‹ L'Espagne et Napoléon (volume 2)Chapitre 25 sur 78 · LA JUNTE DE RAYONNE · texte numérisé non relu

LA JUNTE DE RAYONNE

frapper pour garder le sourenir des séances de l'Asseinblée de Bayonne.

Quand les arlicles furent rédigés, une proclamation solennelle convia tous les Espagnols à la concorde et à l'espérance; puis, le 1 juillet, Joseph en grand apparat se présenta pour donner et recevoir les serments : lui, d'être Rdèle à la Constitution; tes députés, d'être fidèles au Roi; le tout entre les mains de l'archevêque de Bui^os (I). — On ne pensa pouvoir mieux terminer ces cérémonies qu'en allant saluer l'Empereur. La scène fut pénible. Placé au centre de ses auditeurs, Napoléon entama un monologue incohérent, et le fit durer trois mortels quarts d'heure : son regard était farouche, sa parole brève, saccadée, disgracieuse, menaçante sans motif, et soiivenl décousue par des poses sang raison; son silence étonnait aulanl que sa loquacité. On avait peu à lui dire, rien à lui repondre. Chacun s'en alla avec de grandes révérences, et fort soulagé de se retirer. L'impression des témoins de cette dernière entrevue demeura partagée entre la surprise et la crainte. Et cependant le besoin de l'heure présente eût été de rallier des éléments déjà suffisamment mal agrégés.

Joseph, pour composer sa Maison, avait éprouvé quelque peine (2) s'il avait dressé la liste de son ministère avec facilité : Urquijo prenait la secrétairerie d'État, O'Farritl la guerre, Cabarrus les finances, Mazzaredo la marine; Cevallos acceptait les affaires étrangères, Pinuela la justice, Jovellanos

(1) Manuel Cid Mooroy, archevêque de Burgoi (18D1-182S).

(1) Il t'était eolouré d'aotant de greodi d'Eipagne qu'il avait pa : capitaine de* ganlea du corpi : duc del Parque ; — colonel dei garde> opaguolei : duc de riofaotadoi — colonel dea gatdei wallonnei : prince de Cmtel Franco: — grand chambellan : narquia d'Airizai — grand maître de* céréinoniei : dnc de Hijar; — grand veoenr : comte de Feraan I4uilei; — cbambellant : comte de Orjat, marqu» de Santa Cniz, comte de Santa Coloma, duc d'Oatuna, comte da Caatel Plorido, duc de Soto Mayor.

M» L'SS»1C«B ET KAPOLÉOM

l'intérieur. Asansa, qiû, (tour ne pas être accusé cl'ankîlioa par ses compatriotes, venait de refuser le grand cordoB de la Légion d'boaaeur, Azaïua avait par ailleurs joué un rôle trop împorlaDtpouréUe mis à l'écart. Il se contenta du ministère des fades. Lisez ces Doms et soafez ans vicissitudes politiques que leur réservait la fortune. Ils représcDlaieot la fleur des hommes d'Eut de l'Espagne, mais ils allaient se disperser dans les camps les plus opposés; tant il est vrai qu'on n'assemble que par ua lien l>iea éphémère les Ames contraintes et les cœurs amoindris. Le retour »a Espagne était pour tous l'objectif désiré. A. Bayonne les esprits se sentaient en lisières et sous le filet de l'oiseleur ; de l'autre côté de la Bidassoa des convictions si tièdes ne résisteraient pas à l'air embrasé des factions, le vent du patriotisme allait souffler sur ces serments que la crainte, l'incertitude, l'ambition, et même le aationaligme avaient rendus possibles un jour, sincères une heure et éternellement vains.

Joseph partit le 6 juillet, de grand matin, comme un homme qui a en effet une longue route & suivre. Précédé de cent voitures emportant les membres de la Junte transformés en hérauts et messagers de paix, il était accompagné de Napoléon en personne qui voulait afficher ce témoignage de déférence et de bon accord. Toutes les autorités civiles et militaires les saluaient aux portes de la ville, les canons tonnaient; l'étiquette avait été la grande préoccupation de ce départ et il semblait qu'en acquérant la couronne de Charles IV, Joseph I" eût hérité de son culte pour te cérémonial. Seul dans te fond de sa voiture, comme il était s"ul dans son royaume, le nouveau monarque avait placé en face lui, dans leurs costumes d'apparat, le duc del Parque et d'Azanza, représentants pompeux des fidélités vacillantes et des talents inutiles.

