‹ L'Espagne et Napoléon (volume 2)Chapitre 29 sur 78 · LE REVEIL D'UK PEUPLE · texte numérisé non relu

LE REVEIL D'UK PEUPLE

Nos troupes étaient à Madrid un peu en convalescence : composées de jeunes soldats débites et d'ailleurs plus que médiocrement équipés. Napoléon s'élalt doublement exagéré la faiblesse des Espagnols et la force de ses conscrits. Bien qu'il n'aimât pas recevoir ce genre de confidences, il fallait bien lui avouer le danger. Savary eut ce courage :

J'ai visité cette après-midi les hôpitaux, l'on y a bien fait ce que l'on a pu, mais ils sont encore loin d'être ce qu'il faudrait qu'ils fussent; j'y ai vu des soldats fiévreux coucliés sans chemises, n'en ayant qu'une qui était à laver. J'ai fortement grondé, et M. Deniée(l) s'en prend ù la commission espa{;nolc qui ne répond pas; enfin il est indispensable d'en donner,et demain on en distribuera I,â00 des magasins de Voire Majesté. J'ai vu aussi les troupes du maréchal Monecy qui sont ici; presque aucun soldat n'a deux chemises, et un grand nombre n'en ont point du tout. Cependant il y en a ici 7,000 en magasin. Malgré cela nous serons loin d'en avoir assez, cependant il est impossible de s'en procurer ici, elles couleraient presque le double qu'en France, et d'ailleurs nous n'avons pas d'argent. Votre Majesté ne peut se faire qu'une idée très imparfaite de l'état dans lequel sont ses soldats en Espagne sous ce rapport; le même besoin va se faire incessamment sentir pour les souliei-s, il serait bon de nous en envoyer.

Du reste nous n'avons que de légùi-es maladies, les fièvres passent assez vite, mais les convalescences sont longues. Les aliments sont très bons, mais tous les jeunes soldats, qui sont grandis de deux pouces depuis leur départ de France, trouvent qu'ils n'en ont point assez. Aussi avec une demi-ration de pain et une demie de vin, nous avons des travailleurs pour le Hetiro tant que nous en voulons.

Très sincèrement, celui qui va devenir le mois suivant " duc de Rovigo « trouvait dans la volonté impériale son unique boussole, à l'approbation de son maitre il subordonnait tout; ici, il laisse sans ambages parler son coeur :

Je n'ai point d'autre ambition que celle de servir Votre Majesté

(1) tiupecleur en chef aux revuei, baron de l'Empire (1811).

un ^u nûeui qu'un aatne, si laforttme m'en ^réientel'oocBSM» Je sais cambieu elle voudrait finir prompte m eut les af faiies H'F.tju^gm^ c'est pourcjuoi je fuis taire .dans mon cœur Je désir de me rapproclier d'Eue avant d'avoir pris part aux dangen qu'elles peuvent offrir. Mais rien ne Hatte mon ambition loin'J'EIle, ni ne me dédommagera de toDt ce que j'éprouverais de ixintrainie en «ervant Ion de son regard ; si tantcoci était mené bssce vivement pour ijae cela fût fini vers l'époque où il faudra suivre Votre Majesté à de nouveaux événements, je serais uo peu consolé de la pensée de jprcndre incessamment un corps de troupes en Espagne. Néanmoins, s'il ne m'est paspermis de songera la rejoindre avant la fin de cette guerre de brigandage, je serai trop heureux de saisir le moindre moyen de luj prouver par mon obf^issance mon entier dévouement.

