‹ L'Espagne et Napoléon (volume 2)Chapitre 3 sur 78 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

TAArALGAR (1805)

ChiHe* IV recoDiiiît me joie l'aTènement de Napotéon. — Alliance InoconpagDole. — Sabaidode l'Eapagoe pour payer •■ Deulralité. — WillûmPitt rompt la paix par vn guet-opeDi (octobre 1804). — Déclaration de guerre (décembre). — ÂrmeoMntdea vaiueaui capa^ola. — JunotpaMe i Madrid.

&oiiièrei dei fiottei françaiae*. — Combat du cap Fiaitlère (SS juillet 1805).

— L'amiral Villvnenve bloqué à Cadix. — Lea amiraux opagnoU, — Le* amiraux françai*. — Effort maritime de l'Empenur.

NeUon angmeale •« moyent et reprend la mar (leplembre). — Cooaeil de guerre de* amiraux de> flotte* alliée* (8 octobre), — Ro*!!!; nommé eommandaDt eo chef. — ViDenenve ordonne la aortie. — ManneuTrea et branle-bai. — L'attaque de Nelaon (SI octobre). — Il eat tu^ à >od bord.

— Combati, abordage* et iDceodiea. — VilleDeuTe pritonnier. — L'amiral Gravina ralUe lei débria dea floUea.

Tempile de la nail. — Déaaatrea et oanfrage*. — Le ftedotttabU. — Douleur de Cbarlea iV; furear de Napoléon. — Mort de Tilleueuve. — Raiaon* et conaéqtMneea de la défaite. — L'Anfleterre maitretae du men.

Aticon prince e» Europe ne reçut avec une salishction plus sincère que le roi d'Espagne la nouvelle offitùelle de l'aTènement du Premier Consul i l'empire. L'esprit métho-

a L'ESPAGNE ET HAPOLËOM

dique de Charles IV était en repos à considérer dans le général Bonaparte, — pour qui il professait une admiration très réelle, — non plus un chef élu de république, mais un sourerain héréditaire. Il se sentait plus à l'aise A lire les termes du message l'informant qu'il ■ avait plu à la Provideoce •> d'appeler au gouvernement de l'empire voisin ■ très haut, très puissant prince, son très cher et très amë bon frère, allié et confédéré <• .

La quote-part à payer par l'Espagne pour celte amitié précieuse était Rxée : un subside mensuel de six millions jusqu'à la fin de nos hostilités avec l'Angleterre (I).

A ce prix, elle demeurait neutre, selon son désir; mais les deux nvaus avaient trop envie de la compromettre, à leur profit particulier, pour la laisser longtemps dans ce rêve d'expectative. L'Anglerre brutalement la força à parler. Le 12 mai 1804, William Pitt avait remplacé au ministère Henry Addington. Le plus redoutable jouteur contre Napoléon prenait les affaires en main. Pitt voulut brusquer les choses, savoir sur qui compter; cl comme la valeur morale des moyens ne l'inquiétait guère, il choisit le moins avouable, mais le plus sur : le guet-apens.

Le 5 octobre, quatre galions chargés de douze millions de piastres, convoyés par quatre frégates espagnoles, arrivaieat sous toutes voiles, venant de la PlaU. A la hauteur du cap Sainte-Marie, quatre frégates anglaises, commandées par sir Graham Moor, les attendaient; elles fermaient la route de Cadix, s'approchèrent, et sans dire mot, appuyaient le drapeau de Sa Majesté britannique du feu de leurs canons. A aUaque imprévue, résistance nulle : un galion saule, les autres sont entourés et conduits à Portsmouth, non comme prises, certes, mais comme otages! Devant Barcelone, Nelson, qui e d'Atari al Talleyrand l«

TBAFALGAB $

a de8 ordres, attaque troia raUseaux de commerce eapagaoU, saDB autre forme de procès. Dans les eaux des Baléares, une croisière anglaise enlève le rëgimenl de Gastille, que des bateaux de transport menaient tenir garnison à Port-Mabon. Sur tout l'océan, c'est une course.

Quelques orateurs anglais protestèrent contre l'iniquité du procédé. Lord Grenville s'honora dans ce rôle : <■ Trois cents victimes assassinées en pleine paix!... Les Français nous appellent une nation mercantile; ils prétendent que la soif de l'or est notre unique passion; n'onl-ils pas le droit d'attribuer cette violence à notre avidité pour les piastres espagnoles? ■>

Napoléon s'empressa d'exciter l'Espagne à la guerre ouverte : par son ordre, le général Beurnonville (1), notre ambassadeur en vacances, reprend sur l'heure le chemin de Madrid, et, sans attendre son arrivée, notre agent intérimaire, M. de Vandeul, doit taire considérer au cabinet espagnol qu'une riposte belliqueuse devient forcée. Le gouvernement de Charles IV hésitait encore à demander une réparation qui allait entraîner une lutte pour laquelle il ne se sentait pas prêt. M. de Gevallos (2), ministre appliqué mais timide, et très propre aux alliances successives, rêvait de maintenir encore

