LB RÉVEIL D'UN PEUPLE SOS
est plus iodépeDdant puisqu'il ne fait pas partie de rarmée qui vient d'envahir l'Andalousie, il se dévoue et accepte le rôle de ■ témoin i . — Castanos étale des exigences, soutenu, excité par les commissaires de la Junte de SéviUé : le comte de Tilly et don Ventura Escalante, accourus à la curée des vaincus, comme les corbeaux après le combat.
La détresse des Français augmente d'heure en heure l'audace des Espagnols que tout vient servir à souhait : ta disette qui commence, la température qui s'accroit, le temps qui s'écoule. Voici un dernier coup : des paysans ont arrêté dans la montagne un cavalier français isolé : c'est M. de Fcnelon, officier d'ordonnance de Savary, les dépêches dont il est porteur révèlent que loin de pouvoir secourir l'armée de Dupont, Madrid, dégarni et menacé, attend avec impatience le retour des troupes engagées dans l'Andalousie. Des lors Caslaiios prétend ne plus lâcher cette proie précieuse, sachant quel double intérêt il tient dans sa main; à un adversaire démoralisé il refuse toute autre chose qu'une capitulation pure et simple. Les termes en sont arrêtés :
Les troupes françaises sous les ordres du général Dupont sont prisonnières de guerre; la division Védel et les autres troupes françaîsus en Andalousie exceptées (I). (Art. l".)
Elles conserveront généralement tous leurs bagages et pour éviter tout sujet de trouble pendant la marche, elles remettront leur artillerie et autres armes à l'armée espagnole, qui s'engage à les leur rendre au moment de leur embarquement. (Art. 3.)
Elles sortiront de leur camp avec les honneurs de la guerre, chaque bataillon ayant deux canons en tête, les soldats armés de leur fusil. (Art. 4.)
Les troupes du général Védel, ne devant pas déposer les armes, les placeront en faisceaux sur leur front de bandièrc. (Art. 5.)
Eiles se rendront à San Lucar par journées d'étapes, avec les séjours nécessaires, pour y être embarquées sur des vaisseaux avec
(1) Vedel acquieiq* *u tnilë qui le compriDUI duii la capitulation par DD« leiue du SI juillet. Gio^ral DeAmcas, t. IV; colonel Titbdx, (. II, p. 536.
équipages espagnols, et transportées en France sa port de Rochefort. (Art. 6.)
L'armée espagnole assure leur traversée contre toute expédition hostile. (Art. 7.)
Messieurs les officiers conserveront leurs armes et les soldats leurs sacs. (Art. 9.)
Logements, vivres et fourrages seront fournis sur le pied des troupes espagnoles en temps de guerre. (Art. 9,)
Les officiers généraux conserveront chacun une voilure et un fourgon; les officiers supérieurs une voiture, sans être soumis à aucun examen. (Art. 11.)
Les voitures prises dans l'Andalousie seront examinées par H. le général Chabert. (Art. 13.)
Les blessés et malades seront traités avec le plus grand soin, et transportés en France, aussitôt leur guërison, (Art. 14.)
Comme dans plusieurs endroits et notamment à l'assaut de Coi^ doue, plusieurs soldats, au mépris des ordres de MM. les généraux et malgré les soins de HH. les officiers, se sont portés à des excès dont la conséquence est inévitable dans les villes qui font résistance au moment d'être prises (1), MM. les généraux et officiers prendront les mesures nécessaires pour découvrir les vases sacrés qui peuvent avoir été enlevés, et les restituer, s'ils existent. (Art. 15.)
... Pour éviter la grande chaleur, la marche des troupes s'effectuera de nuit, en évitant te passage dans les villes de Gordoue et Séville- (Art. 17.)
il est convenu par les généraux des deux armées qu'il sera ajouté comme articles supplémentaires ce qui pourrait augmenter le bien-être des troupes françaises pendant leur séjour en Espagne et la traversée. (Art. 21.)
Xavier Casta&os.
Comte de Tilly, représentant et député de la Junte suprême de Séville.
Ventura Escalante, capitaine général de l'armée de
Grenade.
Général Chahert.
— Comme témoin, le général de division Marescot.