"<ïiierre de brigandagcl ■ L'expression n'était pas inexacte : guerre sans merci et sans issue. Le cercle se resserrait. Les comniunicaliong étaient si bien coupées entre Madrid et l'arniée française d'Andalousie, q|ue lorsqu'il fut urgent d'expédierè Dupont des ordres supréntes, M. de La Forost dut s'entendre avec M. de Strogonoff, pour munir nos deux officiers de passeports russes avec la fausse indication de Lisbonne et de Cadix (I). Le 4 juillet, les estafettes françaises rentraient à Madrid, n'ayant pu atteindre le maréchal Moncey, et pour n'être pas fusillées, ayant du décUrer leurs dépêches. A Talavera le rasaemblement des insurgés derenait si pressant que Savary estimait nécessaire d'y marcher de sa personne. Chaque soir il écrivait à Dupont, et chaque matin il éprou- Tail la déception de ne recevoir aucune réponse. Pour assurer le voyage du roi Joseph, qui maintenant s'acheminait vers sa capitale, il fallait jalonner la roule de cavaliers et de canons (2). Moralement, la position à Madnd était encore plus pénible; les Français vivaient, étouffaient pour mieux dire, dans une atmosphère de sourde haine el de patriotique

(1) La ForcM i Chanipagny, 20 juin ISOS.

iE Bersn. D'uw pEt-n»

(nrfère. a Qfr'ëa parcovre les rues et le» ploees p«btiqn«s, tout y est tranquille; c|ae l'on entredBm les tnaisom, 80 n'y trouve que mauvaises noorelW et mauvaise humeur (l). n Le silence m'éme élmt é)<K|ueiit et les' moins ardent» gardïiièoi fidèlement le seepeti eHes phis eeimproinis : ■< II est! encore à arriver qu'un Espagnol ait, à ma connaissance, dénoncé son voisin. B Et La Forest regrettait en vain cette inébranlable discrétion.

Savary, dont la clairvoyance du moins ne s'obscurcissait pas par le désir de plaire etqui savait dire crûment les échecs comme les nctoiresv Savaiy eonstatoic arec mélaneolfe' sur i''opiiM«n nflMMlèae l'îmitilitéd'efFoTtvpffei'fîquevqiie, ponrsa part, il n'avait jamaw- pouMés tré» avant. « L'espriit public est ■nauvaiff^ 'A est daoe la crise. Je ne m''afTélerat pas &■ vous ^bittv uik tas d'absurdités qui troavent dii crédit! parmi 1«8 gem leypluffaonsidéFablesde ce pa^s. M' n'y a que- la présence du Rai< qui paiese les (aire cesser (â^ . n Quant # lui' il conti- Duaitces procédés violent? et) bruta-ux qui réussissaient mal auprès des Gastillens. N'avadl-il pas voulb' faire tirer te canon en signe d^allégresse poun de» victoirer remportées sur les ËsfMjpols par 1«8 Fran^ais^ Â. ^nd'peinc La Forest parvint A le dissuider de cette' pMJYOcatioo' imrtilp; mai» le général O'Farrill et les autres ministre» josé^higté» demeuvèrent profondément) blessés et le» ra|)portlB déjà- tendus parurent brieés.

G«s.maladEeBse»perçBient;peB>à peu' et arrivaient enfin aux ovnllerdel'Emftereuv. Assuré de son' obéissance', il' ne- 8*iUu>noumîb pa» SUE la» tblsnts de son^ serviteor. <■ Sovoryest un bonnn&trèS'bon'pourdiBt-opâpat'ioTiasecondaire», maivii n'a pM>an«S'd'«xpérîemm «tdecalcul'poar-Are ftlb-téte<f*une si gsanla machine-, k' Voil^ce-qu'il éerivaitlA eon ft>ère-, ajmttaiit

(1) La PonMtli Ghuupiipiyi voll 675; fH. ft3;

(2) Savary au pridce <l« NeuchStet', ITjuillM 1«W-.

d'ailleurs avec maasuélude : ull ne faut pas laisser entrevoir à Savary l'opinion que j'ai de son incapacité (I). " Seulement, on peut croire que son parti était arrêté de rappeler l'i'ncapable, •> qui n'a fait que de fausses marches et dont les mou- Tements militaires font hausser les épaules n .

