LE RÉVEIL D'UN PEUPLE
elle se fût agrégé ces élémenU nouveaux. Mais les milices provinciales ne sont pas convoquées, et l'armée espagnole était éparpillée avec tant de fantaisie qu'on a pu voir, dans la dispersion de ses cantonnements sur tout le territoire, le dessein prémédité de la réduire à rinaclion.
L'armée française avait occupé de bonnes positions stratégiques et reliait avec hicilité ses divers éléments, son seul péril était de présenter une ligne d'autant plus mince qu'elle était allongée de Pampelune à Madrid. Les troupes observaient uoe discipline étroite à laquelle se sont plu à rendre hommage les témoins impartiaux (1). Quand elles se portèrent à quelque violence, leurs chefs leur en avaient octroyé plus que la permission, ils leur en avaient donné l'ordre, comme à Cuença, à Torquemada, à Barcelone où les régiments napolitains traitèrent la ville en pays conquis, à Logrono où le général Verdier, après avoir cédé aux prières de l'évéque de Calahora et accordé la rançon de la ville, laissa commettre le pillage (â). On voulait briser, on prétendait effrayer, et on surexcitait les colères en augmentant l'irritation, a Comment les généraux français feront-ils la part du crime, celle de la feiblesse, celle de l'erreur, avec assez de précision pour que personne ne soit puni qu'en proportion de sa faute? ■> écrivait mélaucoliquenent La Forest.
Si quelqu'un ne se posait pas cette question, c'était bien Savary. — Nous l'avons vu arriver à Madrid au milieu de juin. « Ma mission, a-t-îl dit dans ses Mémoires, était de lire
(l) Dépêche de StrogonoFF i RoumiantioFr, 83 avril 1S08, vol. 6T4, fol. m. — L«ltr« lie Verbuel, miii»lr« de Hollande, au maréchal de Kinabergeo, cbambelUD du roi Louia, 18 avHI 1808, vol. 074, roi. 166,
(S) I,t Foreil à Champtgii;, 16 juin 1808, vol. 675, fol. 107.
tT8 L'ESPAGNE KT NAPOLÉON
tous les rapports adressés au grand'duc de Berg, de faire les réponses, de donner tous les ordres d'urgence; mais je ne devais rien signer. > Il se mit aussitôt à déployer ses talents. Dans la place vide il s'installa en homme enivré d'un si récent et si grand pouvoir; et alors que la volonté de l'Empereur paraît avoir été de lui confier un rôle de surveillance sur les affaires, il saisit l'occasion d'en prendre la direction. Mme d'Abrantès, regardant en cela le nouveau duc comme a bien ridicule ■ , peint son faste et son arrogance d'un Inii qui dit tout : il se faisait servir avec la plue cérémonieuse étiquette et son échanson lui offrait à boire un genou en terre (I). Les Français eux-mêmes s'émurent de ces allures orientales A tout le moins déplacées, et les gens de bon sens comme La Forest ne purent se taire en haut lieu de ces maladresses véritablement dangereuses en face des Espagnols ulcérés et insoumis.
... & l'ftrrivée du général Savary, un très bel appartement lui fut donné au château du Roi, et tous les honneurs dus à son rang lui furent rendue. Mais il s'ét&it annoncé comme venant remplacer le lieutenant général du royaume et voulait parler aux yeux. Il passa dans l'appartement de S. A. I., i^ill eilt ta Faible^e de l'en îaisset- maître; et, à l'eit^eption des pagesj il ordonna que le service itiarchAt comme lorsque le Grand-Duc était présent) c'était inconvenant et cela étonna beaucoup. Une ciivonstance parliculiore en fît un scandale public. Cet appartement était celui du prince des A.sturies et, à tort ou à raison, on reproche au général, en Espagne, de l'avoir décidé A sortir de Madrid. De lit un sentiment d'éloignement très fâcheux, qu'avec plus de mesure il était facile d'éviter.
Le général voulait qu'on fit entrer chez lui tout ce qui vient au cbàtcau et qu'on lui préseatât les grands, les ministres, les membres de la Jiinté, les chef^ des Conseil», leS dîterseS autorités. Ce n'était pas connaître les Espagnols. Tous se tinrent à l'écart. 11 s'en aperçut et l'aigreur remplaça les préventions.
(1) Mémoirf, I. TH.