(1) Pierre Biel de Bearnanoille (175£-i811), loldal à quJDie ■os daoi [e Triment coloniil de rile-de-France. En la teule iDDfe 1791, colonel, géodril, et nuoialre de la guerre. PrisoDoier dei AulricbicDi k Olmuti (1793-1795). Commandant l'armée de Sambre-«t-Meu>e (1795). Anibaiiadeur à BeHin (1800), k Madrid (ISOÎ-lBOt). Sénateur (1805). Comte de l'Empire (1S08), Membre du Gouvernement provîaoire (ISlfr). Pair de Prapce (1814). Maréchal (1S16). Créé marquia par Louia XVIII. II fui longtemp* Grand maître de la Franc -Maçonnerie.

(!) Don Ptdro de CtvaUot (176t-18W}, lecrétsire d'ambaiiade (1784), épooM une coutine de Godof ■ Mïnittie lecrétaire d'État (1800). Rallié i Ferdinand (aTTil 1808), l'accompagne à Bijonne. Rallié k Joaepb et rentre arec lui en Eapagncj le quitte. Publie une brocbnre retealiuanle : Expoié dei moyens employét par Napoléon pour uiurptr la couronne d'Etpagne (1808). Envoyé dei Juntei k Londre). Premier mioiitre de Ferdinand (1814). Amkuaadear à Naplei et k Vienne. Diagracié (18X0).

t L'BSPAONB feT t(&l>OLÉOH

là ftcntralité, todt «â moins de ne pas bniaqtier le dénooement. Ses raigona n'étaient que trop sérieuses : le trésor se trouvait presque vide, avec 500 millions de dettes (I); la peste ravageait le sud de la péninsule, de Barcelone à Cadix, et un tremblement de terre ruiaait la province de Malaga ; au nord, la Biscaye fomentait un soulèremcntcoDtre des charges militaires qui compromettaient ses fueros.

Beurnonvillc, arrivé à Madrid le 19 novembre 1804, avait meilleure satisfaction avec le prince de la Paix, A qui son irresponsabilité donnait plus d'aplomb et d'audace. L'ami du Koi, l'amant de la Reine demeurait le personnage décoratif, haï, redouté, omnipotent. A trente-huit ans, c'était toujours le parleur ngréable, l'homme de plaisir, sans idée forte, nonchalant, avide et vain, plus dissimulé que faux, plus paresseux que dissimulé. De suite, il avait éprouvé ou affecté une bruyante colère : ■ Je suis prêt A monter à cheval pour me rendre au camp de Boulogne ou partout où le service des Espagnols pourra seconder le plan de l'Empereur, n 11 parlait ainsi & Vandeul, le 7 novembre, et le répétait avec la même énergie, dés son premier entretien, A Beumonville : l'Espagne fait ses préparatifs, les approvisionnements sont commandés, les mouvements de troupes commencés, l'artillerie s'organise dans les ports; des avisos partent dans les colonies prendre des dispositions de défense; sur toutes les embarcations anglaises on met l'embargo et le séquestre sur les propriétés des Anglais, qui resteront détenus dans les États de Sa Majesté Catholique.

Beumonville transmettait ces promesses. La réponse de Talleyrand est nette, cassante, piquant droit au but :

... Vous ne m'informez pas que S. M. C. ait proclamé la guerre : il n'y a ni manifeste, ni ordres donnés publiquement pour la

(1) Le déficit de la leale unée lltOft ■tteignût 1,180 millioni de rétoi. Archives dei afUre* étrangèrea. Etpagnt, i«l. 066, fol. 180.

THAPAtGAR S

marcbe des troupes. Les stations anglaises sont-elles tenues à distance des forts? Le Ferrol est-il à l'abri? Les ports, les chantiers donnent-ils le spectacle utile d'une nouvelle activité?... Vos dernières dépêches annoncent des résolutions, S. M. désire voir des mesures exécutées (l).

Enfin, le li décembre, cette guerre forcée, l'Espagne la déclarait à l'Angleterre. Le manifeste était facile à rédiger, il y avait plus de motife qu'il n'en fallail pour rompre les relations. Les termes restaient mesurés, et peu dissimulés les regrets de prendre les armes; l'Espagne avouait son ■ ingénue sécurité ■, dénonçait les • voies occultes et pe^ verses ■ du ministère anglais, et annonçait l'intention de venger son injure « avec énergie et dignité » . L'inévitable prince de ta Paix, en qualité de généralissime, se trouvait chargé de la direction de la campagne, il dicta aussitôt une proclamation aux Espagnols, et parut mettre tant d'énergie dans ses paroles que les actes lui semblèrent moins urgents.

