LE RÉVEIL D'UN PBUPLE S
le détail de 255,540 francs distribués, selon le droit de la guerre, en larges gratifications aux officiers supérieurs, sans que le général Dupont — la remarque n'est que justice, — se soit prévalu pour lui-même d'une lettre miaistériclle du 20 février 1808 qui l'autorisait à toucher 50,000 fraucs à titre de dépenses secrètes. Ces prises dispeusèrent d'établir une contribution de guerre spéciale.
Le cboc avait été trop brusque, la vie sociale demeurait arrêtée. Dans les églises fermées ou souillées, les offices sont suspendus, les clocbes restent muettes. Les familles terrorisées n'osent plus communiquer eotre elles. La cité des Califes, outragée dans sa gloire, demeure foroucbe dans sa douleur. Pour rompre le charme, le 12 juin, c'était un dimanche, jour de la Trinité, le général Dupont ordonne de célébrer dans la cathédrale une messe militaire solennelle. Celte foule de soldats vainqueurs mais déguenillés présentait déjè un étrange contraste derrière les colonnes de marbre et sous les caissons dorés de la mosquée d'Abd-er-Bbaman; ils s'impressionnaient assez peu de l'harmonie des lignes d'un sanctuaire qui demande plus qu'aucun temple du monde le recueillement du silence; la semaine précédente avait mal préparé les troupes à des cérémonies pieuses; elles y assistèrent irrévérentieuses et bruyantes; le scandale des Espagnols s'en augmenta et se joignit à leur désir de vengeance. Le 16 juin, pour affecter sans doute la sécurité et en imposer aux habitants, Dupont, décidément en goût d'exercices religieux, voulut qu'on n'omit pas la procession traditionnelle de la Fête-Dieu où, derrière le clergé, nos compagnies se trou* vèrcnt seules. — Gomme elles rentraient dans leurs cantonnements, à travers les ruelles cailloutées et sinueuses, voilà qu'une rumeur se répand et les gens de Cordoue, invisibles tout à l'heure, s'agitent et se démènent : on affirme que les troupes espagnoles ralliées pendant nos dix jours d'inac-
tes t'EBPAGNB ET NAPOLEON
tioa... A Gapoue, vont cerner U ville et on les dit nombreuses.
Dupont reconnaît l'urgence de quitter une souricière, puisque les renforts qu'il réclame tous les jours ne paraissent pae (I). Silencieusement, il fait rassembler son monde et n'attend pas ta nuit pour reprendre le route de la montagne; détruisant ce qu'il peut du matériel, empilant ses malades sur 260 voitures. Son mouvement est salué des cris Je joie des Gordouans ; d'abord surpris ils hésitent à croire à celle reculade; puis ils osent nous suivre et, dans les ténèbres, harcèlent les treinards; sur la route, des cadavres français mutilés marquent bientôt la trace de la colonne. — Andujar offre la ressource d'établir largement les malades, mais c'est une ville ouverte, commandée par des collines cl que l'on peut tourner par des gués. Dupont, sans être très soucieux d'accentuer sa retraite, envoie impatiemment au nord le commandant Basie et quelques marins de la garde pour se relier aux troupes qui doivent lui arriver de Tolède, hier à litre de renfort, aujourd'hui comme un indispensable soutien de communication. — Sur l'ordre de Murât en effet, le général Ëelliard le 15 juin a mis en route la division Védel qui traverse les défilés, en dispersant les insui^és de garde aux passages. Cela établit tant bien qoe mal un trait d'union. — Toutefois, à Madrid, Savary, qui commande maintenant, n'ose pas se dégarnir et donne comme unique renfort à Dupont le reste de son propre Corps d'armée : les débris de la division Gobert. Départ tardif, marche lente, prescription de n'avancer pas loin et de te maintenir à Andujar. Les instructions venues de Bayonne, qu'il a reçues de î'Empereur par Berthier, abondent d'ailleurs dans ce sens ; Napoléon va jusqu'à écrire que
(I) 11 eavail ifue le* troupei du ctmft (te Saiat-Sottti •'approchaient avec le général CaMario*, cl que la floUc de l'amiral Roiïlly venait de capituler (10 jvin) k CMx.
