LA JUNTE DE BAYONNK
crainte, ambilion, ou patriotisme; les seconds venaient de franchir les Pyrénées, ils arrivaient pour répondre à la conTocation de l'Empereur. Car s'il prétendait pétrir l'Espagne à son gré, il lui plaisait de donner à son œuvre une façade qui masquerait la violence du procédé. Il avait donc décidé la réunion d'une Junte nationale, La Junte du gouvernement de Madrid, chargée de l'application de ce projet, y avait assez volontiers donné les mains, non -seulement parce que Murât la dominait alors, maie aussi parce qu'elle trouvait là le moyen de remettre à d'autres la responsabilité qui l'écrasait. Cent cinquante personnes choisies par un moyen de votaiion assez compliqué parmî vingl-quaire groupes d'électeurs divisés en trois classes (clergé, noblesse, tiers-Étal) devaient représenter les corps municipaux, les corporations, les ordres religieux, les tribunaux, la Grandesse. II leur fallait être arrivés à Bayonnc le 15 juin a pour s'y occuper de la félicité de l'Espagne et reconnaître les malheurs occasionnés par l'ancien système n . La pensée de se rendre en France ne pouvait tenter les Espagnols-, Bayonne trop naturellement leur paraissait l'anlrc du lion :
Le* pM empreinia aur la pouisî^re,
Toui, taat eiccptioD, regardenl aa tanière,
Pai un ne inarque Je retour.
AGn d'effacer ce sentiment d'effroi et de bien démontrer là liberté d'allures de tout le monde, on avait avec affectation délivré des passeports à quelques personnes de la suite des princes (1). Mais il restait un bien autre obstacle : la répugnance des électeurs. Dans les provinces limitrophes ou occupées par nos troupes il y eut quelque semblant de
(t) Le 7 mai 1808, reçurent ces paweportt d« relour : CeTalloa, Labrador, Hntquii, Eutèbe Btrdui, d'Onie, tou> appartenant à la aecr^uireris dca Affaire* étrancèrea. Vol. 074, fol. 133.
désignation ; il n'y fallut même pas songer dans les pays soulevés. Le trajet seul était plein de difficultés, souvent de périls : les députés de la Catalogne en route pour Bayonne furent dispersés par leurs compatriotes avant d'arriver à SaragoKse; les uns revinrent tranquillement à Barcelone, les autres restèrent cachés près de Taragone, au monastère de Poblet. Il ne paraît pas qu'ils aient tenté un nouveau départ par aucune route. Il en alla de même pour l'évêque de Girone et un député de la ville (1). Bref, un quart seulement des délégués se trouva exact au rendez-vous et en tout 91 personnes figurèrent aux diverses séances (2) . Les prétextes pour se dérober avaient été multiples : sur huit archevêques quatre s'excusent, deux ne répondent .même pas, et celui de Pampelune a seulement l'air de se rendre; sur six généraux d'Ordres, un seul viendra (3). Par une lettre publique l'illustre et saint évéque d'Orenze, Mgr de Quevedo exposa ses raisons avec beaucoup de déférence pour le ■ grand > Napoléon, s'excusantsurson Age qui lui interdisait un rapide et long voyage; en ■ témoignage de son patriotisme n il protestait contre des ■ actes étrangers et suspects ■ , ces abdications sans liberté; il demandait la convocation des Cortès pour sortir sa patrie du chaos actuel ; » le moyen de sauver l'Espagne n'est pas de la rendre esclave; l'Empereur ne voudra pas l'enchaîner pour la guérir, car elle n'est ni folle ni furieuse (4) s .
Ces Espagnols assemblés si extraordinairement en terre étrangère ne laissaient pas que de présenter quelques hommes émineots : Urquijo, Gevalios comptaient parmi les meilleurs
(t) Vol. S75, fol. 111.
(S) C« font lei ligDaliiTet efTcctivea appotéei an bai du leite de la Coiutîtution, le 6 juillet 1808, vol. 673, fol. 301. Voir Âppcadieei, XII.