Chacun gardait son râle : Charles IV, un peu troublé mais satisfait; la cour fort alarméei la bourgeoisie mécontente, le peuple inquiet, l'armée volontiers rebelle à l'alliance qui l'effrayait. — Cevallos, irrité d'événements qui l'obligeaient & prendre parti contre ses propres sympathies acquises & l'Augleterre. — Godoy, résolu à une guerre qu'il voyait inévitable, sortant de l'indolence qui lui plaisait dans ta proportion oîi il ne se compromettait pas vis-à-vis du tout-puissant Napoléon, abondant en promesses, stérile en actions. — Beumonville, soldat bftbleur, qui se contentait lui-même de phrases sonores. — Napoléon et Talleyrand (le second suivant pas à pas les ordres du premier), poussant à l'activité, ne faisant aucun fond sur Godoy, eiigeant de l'aident, t'armement des ports et trouvant Beumonville insuffisant.

Dans un coin de la scène, mais avec un regard qui embras-

(l)18&ipiainuiXllI. Ar<>;u,To1.«A7, fdl. SU.

DiailizedbyGOOgle

• L'ESPAGNE BT MAPOlAOH

sait tout le théâtre, l'habile machiniste de la |>ièce t'applaudissait déjà du succès. PiU avait contraint l'Espagne à prendre parti en des conditions telles que la métropole demeurait coupée de ses provisions de piastres, et que les colonies se trouvaient sous l'embargo des vaisseaux anglais. La Suède, malencontreusement offensée par Napoléon, demeurait l'alliée sincère de l'Angleterre. La Russie avait rompu avec la France en rappelant à l'Empereur, au sujet des Bourbons de Naples, les promesses du Premier Consul, que Napoléon voulait oublier; la question, insidieusement soulevée parle cabinet de Saint-James, était admirablement posée au gré de ses vues, car en devenant ■ italienne* elle intéressait au. premier chef l'Autriche, la poussant moralement à entrer dans la prochaine coalition projetée. Cette cour des Deus-Siciles, Talleyrand voulait la contraindre à rompre avec l'Angleterre; mais il pressait en vain le marquis de Gallo, ambassadeur à Paris ; plus inutilement encore, le ministre des affaires étrangères, le prince de Luzzi, par notre représentant Alquier, lui-même en mauvais termes avec la reine Caroline. Après une année de pourparlers, s'il obtenait entre Naples et la France un traité de neutralité, le 22 septembre I80S, c'était douze jours après que la Reine avait pris des précautions adverses par un traité d'alliance avec la Russie.

Cette dernière meltait dans son zèle à nous envelopper d'ennemis une activité prévoyante; elle eût voulu attirer l'Espagne dans son camp : à Saint-Pétersbourg, l'ambassadeur Norobiia était l'objet des avances réitérées du pfince Adam Czartoryski, soulignant les liens d'amitié des couronnes entre le Tsar et Charles IV, montrant combien il serait désirable que le cabinet de Madrid entrât dans la coalition qui allait contribuer A rétablir l'équilibre européen. Craignait-il, en jouant le jeu dangereux de quitter notre alliance, de perdre ses vaisseaux unis aux escadres françaises? Qu'il se rassure :

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l'Angleterre posgédail les moyens de lui fournir aur ce point dédommagement et compensation (I).

L'Empereur sentait tout cela ; it connaissait, par le cabinet noir, ces intrigues (2), et, ne voulant perdre aucune de ses ressources, il entendait épuiser celles de son allié espagnol. 11 envoya à BeumonTille, pour être remise sans appareil, à t'insu du corps diplomatique, en mains propres de Charles IV, une lettre d'une rare arrogance :

P«ri*, IX aWbte iD Xltl. [1 janvier 1806.]

J'ai reçu la lettre de V. M. J'attendais, pour y répondre, que je connusse le parti définitif qu'elle avait pris. J'eusse confu un souverain mépris pour le ct^inet espagnol, s'il se fût prêté à an accommoilemenl ignominieux après [outrage t/ue tEspagne a reçu de l'Angleterre, et je n'aurais pu ijtie déplorer la bassesse de ceux ifui le lui auraient conseillé... Ce n'est que par les armes que l'on repousse des affronts aussi sanglants ; mais aussi c'est ici que commence le devoir de V. M. Qu'elle manifeste la volonté de défendre son trdne; qu'elle fasse armer ses vaisseaux; qu'elle exige de ses ministres cette activité qui, seule, peut sauver votre empire et le montrer avec gloire aux yeux de la postérité. Il ne manque à V. M. que de Vargent; elle peut facilement en trouver, puisqu'elle a réuni à sa couronne les biens de l'ordre de Malle, qu'elle let fasse vendre, qu'elle exige du clergé et des ordres de l'État des eontrAutions et des dons patrioiiques.

