‹ L'Espagne et Napoléon (volume 2)Chapitre 27 sur 78 · LE RÉVEIL D'UN PEUPLE SGI · texte numérisé non relu

LE RÉVEIL D'UN PEUPLE SGI

de Solaoo. — Notre flotte, embossée dans la rade, se refusa à reconnaître l'élu des émeutiers; on échangea d'abord des messages pleins d'aigreur, puis des coups de fusil; les cinq vaisseaux et la frégate de l'amiral Rosilly (1) ne pouvaient résister longtemps aux canons des remparts; ils étaient pris comme au piège; au large croisait une escadre anglaise, l'œil au guet, et son chef, l'amiral Parvis, ne put s'empêcher dans sa joie de proposeraus Espagnols son aide pour l'écrasement des navires français; Morla refusa avec orgueil, prélestant n'en avoir nul besoin; il était trop vrai : Rosilly, après une résistance valeureuse de quinze jours, sous le feu de 46 canonnières et de 12 batteries, fut obligé de se rendre à discrétion. Alors les Anglais descendirent à terre pour fraterniser avec les Espagnols; c'était la première fois depuis Trafalgar.

Le drame de Cadix s'est répété à Séville : le comte del Aguila, lié à un balcon, esl tué par ses compatriotes A coups de carabine. Les habitants de Jaën se défient de leur corrégidor don Antonio de Lomas, ils le fusillent. On égorge à Grenade don Pedro TruiiUo, simplement parce qu'il est parent de la maîtresse de Godoy, et à Badajoz le comte Torre del Presno, sans prétexte- Valence mérite une mention spéciale : un moine, le père Rico y était tout-puissant; il avait prêché la croisade du patriotisme et sa popularité s'en était accrue; mais sur cette pente, s'arrêter c'est reculer; quand il prétendit limiter l'eFFcrvescence des feubourgs, il ne fut plus écouté : malgré ses efforts, don Miguel de Saavedra, baron d'Albalat, tomba sous le poignard. Pour ramasser avec profit le sceptre de la démagogie, il suffit de mettre une surenchère : un chanoine de la cathédrale de Madrid qui se trouvait à Valence, Balthasar Galvo, ambitieux,

(1) lit étalent bloqué! k Cadîi, depoii 1S05. Ro«illy el ion ëlat-major purent Kuli rentrer ea France. Lei équipa^ tarent eoToyéa lur lei pontoni.

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hypocrite, raaiMpiant mon» d^nteHigence cpie de scmpaleB, prélendit «jeeéder è llnBuenee da P. Rico; dan» 8» brutalrlé i} alla justfu'A déaigner A la foule tes Franc ais bons poor le massacre; beancoop araient irouTé un asile derrière les nruraitles de la citadrite, o» y monta en dépit de t'éloqnenee indignée de Rieo, malgré les snpptications de quelques prêtres qui altèrent chercher dans les églises des reliques pemr en bire ua rempsrt sacré; tes ^oi^ors purent salisfatire teor horrible passion : tniis cent ein^ante malheureux mas défense, hommes et femmes, furent lâchement roErasaerés. AbatlB, l'œil hagard, saBSToiz et sans pouvoir, plein d'ëmm et de rémora, Bieo regardait, en se frappant ta poitrine, coarir tes assassins. « Les tribuns Aa peaple, remarque Tîte- Lire, ne conduisent pas maïs sont conduits pttr la mnltitode. ■ C'est là leur crime, parce que c'est là leur responsabilité; ces ambitieux se pemadent que l'intelligence rester» nnUresse des passions brutales, ils ne craignent ni de les déckainer ni de levr tFOurer des excuses; à lenr tour le courent les emporte et, coupables de leur propre imprudence, its le demenienl encore des férocités d'autrui.

Après quelques jours de terrenr atroce, tes brigands de Valence payèrent le»rs forfaits : te chanoine Galro et bon nombre de ses eompKces furent pendus. Ils n'étaient ni les sesls ni les derniers : te gotrreroeur de Matera, le çiénénA Truxiilo, peur eet« qu'il représente t'autorilé, est saisi, haeibé, hrAlé par des paysans eu délire descendus de la Srerr». Le très doux et très rertueux capitaine général de ta Galice, Antonio Frlaugien, a manifesté peo d'enthonsievme pour un soulèvenient qu'il estime impromptu et dangereux, ses soldats l'assomment en pleine rue. A Vatladotid, son collègue le TÏewx don Gregorio de la Cuesta, homme dediseipHne, ne peut ni ne vent être aux ordres dea étudiatLls ameutéa dans l'Uoiver* ntè; il est uteoaeé de la po*^ce pendant que don Miçecl

