‹ L'Espagne et Napoléon (volume 2)Chapitre 26 sur 78 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

LE BgVBIL d'un PEUPLE (JuiD^aillet 1808)

Spontanéité de la rétiatance fiirieuie et aanglanle : Carlhog^ne. — Cadix. — Sérîlle. — Valence. — Auaiiîiiili dea anlorilja e*pa^olea; inOnence paciGqne du clergé. — Mouvement dan* le* claatet moyenoea, — Eaprit local de la révolte dana lei provincea. — Diapcraion dea troupea régulière* d'Eapagne. — Poiitiona de l'année Françaiie.

Savary i Madrid (15 jain-30 juillet). — Vanité et brutalité de >c> procédéa de gouvernement. — Sea difliculléi avec lea Eipagnola, le grand-duc de Bei^ et l'ambaaaadenr de France,

Entrée de Joieph en Eapagne; lei efforli de pacification. — I.e maréchal Beaaicrea vainqueur i Rio Secco {14 juillet). ^ Entrée du roi à Madrid (S3 juillet). — Réaiatance du Conaeil de Ca<li)le. — Proclamallon ofËcielle de Joaeph (85 jnillet). — Froideur du corpt diplomatique. — Méaintelligence de Joaeph et de Savary. — I.,ea Eipagnolt ralliéi : Antoine Llorente, lea brochnret de Cabarrut. — Soulèvement général. — Lettre de Htake i Beuiére*. — Miaèrea de la Catalogne. — Amniatie dn roi Joieph.

Le général Dupont Iravene l'Bipagne et pénètre en Andalonaie, — Combat du pont d'Alcolea, — Priae et «ac de Cordoue. — Cauaea de l'inaction de Dupont et de aon recul \ Aodujar. — Lea fautea du général Védel. — Le* Eapagnola paaaeni le gué de Menjibar. — Le* initroction* de l'Empereur.

— Dupont ae replie vera la Sierra. — lia bataille de Baylen. — La *u*penaion d'arme*. — Retour tardif de Védel. — Le* pourpartera d'Andujar. Capitulation. — La clauae dea • bagagea ■ . — Violation dea engagement*.

— Enthouaiaame patriotique dea Eipagnola. — Surpriae de l'Europe. — Colère de Napoléon. — Injuitice et inutilité du procè* du général Dnpont,

A son frère Joseph, Napoléon avait donné l'Espagne. — Il reatail à la conquérir.

GrAce à Dieu le spectacle tl'un peuple qui défend son

indépendance demeure toujours émouvant sous quelque ciel qu'il se manifeste, sous quelque forme qu'il se produise; mais la caractéristique du soulèvement de 1808, c'est sa spontanéité- Avant que te temps et la distance aient permis une entente possible, sans mot dire, à la première . nouvelle du 2 mai, le royaume est debout. Unanimité frappante qui fait l'éloge du sentiment aalkmal chez ces hommes d'houneur attachée à leurs foyers., orgueilleux de leurs privilèges, idoUtres de leurs princes au point de s'aveugler sur leurs défauts et leurs faiblesses, d'un loyalisme iataugibie, d'uee foi ialraosigcttBte, pénétrés d'une bofr«ur iustioetive contre tout ehangemcnt dans leurs coutumes, toute innovation dans leur religion; don Quichotles â«n daiu La prospérité, snpei4»e» dans le malheur et irntnble» jusqu'* h fcrocilé devant llnjure. — Pour qui connaissait l'Espagne, il n'y eut pas f é(»»Be»cnk; s'il avait «» le loisir d« feuitteter ta correspondance de ses ambassadeurs à Uactcid, l^EmpereiH' eàt parctrowcrmw v9eiHedépé^»elMrvoyaHle de Beurnonvilte :

Si les Espa^ols s'apercevaient que nous Fussions ennemis de leur exisienee poIïti<^ue cenune nation, ou bien avides de leurs propriétés» c'est alors. c|u'ik aoa& susciteraient de {ttaiui& obstacles; et peu*-âtr» ia réaialitteft dont ils attat capable» nom» entiuneratt-dle, r^ttvementaa reste de l'Europe, an felft dti but dans lequel nous serions o£iginairemen.t entrés sur leur territoire (1).

Il y avait de la colère pour rînvasioim mais ptuft encore de l'indignation pour la traîtrise. L'intendant de Barcelone traduisait bien ces sentiments en des paroles attristées qui formulaient à l'avance tout le plan de la lutte :

Devions-nous donc nous attendre q^ue l'Empereur nous tromperait! — Après tout, nous le savoas bien, rt n'y a pas plus de

(1) 3 vendémîaJK an Xlt (S5 •eptembra t803), toT. 6«5, fol. th.