(3) Ultre de Fr«Tille à Mont. Madrid, k juin 1808, AF IV, 1680.
(4) UUre du SO mai 1808 à don Sibattien Piauela. — Tokbico, t. I,. p. Ul.
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politiques de la péninsule ; Azanza possédait bien les finances ; quoique vieilli, Mazzaredo demeurait un marin illustre ; quoique jeune, le chevalier de Labrador passait pour b une forte lële diplomatique <> ; le prince de Castelfranco, colonel des gardes wallonnes, avait commandé une armée en 1793 et, après la paix, rempli les fonctions d'ambassadeur à Vienne; le duc del Parque, capitaine des gardes du corps, dans la force de l'Age, possédait une haute naissance, des connaissances et de l'instruction; Manuel de Lardizabal n'était pas sans mérites, ni Amoroso, ni Augulo; l'archevêque de Burgos était réputé un esprit sage ; les vicaires généraux de trois grands Ordres religieux (Franciscains, Augusiins, frères de Saint- Jean de Dieu) — Miguel de Azevedo, Jorge Rey, Agustîn Perez représentaient dignement des familles monastiques considérables. La noblesse avait aussi des membres distingués : les ducs de l'Infanlado, de Frias, d'Hijar, le comte de Fernan Nunez, alliés ou élevés en France. En tout temps et en toutes circonstances on aurait pu faire appel aux lumières de magistrats comme Luis Pereyra, jurisconsulte érudit à la plume élégante, Zenon Alonzo, du Conseil des Indes, très versé dans les sciences économiques, et surtout d'Ignalio de Villela et de Sébastian de Torrès, conseillers de Castille, l'un de sens ferme, l'autre d'esprit pénétrant.
Une grande diversité d'opinions régnait parmi les enhints d'une commune patrie. Quelques-uns étaient venus avec effort, d'autres avec allégresse; tous sous l'impression d'un véritable embarras. Celui-ci espérait sincèrement une rénovaUon pour sou pays; celui-lA, encore étourdi de si rapides révolutions, attendait de la Providence un coup solennel qui éclairerait sa conduite. Les Bourbons sont partis, pensait cet autre, mais l'Espagne reste; Napoléon est tout-puissant, ne heurtons pas son invincible volonté et tirons du nouveau roi qu'il nous offre le moindre mal, peut-être le plus grand bien.
aaO l.'ESPACNE ET NAIiOLÉOK
Tel regardait les événements pour être toul prêt à profiter de leur tournure; tel qui n'osait rien objecter en France, se promettait de toul rejeter en Espagne. Ici l'on craignait, là on rusait, plus loin on demeurait perplexe. Certains esprits disaient généreusement le sacrifice de leurs préférences, de leurs traditions, de leurs souvenirs, pour défendre les lambeaux de l'indépendance nationale. Il y avait des patriotes, et aussi des transfuges, comme le comte de FuentèsPignalelli, dénonciateur de Ferdinand auprès de la police impériale, homme de plaisir, besoigneux d'argent, u aimant la France pour les coulisses de l'Opéra « , et avilissant le grand nom qui s'éteignil en lui. Enfin, il y avait des intrigants; Jean-Aoloiae LIorenle en offre l'image la plus complète : esprit faux et léger, cœur vindicatif et ambitieux, ses travaux, ses lectures, sa présomption, sa facilité lui eussent peut-être valu une place de choix parmi nos prêtres "philosophes» de la Constituante; le Contrai social élail son bréviaire. Il connut des abus et les signala avec véhémence moins pour les faire cesser que pour occuper la place de ceux qui les commettaient. Avant d'arriver à Bayonne, où ses vœux le portaient autant que le choix de Mural, il avait adressé à Napoléon une longue apologie en français où il énumérait ses titres, ses dignités, ses mérites, insistait sur sa valeur littéraire, proposait ses services et présentait un plan de réformes pour l'Église d'Kspsgne, se dévouant par avance à celle lAcbe glorieuse (I).