LB RliVfelL D'DH PklIfLk nt
* Dupdnt a plus de foirces qu'il n'en feut (1) " , u qu'un échec qu'il recevrait «cniU (MU de chote « (2). Il craindrait Vtfkl moral que produirait «on retour du c6té de Madrid. Le prince de NeuchAtel, naturellement, renchérit; il roudrait que l'on Fasse rentrer Oobert et les » autres petites colonnes • . G'eel au reçu de eetnblables dépêches que le duc de Korigo, excellent courtisan cependant et admirateur con'ttitucti du génir; de l'Empereur, perd patience et écrit tout net : • S'il arrivait malheur âu général Dupont, tuut deriendrait un problème. On ne peut pas voir tela de BayvtiM. *
Déjà la situation était bien coupTomise; et c'est là le tort de Dupont, exécuteur strict sans doute des ordres précis de demeurer A Andujar, mais ordres qu'il aurait pu prendre sur lui de modifier en partie, A mesure que les circonstances variaient S0«8 ses yeux et qu'il demeurait, après tout, responsable de ses actes. En pareilles rencontres, celui qui a raison est celui qui tire, des anomalies qui l'accablent, les conséquences les plus heureuses. Dupont négligea de s'assurer ce bonheur. Lui qui a toujours .songé à reprendre l'offensive, se bornera maintenant à tenir « atec la dernière opiniâtreté •■ . H en a besoin, car Toicî qu'au matin du 15 juillet, sur l'antre rive du Ouadalquivir, l'armée espagnole est d<éployée devnnt lui. Elle tend à gagner la droite pour passer le lleiive eu gué de Menjibar, si elle peut; plus loin, s'il est nécessaire, oarelle ne craint pas dans sa position d'élargir son mouvement tournant. — Par uïire aberration, Védel, qui awissiondedéfewdre Menjibar, n'y laisse qu'une garde réduite, et croit devoir aller, à six lieues de là, renforcer Dupont qu'il rejoint après vin^l heures de marche, la nuit, par des sentiers affreux, à travers les morais et les ravins. ^- Contre le bataîUou français demeuré au guëde Menjibar, les Suisses de Reditig ouvrent un
<l) L'Empereor M toi Joiepti, !3 jafllM I8W.
(S) Noie pour le général Savary, 13 juillet 1808. Atvtiivn dt la yutm.
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violent feu de mousquelerie j ils le délogent. Le géaéral Gobert uvec 900 fantassins, SOO cuirassiers accourt à la rescousse. De trois vallées, 12,000 Espagnols débouchent; on se fusille, on charge, Gobert est tué; son moode recule dans la montagne jusqu'au premier village qui se nomme Baylen ; pendant que les Espagnols, de leur côté, se replient parce qu'ils manquent d'eau et sont épuisés (1).
En même temps qu'il comprend l'erreur de rester coûte que coûte à Andnjar (2), Dupont voit la faute de Védel; il le renvoie précipitamment reprendre le poste compromis, bien que ses troupes soient harassées au point de dormir debout appuyées sur le canon des fusils. Védel obéit; il atteint le jtiedde la montagne et Baylen même le 17juillet à huit heures du matin. Il n'y trouve plus personne : ni les Espagnols qui n'ont osé y monter, ni les Français qui en sont repartis. Hier, il a quitté Menjibar malgré ses ordres, pour faire jonction dans la vallée avec Dupont; aujourd'hui il va quitter Baylen sans instructions, pour faire jonction avec les débris de la division Gobert, repliés vers les hauteurs; il semble hanté par la crainte de demeurer isolé. II s'éloigne donc encore un peu plus du général en chef et gravit la seconde pente de la Sierra jusqu'à Guarroman ; il pousse jusqu'au troisième plateau, à la Caroline. 11 prétendait ainsi s'établir solidement contre l'ennemi, dans les gorges. Dupont, à qui il fait parvenir ces renseignements incomplets et ces nouvelles pessimistes (aprèsmidi du 18 juillet), Dupont à ce coup voit la sûreté de ses
(]) Journal du général don Juan Boutigny. AF IV, 1606, 5* douîer, pièce 47.
(3) Dana aa dépêche à Vede) (17 juillet, 11 heurea du matin), DupoDt ^rit : • ... L'eaacDtiel n'eal paa de garder Audujar, mai* de battre l'eDoemi et de reater maitre de noa commuDtcationa. >
C'eat le texte Fourni par le colonel Clbrg {Capitulation dv Baylen, p. 171). — Citant celte mïme dëpicbe, le colonel Tiieci [Lt Général Dupont, t. II, p. Ï3S) omet priciaémeni le mot aur Andujar, ce qui reod le aena moin* précii aana le modifier.
