‹ L'Espagne et Napoléon (volume 2)Chapitre 30 sur 78 · TROUPES · texte numérisé non relu

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Oo consultera le chapiUe sur radminiairotion militaire dan* A. oa Libokdb, Itinéraire d'Eipagne, IV; et le remarquable tableau que trace du soldat espagnol le général Fov, Guerre ilèla Péninsule, 11', Wtl

le8 redoutes fureot emportées à la baïonnette- Des Espagnols nous eûmes 6,000 prisonniers, leur artillerie, leurs munitions, leurs b8ga(;es. Les Français avaient combattu aux cris de B Vive l'Empereur! Plus de Bourbons • ; remarquant que c'était l'anniversaire de la prise de la Bastille, le 14ju>llel (1). De la pointe de son épée, Bessières pouvait montrer à Josepb le chemin de sa capitale. Le Roi reçut cette bonne nouvelle avec satisfaction, mais sans manifester d'enthousiasme; l'Empereur (ît éclater au contraire une joie très vive; il écrivit à son frère de réserver un collier de la Toison d'or au maréchal victorieux qu'il comparait (l'analogie était du reste heureuse) à Berwick après Almanza. Mais Joseph, lorsque lui parvint cette lettre, était déjà sorti de ce Madrid dont on venait de lui ouvrir l'accès et il se crut moins tenu de payer la dette d'un service vieux de quinze jours et devenu inutile. Il restait mal impressionné, perdait ses illusions et le témoignait très crûment à l'Empereur, dans une gradation éloquente : ■ Les dispositions des habitants ne sont pas bonnes. ■ (10 juillet.) — » L'esprit est partout très mauvais. • (Il juillet.) — a Personne n'a dit jusqu'ici toute la vérité à V. M. Le fait est qu'il n'y a pas un Espagnol qui 86 montre pour moi, excepté le petit nombre de personnes qui voyagent avec moi. Je répète ô V. M. qu'Elle ne saurait foire assez d'efforts pour pacifier l'Espagne; il faut des troupes et de l'argent. ■ (13 juillet.) — « On m'affirme que depuis quelques jours à Madrid nos affaires ont empiré de cent pour cent. ■ (15 juillet.) — * Ma position est unique dans l'histoire : je n'ai pas ici un seul partisan. » (18 juillet.) A. dislance, Napoléon répondait bien : « Soyez gai et coqteat, a (Lettre du 14 juillet.) ■ Ne doutez jamais d'un plein succès, n (Lettre du 21 juillet.) Mais sur place, le moyen?

(t) Lettre de Beiaières i l'Empereur, AP IV, 1606.

LE BËVEIL D'UN PBUPLB 3«3

Pour ramener le «ourire, il aurait fallu autre chose que l'entrée dans Madrid. Elle fut sinistre (1).

Le carrosse de Joseph pénétra par la porte d'Àlcala pour trarerser la ville dans toute sa longueur entre des fenêtres closes et des balcons déserts; l'ordre avait été donné de tapisser sur le parcours du cortège; beaucoup, par dérision, avaient tendu des haillons. Les salves d'artillerie dans le lointain et tout proche les vivats des troupes françaises, formant la haie par honneur et par précaution, rompaient seuls le silence; La Foregt écrivait avec philosophie : « L'étonnement était le sentiment dominant et celui-là n'est pas bruyant. ■ Joseph atteignit le Palais avec un soupir de soulagement. Un groupe d'Espagnols l'attendait au bas du grand escalier; comme on était dans une salle fermée et loin des regards de la foule, les salutations furent plus empressées.

Dès le lendemain, le Roi avait lieu d'écrire encore à l'Empereur : a Cette nuit nous avons eu beaucoup de désertions; l'esprit est aussi mauvais que possible. ■ Toutefois, il se ressaisit et se mit bravement au travail. Il possédait un Conseil des ministres au complet; sauf un, tous Espagnols dont la presque totalité avait servi Charles IV, voire Ferdinand. Ils revenaient de Bayonne et, ainsi déjà compromis, gardaient leurs intérêts en soutenant le trône nouveau. Par contre, la première autorité du royaume, le seul pouvoir national demeuré debout : le Conseil de Castille, ne cacha pas sa répugnance et son hostilité. Les ministres avaient prêté serment l« 21 juillet, les conseillers d'État le 22, le Conseil de Castille éludait toujours ; il ne donnait signe de vie que pour offrir à Joseph un cahier de u représentations » , et il fallut une lettre de jussion formelle quand il enregistra, en mau-