Le lien qui devait unir des éléments si disparates, c'était le nouveau roi Joseph Bonaparte. Il n'était pas de ceux qui venaient spontanément. Le âl mai, il avait reçu l'ordre de quitter son royaume en laissant la régence « à qui il voudrait », pour arriver en poste du fond de la baie de Naples
(1) AF IV, 1609. pièce »4-
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jusqu'aux bords du golfe de Gascogne. La seule recommandalioD qui lui fut faite était de « garder le secret » car ■ on oe s'en doutera que trop « . L'Empereur, pour lui imposer (jamais mot plus exact) la couronne des Bourbons d'Espagne, lui enlevait ta couronne des Bourbons d'Italie, que Murât recueillait à son tour; simple permutation. Joseph et Joachim — Chateaubriand l'a écrit avec une pittoresque justesse —, s'en allèrent chacun de son côté < comme deux conscrits qui ont changé de shako ■ (1).
Ma) satisfait, très alarmé, craignant de compromettre ses 0 droits » éventuels à la succession impériale, Joseph Bona> parte débarquait quasi incognito, anxieux de recevoir des explications moins laconiques, tout prêt à se montrer assez rogue et résolu, dans sa prudence défiante, à ne pas descendre trop tôt de son trône napolitain. Il était à Pau le 7 juin; là on lui apporta un décret, daté de la veille, annonçant urbi et orbi qu'il succédait à Charles IV. — Napoléon avait de ces façons de fermer les bouches les plus disposées à s'ouvrir. Il couvntde fleurs les chaines qu'il rivait, il entoura cet ■ avènement » de tout l'éclat désirable et enveloppa son frère daiis un tourbillon de prévenances qui rendit la retraite impossible (2).
Malgré tout, et sur la terre de France, la violence paraissait douce. Joseph entra dans son rôle sans la répugnance
(1) Mémoire! d'onire-tombt, I. 111, p. SIQ.
(X) ■ Il >e vit ainii lié par un acie solennel, avant d'y avoir donné foruiel- Icment ion contEntemenl. L'Euipercur alla au-devant de aon frjre ï quelque diatance de Bayonne, et l'accabla de marque* d'inlérèl el «l'affection. Il allait loi fermer lei yeux lur lei dangera du rôle qu'on allait lui faire jouer, et ne lui en tai»er apercevoir que le cbii brillant. En arrivant k Bayonae, Jowph K trouva environné de toute* le* *édui:tion* de la royauté... De> proteitalion* de dévouement et d'amour retentiiaaient de toute* part* autour de lui. 11 eût fallu une raiion bien ferme pour réiiiter à un tel entraînement... Le voile était tiré lur tout ce qui le panait alor* en E*paf[ne. ■ Miot oh HBLtTO, Mémoirti, t. 111, p. 5.
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qu'il craignait d'abord invincible; il s'y glissa même avec rexlraordinaire facilité qu'il possédait à s'assimiler les nouveautés de sa fortune et dans le premier acte (II juin) où il notifia son avènement au Conseil de Castille, il prit tous tes titres dont usaient les rois d'Espagne :
Don Josepli, par la grâce de Dieu, roi de Castille, d'Aragon, des Deus Sicile», Jérusalem, Navarre, de Grenade, de Tolède, de Valence, de Galice, de Mayorque, de Hinon{ue, de Séville, de Grenade, de Cerdagne, de Cordoue, de Corcéga, de Hurcie, de Santit^o, des Algarves, d'Algésiras, de Gibraltar, des iles Canaries, des Indes orientales et occidentales, des ilcs de Terre-Ferme de l'Océan, arcbiduc d'Autriche, duc de Bourgogne, de Brabant, de Milan, comte de Hapsbourg, Tyrol et Barcelone, seigneur de Biscaye et de Holina...