Il nous faut reculer d'uD pas en arrière pour aller rejoindre le roi Joseph et lui faire cortège au moment où il pénètre dans ses États le 9 juillet, à sept heures du matin. Peu d'Espagnols le souhaitaient, mais ceux qui l'acceptaient avaient besoin de le voir de leurs yeux. « L'Espagne, avait dit avec quelque esprit un conseiller de Castille, est le pays d'Europe où l'on croit le plus à la présence réelle. » Joseph possédait des manières gracieuses, son aspect était aimable, il ne perdait rien à se montrer. — L'Empereur lui avait donc fait ses adieux, en grand apparat, aux portes de Bayonne ; le nouveau roi traversait la Bidassoa au milieu d'une file bruyante de voitures où s'entassait, ■ l'Assemblée « scindée en trois groupes se relayant pour le précéder, l'escorter et le suivre; toutcela Délaissait pas que de composer une caravane étrange, disparate et mouvementée (2). On alla coucher à Saint- Sébastien : aux murs, des guirlandes, le soir des lampions, la nuit des chansons et des guitares ; beaucoup de couleur locale, moins de témoignages politiques. Les harangues des magistrats et du corps de ville [larurent embarrassées ; plus encore le fut la réponse de Joseph dans une langue hésitante, avec un accent étranger qui prétait aux quolibets des malveillants.

(t) L'Empereur è Joieph, 18 juillet 1808. Recueil Lbcbsthe, t. I. (2) Souvenirs de Slsniil» CE GtiunniN, IV.

LE HÉVEIL D'UN PEUPLE STfl

Le lendemain, après avoir entendu dévotement la messe, on était parti pour Totosa; quelques débris de la députatîon de Guipuzcoa y souhaitèrent la bienvenue. A Vergara Joseph s'empressa d'accorder leur pardon aux envoyés de Santaoder révoltée qui venaient demander grâce ; et ce furent les premiers applaudissements vraiment sincères. Il s'enquérail des besoins du pays, promettait tout, souriait à tous; il déployait de l'amabilité pour deux : l'interlocuteur qui restait muet et lui-même. A Vittoria, il faisait imprimer une proclamation apportée de Bayonne : il s'y dévouait au bonheur de la nation ■ généreuse » que lui confiait la Providence, le conservation de la sainte religion des monarques ses prédécesseurs lui tenait surtout au cœur, il comptait sur le concours du clergé, le dévouement de la noblesse, l'obéissance du peuple. En d'autres temps, cet appel à la concorde aurait mérité d'être entendu; mais ici) nul écho; ■ plus le langage est paternel, écrivait de Madrid La Forest, plus on se persuade que S. M. doute de sa couronne. > — Ces craintes, à la vérité, n'auraient pu passer pour absolument chimériques, car à peine venait-il d'ouvrir les bras à ses sujets que ceux-ci se reculaient assez durement ; des rapports venus d'un peu par* tout lui montraient les provinces en pleine révolte.

Si la Navarre, occupée dès le premier jour par des forces françaises, n'avait pu se déclarer publiquement pour Ferdinand, sa députation, ses conseils et ses tribunaux s'étaient tous retirés sans bruit. — Les montagnards des Asturies se levaient au contraire avec éclat à la voix de leur évéque. Les Galiciens (on parlait de 15 à 20,000 hommes) suivaient le général Caraffa qui les faisait descendre sur le Portugal contre Junol. — Valence, en anarchie et en rébellion, groupait une force militaire assez imposante autour du petit noyau d'une compagnie de sapeurs amenée d'Alcala par un sergent du génie; le général était don Pedro Gonzalez LIamas