Pendant deux semaines encore, pour voir venir les événe-

LA ItrirTE DB B^YOïrNB WI

ments, TEmperear prolongea son tèjouràana la petite rille sur laquelle depuis trois mois il retenait (es regards de KEurope.

Il dtstribna ses lai^sses autour de lui : le prélet Gasteltane fut fait maître des requêtes au Ccmseil d'État et reçut, arec la rosette de la Légion d'Irannenr, une gratification de 30,000 Franea; à l'évéque Joseph-Jacques Loison, ddc tabatière et un porfrail entourés de dtamants; des boites d'or au marre, M Detchegaray, an commandant des gardes d'honneur, M. de RaTÎgnan ; la Légion è M. de Gontaul-Brron qui avait amené les très él^ants cavaliers de Pau avec leurs aiguitteltes d'or sur leur reste cnniimsie, le chapeau à la française panaché de blanc, les bottes hongroises, ta ehabraqœ rouge et noîre. — RiiBn, le 17 joiltel, au jeu de l'Impératrice, Duroc annonça le départ; aussitôt tout le mande prit congé, comme a'évclllant d'un cauchemar. Mais it était dtl q«M, jusque dana le& détails» [l'oaanipoteBce de Napoléon se traduirait par le plus parfait dédain de ses hôtes. Quand il s'agît de trouver des cheraax de poste et des voitures, ambassadeurs, ministres, courtisans demeurèrent empêchés ; tous les moyens de transport étaient retenus pour 1« serviee de Leurs Majestés.

Le 30 jsiUet à la tontbée du jour, la route étant jalonnée d'une nuée de coorriers, de postillons, de (»queoTs, Napoléon et Joséphine se dirigèrent vers Pou. DernOTe la haie des bonnets à poil toute la ville s'entassait télé nue, et pour la dernière fois les gardes d'honneur caracolèrent. Quand (ta sabre ils aaloarenl la voiture de l'Empereur dispa'raissant (faits }» poussière dorée da st^eil cooebaol, et que la tune en se levant à t'twient commençait à s'emptirer du eiel pflle, qui leor eût dit que quinze ans plus tard, i la même ptece, ih rendraient les mêmes hommages, avec le même enthousiasme au duc d'Angouléme venant de raffermir le trône de Ferdinand Vil. Et aurai«Bt-ils deriné qae leurs f^, tm* jours

d'octobre 1646, ù leur tour salueraient la fille de Ferdinand, jeune épouse du duc de Montpensier, dont l'alliance paraissait le gage particulièrement solide du trône de Louis-Phippe, quinze mois avant la révolution de 1848? — C'est U histoire des peuples et la morale si fréquente de leurs desjnées, qu'ils n'en remarquent plus renseignement. — Laissons Napoléon oublier lui-même que la Providence en permettant le succès ne couronne jamais l'injustice ; pour l'heure il court le long des gaves bondissants des Pyrénées, et les feux de joie qu'allument les paysans dans la montagne lui cachent les étoiles, comme les prospérités de la terre lui voilent le ciel. Sa besogne est faite, il est heureux, il est tranquille, il se promène, et pour raconter les faits et gestes du moment, il faut recourir à un Daogeau de journal :

Vis-à-vis d'un de ces feux qui lui rappelaient ses glorieux bivouacs, l'Empereur a fait arrêter ses voitures; en un clin d'oeil, les piqueurs ont ouvert un passage; des planches portées par des paysans ont couvert le fossé et S. M. ayant une cafetière i la main a ^té elle-même la placer sur le lirasier. 5. M. l'Impératrice, SCS dames d'honneur, le prince de Neucliâtel, le maréchal Duroc l'ont suivie; on a porté des carreaux sur lesquels cette illustre compagnie s'est assise en plein champ; là, sous les yeux d'un nombre considérable de personnes des deux sexes, qui la contemplaient avec respect et étonnement, la Cour a lait un déjeuner champêtre. Après avoir pris le café dans des tasses de vermeil, LL, MM. ont remonté en voiture, emportant les vœux bien sincères des habitants... (I),

Cependant les jours passent, le temps s'avance et pour être éloquent il lui suffira de rapprocher deux dates : le 5 mai 1808, dans les murs de Bayonne Charles IV se voit arracher l'héritage de ses pères; le 5 mai 1821, sur le rocher de Sainte- Hélène, è Napoléon Dieu reprend la vie.

(1) Journal det Batie$-Pyrénéet, n" 4Î6, jniitet 1808, I>* icine ae ptue à Ltcq, lur 1> roate d« Pujod k Aitû.

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