(1) Le silcDce el la contenaDce détlftignenie de* habiMDU fareol d'anUnt plua frippanU qa'on aviit cherché à mettre plut de loleniiité 1 la ctrtaionie. MiOT DE Hbuto, Mtmoiret, t. III, p. IS.

gréant, te teMe- de la Gooetitutrâa. L'iatandant: d» ht police madrilèoe ayait donné se démissioadepai» le tooift' dv jvn; doo Paèlo Arriba» accepta' ces foncliofu diélicateB-; inai* lea «m^loyéï Bubalternee m dépobffwn* à l«ur toar. — JotejA ne pouvait attendra l'aditénon d«ff cceuvs peur- prendre possessieo. Le â3< juillet on k- ppoelbmaît roi arvea tOute' k pompe dé«imbl'«'; une- eoïnci<ïence lt«aveu»e Tonlail «^ra- ce ffK le jour de Ib saint Jlacqne», patron de f Espagne ; mais lea circonstance» étaient supéneirae» au» r8ppvoGheiB«at* ingénieux ; le meilleur ténroitt plbcé' ponr bien Toir bqi»' dira comineQt les cfaeee» se pâmèrent.

La proclamation de la royauté' a commencé à 5 h. dVi' sofr devant le chAieau et a continué, de stafion eiratatîon, juM|in'à h mnt. Le porte-étendanl a au anmits nm splendiife B^tas h nn bétel. Une ilLiminadon a clot.U- jouna^ei, La&sp«ctaclea anH été ouverts gratuitement. Beaucoup d'argent a été dUtrii>ué aux pauvres et des rafraîchissements ont été donnés dans les rues. — Dans lanuit d"avant-liier, des liillets manuscrits avaient été gfissés dans beaucoup de maisonsqui, se trouTantrarlepassaga'dU cortège, devaient dire' tapiRsées-en dehor» : on menaçait ,de mor» ie> pro> pri^tairas s'ils. ohéisMÏaat; il y & eu. aj&uancede peuple dâu» les rufis; personne ne s'est peinûs l£ plus léger déaocdre. — Mai^ (^ue de symptàmes de cette peur, de cotte défiance d'bamme à bomme qui dominent constamment! Excepté le duc de Frias, îl n'y avait pas de Grands à la suite du porte -étendtud'. Hit peuvent bien aller se courber au' P&lai», ih n'osent prendre une ottiitadie devant le peuplé. Goinhi«i;de prapriétBÎceaont.aUuulu la dernîàre haure pour tapisser, dans la crainXa qu-'oa n&lfii.uug^nnàt d'empressement. Combien d'autres ont vite fait enlaveo leurs tapisseries après le passage du cortège pour ne pas être accusés de s'y complaire. Dons quelques rues on a vu des files entières de maisons dont les Babitants étaient Bieir aux- fenttrei, mais' se gardmiam de menre le pladisucle balrao^ aouanasÈ «harnin anail craint que son voisin ne le vît sur une ligne avancée. Ces puérils détail» peinant Ksspri«piiMiQ:(l}.

(I) La For<^»t I, Choiiipagny, 29 juillet 1808, vol: «W) M. «Wi

Vhem* foor Ja! que pour 4es «Dti«&, Jo«epb ■ttrigié aviait »ab«té «Me mise «n icbme ; «i la jiévoite de m> » aaieta n fixait son aBentioa, elle ne J'obsorboit pM, ,>an Fcgard m diri- (poMt phisJoin : nr i 'Empereur, vers VEiarope. U avait 'dwis sa 'capatale ^el^oM-inu lie met re^irésentainls^ le fht» importait par k raag .«A avrlart far la puàssanoo^e »on maitue, SbiogoDofféntaBtde se oosrprom«ttpe et 4onitaiL^.tfm à l'iinsH tatioB en -ne paraitsamt pas au palais. L'assentiment ju Tsar était inen éventaelleiMirt aoqoB ; à ftayonne, où Ghamyagoy l'aasàt affirméâ M. <le M>etkemioli, un oovrrter russe appoa^ lak l'ordre de reofiBakaitre ■ Ael «aaviecaia que i'eaKpeffenr Nafoléan désâgaecail pour le trône d'EspeigBe ■ (1). On ne paanst ae montrer plos large. T«uldcù il y a ^ifFéreates bçABS d'adhérer i une p<di(nfue et pour 4]«e l'adhénon d'Alexandre fti la bannê, Napoléos |>râpu^t l'cntreviie d'EnEorth qui devait -cioienler i'alliaikce, délier «es mains et peut-<é4re entraver ceUes d'avlnai. — l£eUenùc^, en avisant sa ccRM-, ha cimaeillait Imb la u iwcannaîasaikoe ■ d« roâ Joseph, mais afin de se donner le kùsir de ierminer les anne> ments de l'Aotncbe; et ses rapports i Stadion >ëminèi«Bt en méaM temps toules les tbimmis -qu readeot maïkaâssible t sea yeuK ['.^évalMn id'an Scmapaite Aor le trône d'Eapa^e ^).

