‹ L'Espagne et Napoléon (volume 2)Chapitre 35 sur 78 · LR RÉVEIL D'UN PEUPLE · texte numérisé non relu

LR RÉVEIL D'UN PEUPLE

Éritant par prudence les grandes villes, tes prisonaiers marchèreat en deux colonnes, du 23 juillet au 2 août. On les cantonna misérablement, en attendant l'embarquement. L'amiral anglais fît naturellement des difficultés et posa des conditions léonines pour les laisser passer. La Junte de Séville s'avisa alors qu'elle ne possédait pas de bateaux de transport et parla de déchirer la convention d'Andujar. Caslanos s'opposa à un acte qui blesserait son honneur; Morla, au contraire, homme lâche devant la populace, estima qu'on pouvait méconnaître des promesses irréalisables. Mêlant à sa mauyaise foi des reproches trop justifiés à l'adresse de la conduite de Napoléon vis-à-vis de la famille royale, il prétendit couvrir la déloyauté espagnole de la déloyauté impériale, et invoqua, avec fourberie, la loi de la nécessité. C'est alors qu'eurent lieu, à Puerto Santa Marie, des scènes atroces, dignes de cannibales, contre les malheureux prisonniers; la fureur populaire vint au point que les soldats espagnols durent tirer sur leurs compatriotes; il fallut qu'un prêtre, porteur du Sainl-Sacrement, se jctAt devant le général Privé afin de le sauver des assassins. Pour quelques centaines d'hommes, Â la suite des généraux, qui furent expédiés à Toulon et à Marseille, tous les autres, entassés indignement sur les pontons de Cadix, devaient fournir, plue tard, les malheureuses victimes de l'odieux internement de l'ile de Cabrera. Mais la violation brutale de la convention d'Andujar ne peut atteindre la mémoire du général Dupont; elle serait plutôt à sa décharge, puisque c'est de n'en pas tenir compte que résulta la catastrophe finale.

Telle fut la bataille, en soi peu importante, et]la capitulation, moralement considérable, de Baylen (I).

(1) %,VA ftuoaa'itn du corpt mime de DapODt el eonron 9,000 de la divieion Videh U> canona perdu* et 1,100 SoiMet dlMitenn. — Lei perict etpBEiiolea avouai comprenaient 735 morU, U3 ble*lja, (Lctlre de Cai-

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Les Espagnols (]ui défeodaisnl leurs foyers marchaieDt k la croisade, et tout les soulevait (1). AuguédeMenjibar,quandil3 coupaient la retraite des vainqueurs de Gordoue, ils avaient remarqué que c'éiait le 16 juillet, jour anniversaire de la bataille de Las Navas où six siècles auparavant AlpKoDse de Gaetille, en écrasant les Maures, avait sauvé la chrétienté et fondé l'indépendance nationale. Après Baylen, le général Gastanos retourne à Séville pour faire hommage de la victoire à Ferdinand le Catholique et déposer sur le tombeau du héros de l'Espagne la couronne de lauriers que lui offraient les Sévillans (2). Il entoura ce patriotique sanctuaire des drapeaux de l'envahisseur Napoléon, comme le saint roi avait fait flotter autour de sa victorieuse bannière les étendards de l'envahisseur Mohamed.

Au milieu d'un enthousiasme qui s'augmentait de leur surprise, les Espagnols considérèrent d'abord leur triomphe avec une certaine sérénité. ■ Pesée à la balance de la raison, la victoire tient presque du prodige ■>, a écrit l'un d'eux. Une adresse de la Junte de Truxillo à la Junte centrale résume bien cette même réserve :

Cette victoire a été l'effet d'une combinaison de circonstances telles, qu'ellt;6 semblent appartenir absolument à l'empire du hasard. Les généraux espagnols qui ont eu part h cette affaire peuvent le dire (3).

taBoi à U Juaie de Séville, 27 juillet I80S. — Lettre de WbiuinghtiD 1 Dalrymple, 25 juillet 1S08).

Nout arioni perdu un millier d'hammea, plna 30 oHicien iaét et 103 blea«ét. Mautinib!', Tableaux des officiers uéi H blettit ptnrfant l*i guerrei de l'Empire.

(!) > Le véritable et r^el avantage qui (ouliot lei Eipagoola daui cette célèbre journée, ce fui le noble eotbouiiasme qui le* uiizBAit, c« fut le Hntinenl de la juitïce de leur cauBe, tsadia que le> Fraoïjaii, découragÉ* au milieu d'un peuple qui le> ddleilail, coDicrvaient bien la valeur de la diacipline cl celle qui leur ett propre, mai> doq cette eialution aublime dont ilt avaient émerveillé la monde • . Tohébd. t. I, p. 374.

(2) MipT DB Alsuio, Mémeirei, t. III, p. 18.

(3) 28 mai 180B, vol. 679, fol. 06.

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BientAt, on étala davantage le* m^tes des chefs avec la vaillance des soldatB. Pour satisfaire ce sentiment de chau- Tinisme, quoique l'honneur de le journée appartint en fait au général Reding(l),un Suisse, on mit bien en avant CastaAos, parce qu'il fallait un nom espagnol (2). Malgré l'exagération dans la vantardise, le patriotisme recevait l'impulsion la plus vigoureuse, l'invasion se trouvait arrêtée, le charme surtout était rompu. Les armes impériales pouvaient donc être malheureuses? La fortune de César devenait vulnérable. A l'Europe entière il sembla qu'un voile se déchirait. L'impression fut universelle.