Sa Majesté l'Empereur et Roi estima que ta fiction deve> nait excessive et, choqué par cette prolixité d'un protocole ridicule, il réduisit cette nomenclature fastueuse au litre le ■ Roi d'Espagne et des Indes «, ce qui était déjà suflisamment chimérique, en indiquant sans ambage & son ■ bon frère » qu'il fallait s'en tenir là.
Ce frère. Napoléon avait donc été te chercher en personne à deux lieues de Rayonne, avec six voilures de cour à grand attelage. 11 te conduisit directement à Marrac où l'attendaient les quelques membres de la Junte rassemblée à la h&le sans trop savoir pourquoi. L'Empereur menait rondement les choses : pris A l'iraprovisle, les gens n'avaient ni le temps ni la facilité de résister A sa volonté. Complimenteurs, complimenté s'éloonaient les uns les autres; ballottés par cet imprévu ils ne purent trouver que des lieux communs; mais ces belles phrases suffisaient A nouer te lien dont on les voulait enlacer.
On avait réparti les Espagnols en quatre dépulalions : ta Grandesse, — le conseil de Castille, — tes conseils de l'Inquisition, des Indes et des finances, — l'année; et chaque
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groupe, muni de papier et de plumes, dut sur l'heure rédiger sou compliment, h Qui serait arrivé dans ce moment, sans savoir ce qui se passait, aurait pu se croire au collège, - dit un témoin de cette étrange scène (I) ; — la composition terminée, on introduisait dans la pièce attenante du salon le chef de la classe. Il lisait le discours à Napoléon, et quand il avait été agréé par lui, la députalion était admise auprès de Joseph. ■
L'Infantado foillit tout gâter : il devait s'avancer le premier & la tête de la Grandesse, ses paroles étaient de pure bienséance et formulaient des vœux dont un homme de cour n'est jamais avare; mais d'acceptation dynastique bien explicite, nulle trace : > Nous attendons que la nation se prononce, et nous autorise à donner un libre essor à nos sentiments. K L'Empereur démêla promptement la portée de ces restrictions et fulmina.
II releva ces expressions avec colère, éclatant en reproches violents, lui dit : que loin d'être un homme d'État, il n'était fait que pour la mollesse de la vie de Paris, où il avait fait de longs séjoui-s, lui présagea la corde (!) et l'accusa d'être l'auteur des troubles des paysans : Que ne levez-vous le masque; allez vous mettre à la tête des rebelles, je vous accorde un sauf-conduit (2).
L'Infantado ne pouvait que demeurer muet, d'Azanza le remplaça pour rappeler que <> les grands d'Espagne ont été célèbres dans tous les temps pour leur fidélité envers leurs souverains» . (3) S'il fallait un exemple aux autres députations, elles venaient de le recevoir; l'assurance de leur dévouement
(i) De PniDT, Mémoires hUtoriqurj tur la révolution il'Eapagiic, p. IW.
(I) CoiDtc DE SKSfTi', Mémoires.
(3) Don Miguel Joié de Auinia (tT56-i826) luivii ta carntVe diplomaUque poia celle de» arnicB. Minittre de la guerre (1795). Vice-roi du Mexique (1796-1790). Mlnittra de Ferdinand (roara 1808). Préfidenl de U Junte de Bayonne. Ambatgadeur k Parii (ISIO). Cré^ duc de Santa Fé (1811) par Joteph qu'il accompaena en France (1813). Eiilë hondEtpagoe (1814-1830.)
SS4 L'espagke kt napoléon
aans borne et de leur joie profonde ne soufrit pu la moindre restriction.
Le prince auquel elles s'adressaient encourageait d'ailleun ces protestations. Joseph avait bonne mine, sa physionomie était douce, ses manières affables, il pouvait plaire, quand ne pas déplaire eût été déjà un grand point. En peu de jours il gagna les sympathies de ses nouveaux sujets; aussi bien, c'était l'astre qui se levait; il réchaufferait peut-être de ses rayons empruntés la pauvre Espagne mourante; les Bourbons s'étaient abandonnés eux-mêmes, un Bonaparte tenant de si près au puissant chef de sa famille pourrait beaucoup; en le conseillant bien, d'utiles réformes, des lois sages ne donneraient-elles pas au royaume la paix, la force et l'honneur? Mille raisons empêchaient la réalisation de ce beau rêve, mais plusieurs le poursuivirent de bonne foi et si leurs compatriotes repoussèrent avec une farouche énergie les présents d'Artaxerxès, ils allèrent trop loin en appelant lagrande Junte la grande 'honte» ; ses travaux furent stériles, ils devaient l'être; ses efforts restent consciencieux.