Noos svens'Min que le* gazflttet contiennent teus las .articleB propres à rassurer sur les relations «mioales 4e ia F>ruice et de U Russie. Le général manque de ces m en céments; il répète journeHement quelesaïfairesdu nord forcent S. M. I. et R. A se presser, et il accroît par ce langage la pusirianimi'té. Dn inconvénient, incOTnpara'blement plus grave, résulte de Tespèce de fureur avec laquelle le général parle «ans cesse de pillage, d'incendie et de massacre. Je serais faonteux de répéter tous les excès de ce genre qui lui écliappent à chaque inïtant. Et le nom de l^mpereur est toujours cité en témoignage! Ces propos sont entendus par de jeunes officiers indiscrets, par des domestiques, par des Espagnols ; ils circulent et font frissonner sans rendre pins soumis. Ils autorisent beaucoup de militaires à des actes inutilement violents (1).
La «itustioB politnfoe poptaïtaial cc^ndasté l'étalage d« h«te,i la présomption, àladîrisTon entre Français rilapcmirie était uniTersetlc, les affaires fort embrouillées elles nouvelles les plus alarmantes arrivaient de tous les points -du royaume eu Iw «oiamuDications avec Madrid n'étaient pas coupées «Bcope. Au mord à Saotander, ii l'est à Sangossc, au sod à Valence, nos armées se tronvateirt mal en point; le maréchal Bessïères, le maréchal Lefehvre,le maréchal Moncey se heurtaient à une résistance inattendue, énervante et mystérieuse. Du général Dupont, entré en Andalousie et séparé des plaines de CasliUe par la Sierra, (»ltis de nouvelles. L'inquiétude, sinoB déjà l'émoi, se faivait jour <tans la«>pîtale;ia ville était dans u la stupeur » , et Savary, "qni ravonail, ordonnait de fortifier le Hetiro. En même temps il envoyait vers Dupont la division Vedd. Conduite prudente; cepepdant le Ciel se joue, quand il loi 4>bU, des mesures d'apparence les plus sages : le renfort qu'on croyait apporter à l'armée d'Andalousie 'Aerail «eulentent grossir le Rom4>re des prisonniers de Baylen.
Quelques lettres de Savary nous tiendront bien au courant
(1) L> Foreit à Champa^f^ SB foin 1808, toI, tSi, fel. M», «M.
de la situation, de la façon dont il la comprenait, de la manière dont il informait l'Empereur.
Je vais employer les six ou sept jours qui vont s'écouler avant le dénouement de tout ceci à faire évacuer l'bôpital de Tolède, qui a huit à neuf cents malades, celui d'Aranjuez et enfin tout ce qu'il y a autour de Madrid en liôpîtaux et en munitions. D'ici là il y aura quelque chose de décidé sur un point quelconque de l'EspaQfne indiquant s'il faut marcber vigoureusement contre une armée qui, parait-il, suivrait Dupont; nous ne nous laisserons pas insulter dans Madrid. D'ailleurs Votre Majesté aura le temps de nous écrire d'ici 1^(1)'
... En même temps que j'ordonnerais le mouvement, je ferais partird'ici une division pour échelonner le général Dupont, si cela devenait nécessaire, pour le faire agir vigoureusement en avant de lui. Je pense à ce mouvement, parce que d'ici là nous devons infailliblement être maîtres de Saragosse et qu'alors le corps qui est devant cette place pourra faire quelques mouvements sur Albaracin et Moya. où il parait que l'un a besoin de voir un peu de troupes. Nous devons avoir aussi des nouvelles de Sanfander et de tout ce qui environne le maréchal Bessières. Avant l'arrivée de CCS trois nouvelles nous n'entreprendrons rien au loin.
M. de Laforest est trop formaliste pour une circonstance comme celle-ci; si nous sommes gCnés si fort pour nos subsistances, c'est qu'il ménage trop les instances qu'il y a à kire près de la Junte. Il veut, dit-il, nous gagner des coeurs; moi je lui réponds que je n'en voudrais pas de mille au prix de la ration de vin d'un soldat. Ils en étaient tous privés lors de mon arrivée, et ce n'est que ce matin que je suis parvenu à le laire rendre à toutes les troupes. Aussi je ne suis pas content de la manière dont il s'explique sur les craintes que lui fait concevoir mon séjour ici. Je ne lui en parlerai pas parce que Votre Majesté veut que l'on vive bien avec tout le monde. Ce soir à minuit, j'écrirai de nouveau et rendrai compte à Votre Majesté. Je la prie d'être persuadée de t'empresscinent que je mettrai ù saisir l'occasion de tirer le canon, si Elle arrive; et je ne me mettrai pas dans le cas de r pas si une fois je m'arrête à ce parti (2).
(1) SsTary à l'Emperetir, Madrid, le 2S juin 1808, k miouil. (î) Midrid, M juin 1808, une heure iprèi-inidi.