy, Lavalletle, l'abbé de Pradt comme aumônier, Menneval et Faîn comme secrétaires; le chirurgien Yvan ; quatre aides de camp, huit pages. — Derrière l'Impératrice, trois dames du palais, Mmeg de Montmorency, Maret et de Matignon; un premier écuyer, le général Ordener, l'homme de l'enlèvement du duc d'Enghien, qui devait se trouver plus à l'aise que tout autre dans ce guel-apens contre des Bourbons, car Bayonne complète Etteinhem.

Les soucis politiques et les préparatifs militaires auraient

m l'BSPacne et napoléon

justifié un peu d'humeur sombre; l'Empereur cependant avait décrété le plaisir; il y était mal parvenu. ■ J'ai ouï-dire aus personnes qui firent le voyage, rapporte Mme de Bérou- 8at, que le séjour de Marrac fui triste, et que la préoccupation de lout le monde était de souhaiter le dénouement afin de rentrer à Paris. " Presque chaque jour, sans indiquer l'heure ni le lieu des excursions, affectant de les varier, Napoléon parcourait les environs. Dans leur élégant habit rouge, leur pantalon de casimir, leur shako de velours noir & l'aigrette blanohe, les gardes d'honneur le précédaient. L'heure du dîner avait été fixée entre huit et neuf, ce qui troublait tous les usages du temps, mais Napoléon l'avait choisie pour se donner la possibilité des longues promenades.

Il faisait tous les soirs avec l'Impératrice et ses dames des courses en calèche qui se dirigeaient le plus souvent vers les bords de la mer, et ce goût creva plus d'un attelage en faisant rouler rapidement les voitures sur la plage sablonneuse. — Quelquefois, l'Empereur, à cheval, poussait sa monture jusqu'à quelque distance du rivage, dans cet élément pour lequel il éprouva toujours tant d'attrait et qui n'a jamais reçu son joug (I).

Tableau qui devrait tenter le pinceau du génie : ■ l'Empereur jouant avec l'Océan! n Le vent est tombé, la marée monte ; peut-être plane dans les cieux quelque grand aigle sorti de son aire des Pyrénées; la forte main qui dompte le monde s'occupe tout entière à contenir le mors du cheval dont les sabols tremblent sous la lame; l'écume, se brisant en poussière, l'enveloppe d'un manteau d'étincelles, et les feux du jour dorant l'émeraude des flots entourent le demidieu d'une mouvante auréole. 11 y a du défi dans le regard que le dominateur jette à la mer : son mystère l'irrite, sa mobilité lui échappe, son étendue l'écrase, et pour aug-

(1) Skettt, Mémoirta, p. SI.

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