et il' allait cOBtrwndce i tebroaeser ver» fat Gastîtie Umccy lui-DjéfUfi, <|iiii»^étAi(;Iieuiité tout; «b'abocdati fonniidaible àéSti de las CubriUas. — De» rsageanecs parltcuftàffes, de» fuocMfS locales ensanglantaient Gartbagèna oH Le san^ puiuqM«'Cou[e dans les '•leiafis. — Muccie, j^i»:adiaa,te'paépaBait;à la Lutta sacs mouft d'iptet^ — Ea Caixiofftm las tatritoiier stur lesquels, cafa4>aî«iit oos soldats étaianll & aax; ^ une' portés- de fuaili de I«iwa retraDchemetds, il» se: tsouKMMt dijà en pa^ «Qoemi^. BarcatoD«v par forcc^ ncslait «atoïc-; sas laayiatnds ajiaal redué' Ifi ttiKuevt à J<Meph étaiienlttQDdtBts.à la faits- Resse de Montjuicb ek se Satsaiaot acdameD an trarersanl les ■ues^de la vULa- en grand costume; Ue habitants àaugEaîenl poun reJoiQdra-WgeavaraaurdfMkHariaosAln'areecfabbaitail t^tradfl dana la: catapagns avaatd»s'ealeaineiidaD«6iroDav ToBtose- élaii soulevée. Lâflida se déalanit poiur Fevdiiiaiid à la voidi de soaév^ue JeDonitoo Uama dsTorràs^et lavait un corps de mi<|Mele(s aou» las onkes du coliHiel Ba^t. A l-'ila de MJnocque» le Diarquis de Palacio ocgaDtsaifila-Désistance. Tout cala- devaBait aif^Diftoati-f;; di'aitlces amrtisseoMOto allaient sa faice eatendra de plus pvm. hm coiragâdor» d' AxagOAv a j»nt tiémoiçaié i|aelq«elié«itat)0i).de«aatreffesTesoencs des faubouv^, avaiaat.été rnsmacv^; las CorrAiS' ppovincialei se casseoi blaÎGQt; daSF baades ds voloataicea soEtaient de Tudélb' &vec Lb' mosquift de hataa ; saa» doatev à la premiAna ■niloailie,. il» tounutieat Us épauies «b se. £BiiBBt«at poarauin« À-Malloact àiÊpila.; maia Saragosse Fermait se» porter, soutaaoit UD' siège mauntriar et laipnoriiuie «olièea.devanait iafaabilabU: pouD noufc. A£iLdie mainlianifi, n^ec, coardauner ces BgilatioDS- bouyaotes, dfit- fiaccoa ongaataée» ne masqinàeBt pa» : eavirooi M^OOV hontm^. d* tiotifMft régulièreti tenaient Çà. et U ganùaoa en fi»paf(fie {l}.

(1) Le roi JtWEph donne ce iXifth i»m •«■ Mèmoini (t. IV, p. 3D0). ficBuIianiaia- Id fbumiti^galemcDt à^Cbampagny (Rapport du'IdoclolMv l£9?)i

ht- hri^ftêfer BMte' en fiomnHmdait un« partie iatt» la 6«lîee; en Andalousie, appuyé au cHm|>i de SaifilT-Rdct^ te Keuiefiant générât Gïsta^OB groupait un corps bien eneadré par les régiments guiseesd^ReiËRg; un« diiiaine^ de bataiUons »e tromraLent du côté d«- MtiTeie et de Valence-; à Yalladolid te rteux La Cueste donbllaic avec le» contingentedes provinces d^ Léon et de Zamora- Vea compagnies résidknt en- Gastille. 6to tfcrniëres barraient la> route (te- Madrid et arrêtaient Josej^ pamnn- à Bnrgm. — Bessiëre* n-'àyait qtt'bne' pefite armée sous Ha main'; il n'héïita- pas cependant. M ^'avança sur Afedina<de- Rio Seco od Ib- Gaesta ttrait pris posilÀon; les gardes watlonnes' et l<es bataillon» d'infbnterie soutinrent le choc avec avsez d<e nésoFution ; mais les cavaliers de Lasalle sabrèrent des bande» indîseîplînées- qui ne tinrent pa» pieJ ;

■péciBant 50,000 diapanible* lur ua cFfeclif de 123,000. homuiei ayant Ûï ofGcien géa^raai e( plua de 2,000 coloneli. — Ud éUt • cfe* force* «ffiec- Itpn ds L'aDinfv pemanante • m mot*: de mu 18118^ dam^ eu ISU parla ■cctîOD d'hUloire miJilaire du d^p6t de la Guerre i Madrid, atleint un lolal bieu supérieur {131,000 hotamei); mai* il faut tenir compte db l'abieDW du ctaftaide la Bomana, du total des milicoa provinciale* (Mt^OO hnmnnajt des congé», de* dëaeKioni, dei maladie*, etc. Voici ne tableau :

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