On devine combien ces aoeeptatioa* de cirooostance, Aam» la ■éoessité de gagner du temps et ledesaeinde ruser, offraient des garanties e'phémèf«s ; ettes ne poravaieni nxetlre qoe des paroles réservées sur les lèrr£s des diplomates «robarraesés

(I) DëpËche de Mcllernich à Sudion, S3 aoùi 1808. Mémoire*, I. II, 228.

(S) ETIe e*t incompatible «vec totu 1e> principes : 1* I«> moyen* ne aonl pn même JDttîfiï* -par le préleite d'an ilroît de «onqiiHe. La ctraroone o'étmt pM vaeaMc.

S° Bien ne reiiemble lueint ii une abdtcalioD volanuire que ccUei de Ferdinand VII et de Charic* IV.

3* On • e*t Siapcnié lie faire ligner lie* ainei de renonciation bdi InFnnl* pirinit; n exiiu donc de* tlroits iinprocTTptiUei lar ccRe :* 4e Jk famille rénaato.

qui en offraient l'homniage à Joseph. Lui, s'en îaquiétait; et d'autres soucis l'atteignaient encore, d'autant plus cuisants que moins attendus, car ils Tenaient d'un Français.

Savary avait entonné un chant de victoire lorsque le frère de l'Empereur fit son entrée à Madrid; mais pour qui veut lire entre les lignes, la lettre du duc de Rovigo est curieuse par ses réticences, ses prétéritions et sa satisfaction équivoque. Une fanferonnadeque les événements allaient trop tôt et trop cruellement démentir termine cette épitre triomphale dont la date est à noter : 20 juillet 1808. — A la même heure du même jour, Dupont négociait la capitulation qui rompait le charme de la victoire depuis si longtemps attaché à nos aigles. — Voici comment parlait Savary : « Sire, nous venons de mettre le roi d'Espagne sur le trône. Notre cortège était si heau qu'il a rempli la population de Madrid d'étonnement qu'on prendra peut-être pour de l'approhation. En dépit de tous les bruits de la malveillance répétés par les tàtonneurs, le Roi occupe le trône que Votre Majesté lui a donné, et personne ne l'en fera descendre, n

Joseph s'était plaint, dès la première heure, de son encombrant et hrutal compagnon. D'un ton ferme et noble, sa lettre a de la hardiesse dans la forme; et quand Napoléon s'en moquera comme u d'une page de bavardage <i , il témoignera son embarras de répondre sérieusement à de justes plaintes autrement que par la raison du plus fort ;

Que Votre Majesté nie dise nettement quels sont mes rapports avec le ([entrai Savary. Est-ce moi ou lui qui a le droit de commander? Je suis assez intéressé au succès de toutes ces affaires, et je le suis plus que personne. Les positions équivoques ne sont pas dans mon uaractcre, et j'ose dire que je ne mérite pas d'être mis dans une fausse position... Je puis avoir des conseillers, mais non des maitres, en Espagne. Le général Savary est moins propre qu'un autre à commander k Madrid. Il y a rempli des fonctions pénibles, il a été chargé d'une mission qui le rend odieus. Votre Majesté

tE nÉVEIL n'VK PEUPLE 9X7

fera ce qu'Elle voudra; mais la tempête est trop forte pour que je me perde par des ménagements qui ne sont pas de saison (1).

Savary ne demeura pas ea reste de récriminatioas :

Madrid, le 27 juillei 1808.