L'Espagne a essuyé de grands maux; le ciel a voulu éprouver V. H. Qne V. H., que la Reine, que les princes, les princesses soient les premiers à faire des sacrifices; le peuple espagnol est fier, généreux et brave. Il répondra à la voix de son souverain. Quant ans opérations de la guerre, je verrais avec plaisir que V. H. charge le Prince de la Paix de s'entendre directement avec la France, sans le concours des ministres, afin que le secret soit mieux gardé et l'exécution plus rapide. L'Europe regarde F. M.

(1) Dépêche chiffrée de NorohBai CeTallo*. Saïpl-Pitenbourg, 23 tout 18(a.

(1) ht etfaimei noir laitiiMit r^goliiTcmeDl le» courrien diploroaiiquei ; la copie de ce> correipoodancei iolerceptée* eit entre let maja* de M. Frédéric MaaMn, k qui j'en doia l'obligeaDle «

■ i.'bspagnb et hapolëok

Si elle lahse mtmtjuer ses ports (Targent, H les farces de CEspa^e ne sotU pour rien dans (a balance de (a guerre, si de petites iittr^ues ou des ministres ineptes paralysent ses opérations ou trompent V. M., elle peut s'attendre à perdre les Amériques... Que V. M. chasse tous Us ministres qui ne forU que se plaindre, ce sont des remèdes qu'il faut apporter, Aes recsourcee qu'il faut réotiir et le courage de tes peuples qu'il faut ruiiiiier (1).

A Parit, entre notre miniatre de la marine Decrèi et l'ambassadeur de S. M. C. l'amiral duc de Gravîna, une convention signée le 4 janvier 1806 arrêtait les opérations navales des deux pays. Gravina avait vu de près l'impérieuse impatience de Napoléon, il était incité plus encore par son patriotisme : il se rendait pleinement compte des efforts que son pays devait faire pour être prêt à une guerre maritime. Revenu à Madrid le 31 janvier 1805, il prenait le 2 février à Arsnjucz les ordres du Boî, le 3 il conférait avec Beuroonville chez te prince de la Paix, et le 4 il partait pour Cadix, où le zèle de don Ignacio de Âlava mettait la place en élat de défense. Donnant son portefeuille au lieutenant général Gil de Lemos, le ministre de la marine Domingo de Grandellana allait prendre en personne le commandement de la division du Ferrol. Comme par ua prodige, les arsenaux, les ports, les chantiers se réveillaient d'une antique torpeur.

Malgré les loisirs de la paix, les officiers des flottes espagnoles présentaient un corps d'élite : habitués à l'endurance, ils auraient été au-dessus de toutes les tAches, si leurs mate> lots ne s'étaient pas trouvés novices et leurs bateaux mal armés.

L'inscription maritime existait sans doute en Espagne, depuis 1747, sous le nom de Matricule da mer, elle pouvait prendre les hommes de quinze à soixante ans et leur demander cinq années de service, mais elle demeurait inefficace, comme ce qui est impopulaire. Sont uniforme, par

(1) Correspondance, 1. X, pii«« B1B9.

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suite saoB prestige ni discipline, le matelot usait à Lord ses vieilles bardes; il se plaignait, avec un accent d'hidalgo, d'élre traité ■ non avec le décorum dû à des pères de famille, habitués à commander dans leur maison, mais avec la même rigueur que des gars condamnés au service de mer en punition de leurs méfaits ■ (1). Et, en vérité, dans cette catégorie sa recrutait la marine : on avait recours au déplorable mode de la > presse ■ qui raflait les vagabonds; selon te mot pittoresque de l'amiral Ghurruca : ■ le trop-plein des bagnes se vidait par les écoutilles des vaisseaux. «

Quant auK bAtiments eux-mêmes, il y avait aussi fort à dire : sans doute on en pouvait citer une demi-douzaine d'excellents comme le Santissima Trinidad, le plus fort bâtiment de toutes les marines européennes, que Perez Galdos appelle un n château fantastique », construit en 1769 à la Havane avec les plus beaux bois de Cuba, et qui portait 140 bouches à feu; le Principe de Asturias et le Santa Ana, presque neufs et d'égale force; VArgonauta, bon voilier qui allait servir de vaisseau amiral à Gravina pendant la campagne des Antilles. Mais après, une foule de mauvais marcheurs, les uns vieux, les autres mal gréés. Pour donner plus de vitesse on avait exagéré la surface de voiture et U hauteur des mAts, ce qui alourdissait le pqids et rendsJt les nanCBuvres plus difficiles. On avait cru aussi augmenter la force des navires en les surchargeant d'artillerie. Cette artilr lerie, Fournie par la fonderie royale de la Cavada, était bonne, et de grosses pièces de fer fo^é annonçaient nos modernes canons en acier; mais le tir en était fort lent, et les matelots espagnols servaient un coup pendant que les caronades anglaises, légères et mobiles, en envoyaient trois.

Beurnonville, qui se vantait de hire marcher Godoy ■ la

on hittoriea dt lot eautat fue mal lian infttiido en la « e4pafU>lii. (iSig.)