LE BtVStL DtlH PBOPLE Hft

60,000 hommes en Espagne ; que serah-oe si tonte ta fx^utation se levait en muoe? Qweb âots de saaff at eoaleraeot pcsl QtM aeraît-ce si !«• vitle& K&ritimes aUûent »ppeLec Le» ihBgUi& (1}.

Comme des gens qai se sentent farbles, le» Espagnols commencèrent ïa résistance parla guerre au eoateau; l'arme était soHde dans leur main. Comme des gens qm viennent d^étre trompes, ils virent ta traliison partout. C'est an reste un sentiment essentiellement démocratique r le sonp^on est instinctif aux petits, accessible aux iatelligenees les plus bornées, il excite la vigilance populaire et î) loaroit à l'insuccès une explication tout à hit consolante pour ramour-propre simpliste de la Tonle. Le premier sang versé ne fat donc pas cehiî des envahisseurs, groupés et sur leurs gardes; il coula des veines des autorités espagnoles elles-mêmes, saas méfiance et charçéesàf'im^proTÎste d^nn crime qu'elles n'avaient pu commettre. Celte page est dAboaorante pour l'histoire du pays de la chevalerie; elle jette tme onbre sur l'éclat de son patriotisme.

Aux rives de la Méditerranée, Cartlmgène donnait te signal le 24 mai. Et voilà qu'à Tautre bout de la pénineule, au nord, jour pour jour, heure pour heure, Oviedo lui envoie la répli([ue. Au K>nd de ts belle Andaloum, sous son eiel bteu el dans un air de printemps, la passion politique se déeKaine en frénésie; la rtaide et coquette Cadix teint d'ane frange de sang ta robe verte et Irtancbe qoe loi fait l'écusoe des flots. Le capitaine général don Francisco Solano (2) avait jadis vaillamment servi côle à côte avec nos troupes; c'était assez pour qu'il appréciât leur force et8»te8dlt.méUDCoUqHeiBMit compte de la fragilité des moyens de résistance qu'on pour-

fl) 10 mai (80B, vol. <R», for. S7».

(1) Don Francnco ftftuio (tl7M808), muijahJclaSoUtnajr iM Socmn^, connu aoifirt une briga<)e etpagnolie k l'armée êe CaUlogne (17{HI>. Obtmt de C&nlit tV h permiMÎim de lerrir en Allemapie comme Tofontairc, lom Morean. Lirotenant général cl capitaine générât de rAotMontie (IBWJ.

rait leur opposer; c'était trop pour qu« tes exaltés de la ville ne l'accusassent pas de tendances françaises. Une bande fort animée se présenta à son hôt.!; du r.autdu balcon il tenta d'apaiser le tumulte; il eut l'imprudence de rappeler la puissance invincible de Napoléon, il jetait de l'huile sur le feu ; quand on voulut forcer sa perle il étendit à terre d'un coup de pistolet le premier assaillant (1). Son courage avait signé son arrêt de mort : lié comme un criminel, les vêtements en lambeaux, le gouverneur est frappé de bfttons, de couteaux, de poignards, de canifs; il reçoit blessures et outragea sans permettre à sa fierté une seule plainte; à chaque coup il regarde en face ses assassins. Trainé dans les rues, sur la place Saint-Jean de Dieu les forces lui manquent; il réclame un confesseur; un prêtre se présente; un instant après un officier déshonore son épée en perçant son général. La populace grisée de sang s'enivre maintenant de vin; l'orgie dure toute la nuit dans la ville en éveil; au jour on brisL' tes entraves des galériens et l'on va piller; par bonheur les moines s'interposent; des capucins prêchent le calme et le respect des propriétés : * Le petit crucifix fut pour cette canaille une espèce de talisman irrésistible ■, remarqua un témoin (2), et deux heures suffirent pour la désarmer.

Les scrupules du comte de Morla (3) ne l'empêchèrent pas d'accepter sur-le-champ la succession délicate et le poste

(1) Mémoiret du capitaine Tbomaa Cuiihnrighl envoya de Gibraltar pour eiaminer l'eiprit de réiiiunce de l'Andalooiie et aulorïaé par le général Ca>lailc» i voyager en coitume cifil.

(ï) F. VU, 6513,

(3) DoD Thomat de Morla (1T50-1SS0) fît U campagne du Kouoillon. Inipcctear général de i'arlillcrie. Capitaine géuiral d'ADdalouaie. Membre du la JtiDle de Séfille, viola la capitulation de Baylen. Membre de la Junte de Madrid, fut envoyé pour traiter de le ville auprét Hc NapoUon. Rallii à Joteph, cODfeiller d'État (1S09). Caractère aana dignité, cal de> iulelligencei dan* toui le* camp>. Pri^é de le* emploii au retour de Ferdinand (1814).

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