Sire,

Depuis l'arrivée du Roi tout va de mal en pis, et il faut que te mal soit aussi grand qu'il l'est pour quo je me détermine à en donner avis à Votre Majesté, afin qu'Elle ne perde pas un instant à y apporter remède.

Dans un Conseil où le Roi était avec plusieurs officiers généraux et ministres, il s'expliqua ainsi : Je ne puis pas faire la guerre à chaque village d'Espagne, ou je dois renoncer ji y régner, il faut donc que j'emploie la persuasion et un peu de cajolerie; alors il faut que je me serve d'hommes et d'instruments qui, en mËme temps qu'ils me conviennent, peuvent plaire à ce pays que je cliercbe à calmer. A la suite de ce Conseil, il me fit entrer avec le général Belliardetnous parla ainsi : « L'Empereur croit tout ceci en bien meilleur état, et je vois qu'il n'y a même pas un neutre en Espagne, que tout y est contre nous; cela se conçoit, en France la Révolution s'est faite par des Français, elle a eu un grand parti, ici elle ne plaît pas, n'a aucun partisan, et do plus elle est feltc par des étrangers; h ce seul nom tout se met en armes. Ici je no trouve rien pour moi que l'armée française, il tant donc que j'essaie d'employer d'autres moyens, il hnt cberciierè leur plaire. "

« Bessières demande de la cavalerie, envoyez-luî les mameluks, qui sont odieux ici. >i (En conséquence, ils sont partis le même soir.)

Et en me portant la parole, le Roi a ajouté : <i De même pour vous, général Savary, l'Empereur me l'a dit lui-même, qu'il convenait qu'il vous faisait jouer en Espagne un triste rôle, mais qu'il avait le projet de vous rappeler incessamment auprès de lui ; vous avez ici trop d'ennemis pour m'y être utile comme souverain, c'est un malbeur qui ne doit rien vous faire, mais il faut aussi que vous partiez; s'il se présentait une circonstance favorable il faudrait en profiter. D'ailleurs j'attends Joui-don incessamment,

(1) Joupb k l'EmpiteDr, 19 juillet 1808.

je mit acMntmoé à hii'ethn à moi. Ensuite i'-M-SsU^iiy (I),^^ tout ce qn'àl me iant. "

Le Roi ne m'a rien dit de désobligeant de sa part, mais il parlait d'après sa ptiitiifae, et -dans ie fait il iui Eant ioi on bonme -qui attire à lui les Espagnols, dont il est si important qu'il se serve promptemcnt, ou bien la frayeur de l'insurrection les éloignera. Les maréchaux Jourdan et Moncev feront trcs bien cette affaire.

fl m'a été impossible de trouver deux aides de camp espagnols qui sont indispensables dans cette circonstance, et il n'y a pas un général de l'armée qui n'en ait un. Au reste je n'y puis rien, mon devoir a été rempli.

Joseph, Tolontîer» fconme -d'iirténear, te renfennait '^m 8a tour d'ivoire. t\ aimait son intimité et attachai du prnt & 868 entoun; aussi les ava'ient-ïl composés av«c soin pour que let noms de la -Grandesse y vinssent figurer avec éclatj ces titfee fsénes A ses yeux 'veuient dire ^uel^ue ohoM : iU représenlecA l'tmtoire -le TËcpaçne. T«uteloi« il fallait iâ prendre garde et déjà carier les dcfeclions : 5<rfre me «tcksatum; comme chez les conviés de l'ÉTangile, les reKis se succèdent; et ayant parcouru les rues etles places les racoleurs n'araèDent A Joseph <jue des aveugles et des Witeux. Parmi ces EsfagMols Traimeat ralliés, de qualité et de'tguantilé contestables, le plus bruyant et le plus emphati<|oe c'était petrtétre Llorente. Plus lard son Histoire de [Inquisition lui donna un nom dans la littérature cl l'allrail du sujet fit passer sur l'insiiffisance de l'auteur; dés 1808 il battait monnaie avec ses prétendtaes révélalioas. S* notoriété engagea donner de lui deux billets inédits, -oaractéristii^aes du persoB«agc et des circonstances; ce sont des lettres originales à M. de Champagny, il en faut respecter le style comme l'orthographe :

(I) Neveu pir alliance et aide de camp de Joieph BoDapaiie, crM par Igi t Napte* duc de San-Gennano cl o^ilaB* Je> ^rétn.

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