10 L'BSPAGHE ET NAPOLÉON

gaule à la main n , gigDalait à Paris, comme un triomphe qui lui aurait été persouDcl, les moindres Douvelles d'armement, et Dieu sait si autour de lui la jactance castillane se faisait faute de grossir en cèble le moindre agrès cl de changer les canots en vaisseaux de ligne. Harcelé par les injonclions venues de France, il attendait autant de compliments qu'il en recevait peu ; à l'annonce de ses efforts, sans faire allusion à ce qui venait d'être obtenu, on lui parlait immédiatement de ce qui restait à obtenir.

Le général Jnnot, il allait prendre en Portugal le commandement des forces françaises, devait traverser Madrid (mars 1805). On le chargea de donner un nouvel élan. Ses instrudjons sont fort nettes : voir le Boi, la Reine, leur rappeler qu'ils doivent l'exemple; voir le prince de ta Paix. • Quand vous commencerez à être intimes, dans la quatrième ou cinquième conférence, vons glisserez quelque chose sur le sort futur de l'Espagne, et laisserez entrevoir combien l'influence de la fille de l'Autrichienne de Naples (c'est la princesse des Aslurics) serait contraire à l'Espagne si le roi Charles IV mourait (I). •> — Visites, entretiens, démarches, faire tout cela avec discrétion, presque à l'însu de l'ambassadeur; ■ Beurnonville, qui jouit de ma confiance pour les adirés générales, ne l'a pas pour les affaires plus intimes. • Du reste, avec lui, être poli et bon camarade ■ sans cependant lui laisser prendre aucune espèce de ton n .

La duchesse d'Abrantès nous a donné ses impressions sur cette rapide visite à Madrid : tout le pays tranquille, la société accueillante, le Sitio d'Aranjuez admirable, avec ses eaux jaillissantes, ses frais ombrages, ses fleurs vives, ses fruits rares : un lieu de délices, un paradis enchanté. — Charles IV (frac de chasse, culotte de daim et bas bleus) est

(1) latmictioDi k JuDOt, S3 tenter 1S05, Correipondanee de Sapoléon.

TRIFALGAB II

bienveillant; Marie-Louise, couverle de diamants, est fanée dans ses dentelles; la princesse des Astaries éblouissante de fraîcheur soua ses mousselines blanches. Et il n'est pas jusqu'au prince de la Paii à qui Mme Junot n'accorde une conception prompte, de la facilité pour le travail, un jugement droit (I). C'est une optimiste, comme l'on voit.

Le général Beurnonvilie se trouvait alors assez disposé à laisser d'autres mains que les siennes pousser le char de l'État : il était dans le premier quartier de sa lune de miel, et tout entier au bonheur conjugal qu'il se plaisait à décrire dans chacune de ses dépêches. Il venait d'épouser Mlle Constance de Durfort (20 février 1802); cette alliance le comblait d'bonneuret de joie, il ne pouvait s'en taire à Tallejrrand (2). Les armements militaires le captivaient moins que les réceptions mondaines, les questions d'étiquette plus que le mouvement des arsenaux. Sa grosse préoccupation du moment, c'était un échange de cordons : des ai{>les de la Légion d'honneur contre des colliers de la Toison d'or, des plaques du Christ et de Charles III. Sans se lier les mains par tous ces rubans, l'Empereur attendait anxieusement les premiers actes de la marine espagnole, à qui il avait assigné une place dans les pièces de son damier.

Son plan contre les Anglais, si simpliste dans sa conception pour l'armée de terre : envahir leur lie et marcher sur Londres

(1) Mimoirtt, I. V, chap. i* i itiii.

(!%) • Je m'eiDpreue da Toni coofier qae je luii le pliu heunui dea horome* : Mlle de Durfort ddiI l'exlrtme douceur & l'eitréDie bonU ; elle en douée du meilleur caractère, du tea» le plu* eiquii; le* malheun ea ont Fa!t uae femme mûre de bonne heure, el *■ polite**e naturelle lui ■ valu raccueil le pin* dûtingné de la part de LL. MM. CC. aaïqneile* elle a tté prétentée la »emaine demiire; elle a parbilemenl réu**i également dam cetl* capi' laie, • Bipasn*,yo\. HS, fol. S8.

1% L'ESPAGNB et HAPOLÉO^

Avec 100,000 hommes eo gros bataillons, — présentait, pour l'emploi des forces navales, des complications presque naïves.

11 faisait sortir de nos ports de Toulon, de Rochefort et de Brest, nos escadres dispersées : Villeneuve, Missiessy, Gaoteaume; elles devaient attirer dans la haute mer les croisières anglaises, tes semer à leur poursuite en des directions différentes, se rallier secrètement aux Antilles pour revenirà toutes voiles, dans la Hanche, faciliter le passage de nos troupes du camp de Boulogne que ne troubleraient plus alors les vaisseaux anglais égarés sur les flots.