Joseph recevait chaque matin les députés et se faisait présenter les nouveaux arrivants qui allaient très humblement saluer l'Empereur à Marrac. La consigne était de leur 'feire bon accueil et de rendre agréable le séjour; le prince de Neuchàtel, le ministre Marel, le préfet Gastellane hébergeaient chacun A sa table trente convives; les salons de Marrac leur étaient ouverts et on leur laissait entendre qu'on les considérait comme les plus intelligents de tous les Espagnols. Joseph dcployaitses talents d'amabilité et savait vaincre son indolence habituelle pour se faire « tout à tous », il se prodiguait, plus adroit que sincère, auprès des ecclésiastiques; il disait bien haut voir avec un plaisir particulier les mem* bres du clergé, car la religion est la base de la morale et de
LA JUME DE BAVONNE S»
)a prospérilé publique; « il félicitait l'Espagne de ce qu'au milieu de tant de pays où divers cultes étaient admis, le seul vrai fàt honoré et pratiqué chez elle, à l'exclusion de tout autre. ■ Langage bien naturel dans la bouche de « Sa Majesté catholique ■ . '
A peine au nombre de vîngl-six le 8 juin, jour où dans une première proclamation ils protestaient que l'Empereur pouvait fixer le salut de la patrie, les ■ Notables v atteignaient maintenant le chiffre de soixante-cinq. Il parut possible de ne pas différer l'ouverture de leurs travaux. Des gens d'importance se trouvaient parmi ces nouveaux venus : O'Parrill, brave soldat et consciencieux ministre de la guerre (1); CevalloB qui semblait satisfait et dévoué, bien qu'il fût déjà mécontent et prêt à quitter le camp où ses intérêts le plaçaient plus que ses sympathies; Cabarrus (2), à moitié français et le plus expert financier de la péninsule ; le marquis de Musquiz, ancien ambassadeur; le marquis de las Amarillas, président du Conseil de guerre. De tous ces gens rassemblés, vingt seulement possédaient un mandat régulier et arrivaient vraiment comme ■< députés <> ; les autres avaient été désignés par Murât, la Junte de Madrid ou même Napoléon. Le texte de leurs délibérations semblait fixé à l'avance : ils trouvèrent toutimprimé un projet de constitution; il s'agissait de donner à des lois françaises une couleur espagnole pour les rendre acceptables aux Espagnols. Les réunions se tinrent dans le vieil évéché sous la présidence de d'Azanza qui devenait vrai-
(1) Don GoDialo O'Farrill {1759-1831) n^ i U HaT«n«. élev^ en France àSorèze. Lieu leDant-ein^ rai (1705). Ambaïudear à Berlin (1800). Commande le corpa eapagnol d'Étrurie (1800). Miaiilre de la guerre de Ferdinand, puii de Joteph (1808-1H13). Se retira i Paria où il mourut
(S) Françoii Caiamu (175Ï- 18 10). Ne k Bayonne; paaaa jeune en Bipagne et l'occupa d'aflaim commerciale*. Directeur de la banque Saint-Chartea ; nommé comte par Charlca IV ; miniatre en Hollande. Miniatre de* linancei de Ferdinand et de Joieph (1808).