(t) loi txoelo* ifuc ton contiguicntel « intvHabUt «n lai eiudaJt* que haetn retiltaneùi al titmpo dt itr tomadat.
bB RÉVKlIi D'UN PKOPbB SOI
Gbabert, un vieux soldat de Sambre-el-Mewe, et un officier général de la valeur de Mare»cot croyaieat-iU forfaireà l'hon- DGur va mettant leur signalura au pied de oet acte ? Gcrtainemeol noD. — En acceptant cette conveatiou, dont les mots sont vieillie ment pesés avec soin, Dupoot, dans une bonne foi un peu naïve, a pu ae dire qu'il conservait à l'armée des milliers d'bommeg, aujourd'hui réduits à l'impuissance, qui dans quelques mois reviendraient au combat. Il obtient des conditions louangeuses et honorables , et les Espagnols expliquent eux-mêmes à quel titre : •• A cause de sa belle et glorieuse défense contre une année infiniment supérieure en nombre. ■> La préoccupation des bagages a-l-elle. dominé de façon évidente les clauses dét>altue8 (I)? Ces stipulations particulières furent-elles accordées par les généraux espagnols comme une marque de courtoisie ou par une adresse perfide qui permettait de mettre en relief les rapines de leurs adversaires? Un point est acquis : la quantité de ces bagages s'est trouvée fort exagérée (2). Il semble qu'il en soit de même de leur nature et de leur valeur.
On avait pu piller à Cordoue ni plus ni moins qu'il arrive en pareil cas; la précipitation du départ imprévu n'aurait même pas permis d'emporter tout ce larcin accumulé par des vols méthodiques; il n'était donc point dans nos fourgons.
I^es Français avaient souscrit, mais sous la forme dubitative,
(1) BeoDcoup d'officier! fraDi;ais ignorèrent d'abord cette clause i> leur ariDiBge ; TonÉno {t. I, p. 375) repou*ie pour eux le reprocbe d'avoir vouhi conaerver un bu lin.
(1) La Relaciort de lot générales, ofiàalei y Iropai de la diviiion Dupont que rindieron loi armai al exercïto 4'ipafto( ne tnenlionne, outre 8 fourgon* ^'oolilael 138 caîarani, que lOvoiturea, ce qui aérait loin de •l'iiiuncnae eob- *oi >, de la - tile de chariota ■ dont parlait, en fëvricr 1813, Regnaud de Satnt-Jcan d'Angëly, daoi ton rapport tendancieux au Cooteil d'enquête. — Le coloDul Ctenc, Iji Capitulation de Baylan, p. SIV-KO, oonelul, en fort;Dnt lei chiffrea, k un muimum de SOO charrette* ou voilurci réquiai' ItonnAe* pour tnUMpoiter le* porta-manUaui de* ofKoier* d'une arm^ de 18,000 boome*.
A cet article 15 exigé des Espagnols pour éviter, disaient-ils, tout prétexte aux fureurs des a fonatîques ■ et des • patriotes* le long de la route qui, de Saylen à Cadix, devait être parcourue dans UD pays eu ébuUition. La rédaction était & la fois injurieuse et justificative. Et la prétention tourna à l'apologie de Dupont, car si dans les bagages il s'était trouvé des orfèvreries d'église, tes Espagnols n'eussent pas manqué de le proclamer bien haut : c'eût été la justification de leurs soupçons et de leur colère; or, pour tout achever d'un mot sur ce point : pas plus & l'inspection des officiers français, au départ, qu'à celle des Espagnols, à l'arrivée, ni au pillage des forcenés à Puerto Santa Maria, on n'a fait mention officielle d'objets appartenant au culte; la foule se f&t certainement jetée sur les profonateurs désarmés, un prêtre eût respectueusement rapporté en triomphe dans l'église la plus voisine le calice ou le ciboire que personne autre n'aurait osé toucher. Si l'on parla, sans préciser, de bijoux déposés à la trésorerie, il ne peut s'agir que de l'ai^enterie de Dupont qui, en effet, fut prise; l'babitude n'est pas en Espagne de verser aux caisses publiques les vases consacrés.
En résumé, Dupont, imprudent puis malchanceux, en un jourd'af^Iement s'était montré inférieur & son passé; il s'était senti entre les mains un instrument débile avec ces jeunes conscrits, presque des enfants à moitié épuisés; car ce Fut à Séville une vanlerie fort inexacte de saluer les soldats de Gastaiios comme ■ les vainqueurs des vainqueurs d'Austerlitz >> . — Les Espagnols, dans l'enivrement d'un triomphe inattendu (I), auraient pu massacrer les débris d'une troupe à leur merci. Ils devront i, jamais regretter d'avoir souillé les lauriers de Baylen par la façon déloyale et barbare dont ils exécutèrent les clauses du traité.
(t) • Je crua que le ciel m'eDvayait un lODgA. ■ CaïuBoe i la Jnute de SéviUe, M juillet 1808.