Cette combinaison, qu'un bon juge, l'amiral Jurien de la Gravièrc, appelle, je le sais, ■ un trait de génie » (Gravina disait : « un plan divin »), l'agression imprévue de l'Angleterre contre l'Espagne l'avait troublée dans son principe. Trop d'autres éléments étaient indispensables au succès pour ne pas faire défaut à l'heure opportune. Le superflii, dît-on, chose si nécessaire ! On pouvait ajouter: l'îniprévu, chose très certaine. Commander à dislance sans tenir compte des circonstances qui, fatalement, échappent de si loin, c'est courir l'invraisemblable, sinon l'impossible; ce fut là l'éternelle faute de l'orgueil impérieux de Napoléon, eu engageant ses parties. Nelson le devinait bien et disait juste quand il parlait avec dédain, au mois de janvier 1805, de « ces ordres donnés sur les bords de la Seine, qui ne prennent en considération ni le temps ni la brise • .

En effet, si Uisiietsy eut la fprlune de " s'évader ■ de Hofibefort (Il janvier 1805) et d'atteindre les Antilles, Ganteaume, à qui on avait interdit n tout combat ■ , ne put s'éloigner dfl Brest. Une tempête contraignit Villeneuve, sorti le 18 janvier, à rentrer leS4& Toulon; ce fut tardivement qu'un second effort (30 mars) le Bt passer eo hâte devant Cartfaagèse, sans vouloir attendre d'être rallié par l'amiral Salcedo (lequel demeura bloqué avec ses dix navires pendant trois

ans!) , aaSB accorder devant Cadix (19 aTrit, , à l'amiral Graviaa, le délai de quelques heures pour (aire route enaeinble vers la Martinique. Tons ces jours perdus avaient donnrf l'éveil à l'amirauté anglaise, d'aborl fort incertaine. NajKtléon multipliait des ordres succeisife et contradictoires (I); il changeait ses ■ agents ■ avec une fébrilité malbeureuse : le capitaine Allemand remplaçait Missiessy; le commandement en chef passait de Ganteaume à Villeneuve, que des instructions secrètes alteignaïent à Fort-de-France et rappelaient en hAte vers l'Europe.

Nelson (depuis seize mois il croisait entre les c6tes de Provence et de Sardaigne, d'Afrique et d'Espagne) intrigué, sur de fausses pistes (2), savait en6n où était allée, en lui échappant, l'escadre de Toulon; pour la rejoindre, il sillonnait l'océan en tous sens, traversant l'Atlantique deux fois en soixante-dix jours (juin-aoftt IS05); et son plas fin voilier, le brick le Curious, abordait en éclaireur les quais de Plymouth pour annoncer le retour de la flotte franco-espagnole avant que celle-ci eût pu atteindre les eaux du golfe de Biscaye. L'escadre de Calder (dix vaisseaux), grossie à propos des cinq navires du contre-«miral Stirling, eut l'ordre d'aller, sans la laisser reposer de sa traversée, lui proposer le combat.

Le 22 juillet, à la hauteur du cap Finistère, l'action dura quatre heures et fut peu sanglante (3). Gosmaoet son étatmajor, Gravina et ses officiers montrèrent leur vaillance. Une brume épaisse troubla les manœuvres. Elle permit aux Anglais de «e retirer sans grosses avaries, en même temps

(1) n j a on plan du 1 mara; on plaa du 14 BTril. — CommandaDt DismiBBB. ProjtU tt Untativm de débarqmament anx Btt Britanai^uet, t. IV, st Trajalgar, p. 31-33.

(X) il croyait i uue nouvelle eipédilion d'Egypte. * Pai de renteigneraent*. (M peuTCDl Itre lei AoHet cotnbiiiiesf et la» pva à mon siie. > — Joarui particulier de NcIiod, 13 août 1805. BritUh Mtatitm, 34968.

(3) L'amiral Jarieu de la GraTi«re (GuerrM maritimet tout ta Rtpublifue et VEmpire, ». 11, p. IM) n'y voit qu'une . Téritable * " "

qu'elle laîsgaîl iios secoure deux mauvais roïUers espagnols, le Firme et le San Raphaél, qui, après s'élre battus toute la nuit, se trouvant abandonnés, amenèrent leur pavîtlon. La perte de ces bateaux et le départ facile de Calder changea l'effet moral de la rencontre : les Anglais n'avaient pu nous empécber d'atteindre le continent, mais ils emmenaient prisonniers deux navires; les Espagnols s'étaient montrés courageux, mais ils gardaient la rancune que nous n'eussions rien tente sérieusement pour reprendre ces deux vaisseaux; les Français restaient maîtres d'un champ de bataille dont leur chef ne profitait pas. A force de parler du brouillard et de rendre l'atmosphère responsable de son action. Ville* neuve exaspéra Napoléon. Le maître, alors, ne dédaignait pas de se feîre journaliste : au Moniteur du 13 fructidor, on lisait les épigrammes et les sarcasmes qui ne pouvaient être imprimés que par ordre ou permission. Le public fit à son tour le jeu de mots d'appeler ■ combat des quinze-vingts ■> la rencontre du 22 juillet, à cause du nombre des vaisseaux qui se heurtèrent dans l'obscurité comme des aveugles.