Napoléon s'en trouva atteint plus que personne (3). L'amertume de sa douleur était légitime, sa fureur se 6t injuste, sa

(1) Théodore Reding, du canton de Scfawllz, entré au lervice de l'Blpagne. Maréchal de camp (t795). Gouverneur de Malaga. Lieulenanl général (1808); fut repouiit de la Catalogne par Gouvion Saiol-Cyr et œoDruI en 1809 de

(Z) Don Franciwo Xavier comte dt CattaAot (1758-t85S). Colonel (tT95), ■■«ulenanl général (1802). Capitaine général de l'Andalouiie (1808); de la Catalogne (ISIS). PréiJdent du Conuil de Castilic (182S-1833). Crié duc dt Bayhn (1883). Tuteur de la reine liabelle h la chute d'Eapartero (ISiS). Son caractère «ouple l'avait fait lumommer W gitano, le • bohémica • .

(3) ■ Chez lai le politique et le chef d'empire n'étaient paa moini Frsppéa. CoanaiaiBDt ecuI lea rciaorla multipUa, myatérieui, compliqué* par Icaquela il agiatait *ur tant de nationt et Ici faitait aervir i aca Rna, il pouvait acul eompftndrc à quel point lu répercniaion de l'échec tubi en Eapagoc Ica avait tooa dérongé» cl fauiieéa. Seul il pénétrait juiqu'au fond de aon malheur; au detï dca cITeti dïrccli du déiaeire. viaibici pour ton», il en décODvreit d'autrea, ignorés du public, mesurait leur gravité redoutable, et lit réaidail auaai l'une dea cauaca de cette fureur cl de celle peine, de celle douleur vraiment forte qu'exhalaient toute* aea leltrea. Dana la perle dei troia diviaioni de Duponi, auivie de la retraite aur l'Ebre, il ne voyait pa>

d'invincible, k ce praatige qui faiaail partie de aa force, il voyait encore la ruine de toutri (ca combinaiiona, tant défeniivM qu'offenaivea. Le réaultat de BayleD c'était d'abord le recul indéKni de cea vailea opérelionl dana l'Orient et aur le* inera va delà ileaqueilea apparaieaaient la paix avec l'Anglab, la fin de la grande querelle; c'était aua«i la révolte du continent tout entier redevenue potaible, l'établiaiement impérial menacé dana toute* aci purtiea. • Albert VinoiL, !fapoleon el AUxanifre I", t. I, p 3M.

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colère demeura im|)lacable (T. Le Moniteur écrasait d'une érudition de pédant le malheureux Dupont ■ entraîné à sa perle, comme Sabinus Tituriufl, par un espnt de vertige et s'élant laUsé tromper par les ruses d'un autre Amitiorix ■ (2). Dans une lettre intime. Napoléon qualifie ■> l'horrible catastrophe H ; n un des actes les plus extraordinaires d'ineptie el de hétisc » (â). A un autre il dit : ■ J'ai une tache sur mon habit. ■ — Croyant s'éviter le ricochet de la responsabilité d'undésastrequirirrite, désormais, lui qui savait si bien dans ses 'glorieux Bulletins voiler les moindres débillances, il s'efforcera d'accentuer, de souligner, avec une fréquence qui reste un problème psychologique, le revers de Baylen. Il prétend flétrir des officiers français malgré les Espagnols qui

(1) En Mptembrc 1808, une commiiiion d'enquête nommée directement par lui ae trooTa fort embarraute ponr pr^ciaer le iribuD»! compilent, le délit 4 reprocher el U pénalilé i fixer; elle eitîma, pour le tirer d'afFaire, que lei |éaér*tii incrimin^a deraient comparaitre devant une commiMion apéciale eboiiie par l'Emperenr.

Arrèléa au moia de aeptcRibre, h leur débarquement en France, lea générant furent déteniii à l'Abbaye (décembre 1808), La procédure étant terminée (ffrrier 1809) aana concliuioD d'aucune aorte contre • lea coupablea > , Dupont fut mi* en liberté, aoua la aurreillance de la police, et Védel relaie.

A l'improviite, en février 181S, Dupont de nouveau arrêté comparu! devant an eonieil extraordinaire compoai de Berthier, Moneey, Beaaiérea, Clarke, Bégnier, Lacépède, Laplace, Defermon, Talleyrand, BouUy de la Meurthe et Munirez préaid^ par Cambacérèa. — Le rapporteur kl Regoault de Saint-Jean d'Angély. On n'entendit ni témoina ni défenaeun; on ne permit mËuje paa la lecture dea mémoirea explicatifa de Dupont; et cependant on prononça aa dealitution {1" mara). — Cet arrËt arbitraire, l'Empereur l'aggrava encore en y aubatitaani la détention; il fit conduire Dupont au fort de Joui. En juillet 1813, le priaonnier ea( mia en aurreillance î Dreux. G'eit \i que le Gouvememenl prOTÏaoire vînt le ebercher pour lui confier le portefeuille de miniaire de la guerre (avril 181ft). Le procèa, qui n'avait fourni aocune preuve, fut caaaé pour illégalité (novembre 181Ï). — Âppendicet. XIV.

(2) On reranrquem le choix de celte comparaiaon • claaaiquc ■ igréablemenl tirée du du Betto Gallico; on cnt loin d'oublier lea légions de Varna, dont le rapprochement aemblait a»ei naturel, pour aller chercher l'analogie d'an chef gâuloia, Ambiorii, vainqueur dea généraux romaîna, maia à aon 'tour vaincu par Céiar.

(3) Lettre k Caulaincourt, 5 août 1808. — Becueil LacEaTBx, t. I.

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