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Cer«lloa, directeur da collège militaire de Ségovie, suspecté lui «uuî, est {tlacé sur une charrette, égorgé sous les yeux de sa femme et traîné à la rÏTière par des mégères en furie. Ici encore, mais Taineroent, un prêtre a fait entendre la roîx de la religion à des fanatiques qui n'écoutent plus que les cris de la bestialité (I),

Laissons ces scènes de sauvagerie dont l'horrcurestà peine atténuée par les efforts de ceux qui ramèneront au loril ces taureaux excité* par d'atroces picadors. Que le spectacle de cette charité chrétienne, impuissante ou non, s'étende comme un voile entre ce« cadavres et la postérité; rappelens-nous -plutàtlechapitrede Malaga improvisantau milieu de l'émeute une procession où la foule surprise, détournée et émue, prit place et suivit en chantant des cantiques (2) ; saluons encore ce prêtre inconnu qui à Andujar fit un rempart de son corps à la Femme du général Ghabert. Dans l'autre camp, la même autorité sacerdotale obtint parfois le même heureux apaisement; ainsi lorsque le général Lasalte entrait à Palencia, décidé à brûler une ville qui avait fusillé ses éclaireurs, l'évéque se portait au-devant de lui pour obtenir leur pardon; Lasalle encore se laissait fléchira Valladolid et accordait au clei^é la paix qu'il lui demandait avec instance.

Le mouvement insurrectionnel demeurait > populaire « ; magistrats, généraux, gouverneurs, intendants, évéques ne paraissent vouloir ni oser prendre franchement parti; les plus audacieux se bornent à ne pas paralyser l'élan; si l'on rencontre des gentilshommes qui joignent leur épée au couteau ouà l'escopetlede leurs vassaux, c'est tout comme autrefois les paysans vendéens avaient tiré de leurs manoirs, sans s'inquiéter beaucoup de leur avis, leurs seigneurs de village. A Logrono, qui est à la tête du soulèvement? Un tailleur de

(I) TOMBKO, t. t, p. S03.

(S) PicuBU, Mimoirtt.

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pierres comme le fut le voiturier Gathelineau à Saint-Floreat. Hameaux et boui^ades sont agités, soulevés, écumaats, semblables à ce que les avait rus, dix-huit siècles auparavant, Velleius Paterculus : Tarn diffusas, tam feras. Chacun est prêt à se battre, personne ne sait au juste où se trouve l'ennemi. Si quelqu'un déclare ■ oFficiellement ■ la guerre à l'Empereur des Français mailre des deux tiers de l'Europe, ce ne seront ni des ambassadeurs ni des hommes d'Etat, ni des généraux, mais de pauvres alcades, très résolument, avec le plus magnifique sérieux, sur la place de leur village, en face de Dieu qui tes voit et en présence de leurs compagnons de charrue qui entendent et ratifient leur serment. Si de son c6lé, le 25 mai, le marquis de Santa Gruz, au nom de la municipalité d'Oviedo, affiche la résistance ouverte, ce n'est que le 8 juin qu'une autorité un peu plus qualifiée, comme la Junte de Séville, faità son tour une déclaration solennelle au nom de Ferdinand VII (1), en des discours que La Porest décorait du nom de > proclamations inflammatoires ». Pour la Junte de Madrid personne qui puisse être surpris de la voir incliner à la paix : elle envoie le marquis de Lazan expliquer le danger d'une résistance vers son frère le jeune et bouillant Palafox qui après quelque hésitation s'agite dans l'Âragon, à Saragosse. Lazan part, arrive, sejoîntà Palafox et suit son exemple sans plus s'inquiéter de son mandat. — Toutefois le soulèvement spontané, unanime, reste locaL En Esiramadure les paysans continuent leur moisson; ils seront, disent-ils, à temps de prendre les armes après. Questionnés en plusieurs endroits s'ils comptent marcher, ils répondent qu'ils n'ont pas besoin de sortir de chez eux (2).

Pour souder ces bonnes volontés éparses, coordonner ces forces individuelles, une troupe régulière eût été nécessaire,

(1) Vol. 675, fol. 43. Voir Àppendicei, Xlll.

(1) U PoretI à Chunpigny, 9 juillet 1808, vot. «T5, fol. 337.

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