C'était à Brest que l'Empereur voulait voir se grouper sa Sotte, et sa dépêche ardente du 22 août, partie du camp de Boulogne, pressait Villeneuve : a Ne perdez pas un moment; entrez dans la Manche; l' Angleterre est à nous; paraissez vingt-quatre heures et tout est terminé. • Un admirable rêve! Au lieu de cela, l'amiral cinglait vers Cadix. L'Empereur en devint furieux : » Il n'a pas le caractère nécessaire pour commander une frégate; c'est un homme sans résolution et sans courage moral. * Il parlait ainsi à son ministre de la marine, Decrès, qui le suppliait ■ dans l'amertume de son àme > , — car « S. M. comptait pour rien ses raisonnements et son expérience ■ , — de ne pas mêler les vaisseaux espagnols aux opérations des escadres françaises, et d'arrêter « l'émission d'ordres funestes ■ .

TRAFALGAB I»

Funestes ou non, ces ordres, VitleneuTe ne se trouvait plus  même de les recevoir & temps : entré dans la baie de Vif>o (28 juillet], il débarquait ses malades, faisait ses approvisionnements et réparait ses avaries (I). Le venl sud-ouest le conduisait au mouillage de la Gorogne ; une brise d'est le portait au large (13 août). Des renseignements pessimistes mal vérifiés lui signalèrent une (lotte anglaise importante; il mit alors le cap au sud et, poussant devant lui les quatre navires de Gollingwood qui lentaientle blocus, entra à Gadii le 20 août.

Il devait, avec la flotte alliée, y demeurer deux longs mois.

Gcs marins de l'Espagne n'étaient pas les premiers venus : le duc de Gravina, instruit, énergique, chevaleresque, alliait la dignité du caractère à une extrême courtoisie; Napoléon le tenait en estime et avait voulu, lors de sou séjour à Paris, l'initier au plan de campagne (2). — Don Ignacio de Atava avait, au commandement maritime de Gadix, déployé une activité précieuse ; c'était un homme dur à lui-même et doux aux autres. — Le chef d'escadre Gisneros venait, malgré le manque de ressources, de mettre sur un bon pied les arsenaux de Garthagène. — Galiano était brave et savant. — Gayetano Valdès, en maintes rencontres avec les Anglais, avait toujours soutenu l'honneur de sa patrie. — Le plus populaire des officiers, don Gosme de Ghurruca, homme de mer éprouvé, de manières graves, portait une àm'e de fer dans un corps délicat. — Tous ces gens de coeur étaient prêts & foire leur devoir; mais la résignation caractérisait leur obéissance; ils se savaient entre les mains des moyens d'ac-

(1) Avec le* plut grandei difiîcult^i, car lei caiM«( eipi^olei étaient entiirement vide*, lei anenaui démuo», ipaiii )e ci^dil du Coaialat fnnçiii, M le mlpittre Decrèa ae pouvait o^r que de% traitée. Ce fut le manitioniiure OuTTard, «Ion i Madrid, qui avança en numiraire 50,000 piattrei.

(X) Archivât dt la Marine, BB IV, t. t30, loi. M.

tS L'ESPAGMB IT NAPOLÉON

tion insuflîsanU, incomplelg; on «pu dire d'eux qu'iU marchèrent au combat ■ avec la certitude scientifique de la débite (1)>.

Nos marins Dourriasaieut d'autres pensées. Pour beaucoup l'abordage avait remplacé la formation de l'école (2); matelots de fortune, depuis douze ans ils guerroyaient en corsaires contre l'Anglais et leur méthode simpliste était de ne pas reculer. Nos bétimenis assez solides avaient des officiers d'éducation médiocre et des amiraux qui n'avaient point oublié les dernières et glorieuses traditions de la marine royale. Villeneuve gâtait son mérite par une nervosité que surexcitait le sentiment secret de la malchance ; cette impression lui enlevait de la promptitude d'esprit et toute audace militaire ; ■ il pesait le pour et le contre comme s'il pesait de rorn , disait de lui sou ami Gravina [Z); sa timidité lui 6tait du crédit auprès de ses subordonnés.

Au contraire, plein d'audace, de valeur, d'eatraïn, pas-

- sienne aux ivresses des combats comme aux jouissances de

la vie, le contre-amiral Magon rajeunissait les traditions

brillantes de l'ancien corps. Le contre-amiral Dumanoir pos-

()) Cétsil par port forfaolerie que Godoy écrivait k Decré» : ■ Au génénl Salcedo ricD ne manque el il n'attead que lei damier* oidr«* pour mettre k la voile. . Sa int-IIdep honte, £6 teptembre ISOK. — ArMoei de la Mariru, BB IT, I. 233, fol. 5S (origiaal). Et par uu lèle compluuDt que GraviDi ■joutait : • Quatorze Taiueaui eipagDoU loua mei orérei Mut eolièrcmeill prèu, • Cadii, S8 lepiembre. — Ibid., fol. 37.