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ment rhomme nécessaire; M. d'Urquijo remplit les lonctlons de secrétaire ; la première séance s'ouvrit à midi le mercredi 15 juin 1808. Il y en eut oDze(l}. Dans la troisième on aborda la rédaction du statut constitutionnel; 146 articles fjroupés sous XIII litres le composèrent : la religion ccftholique était la religion de l'État; la royauté héréditaire de Joseph Bonaparte serait réversible sur la tète et dans les branches de Louis et de Jérôme; neuf ministres responsables formaient son Conseil ; un Sénat de vingt-quatre membres veillait sur la Constitution; un Conseil d'État, préside par le Roi, préparait les lois; des Cartes se composeraient, en trois ordres, de cent douze membres : cinquante désignés par le Boi (vingt-cinq évéques au banc du clergé, vingt-cinq au banc de la noblesse] ; soixante-deux députés des villes, des corporations et des académies. Ils voteraient le budget pour trois ans. La magistrature était inamovible; le Conseil de Gaslille devenait une Cour de cassation. Abolition de la torture; limitation des majorais à 20,000 piastres de rente; avec la France une alliance perpétuelle.
Les questions irritantes ou trop délicates avaient été, par système, écartées : des fueros des provinces basques, des franchises religieuses, des biens de mainmorte, pas un mot. Rien sur cette fameuse Inquisition qui de loin défrayait cependant bien des déclamations, mais demeurait pour ceux qui l'avaient vue de près ■> un ministère de police plus qu'une autorité religieuse, condamnant à la prison et aux galères des crimes ailleurs punis de mort» (2). Il est vrai que la question eût été examinée entre Espagnols, dont la mentalité était faite et qui savaient à quoi s'en tenir sur ce prétendu tribunal de sang (3j. Devant ce silence affecté,
(i) L«< 15, 17, 10, 21, SS, S.3 Juîd ei 7 juillel,
(2) De LiBOBDG, Itinéraire d'Eipagne, 1808, l. V, p. t3.
(3) > Si l'on Hélruirait l'iaquitiiion, sur ccpt individu*, quatre-Tingt-dix
LA JDNTE SB BAYONNE m
voulant daag celte ombre mettre de la lumière, Raimond Ettenhard y Salinas aborda le tujet, avec la compétence d'uo membre du conseil du Sainl-OfBce; il en rappela le but, les procédés, les garanties données à l'accusé et conclut en demandant sa conservation (1), Ses auditeurs connaissaient assez la question pour adopter ses conclusions.
Tout ceci se passait avec une certaine pompe, dans le style vague et sonore qu'aEFéctaient les réformateurs sentencieux du dix-bditième siècle et qui est demeuré longtemps la rhétorique aimée des parlements. O» retrouverait dans ces diseussions les premiers symptômes de l'état d'esprit dont s'animèrent plus tard les Corlès de Cadix.
Voilà donc quelle était cette constitution de Bayonne. Que d'éléments manquaient à sa solidité! Ses rédacteurs se trouvaient i peu près sans mandat; ils ne pouvaient arguer de leur nombre, la moitié des cent cinquante personnes convoquées avait seule répondu ft l'appel. La délibération était de pure Forme stlr un texte préparé à l'avance. On se trouva en présence d'un calque médiocre des ■ idée* de 89 ■ adapté vaille que vaille aux besoins prétendus de la p^oioeule; c'est donc i tort, du moins en exagérant, que le comte de Toreno croit découvrir dans cette Constitution une main espagnole; sa touche fut bien légère et promplement écrasée sous le gantelet d'acier de l'Empereur. Une note manuscrite faite pour Champagny nous révèle minutieusement l'historique de sa rédaction (2) : en avril I80S le * Statut» fut préparé par ordre de Napoléon. A la fin de mai on l'envoya à Madrid pour être communiqué aux ministres et i la Junte, et avoir leur avis. MM. de La Forest et Fréville, dans un rapport très
emraieM to «MaMe ■ , ItHp^oW «ie MaMlwi, ltgeiit4eptffiM,i Cbanp^y, Barcelone, 8 mn 1808, vol. 67», loi 2(1.
(1) Ce mijmolra fui préieDié à la téance Aa 13 juin 1S08. àS IV, 1609, ««nlet- éuWfcr, ii^ H.