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communications vraiment compromises; il ordonne immédiatement le départ d'Andujar, mais à la nuit seulement, afin d'éviter de donner l'éveil comme il est advenu à Cordoue. Pendant lea quelques heures qui lui restent, il préparée» grande faflte l'évacuation de 1,500 blessés ou malades, il barricade derrière lui le pont du Guadalquivir n'osant le faire sauter, place ses ambulances, ses bagages et son parc au milieu de la colonne et assure son arrière-garde par la compagnie de marins. — Cette longue file occupait l'espace d'environ dix kilomètres. L'allure était très pénible; la nuit orageuse, sans un souffle d'air, laissait les hommes hors d'haleine et les chevaux ruisselants. Vers (rois heures du matin, les éclaireurs de l'avant-garde se heurtaient dans l'obscurité à des sentinelles ennemies sur le pont du Rumblar. Celles-ci étaient là depuis la veille ; elles appartenaient au corps du général Venegas, à ta division Reding qu'appuyait la division Coupigny. Comme ils se préparaient à marcher de l'avant, les Espagnols se trouvaient sous les armes malgré l'heure matinale; leurs chefs, déjà en conférence. Furent vite d'accord pour les étager en trois échelons sur les collines boisées qui dominent la route. On n'eut qu'à tourner la gueule des canons pour les mettre en batterie contre nous. Sur un petit espace, gardant l'avantage de la position, l'autorité écrasante du nombre (25,000 Espagnols contre 7,000 Français), la ligne ennemie présentait une forme circulaire qui laissait peu de prise à l'attaque. Des deux côtés, les trompettes de cavalerie sonnèrent la chaîne, un engagement à l'arme blanche entama l'affaire. Pendant ces courts instants les sections françaises accéléraient l'allure, se déployaient dès qu'elles avaient franchi le pont malgré les zigzags d'un chemin qui a quatre coudes successifs; le soleil se trouvaitdéjà hauiquand elles débouchèrent sur le champ de bataille, haletantes d'une nuit sans sommeil etd'une marche précipitée. Dupont, au fur
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et à mesure de leur arrivée, les faisait B|er «ur le centre et H' un clan énergique lei lança contra les maisQQa de Saylen. Le* dragons du général Privé t'étaient montrés admirable»; let cuirassiers enfoncèrent les escadrons du régiment de Farnesio, mais au prix de la moitié de leur effectif. Les colonnes d'allaque d'infanterie s'avancèrent jusqu'à 300 mètres des canons ennemis, mais les feux de peloton les décimèrent. Arrivés les derniers, les marins de la garde étaient portés, en renfort, tantôt à droite, taniât à gauche, partout le nombre les écrasait- Les garrachfstast escadron de volontaires, cavaliers cousom' més, armés de la lourde lance dont se servent les bauviera andalous quand ils veulent renverser les jeunes taureaui^ puur les marquer au fer rouge, frappaient nos petits fantassins comme le picador dans la plaza ensanglantée abat et perce une béte épuisée. Dupont voulut tenter une diversion par des ■entiers de chèvres; il y réussit un instant; du haut des bois d'oliviers la fusillade nous 6t déloger- En vain pour ranimer l'énergie, il fait présenter devant le front de bataille deux étendards espagnoisque les dragons ont enlevés. 'Vive l'Em-t pereur! ■ crient machinalement quelques hommes; ces trophées de leurs prouesses n'excitent plus leur ardeur à lesrenouvêler, La soif étreint la gorge, et les conscrits, noirs de sueur, de poudre et de poussière, s'afolent sur les gazons brûlés.
Dupont vient de recevoir une balle dans les reios- La vraie blessure, c'est le désespoir de se sentir cerné ; il espère et attend Védel qu'il croit tout proche, Védel qui lui ouvrira uo passage, s'il prend l'ennemi k dos. Cependant le temps s'écoule et nul secours ne parait; comme il est impossible que la canonnade ne parvienne pas en écho dans la Sierra i travers les gorges, le général couclut que son lieutenant est fort éloigné- La lassitude d'une journée caniculaire accable les deux adversaires; la roousqueterie s'affaiblit; à cette trêve, les compagnies suisses qui marchent avec nous vont silen>