Ce) renieignementa optimiate* pouvaient induire en erreur et en tentation l'Eiopereur k C[ui «ea agenta tootefai* ne cacbsieat pat la vérité : a Det vaiileani reaté* de* mnéei en rade avec lei memea arrimagea, leur* grénDenta, leur* voilet eipoaét aux injurei de l'air pendant ai longtempa, ne peuvent, ■'■li vont l la mer en cet état, éprouver que malh«ur et déaaatre. ■ — Tillenenve à Decr^, SS août 1805. — Lei amiraux eapagnolt moltipliaienl l'avea «laraai et l'infériorité de leara bateaux et de letira recruea.

(1) Hiohalien ciéa lai premiérea Écatei dt namqation; nue ordonnance d« i7S6 établit i Vnnnet et t Alai* deux Colligei dt marine qui aafaaiai^rent joiqo'en 17H.

{3) Mémoiret du jirittct de la P^ix, t. IV, p. lOS.

TRAFALGAB IT

sédait du courage personnel et de la scicDce théorique; poussé très vite par les circoDStances aux premiers (grades, son ambition allumée ne le portait pas à facilement obéir; jaloux et défiant de ses collègues, comme tous les arrivistes, il se réservait. Gosmao, marin solide, soldat éprouvé, venait de s'illustrer à la Martinique par une audace qui te suivrait jusqu'à la fin de sa carrière. Le capitaine Baudoin était un intrépide; Camas, un brave parmi les braves; Lucas, ua chef eipérifoenté.

Nos équipages n'avaient pas toutes les connaissances nécessaires : empruntés en partie & la marine marchande, il leur manquait la pratique d'une vieille discipline; la querelle présente parlait peu à l'Ame de ces auxiliaires de rencontre; un intérêt personnel eût peut-être animé davantage leur audace, ils eussent mieux fait sur les corsaires de Dutertre et de Surcouf.

L'effort B maritime ■ de Napoléon voulait être considérable : depuis le mois de mars 1803, il avait mis en chantier dix vaisseaux à Flessingue, Nantes, Bordeaux, Marseille, trois h Brest, quatre à Toulon, cinq à Lorient, six à Rocbefort, un A Saiat-Halo, un A Gènes. C'est que notre décadence, depuis la Révolution, était lamentable : à la paix d'Amiens, la France se trouvait descendue à il vaisseaux de ligne, dont 36 seulement & flot, tandis que l'Angleterre était montée i 189 vaisseaux de ligne, dont 126 couvraient la mer.

A la En de l'été 1805, il ne s'agissait plus pour personne 4e t'iovasioD des Iles-Britanniques : déjà l'Empereur, par la plat brillante des volte-faces, avait tourné le dos à la Manche

et rentrait à Paris le 2 septembre pour marcher vers le Rhin le 23. Il exigeait de ses Sottes une activité pareille : prescrivant de sortir, coûte que coûte, de cette défeasive qui nous Moquait dans les ports, il attendait des rencontres nombreuses, des traits d'audace, des actions d'éclat. Le ministre Decrès l'écrivait à Villeneuve et lui donnait la Médï* tcrranéo comme champ d'évolution. Nelson, de son côlé, brillait de se mesurer avec l'ennemi; mais il voulait s'assurer les meilleures chances par la plus excellente préparation : arrivé à Londres le 28 aodt, il y recevait des pouvoirs illimités quittait, le 15 septembre, Porstmoulh, et partait, sur le Victory, dans une direction d'abord inconnue.

Cette dépêche inédite de Talieyrand, que je copie sur l'original, montre, sous une indifFérence affectée, combien les yeux de nos ministres se fixaient sur ce bâtiment ballotté par l'océan :

Slraibourg, 14 vcnilëmlaire an XIV (« octobr« 1805).

Quoique ce ne puisse pas être dans les bruits répandus en Angleterre qu'il faille chercher le secret des opérations du gouvernement britannique, j'ai dû cependant, mon cher Decrès, remarquer, d'après toutes les nouvelles de Londres, l'opinion où L'on est que l'expédition secrète qui se prépare en Angleterre est destinée pour Cadix. Ce n'est là qu'un bruit, mais tl est général : appréciez-en la valeur; vous la jugerez beaucoup mieux que moi. Si ma nouvelle est absurde, vous y aurez toujours gagné d'apprendre que l'Empereur est à Nordiingen, qu'il se porte à merveille, que toute son armée est réunie et que la disposition des troupes est oxccllente; et moi j'aurai eu une occasion de vous renouveler l'assurance de mon sincère attachement.

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